21/09/2018

L'Europe se meurt, l'Allemagne vit !

 

Sur le vif - Vendredi 21,00.18 - 15.15h

 

15.15h - J'ai cru en l'Europe jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de ce moment, évidemment capital dans son Histoire, l'Allemagne n'a absolument plus joué le jeu du Traité de Rome (1957), et celui des équilibres entre les pays membres.

 

Sous l'impulsion du Rhénan Helmut Kohl, a elle cessé d'être le nain politique de l'après-guerre, pour très vite redevenir un géant de la Mitteleuropa. Il n'y a pas eu de réunification : il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par le capitalisme de l'Ouest. Ce dernier en rêvait depuis 45 ans : en 1990, il a pu exaucer ses voeux.

 

Un capitalisme sauvage, un libéralisme financier n'ayant rien à voir avec la tradition économique et sociale de la vieille Allemagne bismarckienne, ont été imposés de force aux Länder de l'ex-DDR. Le mot "DDR" a été aboli, alors que le mot "BRD" (l'Allemagne de l'Ouest) a été conservé, pour baptiser l'ensemble "réunifié" !

 

Tout, dans ce procédé, suintait la précipitation, la gloutonnerie, la vulgarité d'un enrichissement rapide pour quelques-uns, ceux qui pouvaient faire des affaires avec la Treuhand, la société chargée de racheter l'Allemagne de l'Est. Comme on rachète, pour un franc, une friche industrielle.

 

En politique étrangère, Kohl a immédiatement donné des signes d'affranchissement par rapport à la gentille Allemagne en rédemption des années 1949-1989. Son terrain, ce furent les Balkans. Il manque encore une grande Histoire, en langue française, du rôle des capitaux allemands, des services secrets allemands, en liaison avec l'OTAN, dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie, par exemple dans les événements du Kosovo, en 1999. Mitterrand, sur le terrain balkanique, de 1991 à 1995, s'est fait proprement avoir par son ami Helmut.

 

Après Kohl, il y a eu Schröder, et maintenant Mme Merkel. Omniprésente. Dans l'affaire grecque, elle s'est comportée avec l'arrogance suzeraine d'un Empereur du Saint-Empire. Comme la cheffe de l'Europe ! En Ukraine, dans les Pays-Baltes, en Macédoine, elle avance ses pions. Pendant que la politique étrangère française en Europe roupille, celle de l'Allemagne, jouant sa propre carte nationale, est partout.

 

Il n'y a plus d'Europe. Il y a l'Allemagne. Qui saisit le paravent européen comme bannière de ses propres manœuvres nationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

15:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Auriez-vous oublié les premières discussions entre Aristide Briand et Gustav Stresemann dans les années qui ont suivi la Grande Guerre de 14/18 ?

Si le but premier était la réconciliation des deux nations et le retrait des troupes françaises d'Allemagne, l'envie de créer "Les Etats Unis d'Europe" se projetait entre les deux hommes. C'est le krach de 1929 et le décès de Stresemann qui ont mis fin aux premières discussions, puis la montée du nazisme !

Écrit par : M.A. | 21/09/2018

"Il manque encore une grande Histoire, en langue française, du rôle des capitaux allemands, des services secrets allemands, en liaison avec l'OTAN, dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie, par exemple dans les événements du Kosovo, en 1999."
Alors, quelles relations entre les Allemands et les Étasuniens ? Qui eux ont amené des armes à Sarajevo pour les islamistes durant toute la guerre (témoignage personnel CICR...), qui ont soutenu l'UCK marxiste-léniniste-mafiatique et créé une super-base contre la Russie au Kosovo ?

Écrit par : Géo | 21/09/2018

L'Europe est un continent pas encore métamorphosé en savane dépeuplée à défricher.
Vous parlez sans doute de l'Europe de Bruxelles.

Refonder l'Europe n'est souhaitable qu'en faisant évoluer les consciences non seulement des futures élites au pouvoir mais de tous et toutes... enfants justement éduqués compris.

Osons ajouter que les valeurs chrétiennes de partage et d'amitié, de foi (en l'absence de foi, de bonne foi…) d'espérance et de charité... de pardon et d'empathie ne jureront pas dans la corbeille de noce d'une telle nouvelle alliance.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/09/2018

Vous avez tout a fait raison. Cette réunification a été faite d'une manière vorace au détriment de l'Allemagne de l'Est qui a été littéralement rachetée à la casse plutôt que réunifiée. La Treuhand a fait un très mauvais travail, certainement pour l'avantage des multinationales. Et le résultat est que cela a tué tout le tissu industriel de l'Allemagne de l'Est qui était composé d'entreprises certes étatiques, certes souvent mal gérées, mais pas forcément si mal gérées que ça. Simplement elles fonctionnaient dans le cadre d'une économie planifiée mais elles auraient pu s'adapter au marché libre. Encore eut-il fallu qu'on leur en donne la possibilité.

Ce qui a tué l'industrie est-allemande c'est la parité entre la Deutsche Mark de la République fédérale et la Mark de la République démocratique allemande, alors que ces deux monnaies n'avaient évidemment pas du tout le même pouvoir d'achat. C'était l'idée "géniale" du gros Helmut Kohl et c'est pourquoi, entre autres raisons, je me refuse à le considérer comme un des grands hommes d'état de l'histoire allemande. En proposant d'échanger 1 Mark de la RDA contre 1 Mark de la RFA, il achetait littéralement le vote de l'épargnant est-allemand de base qui se retrouvait instantanément enrichi. Et il a cru, en politicard électoraliste qu'il était, que cela ferait passer plus facilement la réunification.

Cela a surtout cassé les reins à toutes les entreprises est-allemandes qui ne pouvaient plus exporter leurs excellents produits dans les anciens pays du COMECON. C'est pourquoi elles ont disparu ou sont devenues des filiales des grands Konzerne de l'ouest qui se sont empressés de licencier le personnel et fermer les usines pour vendre leurs produits à eux. Et cela a aussi imposé une charge effrayante à l'économie ouest-allemande, qui avait les reins solides mais tout de même c'était trop. Karl-Otto Pöhl, brillant président de la Bundesbank avait averti du danger dans un article fameux intitulé "Wiedervereinigung auf dem Buckel der Wirtschaft" et je crois même qu'il avait démissionné pour ne pas cautionner cette politique. Aujourd'hui on paye le prix de tout cela.

Peut-être qu'aujourd'hui l'Allemagne, qui a enfin digéré le coût excessif de cette réunification économique mal faite, est devenue arrogante et impériale. Grâce à son Hinterland en Europe de l'Est et à l'Euro qui est trop bon marché pour son économie et trop cher pour les pays du sud de l'Europe, elle est devenue imbattable. Elle a eu une possibilité de dominer économiquement le continent. Comment lui reprocher d'en faire usage? Il fallait bien qu'elle se refasse après cette saignée.

L'Allemagne a assez d'ennemis, par exemple les USA qui ont décidé de tuer son industrie automobile en lui imposant des amendes insupportables sous prétexte d'avoir triché sur les émissions de ses moteurs diesel. Mais là on est en peine hypocrisie. On sait que tous les fabricants font pareil, sont obligés de faire pareil, car tout simplement ces normes sont intenables. Il s'agit d'une guerre économique de l'Amérique contre l'Allemagne, comme nous avons eu une guerre contre les banques suisses, que nous avons perdue. En plus on fait du chantage contre l'Allemagne pour lui interdire de s'entendre avec la Russie, ce qui serait son intérêt et l'intérêt de la paix. Et on fait la guerre au peuple allemand pour l'assassiner démographiquement par la politique migratoire insensée d'Angela Merkel. Alors dans tout ça, ne critiquons pas l'Allemagne quand, dans la latitude étroite qui lui est laissée, elle tente de défendre ses intérêts.

Écrit par : Germanophile | 21/09/2018

Entendu chez l'excellent Christian Combaz...

https://youtu.be/lFouFSTIKtE?t=3m11s

... "de la jeunesse d'Allemagne de l'est impossible à arrêter" !

Écrit par : UnOurs | 21/09/2018

Merci Mr Décaillet pour ce billet ; l’on vous sait de ce côté de la Sarine être un des plus fins connaisseurs de l’histoire allemande.

L’histoire récente de l’Allemagne est capitale pour comprendre les enjeux en cours dans l’UE et ce qui s’y passe, en particulier comment ce pays a réduit plusieurs états-membres européens à servir les intérêts de son capitalisme « national », et j’insiste bien sur le mot national.

On se rappellera à titre d’exemple qu’une des causes principales de la chute économique de la Grèce puis de sa mise sous tutelle (trop vite oubliée) provient de sa dette colossale qui a servi en priorité à soutenir les commandes à l’industrie militaire allemande (mais aussi française) après la chute du mur de Berlin. Deux pays qui se sont largement servis de la Grèce mais qui l’ont ensuite laissée tomber pour la mettre à leurs bottes.

(Dans l’essai, « La dette grecque ou la honte de l’Europe » je montre très clairement la comparaison de ces pratiques avec les pratiques de l’antique empire romain qui satellisait les économies des territoires périphériques pour en faire des états-tampons du point vue de la sécurité et leur faire payer les coûts de la défense de l’Empire, les similitudes sautent aux yeux. (La dette grecque ou la honte de l’Europe, Michel Piccand, 2015, disponible en ligne).

En ce qui concerne la responsabilité sociale de l’Allemagne envers ses propres nationaux je pense que tout au moins à l’époque de la réunification on peut nuancer l’accusation de « capitalisme sauvage » par les mesures prises par le gouvernement allemand en matière immobilière pour tempérer les effets du choc démographique qui allait découler du retour en Allemagne des allemands habitants dans les territoires non allemands des ex-pays de l’Est.

Le gouvernement allemand a alors pris ses responsabilités pour protéger sa population face à ce choc démographique. Contrairement à la Suisse et au canton de Genève qui face à un choc démographique supérieur engendré par l’introduction de la libre-circulation dans notre pays n’ont strictement rien fait, menant à la désastreuse situation immobilière pour la population que l’on connait aujourd’hui, et qui à terme va définitivement obérer les coûts de production et les coûts fiscaux dans notre pays.

Entre la Suisse et l’Allemagne il y a ici une véritable différence de culture de la responsabilité sociale envers ses habitants. Et qui n’est pas en faveur de la Suisse, on ne parle même pas de Genève.

Ces questions sont traitées en détails dans le chapitre « L’EXEMPLE ALLEMAND » que vos lecteurs peuvent lire gratuitement en ligne ici, page 138.

https://mouvement-9fevrier.org/la-croissance-economique-de-la-suisse-un-drame-politique-cache/


Un « exemple allemand » qui explique par ailleurs toute la politique française actuelle et des dernières décennies qui cherche à contrer la politique économique allemande et pourquoi ils n’y arriveront probablement pas, et se retrouvent devant des questions économiques impossibles à résoudre, de même que cela va être de plus en plus le cas pour la Suisse, faute d’avoir saisi le modèle allemand et ses conséquences.

Comme dit au début, la compréhension de la position allemande est essentielle pour qui voudrait parler de politique économique actuelle. Une des graves erreurs faites de ce côté de la Sarine est de ne l’avoir pas analysée. Ils auraient autrement compris que l’UE et ses mécanismes c’est d’abord le « piège » induit par ce modèle allemand et qui va tous nous mettre devant des situations inextricables.

Donc merci à vous de parler de l’Allemagne dans la sphère Suisse-romande.

À ma connaissance vous êtes le seul à le faire, ce qui en dit long sur les possibilités et les insuffisances de nos politiciens à analyser le contexte macro-économique en cours et les conséquences qui vont encore en découler. Ils se sont condamnés eux-mêmes à n’agir qu’à la traîne pour une situation qui ne pourra que se dégrader et se durcir.

Écrit par : Michel Piccand | 21/09/2018

Bonjour M. Pascal Décaillet,

Vous dites à juste titre:" L Europe se meurt". Elle se meurt ou on l assassine avec ou sans son accord. En règle générale, l Europe est un esclave des Yankees à Washington. Un esclave ne serait jamais invité à la table de son Seigneur ni entendre un Merci de sa part.

La GB a demandé à son peuple de voter pour ou contre le Brexit et ce Peuple a voté pour sa sortie de l UE. C est banal ce que je dis là. Néanmoins, il faut relever quelques points très simples:

1--Un vieux philosophe suisse dont le nom m échappe, hélas, a dit:"Quand on demande au peuple de voter, il faut respecter sa décision même s il a eu tort aux yeux de quelques uns. En règle générale, LE peuple a toujours raison de le faire ainsi puisqu on lui a demandé l avis quitte, après coup, d analyser et de comprendre le pourquoi a t il voté ainsi".

2--Les britanniques vivent toujours dans l esprit du 19ème et 20ème, celui de la Grandeur de l Empire Britannique de l United Kingdom, du Common Wealth et du système Royal soit avec la Reine Elisabeth soit bientôt avec la prochaine, LA future Reine Kate Middletone, SVP! Autrement dit, un Royaume-Empire survivra et dépassera les pires des situations incluant THIS Brexit.

3--Au fond, hormis l Angleterre et hormis les pays de l Est(ex-communistes), demandez aux peuples "occidentaux" de cette UE de voter ou pas leurs sorties de l UE et vous verrez que plusieurs en sortiront en courant plus vite que leurs ombres (rappelez moi du nom de ce coureur noir qui court plus vite que son ombre :)) raison pour laquelle leurs dirigeants en place n en demanderont pas ni l avis des citoyens ni de voter sur ce point non plus...

4--L Union Européenne n est elle pas une succursale de l Otan? N a t elle pas été fondée par des anciens nazis après la fin de la 2ème guerre mondiale? N est elle pas gouvernée hier et aujourd hui par des Otanistes 100% pur jus (Barroso recyclé récemment et avec beaucoup de bruit dans une Très big Grande Banque mondiale. Et, Jean Claude Juncker président de la Commission de l UE, n est il pas un ancien premier ministre du Luxembourg et forcé à présenter sa démission car traître et ex-complice de l affaire Gladio c à d de larges cellules d espionnage de l Otan dans toute l Europe...)? L UE, n est elle pas aussi gouvernée par d anciens retraités chefs militaires de l Otan mais recyclés à la tête de l UE puis la scenseur qui fonctionne entre l UE, l Otan et les Too Big et Grandes Banques?

5--In fine, est ce que l union Européenne a été vraiment créée afin d UNIR l Europe ou plutôt pour la Dés-Unir, chose qui est entrain de se faire?
L Europe et son UE ne sont ils pas en train de mourir, rien que ça! Ne dit on pas qu un Cheval fatigué et fatiguant ne devrait il pas arrêter de souffrir et arrêter de nous faire souffrir?

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 22/09/2018

Addendum,
Le grand empire, la Grande Bretagne servait l autre bien plus grand empire dit l impérialisme américain jusqu au moment où Trump est arrivé au pouvoir. Vous voyez qui est-ce Trump? C est celui qui a été élu pour les 250 millions d Américains bien qu ils n avaient pas traumatisés par sa décadente et vulgaire parole de "La Femme se fait attraper par la chatte", déclaration indigne d un voyou de quai de gare délabré et malgré il a été élu, que voulez vous...

Du moment où Trump a largué la GB, cette dernière coule et je n exagère en rien. Imaginez que Trump tweetrait cet après midi ceci:"Le reste des Européens qui compliquent la vie à la GB à cause de son Brexit, ils doivent cesser de la faire chier sinon nous prenons des sanctions contre le reste de l Europe comme nous faisons avec la Chine, la Russie, l Iran ...etc...et NOUS (en majuscule) les ferons chier tous jusqu à manger leurs propres merdes et God Bless America". Vous verrez que le premier qui partirait la queue entre les 2 jambes serait Jupiter.(navré pour ma vulgarité avec chier 2X et queue 1X et la chatte de la femme 1X, mais je voulais plagier Trump,
c est tout...)

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 22/09/2018

Et la Suisse qui voudrait se rapprocher encore plus de l UE contre sommes sonnantes à verser à l UE...Les autres pays de l Europe veulent sortir de cette UE en courant et par la fenêtre et nous on aimerait rentrer par le vasistas même en leur versant des sommes astronomiques...

Bien à vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 22/09/2018

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