09/09/2018

Les résistants de la 25ème heure

 

Sur le vif - Dimanche 09.09.18 - 21.55h

 

Les puissants de la terre, c'est lorsqu'ils sont puissants, justement, qu'il faut les attaquer. Lorsque cette attaque s'accompagne d'un risque, parce que le Prince égratigné, d'un coup de patte, pourrait te lacérer.

 

L'attaquer, lorsqu'il trône au sommet de sa superbe et de sa majesté. Cerné de courtisans, qui se pourlèchent les babines à saliver sur ses bottes.

 

Là, oui, tu prends un risque.

 

Mais hurler avec la meute, lorsque le même homme est à terre, ou sur le point de gésir, désolé mais je ne vois pas exactement le courage.

 

Le pire : ceux qui naguère le courtisaient, et aujourd'hui le conspuent, sont parfois EXACTEMENT LES MÊMES.

 

A ces résistants de la 25ème heure, je ne voue pas une considération illimitée.

 

Non, pas illimitée.

 

Pascal Décaillet

 

22:08 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

L'attaque vient des puissants, quand ils posent un genoux à terre, c'est le bon moment de contre-attaquer en juste retour. Tel est pris qui croyait prendre.
Ceci dit, j'aime aussi votre esprit chevaleresque. Je botte en touche.

Écrit par : leman | 10/09/2018

Vous avez raison, Pascal Décaillet, mais…

le public qui n'est pas forcément amputé de toute forme de jugeotte repère le pourquoi, les calculs et visées des vautours en question.

Nos idées toutes faites, nos préjugés comme mentir pour les petites choses puis pour les autres voire les plus graves, ensuite, quand il s'agit de politique et "politique en temps de crise" comme présentement?

Nos dirigeants ne sont-ils pas des magistrats donc attendus droits!?

La leçon à tirer est qu'il nous faut élever nos enfants dans l'idéal de la droiture, de la vérité.
Ne pas tromper son prochain.

Car l'avenir, s'il y en a un, demain, dépendra des "mimis" d'aujourd'hui.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/09/2018

Mais si l'on veut sauver la planète et ses habitants il faut aux mimis d'aujourd'hui donner le goût de la poésie, de la musique, des beaux arts, à "tous", de l'idéal afin qu'ils découvrent le goût de la terre, des fruits du pays en bonne date… le bruit de la pluie dans les ramures, le souffle du vent nous parlant de celui de l'Esprit... de la propreté (que dire de certaine allée au bord d'un lac transformée en poubelle avec entre autres... tampons hygiénique au coin des pierres ainsi que préservatifs usagés?

La politique, aujourd'hui, a besoin d'être revue de fond en comble à commencer par les motivations réelles… "intimes" de nos étoiles stars dirigeantes.

Qui leur apprendra le respect de l'autre, l'argent moyen non but: Messieurs Trump ou Macron… Monsieur Fillon, Madame Marine Le Pen et famille?

Rigolez (pas vous, Monsieur Décaillet) demain vous payerez… une fois pour toutes (les classes moyennes supérieures ont tort de se croire confortablement à l'abri.
Les économistes ont prévenu qu'après le tour des classes moyennes inférieures le leur viendra.

Optimiste… sans quoi il n'y aurait pas moyen d'écrire ces notes.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 10/09/2018

Je me rappelle Werner K. Rey. Plus personne probablement ne se souvient de lui, mais c'était un spéculateur qui était devenu riche très jeune, d’un coup, dans les années 70, en achetant secrètement une majorité d'actions de la société Bally, à l'époque une prestigieuse entreprise suisse de chaussures, puis en les revendant à Dieter Bührle (de Oerlikon Bührle) avec un profit, selon les versions, allant de 15 à 70 millions. C’était un coup de maître, qui était possible à l’époque parce qu’il n’y avait pas encore toutes ses lois sur les marchés financiers.

Ce "Bally-coup" était vraiment brillant. Pour le réaliser il avait fallu au jeune Werner K. Rey un certain génie. ll s’était aperçu que l’entreprise Bally possédait des immeubles (où étaient situés ses magasins) sur les avenues les plus prestigieuses de toutes les grandes villes du monde. Et tous ces immeubles figuraient au bilan pour 1 franc. Donc même à la casse la valeur d’actifs de Bally valait au moins dix fois sa valeur boursière. Pourtant Werner K. Rey a toujours dit qu’il n’avait pas du tout l’intention de dépecer cette entreprise, mais au contraire de l’acheter pour une bouchée de pain, ce qu’il a réussi à faire, puis de la développer. Et je crois que c’était vraiment son intention.

Seulement il s’est heurté à une levée de boucliers de tout l’establishment suisse qui ne tolérait pas que ce pelé,ce galeux, ce petit employé de banque obscur puisse prendre d’assaut un des fleurons de l’industrie de notre pays. C’est ainsi que Werner K. Rey n’a quasiment pas eu le choix. il a été contraint de revendre son paquet d’actions à Bührle, qui les a achetés en "chevalier blanc" pour sauver l’honneur de la bourgeoisie d’affaires suisse, mais qui n’en a rien fait. On a vu que par la suite l’entreprise Bally a été très mal gérée et aujourd’hui ce n’est plus qu’une marque et il ne reste rien de cette grande entreprise de Schönenwerd. Sic transit gloria mundi. Mais cela ce n’est pas la faute de Werner K. Rey.

Devenu multimillionaire "overnight" et presque contre son gré, il a investi son argent dans une série de coups de bourse qui n’ont pas tout été aussi fumants que le "Bally-coup" mais qui lui ont permis de bâtir une sorte d’empire, qui ressemblait à un château de cartes. Il a repris successivement une entreprise appelée Harpener en Allemagne, qui était sauf erreur dans l’immobilier, puis Selve, une vieille affaire industrielle en Suisse allemande, qui battait un peu de l’aile et qu’il avait assez bien redressée, puis une entreprise de leasing d’ordinateurs dont j’ai oublié le nom, puis Adia Interim, puis les Ateliers Mécaniques de Vevey, qu’il a passablement développés, puis Aero Leasing, une entreprise de location de jets privés à Genève, qu’il a revendue plus tard à monsieur Amon de SICPA. Bref il avait un empire patchwork fait de briques et de morceaus, mais il donnait l’impression d’avoir une baguette magique et de transformer en or tout ce qu’il touchait. Il a été aussi le fondateuir de la Swiss Canto Bank, qui existe encore et qui est un consortium des banques cantonales suisses à l’international, une idée géniale en soi, et c’était un chef d’oeuvre d’avoir réussi à mettre ensemble tous ces messieurs des banques cantonales. Tout à la fin, Werner K. Rey a connu une apothéose : il a repris d’un autre spéculateur Tito Tettamanti, 40% de Sulzer, c’est à dire la Hochburg de l’industrie suisse. Là il est apparu comme un colosse.

Et puis d’un seul coup, patatras, en 1989, 1990, je ne me souviens pas très bien, tout s’est écroulé. On ne sait pas exactment pourquoi. Qui trop embrasse mal étreint. et puis les taux d’intérêt étaient montés très fort et Werner K. Rey avait financé son empire à coup de dettes. Certains disent que c’est la guerre du Golfe qui l’a tué, parce que des princes arabes qu’il avait réussi à embarquer dans son aventure ont retiré leurs billes. On ne sait pas, on ne saura jamais. Toujours est-il qu’il a été ruiné d’un seul coup, comme il était devenu riche. Il a filé aux Bahamas non sans avoir préalablement viré sur son compte dans cette île une somme de 50 millions qui, estimait-il, lui appartenait. Et alors la boîte de Pandore s’est ouverte et tous ceux qui l’avaient haï, envié, jalousé, mais aussi flatté, encensé, courtisé, tous lui sont tombé dessus et se sont mis à le dépeindre comme le plus ignognoble de toutes les crapules, un escroc, un truand, un voyou…

Je me rappelerai toujours d’une chose, c’est qu’au cours d’une même semaine j’ai lu deux articles sur Werner K. Rey, écrits par le même journaliste dans le même journal, sauf erreur l’Agefi. (Mais ce n’était pas Fabarez). Dans le premier article le journaliste parlait de lui comme "le prince des industriels" et trois jours plus tard, le même journaliste parlait déjà du "financier déchu", puis il a continué à poursuivre Werner K. Rey de sa vindicte avec acharnement tout au long de sa longue descente aux enfers.

Ce retournement de la fortune et ce spectacle d’une veritable curée, venant précisément de ceux qui avaient léché les bottes de Werner K. Rey, cela m’a beaucoup marqué. Ca m’a montré à quel point les gens sont lâches et mauvais. Les mêmes qui l’avaient porté aux nues l’ont traîné dans la boue. Je ne veux pas dire que Werner K. Rey n’avait pas commis des indélicatesses. Je vois bien aujourd’hui ses faiblesses et ses erreurs. Je peux m’expliqer son ascension puis sa chute. c’était sa faute sui son empire était si branlant. Il n’empêche qu’il avait eu quelques coups de génie et il avait apporté un certain renouvellement dans le monde des affaires. son point faible, son talon d’achille c’était le financement. Il manquait d’une stratégie raisonnée, il manquait de prudence. Mais je dois dire qu’il était brillant à sa manière.

Personnellement j’avais une certaine admiration pour lui, et au fond je l’ai encore. Je me suis toujours dit qu’il faudrait apprendre des erreurs de Werner K. Rey: savoir réussir des coups fumants, quand l’occasion se présente, mais ensuite savoir consolider. Et ne jamais tomber dans le surendettement.

Maudet m’horripilait. Et je détestais sa politique d’euroturbo fanatique et obtus. Son côté beau parleur et sa presque totale absence de fond. Mais maintenant je ne me réjouis pas de sa chute. Il me devient presque sympathique. On découvre le côté enfantin du personage, presque touchant, son désir d’être aimé, admiré, sa fascination très naïve pour ce qui brille et qui n’est pas toujours or. Son insuffisance apparaît en plein jour, je l’avais déjà perçue depuis longtemps et je ne comprenais pas comment il parvenait à faire illusion sur tant de gens qui l’avaient élu et réélu. On voit aujourd’hui qu’il manquait totalement de jugeotte. Sinon comment aurait-il pu se laisser emberlificoter dans ces aventures rocambolesques par une bande d’affairistes libanais? Et tout celà le rend presque attachant tant cela révèle son incommensurable candeur.

Mais surtout ce qui est écoeurant, en effet, et on ne peut que donner entièrement raison à monsieur Décaillet là dessus, c’est la revanche des hyènes qui se ruent à la curée. Ca me fait beaucoup penser à la chute de Werner K. Rey.

Enfin, on verra bien si Maudet est un homme, comment il réagira et s’il saura, ou pas rebondir. A mon avis il serait souhaitable pour le bien du pays qu’il soit écarté définitivement de la carrière politique. Mais je ne lui veux pas de mal. J’espère qu’il pourra se relever, dans un autre domaine. Par exemple, pourquoi pas, dans les affaires. C’est ce qu’avait fait le dottore Tito Tettamanti, qui lui aussi avait été le plus jeune et mirobolant conseiller d’état dans son canton du Tessin avant de connaître une chute vertigineuse qui aurait brisé tout autre. Tito Tettamanti s’est refait comme homme d’affaires, un homme d’affaires très rusé et un requin, qui contrairement à Werner K. Rey n’était pas un acrobate et ne perdait jamais d’argent. Tito Tettamanti n’est pas quelqu’un de très sympathique mais dans le genre grand requin à sang très froid, il est très intéressant à observer.

Je souhaite à Pierre Maudet, s’il se relève, de repartir dans les affaires. Ça pourrait l’attirer, puisque nous savons désormais qu’il était très fasciné par l’argent et le luxe.

Écrit par : gnôme de zurich | 11/09/2018

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