20/09/2018

Mai 2019 : le retour des nations

 

Sur le vif - Jeudi 20.09.18 - 09.45h

 

L'enjeu des élections européennes, en mai 2019, sera simple, clair et décisif. Pour la première fois, il aura un véritable intérêt. Il ne s'agira pas, au printemps prochain, d'ajuster un curseur fictif entre social-libéralisme et libéralisme social, bref entre Dupondt de centre-gauche ou centre-droite. Non, il s'agira de se prononcer sur l'état de délabrement de l'Union européenne elle-même, ce fantôme errant des illusions multilatérales, continentales et supranationales de la seconde partie du vingtième siècle.

 

Tout cela a commencé, dans une immédiate après-guerre encore très précaire économiquement, avec des hivers sans chauffage dans certains ménages parisiens, avec encore des tickets de ravitaillement, bref des conditions de vie quotidienne encore pires, parfois, que pendant la guerre elle-même, jusqu'au début des années 50.

 

Tout cela, donc, a commencé par l'idée de s'approprier à très bas prix le charbon allemand. L'Allemagne, en 1945, était détruite (plus exactement : ses grandes villes étaient détruites), mais ses charbonnages, les plus fournis d'Europe, ne l'étaient absolument pas. Pas plus que ses houillères, ses aciéries. Bref, le pays vaincu demeurait ce qu'il n'avait cessé d'être (en progressant constamment) depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786) : le poumon économique de l'Europe.

 

Alors, pour se servir du charbon du pays vaincu, on a inventé le CECA, la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, première esquisse de ce qui allait devenir au Traité de Rome (1957) la Communauté européenne, puis, beaucoup plus tard, l'Union européenne. On n'a pas inventé cela pour "faire la paix en Europe" (ça, c'est la légitimation donnée a posteriori, la paix étant due en réalité à l'équilibre de la terreur entre USA et URSS). On a inventé cela pour se servir du charbon allemand !

 

Et l'Allemagne de l'époque, la si gentille Allemagne du si gentil démocrate-chrétien rhénan Konrad Adenauer, cette Allemagne qui avait deux ou trois choses à se faire pardonner, a joué le jeu. Du charbon, il lui en restait assez pour elle, même après l'avoir "mis en commun" avec la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg. Ainsi, l'Allemagne en quête de rédemption pouvait dire : "Voyez comme nous avons changé, nous sommes désormais avec vous, nous partageons nos ressources".

 

Il s'en est suivi l'idée que le monde des nations, qui datait de la Révolution française, du Consulat, de l'Empire, et (pour l'idée nationale allemande, de la réaction des intellectuels prussiens, autour de Fichte, dès la fin 1807, à l'occupation napoléonienne), appartenait désormais au passé, et qu'il allait laisser la place à une organisation continentale, à l'intérieur de laquelle les ennemis féroces d'hier seraient désormais copains. Mitterrand qui prend la main de Kohl à Verdun, quarante ans après avoir serré celle du... vainqueur de Verdun.

 

La mise en place de cette illusion a fonctionné, peu ou prou, jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de là, comme je l'ai souvent exposé dernièrement, l'Allemagne a recommencé à jouer sur le continent sa propre carte nationale. Elle l'a jouée dans la Monnaie unique, dans Maastricht, et surtout dans les Balkans. Avec Mme Merkel, elle la joue en Grèce, en Macédoine, et jusqu'en Ukraine.

 

Entre-temps, les peuples se sont réveillés. La violence des flux migratoires, notamment ceux de l'automne 2015, ont amené les pays de première ligne, l'Italie, l'Autriche, la Hongrie, et jusqu'à la Bavière de Horst Seehofer, à opter pour des choix nationaux impliquant une régulation drastique des flux. Qu'aurions-nous fait, à leur place ?

 

En vertu de tout cela, les élections européennes de mai 2015 sonneront l'heure de vérité. Le vrai choix, ce sera la continuation de l'illusion et de l'acte de foi dans le château de cartes qui s'effondre. Et, en face, le retour à la réalité tenace des identités nationales.

 

Ce ne seront pas des élections européennes. Ce seront des élections pour ou contre l'usine à gaz appelée "Union européenne".

 

Pascal Décaillet

 

10:23 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Retour des nations ? Comme ce serait beau, si cela était possible.
Le problème, c'est que les nations européennes de l'ouest sont déjà bien trop fragmentées ethniquement pour que l'étage "nation" soit encore viable.
Comme Suisse de Suisse, j'ai bien conscience que l'étage "nation" ne m'est plus accessible et que je dois, soit redescendre à l'étage "clan", soit remonter à l'étage "peuple" (par "peuple", je parle évidemment du peuple blanc indigène d'Europe).
Mais à l'ouest, oui, l'Allemagne et l'Italie sont des cas particuliers, car l'esprit collectif de communauté ethnique y reste premier, bien avant les miasmes universalistes qui nous viennent de l'occupation révolutionnaire française.

Écrit par : UnOurs | 20/09/2018

Et quand on dit "pour ou contre l'Europe", il faudrait préciser "l'Europe de Bruxelles", territoire planétariste occupé, ou alors l'Europe, continent des Européens.

Par exemple, aucun rapport, évidemment entre l'Europe de Jean Monnet l'agent américain et l'Europe européenne de Drieu La Rochelle:

http://stephane.million.free.fr/drieueurohtml.html

Écrit par : UnOurs | 20/09/2018

Magnifique le lien propose par unours ....presque tout y est! Je connaissais pas.

Écrit par : Jf comte | 20/09/2018

Et voilà pourquoi ces élections là sont, effectivement, absolument capitales:

" S’il y a une Europe multiculturelle, on ne reviendra pas en arrière, ni vers une Europe chrétienne, ni vers le monde des cultures nationales. Si nous faisons une erreur aujourd’hui, ce sera pour toujours."

https://www.20minutes.fr/monde/1621835-20150602-hongrie-premier-ministre-juge-migrations-menacent-civilisation-europeenne


PS: merci Jf comte.

Écrit par : UnOurs | 20/09/2018

Bigre ! La Suisse, qui n'est pas une nation, va enfin voir renaître ses nations vaudoise, valaisanne... La République de Genève, la Cité-Etat de Schaffhouse, l'Etat de Berne vont enfin s'émanciper de la fiction du fédéralisme qui n'existe que par la volonté conjointe de Napoléon Bonaparte et des libéraux zurichois!

Écrit par : Daniel Gubler | 20/09/2018

Le lien proposé par UnOurs est à lire et relire. Il est étonnant qu'en dénonçant le déclin de toutes nos valeurs nous n'évoquions jamais la sexualité
car les aberrations sexuelles dont le sm atteignent le cerveau qui dysfonctionne
et qui ne dysfonctionne pas juste qu'en un domaine.

Le Dalaï lama l'a parfaitement exposé dans ses écrits et ce n'était pas scandaleux en temps "passés", hélas, de spiritualité de chercher, avec le fondateur du scoutisme, par exemple, à être "propres" dans nos pensées, nos paroles et nos actes

"propres" également d'"ORIGINE", donc, "AUTHENTIQUES"!

Sans rapprochement des hommes et des femmes, par désir et attirance avec envie de recommencer vu le plaisir pris (lire, de BARJAVEL LA FAIM DU TIGRE avec quelques lignes concernant les ruses et astuces de la nature qui tend à se perpétuer... il ne saurait y avoir procréation mais il y a, en tout, une exigence de "juste milieu"

en l'occurrence nursery (devant) n'est pas voirie (arrière): voirie (arrière) sortie de l'autoroute... avec entrée en la VOIE des futurs désenchantements à goût de cendres

Bous sommes appelés à évoluer, ce qui donne sens à nos vies soit, en l'occurrence, à sublimer la trivialité

le tout en rapport absolu avec tout comme concernant les prochaines élections européennes

qui dépendent également de la vie strictement privée "en son authenticité", comme expliqué plus haut, de chacun: cerveaux qui dysfonctionnent ou non en ce domaine comme en tous les autres:

DEPLACEMENT, DERAILLEMENT par CONFUSION DES SENTIMENTS

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/09/2018

Le commentaire proposé par Myriam Belakovsky est à lire et relire. Il est vrai qu'en matière de «cerveau qui dysfonctionne» (ligne 3 + avant-dernière ligne de son commentaire), c'est une spécialiste.

Mais je trouve qu'elle va un peu loin quand elle nous invite à «sublimer la trivialité» (sic). Surtout qu'elle ajoute: «le tout en rapport absolu avec tout comme concernant les prochaines élections européennes qui dépendent également de la vie strictement privée "en son authenticité", comme expliqué plus haut, de chacun: cerveaux qui dysfonctionnent ou non en ce domaine comme en tous les autres».

Quoi qu'il en soit, merci à M. Pascal Décaillet de nous faire profiter de l'enseignement de Mme Belakovsky, particulièrement convaincante lorsqu'elle aborde le sujet de la sexualité. Même si cet enseignement n'est à la portée que d'une élite au niveau de laquelle, malheureusement et malgré tous mes efforts, je ne parviens pas à me hisser.

Écrit par : Mario Jelmini | 21/09/2018

Mario J@ Vos remarques me font penser à un Armagnac de 40 ans d'âge après un excellent repas...

Écrit par : Géo | 21/09/2018

UnOurs ! Comment n'ai-je pas compris tout de suite...
Mais pourquoi certains changent tout le temps de pseudo ?

Écrit par : Géo | 21/09/2018

Monsieur Jelmini,

Adressez-vous aux maitres spirituels qui enseignent que la sexualité ne répond pas à notre attente profonde ce qui explique selon eux cette soif inextinguible qui ne s'assouvit jamais.

On dit que la Dalaï lama est de passage en suisse… sans doute serait-il particulièrement honoré d'avoir l'occasion de vous rencontrer… Monsieur Jelmini.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/09/2018

Mario Jelmini@

Z'êtes comme moi, torturé par une soif inextinguible paraît-il, va falloir reconstituer nos caves...

Myriam@

Euh, disons qu’avec le temps, l'assouvissement fait place à l'assoupissement...

Écrit par : Gislebert | 21/09/2018

À Mme Belakovsky,
Je vous le concède, chère Madame: vous êtes sexologue et moi pas. Vos avis ont donc plus de poids que les miens.

Pourtant, tout comme vous, je tiens Sa Sainteté D. Lama comme un grand Maître spirituel et partage généralement ses opinions. C'est ainsi que je souscris entièrement à ses propos quand il écrit, dans son ouvrage «Comme la lumière avec la flamme» (sous-titré «Le Bouddhisme du Tibet»):

"L’attirance pour une femme vient surtout de la pensée que son corps est pur. Mais il n’y a rien de pur dans le corps d’une femme. De même qu’un vase décoré rempli d’ordures peut plaire aux idiots, de même l’ignorant, l’insensé et le mondain désirent les femmes. La cité abjecte du corps, avec ses trous excrétant les éléments, est appelée par les stupides un objet de plaisir."

On ne saurait mieux dire, même si - à mon goût - c'est un peu flatteur pour les femmes.

Pratiquement à chaque fois que Mme Belakovsky poste un commentaire sur un blog, elle sort rapidement du sujet proposé par l'auteur du billet pour nous asséner sa moralité et ses fantasmes (j'en ai fait maintes fois l'expérience sur mon blog). Ce nonobstant, elle est régulièrement publiée. Il y a là quelque chose qui m'échappe. Peut-être M. Décaillet est-il en mesure de nous fournir une explication à ce sujet?

Écrit par : Mario Jelmini | 21/09/2018

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