31/07/2018

La Suisse et le mystère du monde

 

Sur le vif - Mardi 31.07.18 - 10.35h

 

À la Suisse, je souhaite cohésion sociale, bonheur d'être ensemble, aide aux plus démunis, intégration de tous, qualité du travail accompli, connaissance de nous-mêmes, de notre Histoire plurielle, complexe et passionnante, goût du terroir, respect de nos paysans, qualité de nos écoles, économie au service de l'humain et non du profit, protection de l'environnement et de nos paysages, démocratie directe plus que jamais, respect des décisions du souverain populaire, élus au service du peuple et non de leur carrière.

 

Et puis, de la musique, des concerts à n'en plus finir, le goût de la langue et de l'expression, le temps de la lecture et celui de l'écriture. La contemplation mystique du pays physique. Vivre au milieu de notre faune et de notre flore. Respect des animaux. Des milliers d'heures à les observer.

 

Le petit miracle de notre pays, c'est la sainte fragilité de ses équilibres. La Suisse exige de l'attention, du respect, du travail d'extrême qualité, chacun dans son domaine, de l'ouverture d'esprit.

 

Et peut-être, oui, des antennes sur le mystère du monde.

 

Pascal Décaillet

 

11:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/07/2018

Europe : l'imposture libérale

 

Sur le vif - Samedi 28.07.18 - 13.12h

 

La prise en otage de l'idée européenne, dès la chute du Mur (1989), par les idéologues du libre-échange, est la cause majeure de l'effondrement, aujourd'hui, de l'Union européenne.

 

Depuis trois décennies, on nous décrète que l'Europe serait ontologiquement libérale, qu'il n'y aurait d'autre voie de salut que l'ouverture des frontières, le grand bazar de la libre circulation des marchandises et des personnes.

 

Eh bien non. L'Europe continentale n'est en rien libérale par nature. J'ai étudié à fond l'Histoire des deux principaux pays de ce continent, la France et l'Allemagne. Ils ne sont libéraux ni l'un, ni l'autre !

 

Pour la France, c'est chose connue de tous. À part un épisode de libéralisme sous le Second Empire, la France a toujours été un pays dirigiste et planificateur. Déjà bien avant la Révolution jacobine !

 

Quant à l'Allemagne, c'est bien mal connaître les profondeurs de son Histoire que de la tenir pour libérale. C'est Bismarck, oui le grand Bismarck, qui est à l'origine de toutes les grandes lois sociales allemandes, des premières conventions collectives, de la première protection des travailleurs, digne de ce nom, en Europe. Cette tradition sociale a perduré dans la mentalité collective allemande.

 

La grande imposture n'est pas que des libéraux soient libéraux, ils ont évidemment le droit le plus total à défendre le modèle de leur choix.

 

Non. La grande imposture nous vient de la petite clique d'ultras, dérégulateurs, casseurs de services publics nationaux et de cohésion sociale, qui ont imposé, depuis trois décennies, la sauvagerie de leurs vues comme prétendu modèle unique d'organisation de l'Europe.

 

Ces gens-là ont lamentablement échoué. Leur responsabilité, dans la destruction du lien social, est immense. Il faut maintenant, dans tous les pays de notre continent, repartir sur d'autres bases. Respecter l'échelon de la nation. Écouter VRAIMENT les peuples.

 

Vaste programme, mais passionnant défi, sur les décombres de l'ultra-libéralisme, pour lequel l'Europe n'est pas faite. Ni historiquement. Ni philosophiquement. Ni politiquement.

 

Pascal Décaillet

 

20:03 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Ah, la gentille UCK !

 

Sur le vif - Dimanche 29.07.18 - 14.09h

 

Ah, la gentille UCK ! Pour qui, en 1999, les gentils - et gentilles - reporters de la presse suisse romande avaient les yeux de Chimène.

 

Pendant ce temps, de très rares méchants, dont votre serviteur, s'étant maintes fois rendus sur place, y compris au Kosovo fin 1998, ne cessaient de dire et d'écrire que les guerres balkaniques devaient être analysées sous le biais de l'Histoire et de la démographie, sans jugement moral, sans diaboliser les uns, ni sanctifier les autres.

 

Mais non ! Il fallait chanter les louanges de la gentille UCK !

 

Trafic d'organes ? Vous n'y pensez pas !

 

Instrumentalisation par l'OTAN, et par les services secrets allemands, pour casser à tout prix ce qui restait d'influence serbe dans cette zone des Balkans.

 

Grande Albanie ? Vous n'y songez pas !

 

On la connaît, la chanson. On la connaît, la musique. Vingt ans après, rien n'a changé. L'OTAN s'installe, et jusqu'en Macédoine. C'était prévu. C'était pour cela. C'était parfaitement inclus dans le plan initial.

 

Ah, la gentille UCK !

 

Pascal Décaillet

 

14:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Europe : les errances de la gauche suisse


Sur le vif - Dimanche 29.07.18 - 09.37h

 

Que la droite libérale et dérégulatrice, en Suisse, ait laissé faire la libre circulation, c'est ma foi sa vocation économique et politique. Elle a parfaitement le droit d'exister, et de défendre ses opinions.

 

Que les gentils centristes, d’inspiration chrétienne, aient embrayé derrière, comme des grands, c'est déjà plus étonnant. On ne saurait leur recommander la lecture de l'un des textes politiques les plus éblouissants de la fin du 19ème siècle, l'Encyclique Rerum Novarum, du Pape Léon XIII (1891), qui plaide avec feu pour une économie au service de l'humain, et non du profit. Mais enfin, va pour les gentils centristes. Il se signalent par deux points, après mûre réflexion : ils sont gentils, et ils sont centristes.

 

Mais alors, que la GAUCHE, au début des années 2000, se soit laissé enfiler, au mépris total des travailleurs suisses qu'elle prétend défendre, le grand capharnaüm de l'ouverture des frontières, mère de toutes les sous-enchères salariales, en se disant rassurée par l'immense plaisanterie des "mesures de compensation", là il y a un problème.

 

Tant que la gauche, en Suisse, au nom de l'irénisme d'une fraternité planétaire, demeurera majoritairement noyautée par des internationalistes, soit anciens trotskystes, soit libéraux blairiens, méprisant les uns comme les autres la dimension nationale et l'absolue primauté des travailleurs indigènes, elle fera le jeu des libéraux, et même des ultras. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que montent, dans l'estime de la population, les approches plus radicales. Celles de gauche, comme celles de droite.

 

Pascal Décaillet

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

27/07/2018

La tyrannie de l'échange

 
 
Sur le vif - Vendredi 27.07.18 - 20.14h

Il faudra un jour s'interroger sur la tyrannie de "l'échange", l'un des fondements du libéralisme économique, ou plus exactement de la dérive ultra de ce dernier, celle qui régente et régule l'Europe, depuis trente ans.

 

L’Échange. Je ne pense pas ici à la sublime pièce de Claudel, mais à ces millions de produits dont la circulation frénétique, d'un bout à l'autre de la planète, nous est imposée comme passage obligé du bonheur terrestre. Depuis la chute du Mur, donc du communisme, depuis que le libéralisme est devenu dogme unique.

 

Au nom de l'échange, nos pays ont laissé mourir nos agriculteurs. Au nom de la domination absolue du Commerce extérieur, qui va jusqu'à infléchir nos taux monétaires, on a laissé tomber une partie importante de la production agricole dans nos pays. On nous fait miroiter des vins d'Australie, du Chili ou de Californie : c'est un peu dommage, les nôtres, les vins suisses, les vins français, les vins italiens, ne sont pas si mauvais, non ?

 

Au nom de l'échange, on a sacralisé les transactions bancaires internationales, invisibles, inodores, plus rapides que la lumière. On les a défiscalisées, on traite de doux rêveurs ceux qui voudraient les taxer.

 

Au nom de l'échange, on a laissé les fonctionnaires du Commerce extérieur sécréter des tonnes de directives qui, sous l'apparence incompréhensible du jargon juridique, justement là pour noyer toute compréhension et étouffer toute tentative de contrôle démocratique, n'ont d'autre fonction que de faciliter la vie à ceux qui font commerce d'exporter, ou d'importer mondialement des produits.

 

Millions de tonnes de kérosène grillés, camions bulgares, roumains, lituaniens, qui envahissent nos autoroutes sans que personne ne sache ce qu'ils transportent. Nourrir le Commerce extérieur, comme on entretient une usine à gaz, faire croire au bon peuple que l'hyper-circulation démentielle des marchandises serait la seule voie du salut.

 

Il y a trop d'échanges, sur la planète. Il ne s'agit pas de les supprimer, mais de les diminuer. Revenir au raisonnable. Encourager la production indigène, en priorité dans le domaine agricole. Légiférer sur les grands distributeurs. Introduire un rapport avec le Tiers-Monde, notamment les pays d'Afrique, qui soit d'un authentique respect mutuel dans l'éthique de l'échange, et non le pur et simple pillage d'un continent par un autre.

 

De très grands poètes ou auteurs ont écrit sur le thème de l'échange, dès la tragédie antique, à vrai dire dès les poèmes homériques. J'ai cité Claudel, parce que sa pièce est un éblouissement, tant par la qualité de la langue que par celle du propos. J'aurais pu citer Bernard-Marie Koltès, ce duo bouleversant entre deux hommes, autour d'un échange, un "deal", dans la pièce "La solitude des champs de coton". J'aurais pu citer la Bible, les Psaumes. Et puis, ne parle-t-on pas "d'échange de correspondance", "d'échange amoureux" ?

 

Sans une réflexion profonde sur le thème de l'échange, sans une volonté politique de remettre à sa place la tyrannie du Commerce extérieur, non pour s'isoler mais pour rendre à l'humain sa primauté sur la transaction, il sera difficile d'avancer. Je vous invite tous à cette réflexion. Tiens, nous pourrions par exemple "échanger nos idées".

 

Pascal Décaillet

 

 

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Vivre et laisser mûrir

 

Sur le vif - Vendredi 27.07.18 - 09.38h

 

Les politiques protectionnistes en Europe, avec contrôle des flux migratoires, dans les années qui viennent, n'auront pas besoin d'être mises en place par les seuls partis qui, aujourd'hui, les prônent.

 

Non, elles seront pratiquées par les mêmes milieux qui, aujourd'hui aux affaires, les combattent.

 

Parce que, d'ici là, elles auront pénétré ces milieux, par instillation.

 

Ainsi, à Genève, le concept de "préférence cantonale", encore pestiféré il y a dix ans, s'est-il tout naturellement installé dans les consciences. Aujourd'hui, il est considéré comme la norme.

 

Idem, la notion de "préférence indigène", désormais en vigueur au niveau fédéral.

 

C'est le génie de la Suisse, depuis 1848 : les idées nouvelles commencent par déranger les partis au pouvoir. Mais ces derniers, avec le temps, sont assez habiles pour les assimiler, allant même parfois jusqu'à en revendiquer la paternité. C'est ainsi que le Parti radical, pendant un siècle et demi, a pu asseoir sa domination et son influence sur le pays.

 

En politique, il faut souvent laisser faire le temps, ami précieux, discret et silencieux. Si c'était le titre d'un film, cela pourrait être "Vivre et laisser mûrir".

 

Pascal Décaillet

 

 

19:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Les noires profondeurs de la Perse

 
 
Vendredi 27.07.18 - 08.17h

En France, la liberté d'expression n'existe plus. Il y a des choses qu'on ne peut plus dire, des idées qu'on ne peut plus défendre. Dès que vous tentez de les émettre, une armada de régulateurs vous tombent dessus.

 

Ils défendent l'orthodoxie de la pensée. Il faut sanctifier l'Europe, même en faillite, et faire passer la nation pour un archaïsme. Il faut gommer l'Histoire, éradiquer la mémoire, vouloir du passé faire table rase.

 

Il faut sublimer le nomade, mépriser le sédentaire. Il faut déifier l'Autre, en s'ignorant soi-même. Interdire de lire des écrivains qu'on n'a soi-même pas lus. Respecter la liste de ce qui est lisible, convenable, ne pas s'en détourner, jamais.

 

Il faut être dans le rang. Régulateurs en chef de toute déviance à cet ordre établi de la pensée, quelques figures du Palais des glaces parisien. Ils sont marquis, admis au Coucher du Roi, courtisans du pouvoir en place, sécateurs de têtes qui dépassent. Ils nivellent, normalisent. Ils urbanisent la pensée.

 

Bien heureusement, ces choses-là n'adviennent qu'en France. Ou peut-être, aussi, en Perse. Dans notre bonne Suisse romande, chacun sait que la liberté d'expression est totale. Nul communautarisme, jamais, ne tente de l'étouffer.

 

Nul courant dominant. Nulle coterie professionnelle. Nul réseau de géomètres. Nulle Olympe, pour décréter le bien.

 

Heureux sommes-nous de n'être point en France. Ou pire : dans les noires profondeurs de la Perse.

 

Pascal Décaillet

 

10:36 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/07/2018

Macron et la vertigineuse moraine de l'éternité

 

Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 21.45h

 

L'affaire Benalla ne sonne pas la fin de la Macronie. Le temps de cinq ans, ce répit de l'Ancien Monde avant de passer aux choses sérieuses, s'accomplira, sauf événement majeur ou imprévu.

 

Mais cette affaire sonne la fin de ce que l'orléaniste de l’Élysée a cru bon de considérer comme son état de grâce prolongé. Il ne lui aurait pas déplu que cette prolongation durât jusqu'à la vertigineuse moraine de l'éternité.

 

Seulement voilà, l'Histoire n'est pas un conte de fées. Les Français ne sont pas insensibles aux monarques, mais ils ont, de tout temps, détesté les favoris. Mignons du Roi Henri III, dépenses de la Pompadour, arrogance de la Du Barry. Ils ne répugnent pas, loin de là, à l'exercice solitaire du pouvoir (Philippe le Bel, Louis XI, Louis XIV, Napoléon, de Gaulle), mais à condition que l'homme seul soit un homme grand. Tutoyant le destin.

 

Nous ne sommes pas exactement dans ce cas de figure.

 

Pascal Décaillet

 

22:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

France : la fausse résurrection de l'Assemblée

 

Sur le vif - Mercredi 25.07.18 - 11.20h

 

Le ministre français de l'Intérieur, ministre d’État, obligé de passer un Grand Oral face à la représentation nationale. Après lui, toute une série de hauts fonctionnaires régaliens, et même un homme du Président, son directeur de cabinet.

 

Le tout, en direct sur les écrans TV. Le pouvoir, acculé à répondre sous serment aux élus du peuple. Ces derniers, membres de la Commission des lois, ne se privant évidemment pas de l'aubaine pour se mettre en avant devant des millions de téléspectateurs, et accessoirement devant leurs électeurs.

 

Je me demande si un quelconque réalisateur de fiction aurait été capable de faire mieux. Ces scènes en direct, avec des députés qui se prennent pour des Fouquier-Tinville, un ministre d’État dans le plus extrême des embarras, les chuchotements et conciliabules des souffleurs, les réponses rédigées avant même que la question ne fût posée, tout cela constitue un scénario qui tient en haleine. Ça tombe bien : le Mondial est fini.

 

Professeurs d'Histoire, ou d'éducation aux médias, vous devez d'urgence, dès la rentrée, reprendre les archives de ces auditions, les diffuser à vos élèves, les décortiquer, les analyser. En termes de pouvoir, de dissimulation, d'habileté ou de faiblesse dans l'ordre des mots, ces quelques heures valent tous les livres.

 

Au demeurant, dans une culture politique suisse où l'on fait tant mystère des séances de commissions parlementaires, et où l'exigence du plus grand silence est évidemment compensée, comme chez Archimède, par la fluidité des fuites, je suis désolé de dire que la France nous donne une leçon. Dans certains cas, qui impliquent la confiance dans les plus hautes autorités de l’État (c'est cela, l'enjeu réel, et non la castagne de la Contrescarpe), pourquoi diable les auditions d'une commission d'enquête parlementaire ne seraient-elles pas publiques ?

 

La richesse d'enseignements, pour les citoyennes et citoyens, sur les mécanismes du pouvoir, y est immense. Faire lire aux élèves Thucydide, Machiavel ou Clausewitz, c'est bien. Exercer leur appréciation critique de ces séances à vif, qui sont d'aujourd'hui et non d'antiques Sorbonnes, c'est encore mille fois mieux.

 

Reste une remarque, sur laquelle nous reviendrons : la petite vengeance, de jouissance bien rentrée et bien serrée, d'une Assemblée humiliée depuis 1958, donne l'impression de regain de pouvoir d'un législatif que la Cinquième République (et c'est un gaulliste convaincu qui signe ces lignes) a relégué au statut du Chambre d'enregistrement. Eh bien, ne nous y fions pas trop. Si motion de censure il y a, elle sera balayée par la majorité de Marcheurs (entendez de suiveurs du Président) élue en juin 2017.

 

Le pouvoir contre-attaquera, il a d'ailleurs déjà commencé hier avec une excellente prestation du Premier ministre à l'heure des questions. Oui, Édouard Philippe a été bon. Il ne s'est pas laissé démonter. Il a montré de l'humour, de la répartie, de l'intelligence. Il a même remis à sa place Mélenchon, en lui retournant avec brio quelque considération sur la vertu dans l’État. Bref, la Macronie n'est pas morte. L'Assemblée n'est pas ressuscitée. La France, qui n'est plus un régime parlementaire depuis exactement 60 ans, ne va pas le redevenir d'un coup de baguette magique.

 

A la minute même de l'élection de Macron, en mai 2017, nous avions titré, ici même, "Cinq ans de répit pour l'Ancien Monde". Hélas, il faudra bien, sauf événement majeur, que ce temps de cinq ans s'accomplisse. Et les successeurs de cet orléaniste sans épine dorsale ne seront pas les actuels pleureurs de l'Assemblée. C'est à une révolution plus radicale que la France doit d'attendre. Mais c'est une autre affaire. Nous en reparlerons.

 

Pascal Décaillet

 

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24/07/2018

Barenboim et le scintillement de nos âmes

 

Sur le vif - Mardi 24.07.18 - 20.30h

 

"Israël défini dans la loi comme un État-nation juif, c'est une forme d'apartheid".

 

Apartheid. Ce mot, que nous avancions ici le 19 juillet, le jour où Israël a décrété cette loi, et éradiqué l'arabe comme l'une des langues nationales, malgré plus d'un million et demi d'Arabes israéliens, c'est l'un des plus prestigieux citoyens israéliens qui l'emploie désormais, dans le journal Haaretz.

 

Cet homme, 75 ans, l'un de nos plus saisissants contemporains, l'un des plus merveilleux humanistes et aussi l'un des plus grands musiciens vivants, c'est un certain Daniel Barenboim.

 

On nous permettra, lorsque nous pensons à Israël, d'évoquer en priorité, dans notre esprit et dans le scintillement de nos âmes, cette figure de lumière. Et bien plus loin, hélas, dans l'échelle de notre estime, ceux qui défendent la politique des faucons et des colons. En Israël. Et aussi, par exemple, Outre-Atlantique.

 

Pascal Décaillet

 

 

20:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

23/07/2018

Macron, la politique mêmement

 
Sur le vif - Lundi 23.07.18 - 23.50h
 
 
Emmanuel Macron, dans sa campagne 2017, nous annonçait vouloir faire de la politique autrement. Tout le monde sait maintenant - nous le relevions pour notre part dès la campagne présidentielle - qu'il ne fait pas de la politique autrement. Mais qu'il fait de la politique mêmement. Entendez qu'il en fait comme tous les autres.
 
Homme, parmi les hommes. Assoiffé de pouvoir et de miroirs, parmi les assoiffés. Sarkozy, en pire. Un arriviste de passage, encroûté dans l'antique noirceur des scénarios de duperie et de domination. Un Jupiter foudroyé par le banal. Un routinier de l'orléanisme. Un Rastignac, sans le génie de Balzac.
 
Un super-malin. Il a, non sans appuis financiers dont il faudra bien que les historiens démêlent les origines, pulvérisé la campagne de François Fillon. Il a laissé les socialistes vérifier leurs options métaphysiques sur la jouissance philosophique du suicide, il a joué l'homme nouveau, il nous a fait le coup de Kennedy et de Giscard, les gens ont marché. Pas nous. Reprenez tous nos textes du printemps 2017.
 
Il ne pouvait pas "faire de la politique autrement", pas plus que Kennedy ni Giscard, pour la simple raison que la politique, lorsqu'elle charrie des rapports de forces et de pouvoirs, n'est jamais "autre", mais toujours désespérément semblable à elle-même. Il faut faire lire à tous les élèves le Jules César de Plutarque, puis leur faire visionner le discours de Marc-Antoine, pour charger Brutus et Cassius, dans la version inoubliable de Marlon Brando, dans le film de Joseph Mankiewicz (1953), tiré de la tragédie de Shakespeare. On en retiendra le paroxysme de l'immuable, la permanence des ambitions, l'éternité d'ébène du pouvoir.
 
A la tête de la France, pour quatre ans encore, un petit malin qui a profité, en 2017, de l'auto-pulvérisation d'une vieille classe politique essoufflée, à gauche comme à droite, pour se faire une place au royaume du Soleil, dans la Galerie des Glaces. Un homme sans culture politique, sans amour de la politique, habité même par une profonde détestation des politiciens. Le contraire d'un Mitterrand ou d'un Chirac, blanchis sous le harnais des circonscriptions, des élections régionales, des millions de mains à serrer. Monter de la Province vers Paris, oui, mais en y revenant sans cesse.
 
Aujourd'hui, l'homme qui méprise les politiciens les a tous contre lui. De la gauche à la droite, c'est une coalition des oppositions qui, prenant prétexte de l'affaire de son Favori, exige du Président qu'il s'explique. Les fusibles sauteront, jusqu'à priver de Lumière la place Beauvau. Et la bonne vieille classe politique, celle que Macron avait cru anéantir en la foudroyant, lors de son élection en 2017, viendra lui rappeler qu'en politique, l'entêtement enraciné du "mêmement" l'emportera toujours sur l’aléatoire volatile et prétentieux, trompeur surtout, de "l'autrement".
 
 
Pascal Décaillet
 
 

23:50 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

22/07/2018

Feue la Cathédrale européenne

 
Sur le vif - Dimanche 22.07.18 - 14.13h
 

Il n'y a pas d'aventure européenne, pas plus qu'il n'existe de "construction européenne". Derrière ces mots, gargarisés à l'envi, nul concept réel, nul principe de réalité. Juste une incantation, sur une base abstraite, pour se faire plaisir.

 

Il n'existe pas de "construction européenne". Mais il existe l'inusable vitalité des nations. Par exemple, la nation française, depuis la Révolution. Ou encore, la nation allemande, plus complexe, principalement née de l'esprit de résistance à l'occupation française de la Prusse, entre 1806 (Iéna) et 1813 (Leipzig). Née aussi du Sturm und Drang, en réaction à l'Aufklärung (les Lumières, version allemande). Née aussi du Romantisme, littéraire et musical. Née, encore, de l'extraordinaire travail des Frères Grimm sur l'origine des mots germaniques.

 

Face à ces réalités-là, qui charrient tant de strates profondes, en philosophie politique, en littérature, en lexicologie, en travail sur le langage, en réflexion sur la vraie nature de ce qui nous porte, inutile de dire que les braves technocrates de Bruxelles, avec leurs directives, ne pèsent pas lourd. Ils sont au service de gens qui, depuis un demi-siècle (1968), et surtout depuis une trentaine d'années (chute du Mur, 1989), ont tout entrepris pour gommer cette réflexion-là, l'éradiquer.

 

Il ne fallait surtout plus parler d'Histoire nationale, surtout pas étudier - ou faire lire à ses élèves - les Discours à la Nation allemande de Fichte (1807), dont je parle si souvent ici, encore moins l'Histoire de la Révolution française de Jules Michelet. Il fallait liquider les chronologies, tout réduire à des "thèmes", dépourvus du moindre ancrage dans l'échelle temporelle, privilégier les "sujets de société" (le véritable enjeu de Mai 68) sur l'Histoire politique, celle des batailles, des guerres, des Traités, des rapports de forces. Celle qui, à l'instar de Thucydide (Guerre du Péloponnèse, 5ème siècle avant JC), constate, cherche les causes, les relie aux conséquences, décrypte le discours, rétablit les enjeux profonds.

 

L'éclosion de "l'idée européenne" chemine en étonnante contemporanéité avec les idées de Mai 68. On ne parle plus des nations, on ne constate plus les faits dans un enchaînement de causes et de conséquences. En lieu et place, on décrète des "droits", on moralise, on saute à pieds joints dans le piège émotionnel, dans celui de "l'indignation", on guette le moindre "dérapage" sur un réseau social pour hurler au retour des années noires, dénoncer, clouer au pilori. Et puis, quand on a encore un peu de force entre deux étranglements "d'indignation", on vénère l'Europe, parce que tout de même, l'Europe c'est le Bien, les Nations c'est le Mal. Pas belle, la vie ? Simple, éblouissante, comme une jouissance enfin délivrée de l'archaïsme des entraves.

 

Le problème, c'est que l'Europe n'existe pas. Je ne parle pas de notre continent, magnifique et aimé, du Cap Nord à Palerme, "de l'Atlantique à l'Oural". Non, je parle de CETTE EUROPE-LÀ. Cette horlogerie intellectuelle, conçue - au mieux - par des esprits croyant à la primauté de la philosophie sur le constat historique. Car là se trouve la vraie ligne de fracture intellectuelle : entre les raisonneurs, qui veulent toujours tout démontrer, et ceux qui observent patiemment, nation par nation, le réel. Les premiers, dans la Lumière de leur cosmopolitisme, croient aux lois universelles. Les seconds, plus instinctifs, tentent de défricher la vie intime de chaque terroir.

 

L'Europe n'existe pas. Mais le destin allemand, par exemple, relancé dès le milieu du 18ème siècle par le grand Frédéric II de Prusse, cela existe. Bien tangible. Avec des revers, comme mai 1945. Mais surtout avec une perpétuelle renaissance. Comme par hasard, c'est au moment de la chute du Mur, 1989, là où tout redevient possible pour le destin allemand, et notamment toutes les fulgurantes préfigurations de Fichte (1807), que "l'idée européenne", jusque là fort acceptable pour faciliter les échanges économiques, ne devient plus qu'un paravent pour cacher la renaissance allemande.

 

Qu'Helmut Kohl ait joué ce jeu-là, il a ma foi utilisé la carte nationale, sous prétexte européen. Qu'un François Mitterrand ait accepté ce principe, jusqu'à le surjouer, est une toute autre affaire. En matière balkanique, en matière monétaire, on pouvait attendre de la France une autre voie, une autre voix aussi, que celles de l'alignement sur Berlin.

 

A partir de ce moment-là, celui de la Monnaie unique et du démembrement de l'ex-Yougoslavie sur la seule acceptation des exigences historiques de l'Allemagne, on ne pouvait plus parler sérieusement de "construction européenne". Mais de victoire des intérêts supérieurs de la nation allemande, au détriment non seulement de la France, mais de toute prétention à l'équilibre à l'intérieur de Feue la Cathédrale européenne.

 

Pascal Décaillet

 

 

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19/07/2018

Israël : la langue arabe, ça existe !

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 18.25h

 

L'hébreu, désormais seule langue officielle en Israël. L'arabe relégué, alors qu'il existe des centaines de milliers d'Arabes israéliens, et qu'Israël occupe depuis 1967 des Territoires arabophones. Funeste décision ! Prise par n'importe quel autre pays, elle eût attiré les foudres, on eût parlé d'apartheid, exigé des sanctions.

 

Surtout, cette décision n'intervient pas à n'importe quel moment. Depuis quelques mois, Israël se croit tout permis face au monde arabe, à commencer par les Arabes qui résident à l'intérieur de ses frontières. Le principal responsable, c'est Donald Trump, avec sa catastrophique décision (sur le plan symbolique) de transférer à Jérusalem l'ambassade américaine.

 

J'avais, ici même, immédiatement souligné les aspects dangereux de ce transfert. Le Président américain prépare déjà sa réélection de 2020. Il a besoin des suffrages des communautés qui, dans l'électorat américain, soutiennent mordicus Israël. Parmi elles, les Évangéliques. Alors, comme toujours, il force le trait. Mais là, sa méconnaissance de l'Orient compliqué l'amène à totalement sous-estiment les conséquences, à terme.

 

Israël se croit tout permis, parce que Trump prépare une guerre contre l'Iran. Sur l'échiquier du Proche-Orient, il aura besoin de son allié de toujours.

 

Alors, va pour l'hébreu, seule langue officielle. Va pour la langue arabe, jetée aux orties. Imagine-t-on l'humiliation que cela représente pour les citoyens et citoyennes d'Israël, qui se trouvent être des Arabes ? Jusqu'ici, leur langue, bien sûr minoritaire en Israël, était tout de même reconnue comme faisant partie de la communauté culturelle du pays.

 

C'était un héritage du Mandat palestinien, celui qui, entre 1920 et 1948, avait immédiatement précédé l'avènement de l’État d'Israël. Aujourd'hui, c'est fini. Ce qui aurait pu être une grande et noble nation, hélas, s'apparente de plus en plus à une tribu, recentrée sur la seule appartenance religieuse.

 

Pascal Décaillet

 

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Plouc ou Messie ?

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 09.58h

 

Tout miser sur la libre circulation, donc l'apport fantasmé de l'altérité, figurée comme la Voie du Salut, c'est faire bien peu de cas des sédentaires. Ceux qui sont déjà là. Ceux qui, pendant des générations, après leurs parents, leurs aïeux, ont choisi de demeurer dans le pays qu'ils aiment. Chacun apportant sa pierre, petite ou grande, pour le construire.

 

Dans la Suisse de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, encore bien pauvre, beaucoup de nos compatriotes ont émigré. En Algérie, en Argentine, au Brésil, etc. Mais beaucoup, aussi, ont fait le choix de rester. Ils ont travaillé dur, gratté des sols arides, accepté les boulots les plus modestes. Il faut aussi penser à eux. De l'intérieur, ils ont fait avancer le pays.

 

Il y a, dans l'idéologie ultra-libérale du flux continu des personnes, chacune interchangeable, comme une funeste négation de la vertu de sédentarité. Celui qui reste serait un plouc. Celui qui transite, un Messie.

 

C'est aussi contre cela que les peuples d'Europe commencent à se révolter, contre cette vision méprisante. Cette sacralisation du mouvement, ce mépris de l'attachement.

 

Non l'attachement du serf, celui qui n'aurait pas le droit de quitter sa terre. Mais l'enracinement de l'homme ou de la femme libre, celui ou celle qui, en toute connaissance de cause, ayant le choix, a opté pour la sédentarité à l'intérieur du pays. Parce qu'il veut participer à l'aventure collective de ce pays-là.

 

Les ultra-libéraux subliment le mouvement perpétuel, le nomadisme. Pour mieux brasser leurs équations de profit. De leur hauteur cosmopolite, ils méprisent l'émotion d'appartenance nationale. Le sédentaire creuse et contemple. Il participe, souvent sans bruit ni fracas, à la qualité de vie améliorée, là où il est.

 

Pascal Décaillet

 

12:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'Europe et les marchands du Temple

 

Sur le vif - Jeudi 19.07.18 - 06.04h

 

Les Pères de l'Europe, au début des années cinquante, les Schuman, de Gasperi, Adenauer, étaient des démocrates-chrétiens.

 

Ils étaient porteurs d'une vision, humaniste et émancipatrice, après le choc et le fracas de la guerre, de l'organisation du continent.

 

On peut, bien sûr, on doit même discuter de cette vision. Mais elle avait sa cohérence, sa noblesse, une ambition sociale puisée dans la grande pensée d'un Léon XIII, elle se voulait l'Europe des cœurs et des âmes. Le projet méritait intellectuellement, spirituellement, qu'on fît un bout de chemin avec lui.

 

Ce qui a tout foutu en l'air, depuis trente ans, c'est le dogme ultra-libéral. Le catéchisme du libre-échange. La sanctification de la libre circulation des personnes et des marchandises. Oui, tout cela nous fut imposé d'en haut, comme vérité révélée.

 

On retrouvait la jouissance parfumée du bénitier démocrate-chrétien, mais cette fois, c'était au service oligarchique du profit immédiat, quand il n'était pas spéculé. Cela porte un nom : cela s'appelle le culte du Veau d'or.

 

Adieu Léon XIII, adieu Doctrine sociale, adieu la paix des braves sur les cendres des guerres nationales. Bonjour l'Europe des banquiers, de la circulation sans entraves du Capital, des fermetures d'usines, des délocalisations, du profit de casino, celui qui joue à saute-mouton par dessus les frontières.

 

C'est cette Europe-là, cette idéologie, qui s'effondre. Et qui, aux abois, nous sort un Accord avec le Japon, pour sanctifier une dernière fois le libre-échange, nous prescrire son dogme de l'Infaillibilité. Le chant du cygne de M. Juncker, après le vin de Messe et la quête des Indulgences.

 

Ce qui s'effondre, ça n'est pas l'idée européenne. Ni l'aspiration à faire quelque chose de ce continent que nous aimons, et dont les différentes Histoires nationales nous habitent et nous passionnent.

 

Non. Ce qui s'effondre, c'est la prise en otage de l'idée européenne par les ultra-libéraux. Eux, devront rendre des comptes. Il faut reconstruire le Temple de l'Europe. Mais en commençant par en chasser les marchands.

 

Pascal Décaillet

 

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18/07/2018

Trump est vulgaire. Et alors ?

 

Sur le vif - Mercredi 18.07.18 - 09.43h

 

Trump ne fait pas de la politique comme les autres.

 

Il ne fait pas de la politique comme Obama. Il est moins élégant, moins à l'aise dans un salon. Il se comporte comme un rustre avec la Reine d'Angleterre, là où son prédécesseur avait su se montrer parfaitement bien élevé.

 

Oui, Trump est un peu vulgaire.

 

Et alors ?

 

On va passer toute la législature (déjà trois semestres accomplis, sur huit) à s'en étrangler, comme on l'avait fait pendant la campagne électorale ?

 

Moi aussi, je préfère les personnes bien élevées. Je reconnaissais à Obama, au milieu d'un bilan de politique étrangère quasiment inexistant (à part Cuba et l'Iran), une incontestable classe lorsqu'il apparaissait en public.

 

Mais cette classe d'Obama, c'était juste de l'apparence. Du visuel, pour peaufiner la fabrication d'une icône. C'est sur son bilan qu'il faut le juger.

 

De même, la vulgarité de Trump.

 

Aux trois huitièmes du mandat, l'essentiel n'est certainement pas l'éducation lacunaire du Monsieur au registre des bonnes manières.

 

Non, l'essentiel, c'est que Donald Trump est en train de bouleverser les paradigmes qui ont régi, disons depuis 1945, les rapports entre les nations.

 

Depuis 1945, cela signifie depuis la fin de la guerre. Depuis l'ONU, qui succédait à la calamiteuse Société des Nations, celle d'Adrien Deume, qui taille ses crayons, en s'ennuyant dans son bureau, pendant qu'Ariane...

 

Depuis 1945, cela signifie depuis l'avènement du "multilatéral", entendez la toile tissée mondialement pour faire oublier à la planète qu'il n'y avait désormais que deux patrons, les USA et l'URSS. Cela, pour une bonne quarantaine d'années.

 

Le multilatéral, comme paravent, comme pansement de l'âme, comme baume sur les consciences pour tenter de se convaincre qu'à l'ONU, celle de New York ou celle de Genève, le représentant de la plus oubliée des nations, la plus pauvre, bénéficiait de la même voix que les deux super-puissances, ce que bien entendu personne n'a jamais cru.

 

Ce projet, pourtant, j'aurais pu y croire. Je suis fasciné par le Discours tenu à Brazzaville, en janvier 1944, donc en pleine guerre, par Charles de Gaulle, où sont posés, avec une éloquence hors du commun, les principes du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Anticipation de la décolonisation, mais aussi de de qu'on appellera plus tard le mouvement "des non-alignés". Que ce Discours ait été tenu au cœur de l'Afrique, continent qui m'est cher, est à mes yeux essentiel. Et cela, seize ans avant la première grande vague (1960) de décolonisations.

 

Mais le "multilatéral", hélas, ce ne fut pas du tout cela. Jamais la toile n'a réussi, une seule seconde, à mettre en minorité, encore moins à désavouer, les vrais maîtres du monde : USA + URSS, puis USA tout seuls. A la moindre mise en danger, droit de veto. Ou pire : retrait du financement. Regardez, à Genève, où se trouve l'ONU, et où se trouve la Mission permanente américaine : un jet de pierre. Cette proximité veut tout dire.

 

La réalité des trois premiers huitièmes du (premier ?) mandat de Trump, c'est bel et bien une prise de congé de cette toile d'araignée multilatérale. Pour réhabiliter la seule réalité véritablement mesurable : celle des rapports de forces, des alliances bilatérales modulables et révocables (comme sous Louis XV, à l'époque de la Guerre de Sept Ans, 1756-1763, si complexe et si passionnante), celle des intérêts supérieurs des nations.

 

Ce dessein, jamais Trump ne pourrait l'accomplir s'il n'était profondément voulu par un nombre de plus en plus important de peuples et de personnes. Ce petit monde du multilatéral, des "ONG", où tout se passe en anglais (la langue du Maître), et où rien de concret n'advient jamais, si ce n'est la pointe parfaitement taillée des crayons d'Adrien Deume, n'intéresse en priorité que lui-même.

 

Ainsi, la "Genève internationale" passe beaucoup trop de temps à se contempler dans le miroir du monde, reléguant l'occasion d'aller à la rencontre des Genevois. On semble y vivre en boucle, comme dans un Palais des Glaces. Tiens, celui de Versailles, par exemple, où fut signé le calamiteux Traité de 1919, l'une des causes de la Seconde Guerre mondiale.

 

Trump prend congé du multilatéral, il a contre lui les fonctionnaires du multilatéral, donc l'Appareil, et une myriade de journalistes et d'observateurs formés (notamment à Genève) dans le culte du multilatéral. Intellectuellement, ce petit monde ne peut imaginer une planète sans ces immenses organisations, ces machines à siéger, palabrer, décréter, prendre l'avion, parler anglais, griller des millions de tonnes de kérosène. Avec, comme résultat, du vent.

 

Il a contre lui ce petit monde. Mais il n'est pas exclu qu'il ait AVEC lui, jusqu'au coeur du Vieux Continent européen, le ralliement croissant des âmes. Parce que les peuples sont de plus en plus las de l'impuissance impersonnelle du "multilatéral". Et de plus en plus demandeurs de communautés nationales, avec des contours précis, des valeurs définies, des lieux de mémoire (lire Pierre Nora, Gallimard, Bibliothèque illustrée des Histoires, 3 volumes, 1984-1992), des immigrations contrôlées, et surtout des citoyennes et citoyens qu'on écoute.

 

A cet égard, la "vulgarité" de Trump pourrait bien passer, devant l'Histoire, comme un infini détail, face à la révolution des rapports qu'il aura, peut-être, instaurée entre les nations.

 

Pascal Décaillet

 

 

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14/07/2018

On ne signe pas avec des fantômes

 

Sur le vif - Samedi 14.07.18 - 08.57h

 

La Suisse, en l'état, ne doit plus rien signer du tout avec l'entité en liquéfaction nommée "Union européenne". Le Conseil fédéral doit jeter au panier ses projets délirants "d'Accord institutionnel", dont personne ne veut. On ne signe pas avec des fantômes.

 

À Bruxelles, le château de cartes s'effondre. Depuis trente ans, on a procédé à l'envers. On a voulu construire d'en haut, juste avec la tête, avec des concepts abstraits de philosophes. On a fait passer les nations pour ringardes, dépassées. On a méprisé la voix des peuples.

 

On a secrété des galaxies de directives. On a grillé des millions de tonnes de kérosène pour balader des dizaines de milliers de ministres, de chefs d’État et de gouvernement, de fonctionnaires, d'un "Sommet" à l'autre. Jamais l'un de ces "Sommets" n'a accouché d'autre chose que du plus chétif des souriceaux.

 

Le château de cartes, pendant la guerre des Balkans, n'a jamais rien réussi. Il s'est juste aligné sur les positions historiques d'une Allemagne en pleine renaissance politique, diabolisant tout ce qui venait d'un camp, pour mieux sanctifier l'autre.

 

Il faudra, un jour, construire l'Europe. C'est notre continent, nous l'aimons. Mais pas comme cela. Pas comme depuis trente ans. Pas avec cette monnaie, qui n'est qu'un nouveau nom du Deutschmark.

 

Non. La nouvelle Europe devra se construire d'en bas. De nos racines à tous. De nos terreaux, nos terroirs. En respectant chaque peuple, chaque nation qui la composeront. Il faudra pour cela du temps, de l'écoute, du respect. Tout ce qui a si cruellement manqué à l'édifice actuel. Celui qui s'écroule.

 

Pascal Décaillet

 

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13/07/2018

M. Trump a-t-il entendu parler de l'Ostpolitik ?

 

Sur le vif - Vendredi 13.07.18 - 10.31h

 

L'attaque de Donald Trump contre l'Allemagne, au sommet de l'OTAN, est extraordinairement révélatrice de la volonté américaine, bien avant Trump, d'étendre son influence à l'Est de l'Europe, sous le paravent apparemment multilatéral de la bannière OTAN, entendez les États-Unis et leurs dominions stratégiques, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Vaincue en 1945, l'Allemagne est divisée en deux. A l'Ouest, capitalisme américain, plan Marshall, injection massive de fonds, intégration à l'OTAN. A l'Est, l'équivalent symétrique, sous influence soviétique : enrôlement de force dans le Pacte de Varsovie, régime communiste, inféodé à Moscou.

 

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin s'effondre, le régime de la DDR suivra peu après, et l'ogre Kohl, sous prétexte de "réunification", en profitera pour engloutir la partie orientale : injection monstrueuse de capitaux, rachat d'un pays tout entier, oui rachat, pour le mettre sur orbite capitaliste. Il n'y a pas eu de "réunification" : il y a eu phagocytage, pur et simple, de l'Allemagne de l'Est par celle de l'Ouest. En cela, il y a eu rupture de l'équilibre de Yalta (1945) où la ligne de partage entre les deux grands vainqueurs du Reich passait par la ligne de démarcation entre les deux Allemagnes.

 

A partir de ce moment-là, l'Occident a commencé à se croire tout permis, et cela tombait d'autant mieux pour lui que la Russie des années 1990, retrouvant son nom historique après l'éclatement de l'URSS (1991), a été, sous l'emprise de Eltsine, d'une incroyable faiblesse en termes de crédit international. Ce pays, qui avait vaincu le Reich, fait trembler la planète pendant des décennies, ne faisait soudain plus peur à personne.

 

Les Américains en ont profité. Extension de "l'OTAN" (entendez l'influence stratégique des États-Unis) à l'Est, avec des pays comme la Pologne (trop contents de régler avec leurs voisins orientaux des comptes millénaires), irruption sur le théâtre d'opérations ukrainien, soutien aux occidentaux de Kiev contre la très importante minorité russophone.

 

Dans ce domino, la nouvelle Allemagne, celle d'Angela Merkel, sous prétexte "d'OTAN" (décidément, ce sigle n'est qu'un paravent, pour camoufler des ambitions nationales), jouait tranquillement sa carte. Celle d'une Ostpolitik qui n'était hélas plus la grande jonction des âmes voulue par Willy Brandt (1969-1974), l'homme de la génuflexion de Varsovie (décembre 1970), mais celle des ambitions retrouvées sur les Marches de l'Est. Économiques. Commerciales. En attendant de redevenir stratégiques et politiques. Comme Helmut Kohl dans les Balkans, Angela Merkel entend signifier que la politique étrangère allemande, en Europe centrale et orientale, ne se décide à nul autre endroit que Berlin.

 

Que l'Allemagne ait des intérêts économiques et commerciaux en Pologne, dans les Pays Baltes et en Ukraine, qu'elle ait signé un contrat gazier avec la Russie, il n'y a là rien d'autre que les premiers éléments de réalisation concrète, près d'un demi-siècle après le geste sublime de Willy Btrandt devant le Monument du Ghetto de Varsovie, d'une Ostpolitik voulue dès Frédéric II (1740-1786), avec les moyens qui sont d'aujourd'hui. L'étude de l'Histoire allemande indique très clairement ce tropisme vers l'Est comme un élément majeur du destin germanique.

 

Ces enjeux internes aux équilibres de l'Europe centrale et orientale, Donald Trump en a-t-il connaissance ? Dispose-t-il, tout au moins, de conseillers capables de les lui rappeler, de même que Richard Nixon pouvait compter sur l'Allemand (de naissance) Henry Kissinger, pour lui expliquer la complexité du monde ?

 

Ce qui est sûr, c'est que l'OTAN ne parle plus d'une même voix. Il y a la voix américaine, qui voudrait pour l'éternité demeurer le patron. Et il y a la voix de l'Allemagne. En répondant à M. Trump que les décisions sur les choix politiques à l'Est se prenaient à Berlin, et non à Washington, Angela Merkel a poliment rappelé aux États-Unis d'Amérique que leur passage sur le continent européen, entamé en 1943 (Italie) et 1944 (Normandie) n'était pas éternel. Pas plus, au fond, que le domino appelé "OTAN".

 

Un jour, il se pourrait que les États-Unis quittent l'Europe. Ce jour-là, il faudra faire le compte des forces stratégiques bien réelles, et bien nationales, demeurant opérationnelles sur le vieux continent. Ce sera vite fait : il y aura un peu l'armée française. Et il y aura beaucoup l'armée allemande. Qui ne cesse de se reconstituer depuis 1989 (à vrai dire bien avant). Cela, dans l'indifférence générale des commentateurs.

 

Pascal Décaillet

 

11:26 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/07/2018

La Bourse, ou la vie ?

 

Sur le vif - Dimanche 08.07.18 - 09.41h

 

Le jour où les Suisses voteront sur l'avenir de nos relations avec l'Union européenne, ou plutôt avec ce qui restera du château de cartes, je doute que la question des "équivalences boursières", reprise comme un mantra par les europhiles, soit d'un très grand poids dans le verdict du souverain.

 

On a voulu nous faire l'Europe des banquiers et des exportateurs, en oubliant totalement les paysans. On a construit un rêve sur l'idée tétanisée de l'échange, de la circulation, de l'hyper-fluidité. On a voulu nous ériger une Europe du mouvement perpétuel.

 

Résultat : on a eu les délocalisations en Inde. Les fermetures d'usines. La spéculation de casino, au mépris des attaches locales, du sentiment de fierté de travailler pour un fleuron du lieu, avec une marque, une enseigne, une bannière. On a pulvérisé l'idée d'économie nationale, au profit d'un grand bazar globalisé. On a saccagé les services publics.

 

Et vous pensez que, le jour venu de la décision populaire, on va convaincre le peuple et les cantons avec l'argument massue des "équivalences boursières" ?

 

Et placer les "équivalences boursières", juste là pour faciliter le profit de quelques-uns, en crédible concurrence avec la souveraineté, l'indépendance, la fierté nationale de notre pays ?

 

Les europhiles ne manquent pas d'air. Mais de souffle, dans leur esprit et dans leur verbe.

 

Pascal Décaillet

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/07/2018

Les délaissés veulent la nation

 

Sur le vif - Samedi 07.07.18 - 10.00h

 

Les grands conglomérats multinationaux, abstraits et désincarnés, sont voulus par des oligarchies élitaires, à prétention cosmopolite, des gens qui considèrent l'échelon national comme dépassé, limite vulgaire, juste pour des gros ploucs attachés à leurs terres, leurs paysages, enracinés dans leurs appartenances, incapables mentalement d'accéder à la dimension planétaire des choses.

 

Ces élites cosmopolites ont eu comme principale préoccupation, depuis trente ans, de faire circuler sans entraves le Capital. Pour ce dernier, surtout pas de frontières. Pas de taxes. Pas de contrôles. Juste le vol de l'Aigle au-dessus des nations. Du coup, on encourage à mort le Commerce extérieur, on fait circuler les personnes et les marchandises, l'Europe et le monde ne sont plus qu'un vaste marché, où le spéculateur, se déplaçant comme un prédateur céleste d'une proie à l'autre, peut se repaître, tout à loisir.

 

Dans cette logique de casino, il fallait à tout prix abolir l'idée d'économie nationale. La fierté du Lorrain, ayant travaillé toute sa vie dans la sidérurgie, ou de l'ouvrier de la Ruhr, spécialiste des aciéries, devaient impérativement, en termes d'images, passer pour des vertus d'un autre âge. C'est ce virage-là qu'a pris l'Union européenne depuis trente ans.

 

Elle fut tellement imposée aux esprits, avec une telle férule, que la plupart des gens vous définissaient l'Europe comme ontologiquement libérale. Comme si ce libéralisme n'était pas le fruit, comme tout l'est en Histoire (lisons Thucydide, les enchaînements de causes et de conséquences, dans la Guerre du Péloponnèse), de choix politiques et économiques bien précis. Avec, aussi, une finalité parfaitement claire : permettre l'enrichissement de quelques-uns sur le dos du grand nombre.

 

Pour ma part, je crois en l'Europe. J'aime profondément ce continent, qui est le mien, dont j'ai eu la chance de visiter la plupart des pays. Je ne suis nullement opposé à l'établissement d'une collaboration, faite de confiance, de respect et d'amitié, entre les peuples de ce continent. Mais je l'affirme, du plus profond de mes convictions : celle collaboration ne doit pas passer sur le dos des nations. Ces dernières, méprisées par les cosmopolites, sont ardemment voulues par les peuples. Et notamment par les personnes en souffrance. Je pense à nos paysans, que la libéralisation des marchés laisse doucement mourir. Je pense à nos chômeurs. Je ne suis pas sûr que, chez ces compatriotes-là, l'idée abstraite de conglomérat multinational, nouvelle forme de l'Empire, provoque des pâmoisons.

 

Pour ma part, je ne veux pas d'une Europe libérale. En tout cas, pas d'un libéralisme imposé par une clique, venue d'en haut. Je veux une Europe des peuples. Où on commence, comme chez nous en Suisse, par leur donner la parole. Pour l'heure (je ne préjuge nullement du 23ème siècle, tout en Histoire évolue), seul l'échelon national, avec ses lois démocratiquement votées, le contour net, précis et protecteur d'une frontière, le partage si essentiel de la mémoire et de l'émotion, le tissage, depuis des décennies, de réseaux de solidarité, permet d'améliorer la condition de vie de chacun.

 

Cette préférence au local n'empêche nullement de cultiver l'amitié avec ses voisins. Mais dans le respect des souverainetés maintenues. Les plus défavorisés demandent cette souveraineté, cette indépendance, que le cosmopolite veut s'empresser d'abolir. Pour commercer sans entraves.

 

Pascal Décaillet

 

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