31/05/2018

Les joujoux, les poux

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Commentaire publié dans GHI - 30.05.18

 

En politique, tout a un sens, à commencer par les mots. Ainsi, le nom des Départements : celui de l’Instruction publique devient « Formation et Jeunesse ». Il garde sa titulaire, Anne Emery-Torracinta, mais change bizarrement de nom, tout en perdant la culture et le sport.

 

Ce nouveau nom est malvenu. Non que « Formation et Jeunesse » ne constituent pas un beau duo, ni une belle ambition, où l’étude se mêle à l’apprentissage. Mais franchement, les puissants penseurs qui ont cru bon de renoncer à une charge historique, intellectuelle et affective aussi lourde que les mots « Instruction publique », ont fait preuve de légèreté.

 

Pourquoi ? Mais parce que les mots ont un sens, justement ! Ces deux-là nous rappellent les figures de Jules Ferry, le père de l’école gratuite et obligatoire en France, et d’André Chavanne, 24 ans conseiller d’Etat à Genève (1961-1985), l’homme de la démocratisation des études. Deux références, dont l’une qui fleure les pupitres à encrier (que votre serviteur connut encore, à ses débuts), la craie sur les tableaux noirs, les fleuves avec leurs affluents, les dates des Traités, la jouissance de la grammaire, complexe, truffée d’exceptions, avec ses joujoux et ses poux.

 

Nous flottons, me sifflerez-vous, dans l’ordre du symbole. Oui. Eh bien, soyons symboliques ! Reconnaissons aux mots le poids qui est le leur. Entrons dans l’avenir, bien sûr, mais avec le fumet et l’encens d’un passé sans lequel nous ne serions rien. Désolé, mais « Instruction publique », c’était mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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30/05/2018

Thierry Apothéloz : l'espoir d'un nouveau Contrat social

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.05.18

 

De Vernier au centre-ville de Genève, il se déplace à vélo. Thierry Apothéloz, l’éternel cycliste, n’a pas l’intention, m’a-t-il confié tout récemment dans les coulisses de Genève à Chaud, de changer de mode de locomotion à partir du 1er juin 2018, sous le futile prétexte qu’il devient conseiller d’Etat. Du côté du Bourg-de-Four et de la Grand-Rue, les Genevois s’habitueront donc à voir déambuler cet émule de Charles-Albert Cingria, l’un de nos plus grands écrivains, indissociable, lui aussi, de sa petite reine. C’est vrai qu’on imaginait difficilement le militant verniolan sortir d’une limousine noire, avec le chauffeur qui touche sa casquette en guise de salut, en lui tenant la porte.

 

Thierry Apothéloz est un homme du peuple. Il a fait toutes ses campagnes sur ce thème, se revendique comme un petit gars des Avanchets ou du Lignon, n’essaye pas de fleurir son curriculum, il est comme il est. Puisse-t-il le demeurer ! Ça n’est pas gagné, parce que le pouvoir vous envoûte et vous embaume, il vous parfume de mille roses, vous fait croire à l’éternité. Résister à ces sirènes est très difficile. Nul d’entre nous ne peut jurer de ce qu’il pourrait devenir, le jour où le cercle des courtisans lui brandirait l’éclat de la majesté. Et pour Thierry Apothéloz, cela va être capital de demeurer en sa simplicité, car c’est la marque de fabrique que les Genevois, ceux qui l’ont élu, apprécient en lui.

 

Chargé d’une partie du social (étrangement dépecé entre Mauro Poggia et lui), mais aussi de la culture et du sport, le nouveau conseiller d’Etat hérite de ce qu’il voulait. Il retrouve, au niveau cantonal, le dicastère qu’il a si longtemps mené à l’échelon de la deuxième ville du canton, Vernier, 35'000 habitants. C’est dire qu’il connaît la musique. Puisse-t-il, magistrat cantonal, se souvenir de ses quinze ans à l’exécutif verniolan, mais aussi de ses années à la tête des Communes genevoises. Puisse-t-il défendre la Commune, son autorité, sa petite magie de proximité, face aux appétits de jacobinisme cantonal, particulièrement flagrants dans la législature sortante.

 

Puisse-t-il, surtout, trouver des majorités pour faire avancer Genève vers un nouveau Contrat social. Ce lieu du bout du lac, qui vit naître Jean-Jacques Rousseau, que serait-il sans le souci permanent d’inclure chacun de ses habitants dans l’aventure collective ? Puisse Thierry Apothéloz sortir l’aide sociale de son image de Mont-de-Piété, et l’affirmer comme un service de l’Etat, exigeant et moderne, ouvert, confiant dans la capacité des hommes et des femmes à relancer leur destin. C’est cela, l’enjeu majeur, au-delà des chiffres et des structures. Pour cela, il faut de l’invention, de l’imagination, et avant tout une sacrée dose d’humanisme. Ces qualités, j’ai cru depuis longtemps les percevoir chez Thierry Apothéloz. Il doit réussir, parce que la cohésion sociale est une condition sine qua non à l’épanouissement du canton tout entier. Non un luxe, mais une nécessité vitale, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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La Palestine, ça existe !

 

Sur le vif - Mercredi 30.05.18 - 09.11h

 

Ignazio Cassis se rend-il compte que ses déclarations, maintenues ce matin à la RSR, sur le Proche-Orient font de lui, en termes d'image en tout cas, l'allié objectif du colonialisme israélien dans les Territoires ?

 

Maladresse, méconnaissance de l'Orient compliqué, ou (pire) prise de parti consciente pour l'un des camps ? Pour m'être rendu plusieurs fois sur place, je puis attester que la réputation de la Suisse, là-bas, est excellente auprès de toutes les parties en conflit, pour peu justement que notre pays ne favorise aucune d'entre elles. Et accorde à chacun le même degré de reconnaissance.

 

Surtout, cela n'intervient pas à n'importe quel moment. Il existe un plan, entre les Etats-Unis et Israël, pour jeter au panier la question palestinienne. Et, dans la foulée, faire la guerre à l'Iran. Donald Trump, sur cette question, laisse les milieux évangéliques américains, alliés avec les traditionnels soutiens d'Israël aux Etats-Unis, exercer sur lui une profonde influence. Soucieux de sa réélection en 2020 ?

 

En attendant, la Suisse doit impérativement demeurer dans sa position de respect et d'amitié envers tous les antagonistes du conflit israélo-palestinien. Il existe des liens avec Israël. Il en existe aussi avec la Palestine, et les multiples composantes de ses aspirations à l'affranchissement. On sait à quel point, depuis 1948, Israël s'ingénie à monter les unes contre les autres. Par exemple, le Hamas contre les vieilles institutions du Fatah. Les ferments internes de dispersion ont toujours été les pires ennemis de la cause palestinienne.

 

Dans ces circonstances, les propos de M. Cassis sur les réfugiés palestiniens constituent une grave erreur politique. Au moment où la plus grande puissance de la planète œuvre, avec Israël, à une évacuation historique de ce dossier, les Palestiniens, plus affaiblis que jamais, aux confins du désespoir, ont besoin d'entendre de notre pays des mots de reconnaissance et d'amitié. Et non des mots qui vont dans le sens des puissants, des colons et des dominateurs.

 

Pascal Décaillet

 

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29/05/2018

30 mai 1968 : 50 ans demain !

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Sur le vif - Mardi 29.05.18 - 14.52h
 

Comme journaliste, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de couvrir des manifestations, en direct sur place avec micro HF. J'ai même eu l'honneur, à deux reprises, d'inhaler les gaz des grenadiers de la police municipale bernoise, en 1991 et 1992, lors de méga-manifs de paysans, très en colère. Expérience plutôt violente pour l'appareil respiratoire, croyez-moi.

 

Mais comme citoyen, jamais participé à la moindre manif. Il est totalement contraire à ma nature d'aller hurler dans la rue, avec d'autres gens, même pour des causes que je partage. Cela n'est pas mon langage. J'exprime mon point de vue, depuis plus de trois décennies, dans des commentaires argumentés, avec ma voix ou ma plume, c'est mon mode, ma manière, cela me convient très bien.

 

Il est pourtant, dans toute l'Histoire récente, une manif à laquelle j'aurais voulu participer. Pas sur le moment (j'avais dix ans !), mais rétrospectivement. C'est celle dont nous marquerons demain le cinquantième anniversaire : la contre-manifestation massive de soutien à de Gaulle, le 30 mai 1968, pour siffler la fin de la récréation. On parle d'un million de personnes, sur les Champs : le plus grand rassemblement humain depuis la Libération (26 août 1944). L'un des plus massifs depuis les funérailles de Victor Hugo (1885), ou l'accueil d'Henri, Roi de Navarre, faisant sur le Pont-Neuf son entrée dans la capitale (1594), pour réconcilier le pays, recru de l'épouvantable épreuve des Guerres de Religion.

 

Je ne me réjouis pas du résultat politique de cette contre-manifestation : l'arrivée au pouvoir, en juin, d'une Chambre bleu-horizon, plus pompidolienne que gaulliste, la Chambre de la Banque Rothschild et des rentiers apeurés, bien en place jusqu'en 1973.

 

Non. Je ne me réjouis pas que Mai 68 se soit conclu par ce retour de manivelle. Alors que justement, autour du Général, gravitaient les brillants esprits du gaullisme social, des hommes comme Louis Vallon et René Capitant. Ils étaient en train de préparer de remarquables réformes, lorsque le maelström de Mai, figeant les fronts, a tout foutu en l'air. C'est l'une des causes de mon rejet viscéral de l'ensemble du mouvement.

 

Mais j'aurais tant aimé, ce 30 mai 1968, défiler sur les Champs. Sans haine pour personne. Mais juste pour affirmer mon soutien à un vieil homme de génie, qui depuis 28 ans avait tant fait pour la France. La Résistance. La Libération. Le droit de vote aux femmes (1945). La décolonisation. L'indépendance algérienne, et celle d'innombrables pays d'Afrique. Une nouvelle Constitution (1958), encore en vigueur aujourd'hui, 60 ans plus tard. La paix avec l'Allemagne, le Traité de Reims de 1962, avec Adenauer. Une politique étrangère extraordinaire d'audace, rejetant les deux blocs impérialistes du moment, prônant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, dialoguant avec le monde arabe, avec les non-alignés. La France, alors, avait une Voix dans le monde. Comme jamais elle ne l'a retrouvée depuis, sauf peut-être lors de quelques éclairs d'un Villepin.

 

A ce vieil homme, qui venait de vivre 48 heures hallucinantes, promené par son hélicoptère jusqu'à Baden-Baden, abandonné de presque tous, en rupture de confiance avec Pompidou, lâché par un patronat qui l'a toujours détesté, j'aurais voulu, juste moi au milieu d'un million d'autres, apporter mon soutien, ma fidélité, mon affection.

 

Pascal Décaillet

 

 

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M. Mattarella et le cadavre du Cid

 

Sur le vif - Mardi 29.05.18 - 04.48h

 

En qualifiant de "geste courageux" le refus du Président italien d'avaliser la nomination de Paolo Savona aux Finances, l'éditorialiste du Temps confirme la ligne, maintes fois réaffirmée, de ce journal : placer les décisions souveraines des peuples un cran (au moins) plus bas que la permanence de pouvoirs supra-nationaux, ceux du conglomérat "européen" de Bruxelles.

 

En Italie, aux dernières élections, les partis anti-système ont gagné. Ensemble, ils peuvent former un gouvernement, cela dans la parfaite légitimité d'un fonctionnement démocratique et constitutionnel mis au point juste après la guerre, dans ce pays en ruines qui était celui du Voleur de bicyclette et de Riz amer.

 

En parfaite connaissance de cause, aux législatives, les citoyennes et citoyens de la Péninsule ont voté majoritairement pour la restauration et le primat de la souveraineté italienne, et contre Bruxelles. Oui, contre une Europe dont Rome avait pourtant été le lieu du baptême, en 1957.

 

C'est ainsi, l'Italie a changé. La vieille Democrazia Cristiana, celle de Gasperi, d'Andreotti et de Moro, cette antique et matoise constellation de Guelfes et de Gibelins, n'est plus, et depuis longtemps. Mais M. Matarrella, l'actuel Président, issu lui-même de ce monde défunt, rêve encore d'en brandir le cadavre, tel celui du Cid, à bout de bras, comme aux plus riches heures où le Trône et l'Autel se côtoyaient, dans un chuchotement sans fin.

 

Défendre la position de M. Mattarella, c'est postuler qu'il existe, plus haut que la volonté souverainement exprimée par les peuples, une autorité supérieure, prétendument au nom de "valeurs". Une sorte de pouvoir arbitral de Saint-Empire, avec voyage à Canossa pour les récalcitrants.

 

C'est précisément le corset de cette autorité, notamment ses ukases en matière de pression migratoire, mais aussi en matière monétaire, dont le corps électoral italien a voulu s'affranchir. Il a voté, en totale connaissance de cause, pour des partis eurosceptiques. Il est donc parfaitement normal que le nouveau gouvernement, a fortiori son ministre des Finances, soient eurosceptiques. Le respect du vote populaire doit être la seule, l'unique source d'inspiration du Président. C'est dans la Constitution italienne de l'après-guerre.

 

Il n'y a donc aucunement lieu de qualifier de "courageux" le geste du Président italien. Mais, au contraire, de s'interroger sur ce qu'il porte en lui d'allégeance à des forces externes (Berlin, plus encore que Bruxelles). Et d'intelligence avec des puissances situées en dehors de la communauté nationale italienne.

 

Pascal Décaillet

 

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28/05/2018

Italie : la faute présidentielle

 

Sur le vif - Lundi 28.05.18 - 07.06h

 

En Italie, le veto du Président de la République à la présence aux Finances de Paolo Savona, jugé germanophobe et hostile à l'euro, montre à quel point ce pays est inféodé à l'Allemagne sur les questions financières et monétaires.

 

Ce veto donne le signal qu'il existe, aux yeux du Président, des considérations extérieures au respect de la volonté populaire italienne, clairement exprimée lors des dernières élections. Singulière conception de la souveraineté nationale, surtout chez celui qui devrait en être le garant.

 

Ce veto va contribuer à faire monter encore le réflexe "anti-système", aujourd'hui majoritaire dans le pays.

 

La gentille Italie de l'après-guerre, élève modèle de la construction européenne, berceau du Traité de Rome de 1957, c'est fini. Revoilà l'Italie, dans la fierté réinventée de son affirmation nationale. Une Italie souveraine, c'est cela le message du peuple, aux dernières législatives.

 

Monsieur le Président, vous venez de commettre une erreur majeure. Peut-être même une faute politique.

 

Pascal Décaillet

 

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27/05/2018

Mort d'un génie

 

Sur le vif - Dimanche 27.05.18 - 09.35h

 

Pierre Bellemare, une très grande voix de la radio. Il avait la tessiture. Il avait le rythme. Il avait les silences. Il avait les ruptures de tempo, pour briser la monotonie. Il parlait droit devant lui, penché en avant, plongé dans le cœur vivant du micro. Il parlait, on l'écoutait. Il parlait, on le comprenait. Il parlait, il nous atteignait. Par sa voix, par le seul miracle des syllabes, il racontait, évoquait, restituait. C'est cela, un homme de radio. C'était cela, Pierre Bellemare.

 

Pascal Décaillet

 

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23/05/2018

Jean Romain, humaniste et républicain

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.05.18

 

La Présidence du Grand Conseil, ça n’est pas toujours un cadeau. Le rôle d’un député c’est de parler, prendre position, croiser le fer. Et là, justement, celui que ses pairs ont, pour un an, élu au perchoir, doit se la coincer. Sur le fond des débats, il ne peut dire ce qu’il pense. Tout au plus a-t-il le droit d’arbitrer, mesurer le temps de parole, faire la police. Et aussi, hors de l’enceinte, tenir son rôle en inaugurant des tonnes de chrysanthèmes. Quelque chose, au fond, de très honorant, et en même temps d’incroyablement frustrant. Comme un grand joueur de foot à qui on dirait : « Pour un an, tu seras arbitre ». J’ai regardé attentivement, depuis des années, le visage de chaque Président de notre Parlement cantonal, au moment où il siège au perchoir : toujours, quel que soit l’homme ou le parti, ce singulier mélange de dignité et de tristesse. On a quand même l’impression que l’éminent personnage, du haut de sa chaire arbitrale, se dit qu’il pourrait être ailleurs, dans sa vigne ou sur sa piste de pétanque, sur ses pâturages ou les rives du lac. Dire que la fonction rend jovial serait exagéré.

 

Et c’est là qu’intervient Jean Romain. Elu ce mardi 15 mai, brillamment (81 voix), pour déclarer, pendant un an, « Il vous reste dix secondes, votre temps est écoulé, vous n’avez pas la parole, nous sommes en procédure de vote, pas d’opposition, adopté », etc. Chez cet homme de verbe et d’intelligence, un an pour arborer sa sagesse tout en mangeant son chapeau, écouter pérorer des bretteurs moins saillants, soupirer en son for, avaler sa barbe, vitupérer l’époque, proclamer la pause, saluer les personnalités de la tribune, un an ! Son boulot, il le fera bien. Puisse-t-il, en plus de la perfection horlogère qu’implique la conduite des débats, y laisser poindre, juste pour l’étincelle, quelques fragments de lumière dans la nuit arctique de la loi en gestation. Quelques pointes d’humanisme. Quelques comètes d’humour. Juste pour nous rappeler qu’il est Jean Romain, professeur de philosophie à la retraite, essayiste, écrivain, amoureux des lettres et de la pensée, et non Jules Tartempion, simple passant.

 

Pour le reste, Genève peut se féliciter d’avoir, pour un an, un humaniste et un républicain au perchoir de son Parlement. Humaniste, par sa culture, son goût de la chose écrite, son attachement à la Grèce ancienne, sa passion pour les mots. Républicain, car Jean Romain est viscéralement un radical. Il aime l’Etat, n’en rejette pas l’idée comme archaïque, il a le sens de l’institution, il n’a rien à voir avec les têtes brûlées ultra-libérales qui ont fait tant de mal (ça va mieux maintenant) autour de l’an 2000. Un rien d’atavisme, que vous me pardonnerez, me conduira, comme pour Guy Mettan, à saluer son origine valaisanne, le sens de l’image et de la formule, la chaleur de la sève au cœur de chaque artère. Bref, à mon ami Jean Romain, qui porte haut la mémoire et l’exigence, je souhaite une excellente année présidentielle.

 

Pascal Décaillet

 

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17/05/2018

Intelligence collective

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Commentaire publié dans GHI - 16.05.18

 

La jeunesse ne saurait, en politique, être tenue pour une catégorie à part, ce serait faire preuve d’un communautarisme générationnel qui n’a pas sa place en République. Nous sommes tous des citoyennes ou des citoyens, c’est cela qui compte, quels que soient nos âges, nos origines, nos idées. Pour une fois, cependant, je veux dire ici quelque chose sur les jeunes, en politique, du moins ceux que je connais, à Genève.

 

Je leur donne, comme vous le savez, très souvent la parole. Et je dois dire qu’ils m’impressionnent. Mieux que leurs aînés, en tout cas mieux que ma génération, ils sont capables de mener des débats de façon courtoise et respectueuse, sans rien renier à leurs idées, ni en atténuer les antagonismes. Disons qu’à la rhétorique de l’opposition systématique aux propos de l’adversaire, ils préfèrent souvent celle de la construction commune, par intelligence collective, d’une pensée, autour d’un thème.

 

J’ignore d’où vient cela, peut-être de l’école. Nous étions, à tant d’égards, une génération plus frontale. Le maître, face aux élèves. Les bretteurs, érigés comme des coqs les uns contre les autres. Dans les débats, aujourd’hui, avec des jeunes de 20 à 25 ans, on peut percevoir autre chose, comme le besoin de s’enrichir par le propos de l’autre. Non par défaut de confiance en soi, mais par souci de bâtir quelque chose ensemble. Arbitrer ce genre de débats constitue pour moi un honneur. Et un bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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16/05/2018

Au centre de tout, l'être humain

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.05.18

 

Toute ma vie, j’ai plaidé pour une économie au service de l’humain. Une agriculture, une industrie, des forces de production, pour améliorer la vie des hommes et des femmes de cette terre, alléger leur fardeau, leur donner du temps pour tisser des liens sociaux, s’instruire, s’épanouir. Travailler, oui, et même beaucoup, cela fut toujours mon credo, et le demeure. Mais travailler, pour œuvrer, à petits pas, à une humanité meilleure. Parce que l’inverse, l’humain au service de l’économie, l’homme ou la femme comme simple rouage d’une mécanique de profit, ce modèle, hélas omniprésent, n’est absolument pas le mien. Pas plus que celui de la spéculation, celle par exemple sur les marchandises, ou les denrées alimentaires, ou les produits de première nécessité. Il y a des domaines, comme l’agriculture, qui doivent impérativement échapper à la férocité de la mise en concurrence planétaire. Parce qu’ils nous sont matriciels.

 

Remarquablement plaidée, en quelques mots simples et brefs, par le Jeune Vert Valentin Dujoux, 24 ans, en direct ce dimanche 13 mai sur le plateau du Grand Genève à Chaud, lors d’un débat de jeunes militants, cette primauté de l’humain est un vieux rêve, récurrent, au moins depuis la Révolution industrielle. Il stipule que le travail doit affranchir l’homme, le libérer de ses entraves, lui permettre, à lui et aux siens, de vivre mieux. Et que le travailleur, même passionné par son métier, ne doit jamais oublier que son activité de production n’a de sens collectif que si elle s’inscrit dans une amélioration de la condition de tous. A cet égard, l’hommage le plus vibrant doit être rendu, dès l’école, non aux puissants de la terre, mais justement aux plus humbles serviteurs. Ceux qui, tout simplement, nous sont utiles.

 

L’économie au service de l’humain, c’est le propos d’un texte absolument éblouissant, publié en 1891 par Léon XIII, qui a exercé entre 1878 et 1903 une fonction assez particulière, celle de Pape. Le texte s’appelle « Rerum Novarum », qu’on pourrait traduire par « De la modernité », et il tente, au plus fort de la Révolution industrielle, alors que des enfants travaillent encore dans des mines, de donner une réponse non marxiste (cette dernière était déjà bien présente sur le marché des idées) à la précarité de la condition ouvrière. Ce texte, vieux de 127 ans, n’a pas pris la moindre ride. Il appelle les patrons à leur responsabilité sociale, définit le travail comme mode d’affranchissement et non comme servitude. Il y a certes un peu de Marx dans ces lignes, mais s’y ajoute une note de chaleur latine, autour de la famille et des communautés humaines, qui transcende la dialectique matérialiste du grand penseur rhénan dont nous fêtons le bicentenaire. Ce texte, pour moi, demeure, parmi d’autres, une référence.

 

Une chose est sûre : dans la très grande solitude métaphysique qui, peut-être, serait nôtre, demeure, entre humains, la richesse de l’échange et de l’interrogation mutuelle. Sans humanisme, point de politique. Cette valeur, centrale, doit guider nos actions, au-delà de nos appartenances, ou de nos idéologies.

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2018

Pensée et prière pour le Proche-Orient

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Sur le vif - Mardi 15.05.18 - 16.29h

 

Je suis un ami du Proche-Orient, où je me suis rendu à de nombreuses reprises, je reconnais à chaque peuple aujourd’hui sur place le droit à l’existence, le droit à un Etat. Je reconnais cela à Israël, et me souviens de la grande émission spéciale que nous étions allés faire, en direct de Jérusalem, il y a juste vingt ans, mai 1998, pour les cinquante ans de ce pays. Mais tout autant, avec la même ferveur, je revendique depuis toujours, pour les Palestiniens, le droit à un Etat. Un Etat, et non une « Autorité » administrative, avec des check-points à tous les coins de rue. Je me souviens des funérailles de Yasser Arafat, novembre 2004, d’où j’avais présenté un Forum spécial, en direct de Ramallah, au milieu d’une foule immense.

 

La première réaction, après le massacre d’hier à Gaza, est évidemment celle de la colère. J’ai immédiatement pensé à Sétif, 8 mai 1945, prélude (neuf ans avant) à qui allait devenir, dès le 1er novembre 1954, la Guerre d’Algérie. J’ai pensé à Sétif, parce que là aussi, Jour de la Victoire contre les nazis, cela aurait dû être un jour de fête, et cela tourna en abominable boucherie. Lorsqu’une fête est ensanglantée, alors surgit quelque chose, de l’ordre de la tragédie grecque, comme une rupture avec l’ordre sacré, une source de malédictions futures, à jamais recommencées. C’est dans Eschyle, Sophocle, Euripide. C’est aussi dans la Bible.

 

L’immense erreur serait de réduire le massacre de Gaza, hier, à un affrontement entre Juifs et Musulmans. Parce que la question nationale palestinienne, c’est un fait depuis 1948, relancé depuis juin 1967, ne peut en aucun cas se résumer à sa seule dimension de conflit confessionnel. D’ailleurs, il y a des Palestiniens chrétiens. Et il y a des Juifs, citoyens israéliens ou de la Diaspora, qui désapprouvent les aspects coloniaux de la politique israélienne. Non, nous ne sommes pas là dans une guerre de religion, mais dans un affrontement d’ordre national. Tant que la Palestine ne disposera d’un Etat à elle, souverain, l’acuité de cette question demeurera.

 

Le 6 décembre 2017, j’ai publié, ici même, un texte intitulé « Ne faites pas cela, M. Trump ! ». Il était très clair que le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem allait mettre le feu aux poudres. C’est fait, au-delà des pires inquiétudes que l’on pouvait nourrir. Jérusalem, ville « trois fois sainte », où tous doivent avoir leur place, les Juifs, les Musulmans, les Chrétiens, et puis aussi tous les autres, appartient, de toutes les lumières éblouissantes de son passé, au patrimoine de l’humanité, elle est Géorgienne, Syriaque, Arménienne, elle est de toujours et de partout, cela M. Trump n’a pas voulu le comprendre.

 

Pour l’heure, pensée et prière. Pour les Palestiniens tombés hier à Gaza. Pour les citoyennes et citoyens d’Israël qui veulent la paix des cœurs et celle des âmes. Pour tous ceux, d’une religion ou d’aucune, pour qui l’incomparable lumière du Proche-Orient veut dire quelque chose. Pensée et prière, oui, pout tous ceux de là-bas.

 

Pascal Décaillet

 

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13/05/2018

La langue, petite musique de nuit

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Sur le vif - Dimanche 13.05.18 - 09.55h

 

L'Histoire de l'Allemagne est celle de la langue allemande. La correspondance, l'intimité, de l'une à l'autre, sont totales. À y regarder de près, c'en est troublant, effarant même de précision.

 

Luther, en traduisant la Bible en 1522, invente l'allemand moderne. Créateur de mots, génie du verbe. Il propulse les Écritures dans la langue parlée de chaque Allemand de son temps. Il dissout les cléricatures, parle à chaque humain. C'est l'une des plus grandes Révolutions de l'Histoire humaine.

 

Le Sturm und Drang, premier pas vers le Romantisme, prenant congé de l'Aufklärung, ces Lumières trop blafardes, juste destinées à la Raison, sèchement démonstratives, va puiser dans le trésor lexical et la puissance narrative de la Vieille Allemagne. La Révolution, par la langue.

 

Les Frères Grimm, consacrant chaque heure de leur vie à l'exhumation des textes et légendes germaniques, précisent, identifient et finalement subliment l'infinie richesse dialectale des Allemagnes.

 

Hölderlin, puis (bien plus tard) Brecht, lorsqu'ils travaillent à la syllabe l'Antigone de Sophocle, établissent une intimité époustouflante entre la langue grecque, sa métrique, la richesse de ses inflexions dialectales, et la langue allemande. Ces deux langues, ces deux univers littéraires, sont conçus pour se retrouver, dans une étreinte de feu. J'ai, vous le savez, un peu travaillé naguère, sur la comparaison de ces deux littératures.

 

L'Histoire des Allemagnes est celle de la langue allemande. Nul récit du destin allemand ne peut faire l'économie d'une profonde réflexion sur l'évolution de la langue.

 

Cette dernière, loin d'être un seul instrument, est peut-être le personnage principal de l'Histoire allemande. Plus que le simple solfège, elle en est la petite musique de nuit. Ou mieux : le fil conducteur, ou Leitmotiv, comme chez Wagner.

 

Jusqu'à Paul Celan (1920-1970), sans doute le plus grand poète de langue allemande du vingtième siècle. Un Allemand de Roumanie, toute sa famille disparue dans les camps. Lui, survit. Il ne lui reste rien, et dans son œuvre, il fait constamment allusion à ce rien, ce vide.

 

Il ne lui reste rien, si ce n'est la langue allemande.

 

Sur la seule richesse de ce matériau, le seul legs de cette Écriture, jusqu'à ce jour d'avril 1970 où, du Pont Mirabeau, il se jette dans la Seine, il tente d'établir les conditions de sa survie.

 

Entrer dans la langue allemande, pour ne plus jamais la quitter, c'est pénétrer dans un enjeu vital. Une histoire de vie et de mort. Un espoir de survie, face à l'inéluctable.

 

Pascal Décaillet

 

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12/05/2018

L'Italie italienne

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Sur le vif - Samedi 12.05.18 - 16.19h 
 
 
La gentille Italie, atlantiste et européiste, de l'Après-Guerre, celle d'Alcide de Gasperi, puis de trois ou quatre décennies de Democrazia Cristiana, pays co-fondateur de l'Europe communautaire, co-signataire du Traité de Rome (1957), c'est fini.
 
 
Fini, depuis un moment déjà. Mais là, avec les dernières élections, puis enfin un gouvernement présentant quelque cohérence avec la volonté populaire, revoilà l'idée d'une Italie souveraine. Et pas nécessairement d'accord, ni Guelfe ni Gibeline, de jouer le jeu de Marche méridionale, souriante, simplement vacancière, d'un Saint Empire en reconstruction, cette fois tellement plus Germanique que Romain.
 
 
Bref, l'Italie, très vieux pays, très vieille terre, mais nation fort récente, toujours travaillée par les vieux ferments de dispersion entre le Nord et le Sud, commence à redécouvrir l'idée qu'elle puisse être VRAIMENT souveraine dans ses choix de destin. Par exemple, dans le rapport qu'elle entend entretenir seule (et non sous tutelle de Bruxelles, voire Berlin) avec les flux migratoires. La pression qui s'exerce sur elle, par le Sud, est d'une nature telle que nous n'avons vraiment aucune leçon à lui donner.
 
 
L'Italie a le droit de se penser et représenter elle-même, comme italienne. Et non comme l'aimable Province transalpine d'un conglomérat continental de plus en plus fictif, véritable paravent à la nouvelle expression de la puissance allemande en Europe.
 
 
Oui, l'Italie nouvelle, celle qui couvait déjà depuis des années, mais confirmée par le suffrage populaire, nous promet des tonalités plus nationales qu'impériales, plus souveraines que dépendantes. Une communauté d'hommes et de femmes qui entendent, d'abord entre eux, décider de leur destin. Ce qui n'empêche ni la diplomatie, ni les échanges, ni l'amitié entre les peuples. Mais d'abord, on affirme sa liberté, son indépendance. Ensuite, on discute.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 
*** Image : Riso Amaro, le chef d'oeuvre de Giuseppe De Santis, avec l'inoubliable Silvana Mangano, 1949.
 
 

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11/05/2018

Adrien et ses crayons

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Sur le vif - Vendredi 11.05.18 - 04.49h

 

Au Proche-Orient, il y a un pays qui s'appelle Israël, et qui possède l'arme nucléaire.

 

Dans le monde, il y a une super-puissance, qui s'appelle les États-Unis d'Amérique. Ils possèdent la bombe atomique depuis 1945, et en ont immédiatement fait usage, à deux reprises, contre le Japon. A ce jour, en 73 ans, ils demeurent les seuls à s'être servis de l'arme nucléaire. Leur arsenal atomique est le premier du monde.

 

Israël, les Etats-Unis. Aujourd'hui, plus que jamais alliés contre l'Iran. Eux, on ne leur demande jamais de comptes. On ne leur envoie jamais "d'inspecteurs" ? On trouve, chez eux, normal et justifié, ce que l'on dépeint comme satanique dans la recherche nucléaire iranienne.

 

Deux poids, deux mesures. Une vision du monde, un discours, imposés par le poids des convenances atlantistes et occidentales. L'empire d'une morale au service du Bien, comme dans les plus grands moments de la Guerre froide et du maccarthysme.

 

La vision cosmopolite et mondialiste, celle d'une gouvernance planétaire, n'a rien de neutre, ni de dégagé des intérêts nationaux. Sous le paravent d'une diplomatie multilatérale qui brasse de l'air et dont on a pu mesurer l'efficacité dès 1919, puis dès 1946, elle n'est rien d'autre que la face présentable des appétits de la domination américaine sur le monde. Avec, depuis (presque) jour pour jour 70 ans, un allié indéfectible au Proche-Orient.

 

Pendant ce temps, la Palestine n'a toujours pas d'Etat. Gaza étouffe. La Cisjordanie et Jérusalem-Est, toujours de facto sous occupation. Cela, depuis 51 ans. Dans un mois. Pendant ce demi-siècle, des milliers de tonnes d'air brassés par la "diplomatie internationale". Des millions de litres de kérosène grillés par les émissaires de l'ONU. Mais une seule réalité, noire, archaïque comme la permanence du tragique : celle des intérêts nationaux américains, impérialistes, et celle des intérêts nationaux israéliens. Pour la Palestine, pas d'Etat.

 

La diplomatie mondiale n'existe pas. Elle n'est, depuis le Président Wilson et la Genève de 1919, celle d'Adrien Deume qui taille ses crayons, qu'une fiction pour tenter d'apaiser l'inquiétude des âmes. La seule réalité, intangible, demeure celle des nations.

 

Pascal Décaillet

 

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10/05/2018

Place à la croissance maîtrisée !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.10.18

 

20'600 voix : c’est le résultat tout simplement phénoménal de Willy Cretegny, viticulteur à Satigny, lors du second tour de l’élection au Conseil d’Etat, ce dimanche 6 mai. Grandiose, pourquoi ? Parce que nous avons affaire à un homme seul, totalement indépendant, sans parti. Un homme qui s’est juste engagé sur ses idées : la défense de l’agriculture et des paysans, la qualité des produits locaux, le protectionnisme en matière agricole, les taxes douanières, le modèle de croissance sur le canton de Genève, le combat pour un aéroport raisonnable, et non démesuré, comme le voudraient certains.

 

Certes, l’homme n’a pas été élu, mais son résultat inespéré lui permet de couver des espoirs pour l’élection d’octobre 2019 au Conseil national. Mieux : dans un univers noyauté par le système des partis, le vigneron de nos marchés genevois donne des ailes à d’autres indépendants qui, pour l’heure, nourriraient encore quelques hésitations face à une éventuelle candidature. Il existerait donc, à Genève, d’autres possibilités de percer que la seule appartenance à l’antique machinerie des réseaux partisans. Le force de conviction d’un homme, ou d’une femme, profondément habité par ses idées, peut amener au succès. Ça nous change tellement de ce monde d’assis et de comitards, avec leurs Assemblées générales, leurs mots d’ordre pour les votations, leurs rivalités de chapelles. La force d’un homme, oui, la puissance de sa solitude.

 

Tout cela n’a pas échappé à un homme. Un certain Pierre Maudet. Dans l’émission spéciale de Léman Bleu, dimanche en début d’après-midi, il a eu un petit mot pour rappeler que ces vingt mille voix en faveur de M. Cretegny se devaient d’être entendues, et que l’idée de maîtriser la croissance n’était peut-être pas si mauvaise que cela. Là aussi, ça nous change : des signaux, par exemple, donnés par les deux ministres radicaux du gouvernement sortant, dans leurs apparitions face au patronat, ces dernières années. Décidément, Pierre Maudet est habile : quelques minutes après une nouvelle donne électorale, il déchiffre, opère la synthèse, s’adapte.

 

La nouvelle donne, c’est que l’Entente n’est plus majoritaire au Conseil d’Etat, et aura besoin de composer au Grand Conseil pour faire passer des lois. Avec le MCG. Ou même, parfois, avec la gauche. Dans ces conditions, l’arrogance ultra-libérale qu’on a vu poindre trop souvent, ces dernières années, avec son cortège de dérégulation, d’ouverture des frontières, de disparition des taxes douanières, devra céder la place à autre chose. Il ne s’agit pas de revenir au Plan Wahlen, ce système étatiste de protection agricole pendant la dernière guerre, mais de placer au centre de tout le facteur humain. Oui, les hommes et les femmes qui travaillent pour notre économie valent infiniment mieux que la seule course au profit de quelques spéculateurs. Leur santé. Leur bien-être. Leur qualité de vie dans l’espace genevois. Vive la croissance maîtrisée : c’est la clef de notre avenir commun !

 

Pascal Décaillet

 

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09/05/2018

La Perse, intangible et millénaire

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Sur le vif - Mercredi 09.05.18 - 07.57h

 

À l'éditorialiste qui, ce matin, ose affirmer que "l'Iran est un danger pour le Moyen-Orient", il faut juste répondre que l'Iran EST au Moyen-Orient. La vieille Perse, depuis des millénaires, inamovible et riche d'une Histoire incomparable, EST l'une des composantes incontournables de cette région du monde.

 

Face à cette réalité historique, les gesticulations et l'arrogance d'un État n'existant que depuis 242 ans, situé à des milliers de kilomètres de l'Orient compliqué, auquel il n'a jamais compris grand chose, ne seront pas plus efficaces qu'elles ne le furent, dans les années 60, face à la volonté d'affranchissement et de souveraineté d'un petit peuple de paysans, appelé Vietnam.

 

Pour l'heure, que je sache, le seul pays à avoir fait usage de l'arme atomique, en 73 ans, s'appelle les Etats-Unis d'Amérique. C'est un fait. Une réalité historique. Août 1945, à deux reprises, sur le Japon. L'un des rares, aujourd'hui, à pouvoir en faire usage à tout moment, c'est encore lui. De quel droit ose-t-il, lui surarmé, distribuer aux autres ses leçons de morale ?

 

Le fauteur de guerre, où est-il ? Dans les populations implantées depuis des millénaires au Moyen-Orient, ou chez les faucons de Washington ? L'Iran, au-delà de savoir s'il est dirigé par le Shah, par Mossadegh ou (depuis 1979) par le régime des mollahs, est, avant toute chose, une grande nation, pétrie d'Histoire et de culture, de sciences, une réalité vécue, sur l'échiquier.

 

C'est la nation, dans l'Iran, qu'il faut considérer, dans ses permanences, la puissance tectonique de sa continuité. Les idéologies passent, les nations demeurent. Les caprices de l'arrogance américaine passent, la présence millénaire de la Perse continuera, pour des siècles ou des millénaires, d'exercer sa puissance d'arbitrage sur l'échiquier du Moyen-Orient.

 

Pour les pays d'Europe, c'est l'occasion ou jamais d'affirmer que leur relation avec l'Iran relève de leur choix souverain, et non d'un alignement sur les États-Unis d'Amérique. On espère que la Suisse, qui n'est pas partie prenante de l'Accord de 2015, trouvera les mots pour affirmer une volonté de solution politique qui passe par le dialogue et la reconnaissance, et non par l'obédience. Si le Conseil fédéral pouvait se montrer plus courageux qu'au printemps 2003, lors de la catastrophique expédition américaine sur l'Irak, notre pays en sortirait grandi. La neutralité, ça n'est pas se taire. Et c'est encore moins s'aligner sur les puissants et l'arrogance, juste parce qu'ils manient les milliards de dollars.

 

Plusieurs millénaires avant la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, la vieille Perse brillait déjà de mille feux. Si elle devait, aujourd'hui, se sentir menacée, la levée en masse serait mue en priorité, comme dans la Russie de 1941, par la défense acharnée de la terre nationale, de la mémoire collective, de la communauté dans l'ordre de l'Histoire. Ces données de fond, intimes et intangibles, bien avant la défense d'un régime.

 

Les idéologies passent, les nations demeurent.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Des âmes humaines

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.05.18

 

L’arrivée de Thierry Apothéloz au Conseil d’Etat est une excellente nouvelle pour Genève. Parce que cet homme, au sommet de sa forme politique, incarne à la fois l’expérience (quinze années d’exécutif à Vernier, quatrième ville de Suisse romande), le militantisme (c’est un socialiste, un vrai, et pas un caviar de salon), l’espoir. La conjonction de ces trois qualités, Genève en avait besoin.

 

Quelque part au plus haut niveau de notre Canton, il nous fallait un homme issu du peuple. Un homme de la rive droite, ayant accompli la quasi-totalité de sa carrière politique dans ce qu’il est convenu d’appeler une Cité, terme qu’il faut s’empresser d’oublier : Vernier est une ville, comme d’ailleurs Meyrin, Onex, Lancy, une ville oui, avec son âme, son Histoire, les confluences de tant de destins. C’est ainsi qu’Apothéloz conçoit et raconte Vernier, celui des Avanchets ou du Lignon, ou des Libellules, une ville, une cité, avec des institutions, une mémoire, des âmes humaines.

 

Puisse Thierry Apothéloz ne jamais oublier d’où il vient. Maintenir, à tout prix, son contact avec la base. Défendre, aux côtés de Serge Dal Busco, les intérêts des communes, dont ils auront l’un et l’autre présidé l’Association faîtière, à Genève. Avec ces deux hommes, qui savent ce que l’échelon municipal d’une commune autre que la Ville signifie, il y aura, face au jacobinisme de certains Plans directeurs, l’espoir d’une sensibilité nouvelle. Genève, c’est un Canton : de Versoix jusqu’à Chancy !

 

Pascal Décaillet

 

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04/05/2018

Mai 68, l'anti-Révolution

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Sur le vif - Vendredi 04.05.18 - 11.50h

 

Il faut arrêter de parler de "Révolution" au sujet de Mai 68.

 

1789 est une Révolution. 1830, aussi. De même, 1848. 1917, bien sûr. Et le 9 novembre 1918, en Allemagne, scandaleusement ignorée dans les écoles, alors qu'elle est majeure, et porte les germes de la Contre-Révolution de 1933. Pourquoi les profs d'allemand ne font-ils pas lire le génial "November 1918", d'Alfred Döblin, à leurs élèves ?

 

Mai 68 n'a absolument rien d'une Révolution. Les étudiants voulaient renverser l'ordre établi, ils ont non seulement échoué, mais, la France ayant eu peur, elle a, en juin, conduit à la Chambre, pour cinq ans, une majorité de la peur, conservatrice. Celle de Pompidou, tellement éloignée du virage social justement entamé par de Gaulle, dont Mai 68 a ruiné les espoirs. Aujourd'hui, qui connaît encore le gaullisme social, celui de Louis Vallon et René Capitant ?

 

Le révolutionnaire, devant l'Histoire, c'est de Gaulle, ce moine-soldat, ombrageux, incorruptible, haï par les puissances de l'Argent, celles qui avaient fait de très bonnes affaires, entre 1940 et 1944.

 

Après, on nous parle de Révolution des mœurs, de sujets "de société", voire liés à la sexualité. Je veux bien. Mais toutes ces choses-là, propres à l'évolution des mentalités dans les années 60, étaient déjà dans l'air depuis quelques années. Cette évolution, avec ou sans les éruptions libertaires du Quartier Latin, se serait de toute manière produite. Entamée au milieu des années 60, elle déploie ses effets jusqu'à la fin des années 70, en gros jusqu'à Mme Thatcher.

 

Une Révolution, relisez Marx (200 ans demain !) ou Engels, lisez aussi la Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, présuppose le renversement institutionnel d'une société par une autre. Les excitations estudiantines de Mai 68 n'ont obtenu que la France de Pompidou, le vieux renard prudent de la Banque Rothschild. Pompidou, le matou matois que Mauriac, dans une fulgurance de plume, avait en 1963 surnommé Raminagrobis. Bref, la France de Guizot. Comme Révolution, on fait mieux.

 

Pascal Décaillet

 

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03/05/2018

Trump va bien. Et vous ?

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Commentaire publié dans GHI - 02.05.18

 

Le 9 mai marquera les dix-huit mois de l’élection de Donald Trump. Un moment de coupure violente, jusqu’ici à Genève, entre ceux, innombrables, qui vomissaient le candidat républicain, allant jusqu’à l’attaquer sur la couleur de ses cheveux, et ceux qui, tel votre serviteur, se refusaient à le diaboliser, entrant en matière sur le protectionnisme, la régulation des flux migratoires, la fin des grands machins multilatéraux. Césure, oui. De vieilles amitiés, ce jour-là, furent rompues.

 

Un an et demi après son élection, plus de quinze mois après son entrée en fonction, l’homme a-t-il détruit la planète ? A-t-il ruiné son pays ? A-t-il commis l’irréparable ? Réponse : trois fois non. Donald Trump ne fait évidemment pas tout juste, pas plus qu’aucun de ses prédécesseurs, même le grand Roosevelt, mais il est là, bien en place, il dialogue avec le monde, ouvre des perspectives avec la Corée du Nord, pose ses différences avec Emmanuel Macron ou Mme Merkel. Bref, il fait son métier.

 

On peut certes contester ses options, je l’ai fait dans le dossier de l’Accord nucléaire avec l’Iran, qui était selon moi l’un des seuls succès diplomatiques (avec Cuba) de l’ère Obama. Mais nul ne peut nier que le Président Trump accomplit une action politique dont l’Histoire aura à juger.

 

Dès lors, ne soyons pas cruels. Résistons à la tentation de reprendre les citations, écrites ou orales, de ceux qui, avant le 9 novembre 2016, nous le décrivaient comme une parfaite créature de Frankenstein. L’effet de ces rappels serait dévastateur, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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02/05/2018

Autorité

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Sur le vif - Mercredi 02.05.18 - 10.04h

 

Homme ou femme, jeune ou vieux, gauche ou droite, rien de cela ne m'importe. J'ai besoin qu'un candidat au Conseil d'Etat ait autorité sur sa propre prise de parole.

 

Autorité, au sens d'auteur. Ce qu'il dit ne doit pas donner l'impression de lui avoir été soufflé par un autre. Car, s'il est élu, le souffleur, parmi ses pairs, demeurera.

 

Autorité, au sens d'augmentation du champ du possible. Un ministre doit se projeter en avant, nous ouvrir un avenir.

 

Autorité, au sens de courage. Pierre Mendès France, à peine investi par la Chambre le 18 juin 1954, se donne un mois, pas un jour de plus, pour trouver une issue à la question indochinoise. Faute de quoi, il annonce qu'il partira. Un mois après, il signe les Accords de Genève.

 

Autorité, au sens de solitude. Celui qui a besoin d'un souffleur n'est jamais seul sur scène. Dans l'intensité du monologue, il ne saura puiser en lui-même la justesse du ton.

 

Nous devons élire des auteurs. Des inventeurs. Des défricheurs.

 

Le reste n'est que politique politicienne, propagande des officines et des états-majors de partis, intérêts corporatistes.

 

La République a besoin d'autorité. Elle a besoin d'auteurs.

 

Pour les duplicateurs, il existe des machines a photocopier.

 

Pascal Décaillet

 

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