19/09/2018

Affaire Maudet : le tango des moralistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

D’abord, il y a tous ces cris de pleureuses autour du mot « mensonge ». Certes, Pierre Maudet a menti, c’est une réalité, tout le monde est d’accord. C’est assurément une faute politique majeure (nous allons voir pourquoi), il devra en répondre, peut-être en quittant la scène. Le dénouement, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’en ai pas la moindre idée. Parce que nous sommes, comme au théâtre, dans la partie de l’action dramatique où l’obscur s’ajoute à l’obscur, des péripéties tentent de l’emporter sur le sujet principal, des personnages secondaires envahissent la scène. C’est comme dans Shakespeare : il y a toujours un moment, vers le milieu de la pièce, où plus personne n’y comprend rien. L’auteur, pour mieux préparer la clarification du dernier acte, accentue, juste avant, la nuit de l’incompréhension.

 

Le mensonge. En politique, il est chose courante. Banale. On ment par exagérations pour parvenir au pouvoir, on ment pour s’y maintenir, on ment quand on s’y cramponne. On ment par action, par omission, on ment comme on respire, juste pour survivre. S’il fallait se mettre à traquer le mensonge dans le discours politique, il ne resterait plus grand monde.

 

Pourtant, l’homme ou la femme de pouvoir ne doit pas mentir, je l’affirme, car cela constitue une faute politique. Non parce que mentir est mal, ou méchant, tout cela relève du vocabulaire de la morale, que pour ma part je bannis dans l’analyse politique. Mais parce que mentir est de nature à ruiner le crédit auprès des gens qu’on a autour de soi : les collègues de l’exécutif, le Parlement, sa propre famille politique. Et bien sûr, avant tout, le corps des citoyennes et citoyens qui vous a élu. Or, sans confiance, rien n’est possible. Un ministre sans crédit doit partir. Non parce que c’est mal. Mais parce qu’il ne dispose plus des moyens d’action pour mettre en œuvre une politique.

 

Maintenant, il y a l’hypocrisie des pleureuses. Comme dans les funérailles méditerranéennes, elles ne pleurent pas par tristesse, mais par intérêt. En Sicile, on les paye : on rétribue une fonction. De même, les cris d’orfraies, venus notamment de la gauche, pour s’étrangler d’indignation face au « mensonge », de quelles gorges jaillissent-ils ? Mais de celles, bien sûr, qui ont le plus intérêt à une démission du ministre, donc une élection complémentaire, donc ravir le siège, donc faire basculer (pour quatre ans et demi de législature restante, c’est considérable) une majorité politique. Au profit d’une autre. Vous commencez à saisir ?

 

Ce tango des moralistes ne doit pas duper le citoyen. Il fait partie du jeu, il faut juste en être conscient, le prendre pour ce qu’il est : une savante chorégraphie de l’hypocrisie, une prise en otage des mots pour servir des intérêts concurrents à celui du ministre en cause. Quelle que soit votre position sur l’Affaire Maudet, je vous invite à beaucoup de rigueur dans le décodage des prises de parole. La citoyenneté active, ça passe aussi par l’exercice de cette distance. A la semaine prochaine !

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Avez vous lu la TDG de ce matin qui dit:"La Dnata de l aéroport de Genève s invite dans l affaire Maudet"?

Elle parle de conditions de travail pire que du bétail ce qui est un des aspects, on pourrait croire aux mêmes conditions de travail des esclaves aux Royaumes-Emiratis du Golf comme le fameux chantier qatari des JO de 2022!

L autre aspect est la question, au conditionnel certes, de savoir si l attribution de ce contrat a été légale ou qu un pot de vin l a favorisée ou pas! Pot de vin, a t il eu lieu ou pas? Au sujet du vin, ne dit-il pas le sage que in vino veritas?

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 19/09/2018

"Beaucoup de rigueur dans le décodage des prises de parole" appelle à la vigilance la plus rigoureuse de par le risque de ce que les psys signalent "projections" c'est-à-dire d'attribuer à l'autre ce que l'on pense ou penserait soi-même ainsi que, concernant l'autre, lui prêter les intentions ou motivations qui sont ou seraient les nôtres en telle ou telle semblable situation.

Une question: en acceptant de se rendre à ses frais là où il était invité Monsieur Maudet était-il "officieusement" chargé de mission et a-t-il menti parce qu'il ne pouvait pas le révéler?

Le fait qu'il ait payé son voyage a priori masquant la démarche officieuse!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/09/2018

M. Décaillet, d'abord, vous dites qu'en politique le mensonge est chose courante, ensuite vous dites "pourtant, l’homme ou la femme de pouvoir ne doit pas mentir". Hegel n'aurait pas fait mieux, thèse, antithèse, synthèse...

Écrit par : J.-P. Henny | 19/09/2018

Comme vous le dites si bien.. un ministre sans crédit doit partir. Si Pierre Maudet pense pouvoir gouverner sereinement après ça, il se trompe. Mais comme il est convaincu de ne jamais se tromper... il s'accroche. Il ne va pas être facile d'éviter une condamnation pour acception de faveur, mais même si il n'est pas condamné, la tâche du mensonge est indélébile. Je ne peux imaginer que le Conseil d'Etat le réintègre dans sa fonction de Président. Ses six collègues se couvriraient de ridicule... mais comme cela ne tue pas...qui sait ? On est à Genève après tout !

Écrit par : alladin | 19/09/2018

L'hypocrisie que vous dénoncez n'est-elle pas d'abord le fait de votre héros?
N'a-t-il pas pris en otage l'ensemble des citoyens qui ont voté pour lui?
Le Conseil d'Etat n'est-il pas déjà à gauche avec un ministre qui a dompté la police et régularisé les sans-papiers?
En cas d'élection partielle ne va-t-il pas basculer à droite?

Écrit par : Daniel | 19/09/2018

@Daniel

Vous avez raison: dans l'électorat, en cas d'élection partielle, il y aura sans doute une forte poussée de droite. Ce qui serait bien, ce serait qu'un Nidegger ou une Amaudruz soit élu-e. Enfin on aurait un vrai homme ou une vraie femme de droite au gouvernement. Mais justement c'est ce que le pouvoir occulte qui règne derrière les radicaux "bienlogés" (science politique décailletienne) voudra éviter à tout prix. Pour l'éviter ils seront prêts à trahir l'électorat de droite majoritaire, une fois de plus, selon le principe "pas d'ennemis à gauche" (science politique longeole). Pour cela ils n'auront aucune hésitation à être une fois de plus la droite la plus bête du monde, délibérément et en pleine connaissance de cause, et à favoriser l'élection d'un-e candidat-e de gauche, minoritaire, par refus de l'alliance avec les "populistes". Je ne verrais qu'un scénario possible pour éviter ça: que les bienlogés se montrent enfin raisonnables (et que la rue des Granges (concept décaillettien) et/ou la Seigneurie de Senarclens-Grancy (concept longeole) cesse de faire des siennes, cesse de faire des chichis et des sottises comme d'habitude, tant cette seigneurie s'est énamourée du plébéien Maudet. (Ah! cette sociologue décailletienne, elle est tellement juste... ) Dans ce cas le PLR pourrait présenter un radical de droite intelligent, par exemple Benoît Genecand, en négociant un accord avec les gueux. Genecand serait élu et les radicaux garderaient tous leurs fromages.

Ce serait le moindre mal.

Nous ne savons pas ce qu'ils décideront. Ca se passera "sous le maillet" derrière des portes closes. Ils n'ont rien à perdre, s'ils veulent rester près de l'assiette au beurre ils devraient choisir quelqu'un comme Génecand, qui est quand-même un radical. Ils devraient sauver le siège radical. De toute façon il n'y a aucun espace politique pour la ligne euroturbo de centre gauche à la Maudet, alors quel est le problème? Les bienlogés devraient penser à sauvegarder leurs fromages, s'ils étaient intelligents et rationnels. Seulement voilà, ils ne sont pas rationnels. Ils ont un programme révolutionnaire caché qui importe plus que leurs intérêts bien compris. Est-ce qu'un Génecand n'est pas trop bien et trop à droite pour les initiés? Trop indépendant et trop lucide dans son euroscepticisme réaliste et modéré? A mon avis il n'est pas acceptable pour les vrais bienlogés de stricte obédience. Donc je prendrais un pari: le principe pas d'ennemis à gauche l'emportera et un électorat très majoritairement de droite élira une fois de plus un-e candidat-e de gauche, contre son gré, à cause de la manipulation politique des états majors.

La clé de la solution se trouve peut-être à la rue des Granges. Il faudrait que la rue des Granges (et la Seigneurie de Senarclens-Grancy) mettent tout leur poids dans la balance en faveur d'un candidat de droite raisonnable, capable de d'entendre avec les "gueux" (encore la sociologie décaillettienne) . Mais la coterie de cette rue, et de ce village, pèse-t-elle assez lourd? Et même si la réponse à cette question est oui, les "fatigues patriciennes" pourraient encore l'emporter et jouer dans le même sens que les boules noires des bienlogés. Génecand n'est pas "né" (concept longeole). La famille Génecand est très honorable, mais "deusse". (Est-ce qu'elqu'un connaît encore le sens de cette expression, que je recommande au sociologue et politologue Décaillet). Et ça, être deusse, ne pas être né, c'est fatal dans la mythique rue des Granges, comme à Grancy.

Donc mon pronostic: si les bienlogés ne "protègent" pas Maudet durch dick und dünn, et toutes obédiences confondues selon la formule "à moi les enfants de la veuve, la République est en danger", en lui permettant de s'accrocher jusqu'au bout contre vents et marées, et en faisant en sorte que le tribunal le blanchisse, donc s'il y a une élection partielle, on peut compter sur les "géomètres" unis avec les messieurs gants jaunes de la rue des Granges tendance Grancy, pour baisser leur pouce et condamner à mort l'espoir du peuple genevois majoritaire d'être gouverné à droite.

On aura le refus d'alliance avec les populistes, et une majorité clairement de gauche au Conseil d'Etat, alors que l'électorat est majoritairement de droite.

Ainsi va le monde, à Genève, dans le Faubourg et à la rue des Granges...

Écrit par : John Longeole | 19/09/2018

Il y a plusieurs types de mensonges. Par exemple le mensonge altruiste (pour ne pas faire de peine à notre interlocuteur), le mensonge par omission et puis les mensonges égoïstes:
"On peut distinguer trois types de mensonges "égoïstes". Le premier : chercher à donner une bonne image de soi. On va un peu exagérer ses qualités et masquer ses défauts. Le deuxième consiste à tenter d'obtenir un avantage, un emploi, vendre à quelqu'un un objet dont il n'a pas vraiment besoin etc. Enfin, le troisième type de mensonge est celui que l'on profère pour éviter une punition, un conflit ou une rupture."

Or c'est bien de ces deux derniers types dont relève le mensonge de pm: couvrir le fait d'obtenir un avantage et éviter d'être sanctionné. Son mensonge a été construit, délibéré pour éviter que la vérité se fasse jour.

Et nous ne savons TOUJOURS PAS pourquoi il a construit SES mensonges successifs, nous ne connaissons TOUJOURS PAS le fond de l'affaire. Aucune demande de pardon n'est possible dans ces conditions, aucune excuse n'est acceptable. Il doit démissionner.

Ce n'est pas seulement une faute morale, c'est une erreur politique. Impardonnable en l'état.

Les meilleurs plaisanteries sont les plus courtes. Celle-ci est tout simplement lamentable.

Écrit par : Daniel | 19/09/2018

Les obscures manigances de P. Maudet, on se croirait dans un mauvais "remake" de l'affaire Fillon.

Hier soir dans Genève à chaud vous avez été particulièrement excellent avec nos deux Colonels, Bravo !

Écrit par : bandonéon | 19/09/2018

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