19/07/2018

L'Europe et les marchands du Temple

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 06.04h

 

Les Pères de l'Europe, au début des années cinquante, les Schuman, de Gasperi, Adenauer, étaient des démocrates-chrétiens.

 

Ils étaient porteurs d'une vision, humaniste et émancipatrice, après le choc et le fracas de la guerre, de l'organisation du continent.

 

On peut, bien sûr, on doit même discuter de cette vision. Mais elle avait sa cohérence, sa noblesse, une ambition sociale puisée dans la grande pensée d'un Léon XIII, elle se voulait l'Europe des cœurs et des âmes. Le projet méritait intellectuellement, spirituellement, qu'on fît un bout de chemin avec lui.

 

Ce qui a tout foutu en l'air, depuis trente ans, c'est le dogme ultra-libéral. Le catéchisme du libre-échange. La sanctification de la libre circulation des personnes et des marchandises. Oui, tout cela nous fut imposé d'en haut, comme vérité révélée.

 

On retrouvait la jouissance parfumée du bénitier démocrate-chrétien, mais cette fois, c'était au service oligarchique du profit immédiat, quand il n'était pas spéculé. Cela porte un nom : cela s'appelle le culte du Veau d'or.

 

Adieu Léon XIII, adieu Doctrine sociale, adieu la paix des braves sur les cendres des guerres nationales. Bonjour l'Europe des banquiers, de la circulation sans entraves du Capital, des fermetures d'usines, des délocalisations, du profit de casino, celui qui joue à saute-mouton par dessus les frontières.

 

C'est cette Europe-là, cette idéologie, qui s'effondre. Et qui, aux abois, nous sort un Accord avec le Japon, pour sanctifier une dernière fois le libre-échange, nous prescrire son dogme de l'Infaillibilité. Le chant du cygne de M. Juncker, après le vin de Messe et la quête des Indulgences.

 

Ce qui s'effondre, ça n'est pas l'idée européenne. Ni l'aspiration à faire quelque chose de ce continent que nous aimons, et dont les différentes Histoires nationales nous habitent et nous passionnent.

 

Non. Ce qui s'effondre, c'est la prise en otage de l'idée européenne par les ultra-libéraux. Eux, devront rendre des comptes. Il faut reconstruire le Temple de l'Europe. Mais en commençant par en chasser les marchands.

 

Pascal Décaillet

 

08:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Dommage que Monsieur Décaillet ne dénonce pas la gauche complice de cet ultra libéralisme!

Écrit par : G. Vuilliomenet | 19/07/2018

Excellente présentation de la situation!
Peu importe qu'elle provienne de la gauche ou de la droite. Ce qui relie les oligarques c'est un concept unique de développement dans le sens où ils le décident avec pour but la croissance maximale.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 19/07/2018

Vouloir extraire l'Europe de la mondialisation me paraît être tristement utopique. Le profit immédiat n'est pas une idée européenne et il est parfaitement illusoire de croire qu'en "tuant" l'Europe actuelle, on sera en mesure de construire, en quelque sorte, un ordre nouveau, une société plus sociale, plus équitable, plus juste. Le profit n'a pas de patrie et se moque éperdument des frontières, qu'elles soient verrouillées ou entrouvertes.

Combattre la mondialisation et le libre-échange pour en revenir à un monde plus partageur demandera du temps, beaucoup de temps. Avec ou sans une Europe redécouverte !

Écrit par : Michel Sommer | 19/07/2018

Je me réjouis comme un fou de la rencontre de Juncker avec Trump. Cela ne va pas manquer d'être assez amusant...
De même, de l'amende que les juges US vont infliger à Volkswagen, Mercedes, Audi mais aussi Renault, PSA pour tricherie sur les teneurs en CO2 des émissions de gaz d'échappement de leurs véhicules. Je pense que les juges US vont beaucoup s'inspirer de l'amende infligée à Google, et pour cette fois, je me sens très pro-américain...

Écrit par : Géo | 19/07/2018

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