23/05/2018

Jean Romain, humaniste et républicain

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.05.18

 

La Présidence du Grand Conseil, ça n’est pas toujours un cadeau. Le rôle d’un député c’est de parler, prendre position, croiser le fer. Et là, justement, celui que ses pairs ont, pour un an, élu au perchoir, doit se la coincer. Sur le fond des débats, il ne peut dire ce qu’il pense. Tout au plus a-t-il le droit d’arbitrer, mesurer le temps de parole, faire la police. Et aussi, hors de l’enceinte, tenir son rôle en inaugurant des tonnes de chrysanthèmes. Quelque chose, au fond, de très honorant, et en même temps d’incroyablement frustrant. Comme un grand joueur de foot à qui on dirait : « Pour un an, tu seras arbitre ». J’ai regardé attentivement, depuis des années, le visage de chaque Président de notre Parlement cantonal, au moment où il siège au perchoir : toujours, quel que soit l’homme ou le parti, ce singulier mélange de dignité et de tristesse. On a quand même l’impression que l’éminent personnage, du haut de sa chaire arbitrale, se dit qu’il pourrait être ailleurs, dans sa vigne ou sur sa piste de pétanque, sur ses pâturages ou les rives du lac. Dire que la fonction rend jovial serait exagéré.

 

Et c’est là qu’intervient Jean Romain. Elu ce mardi 15 mai, brillamment (81 voix), pour déclarer, pendant un an, « Il vous reste dix secondes, votre temps est écoulé, vous n’avez pas la parole, nous sommes en procédure de vote, pas d’opposition, adopté », etc. Chez cet homme de verbe et d’intelligence, un an pour arborer sa sagesse tout en mangeant son chapeau, écouter pérorer des bretteurs moins saillants, soupirer en son for, avaler sa barbe, vitupérer l’époque, proclamer la pause, saluer les personnalités de la tribune, un an ! Son boulot, il le fera bien. Puisse-t-il, en plus de la perfection horlogère qu’implique la conduite des débats, y laisser poindre, juste pour l’étincelle, quelques fragments de lumière dans la nuit arctique de la loi en gestation. Quelques pointes d’humanisme. Quelques comètes d’humour. Juste pour nous rappeler qu’il est Jean Romain, professeur de philosophie à la retraite, essayiste, écrivain, amoureux des lettres et de la pensée, et non Jules Tartempion, simple passant.

 

Pour le reste, Genève peut se féliciter d’avoir, pour un an, un humaniste et un républicain au perchoir de son Parlement. Humaniste, par sa culture, son goût de la chose écrite, son attachement à la Grèce ancienne, sa passion pour les mots. Républicain, car Jean Romain est viscéralement un radical. Il aime l’Etat, n’en rejette pas l’idée comme archaïque, il a le sens de l’institution, il n’a rien à voir avec les têtes brûlées ultra-libérales qui ont fait tant de mal (ça va mieux maintenant) autour de l’an 2000. Un rien d’atavisme, que vous me pardonnerez, me conduira, comme pour Guy Mettan, à saluer son origine valaisanne, le sens de l’image et de la formule, la chaleur de la sève au cœur de chaque artère. Bref, à mon ami Jean Romain, qui porte haut la mémoire et l’exigence, je souhaite une excellente année présidentielle.

 

Pascal Décaillet

 

12:08 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Radical à Genève, mais fils de bonne famille valaisanne conservatrice catholique comme s'appelait alors le parti dominant en Valais, aujourd'hui PDC. Je me souviens d'un collègue au Collège de la Royale Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune qui n'était pas encore si "radical" qu'actuellement, le Jean Putallaz!
Au moins, en changeant de parti plutôt qu'en restant dans l'héritage paternel comme un certain Raymond Lorétan, il réussit à Genève une belle carrière d'enseignant de valeurs (peut-être reste-t-il beaucoup de la philosophie thomiste qui était enseignée dans ce collège traditionnel où même de grands radicaux ont étudié!) et de politicien avisé, aujourd'hui bien remercié par ses pairs.

Écrit par : Marc Luisier | 29/05/2018

Jean Romain a véritablement endossé son rôle de président du Gand Conseil lors de la prestation de serment du Conseil d'Etat ce 31 mai 2018. Dans un discours pastoral, humaniste et œcuménique, il nous a parlé d'espoir et il a su transcender cette cérémonie en un moment de réflexion sur nous, sur les autres, et sur notre avenir, sans jamais être ni censeur ni trop bienveillant. Je lui souhaite d'insuffler son esprit dans le tumulte et le bruit d'une législature, à l'équilibre fragile, pour l'intérêt de tous, même des moins intéressés. J'ai dit.

Écrit par : Lucien Barrillier | 31/05/2018

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