16/08/2018

La Suisse, l'Europe, et la légende du Cid

 

Sur le vif - Jeudi 16.08.18 - 09.58h

 

L'Accord institutionnel : non seulement personne n'y croit, mais personne en vérité n'y a jamais cru !

 

C'est une vaste supercherie, digne d'Orson Welles et de son émission de radio sur l'arrivée des martiens. On se refile l'Accord institutionnel, comme un savon glissant ou une patate chaude.

 

Je me suis longtemps demandé si les mots "Accord institutionnel", qui ont bien dû être prononcés quelque cent mille fois ces cinq dernières années à la RSR, ne font pas l'objet de l'un de ces paris potaches, entre gens de radio, surtout débutants, allez tu me balances le mot "zygomatiques", ou "rhinocéros", dans ton flash, et je te paye une bière.

 

L'Accord institutionnel, personne n'y croit, personne n'y a jamais cru. Même ceux qui nous le brandissent n'y croient pas. Alors, quelle est, sémantiquement, la véritable fonction de ces deux mots ? Réponse : c'est une fonction incantatoire. Il s'agit, pour les partis ayant milité à fond pour la libre circulation, et voyant aujourd'hui que le château de cartes de l'Union européenne s'effondre, de simuler un minimum de fidélité à leurs croisades pro-européennes, tout en sachant très bien que c'est pour la galerie. Parce que ces partis, notamment le premier d'entre eux, fondateur de la Suisse moderne, que je continuerai toujours d'appeler le parti radical, préparent le plan B.

 

Le plan B ? Je vais vous expliquer. Le génie absolu du parti radical, depuis 1848, c'est son œcuménisme idéologique. De nouvelles idées apparaissent ? Il commence par les combattre. Ces idées résistent ? Alors, tout doucement, le parti radical les intègre. Oui, il les pique à leurs parents, comme le coucou dans le nid des autres oiseaux. Il a intégré la protection sociale, la prévoyance vieillesse, il a commencé à se soucier d'environnement, eh bien maintenant je puis vous annoncer que l'idée de souveraineté, d'indépendance, est un concept montant dans cet univers politique.

 

Oh, ils n'en parlent pas encore, il faut laisser mûrir. Mais l'idée d'une Suisse intégrée à la charpente européenne, le grand combat de Jean-Pascal Delamuraz, ce séducteur d'exception, est en chute libre dans la famille politique même de l'ancien conseiller fédéral, que tant d'entre nous ont aimé. Alors, ça commence à sortir, à poindre. Disons que la tyrannie du Commerce extérieur, qui dictait tout de même beaucoup les actes du conseiller fédéral vaudois, n'est peut-être plus aussi prioritaire, dans les consciences, qu'en ce début des années 90, où il fallait bien décartelliser, ce qui fut la grande œuvre de JPD.

 

Les radicaux d'aujourd'hui, ceux avec qui je discute, sont évidemment attachés à l'entreprise et au libre marché. Mais ils commencent à se méfier des mots d'ordre nationaux du grand patronat dans les votations sur la libre circulation, de la toute puissance des multinationales dans certaines économies cantonales. Bref, nombre d'entre eux aspirent à retrouver, dans leur engagement politique, quelque chose de plus fort, de plus instinctif, de plus tellurique, dans leur rapport au pays profond. Ils ne décolèrent pas, en voyant qu'un autre parti, depuis trente ans, s'occupe de ces valeurs-là. L'amour du pays n'appartient ni à la gauche, ni à la droite, ni à aucun parti, mais à l'ensemble des hommes et des femmes saisis, dans le tréfonds de leur intimité, par l'émotion d'appartenance à une communauté humaine, définie par la mémoire et par l'Histoire.

 

Alors voilà, face à ces enjeux-là, qui sont d'instinct et non de la Raison pure des géomètres, vous pensez bien que la vaste supercherie nommée "Accord institutionnel", ce mensonge organisé pour faire, encore une fois, bonne figure européenne aux élections fédérales d'octobre 2019, ne vaut pas un seul kopeck. Tout le monde en est conscient, sans doute même les deux conseillers fédéraux qui se refilent la patate chaude, MM Cassis et Schneider-Ammann. Tout le monde sait la vanité de ce mot. Mais on continue d'en faire usage. Comme dans la légende du Cid, où l'on brandit encore le cadavre du héros, au milieu de la bataille.

 

Pascal Décaillet

 

10:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

"L'amour du pays n'appartient ni à la gauche, ni à la droite, ni à aucun parti, mais à l'ensemble des hommes et des femmes saisis, dans le tréfonds de leur intimité, par l'émotion d'appartenance à une communauté humaine, définie par la mémoire et par l'Histoire."

Décidément, nous ne donnons pas au mot "amour" le même sens. Pour moi, l'amour est inconditionnel. On donne, parfois on reçoit en retour, par fois non. C'est le risque.
Ce que vous appelez "amour" est pour moi juste du nationalisme, mâtiné peut-être de faux patriotisme, car au premier problème survenant avec nos voisins, on aura tôt fait de leur signifier qu'ils n'appartiennent pas à la "communauté humaine définie par la mémoire et par l'Histoire".

Vous rêvez, M. Décaillet. J'ai peur que votre vision ne finisse en cauchemar.

Écrit par : Michel Sommer | 16/08/2018

Vous avez raison, une grande supercherie
Cet accord dit institutionnel regroupe d'ailleurs de plus en plus contre lui que ce soit à tout à droite que tout à gauche
Qu'a donc la Suisse à gagner là pour moi elle a tout a y perdre d'ailleurs c'est MMe Europe qui insiste tant
Signer cet accord c'est se livrer pied et poing lié et aux volonté de Bruxelles et ses technocrates !
Le peu de protection de sous enchère que nous avions obtenu est remis en cause!
Ce que Bruxelles nous offre est si minime par rapport à ses exigences
Je n'appelle pas cela une négociation mais un diktat
Je souhaite bon courage au conseil fédéral qui sait très bien qu'en cas de votation sur ce sujet qui ne manquera pas les signatures seront vite récoltées!
d'arriver le dimanche soir " Le souverain à parlé " et une grande claque pour les ultra libéraux !
Ils ont la mémoire courte nos politiciens
Le peuple lui se souvient des promesses non tenues
Prochain rendez-vous pour la prochaine initiative UDC il y aura encore des gérémiades des vendus a cet UE
Continuez a secouer le cocotier à Genève OH j'aime !!!!

Écrit par : bruno | 17/08/2018

"Vous rêvez, M. Décaillet. J'ai peur que votre vision ne finisse en cauchemar."

Ne serait-ce pas vos délires transhumaniste qui finiront en cauchemar?

L'actualité de la brutalité de ces personnes que nous accueillons semble vous avoir totalement échappé.

Il est vrai qu'il est mieux de détourner la tête de de persister en tant que malfaisant donneur de leçon et parfait petit propagandiste adepte des théories d'Attali

http://vincentschmid.blog.tdg.ch/archive/2018/08/16/frontieres-293680.html

Écrit par : G. Vuilliomenet | 17/08/2018

Comment faire bonne figure européenne en réalisant que les "techniques modernes révolutionnaires", confirmé par Silicon Valley, prennent son travail à l'homme, à la femme, et le prendront de plus en plus?
Ainsi appelés à devenir autoentrepreneurs comment s'y prendront-ils/elles salariés.es modestes? Célibataires, ou mariés avec enfants aux études:
faillites multiples prévisibles, pensions, seconds piliers épuisés. etc.? (Expérience CH des années nonante à 2OOO de trop nombreux échecs de chômeurs.es cherchant à devenir "indépendants.es"!)

Comment créeront-ils des entreprises en nos pays précisément envahis par les entreprises et les surfaces de vente?

Les migrants.es désormais sans espoir de trouver du travail se métamorphoseront-ils de manière magique en citoyens expérimentés, "autorisés" et stables au point de créer une entreprise?
Fermer les yeux, ne rien vouloir voir venir ne permet pas aux hommes ou aux femmes politiques de se rendre utiles.
Se projeter dans l'avenir, si.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/08/2018

Les commentaires sont fermés.