23/09/2018

Une Suisse, deux visions de l'Etat

 

Sur le vif - Dimanche 23.09.18 - 12.49h

 

J'étais fermement partisan des deux initiatives agricoles, je suis cet après-midi dans le camp des perdants, je respecte évidemment la décision du peuple et des cantons.

 

Ce qui se passe, politiquement, en Suisse aujourd'hui, c'est la confirmation - une fois de plus - du fossé entre Suisse alémanique et (une bonne partie de la) Suisse romande, dans le rapport à l’État. On l'a vu maintes fois, ces dernières décennies, en matière de santé publique, d'assurances sociales, notamment.

 

Le vrai fossé, au sein de la Suisse, ça n'est absolument pas la langue, encore moins la religion, ni même la plaine et la montagne, ni même la ville et la campagne. Le vrai fossé, ce sont les différences de perception dans le rapport à l’État.

 

Ces différences, concernant la Suisse alémanique, n'engagent en rien une proximité avec l'Allemagne : contrairement aux idées reçues, notre grand voisin du Nord cultive, depuis Bismarck, un État social fort, et le libéralisme pur et dur n'a jamais, même au plus fort des Glorieuses de l'après-guerre, réussi à s'y installer.

 

Non, les Alémaniques ne sont pas prudents sur le rôle de l’État par ethnie, loin de là. Ils le sont pour d'autres raisons, qui sont à chercher dans la profondeur idiomatique de chacune de leurs Histoires cantonales. Ça n'est pas non plus une affaire entre protestants (qui seraient libéraux) et catholiques (qui seraient sociaux-conservateurs), puisque même les cantons alémaniques catholiques montrent cette réserve face au rôle de l’État.

 

Je n'ai pas parlé ici de l'essentiel : le sort de nos paysans. Je n'en ai pas parlé, parce que je voulais centrer mon propos sur cette question majeure du rapport à l’État. Aux paysans suisses, néanmoins, dont le sort ne sera pas facilité par la décision d'aujourd'hui, je veux dire toute la profondeur de mon attachement, de mon respect et de ma solidarité, à l'intérieur de notre Patrie commune, la Suisse.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

Excellent billet.

Nous repartirons à la charge, c'est certain.

Écrit par : Alain | 23/09/2018

Grâce à tous ceux ayant refusé ces initiatives on a peut être évité une pléthore de nouvelles taxes ,qui sait!

Écrit par : lovejoie | 23/09/2018

Oui mais on ne peut pas évacuer ainsi la proximité de la Suisse Romande d'avec la France et sa conception jacobine de l'Etat, perçu comme figure tutélaire d'où tout procède et où tout retourne, cette République qui depuis 1789 a prétendu remplacer à la fois Dieu et le Roi.

Une conception de l'Etat, qui aspire à régenter tous les aspect de la vie du citoyen et à uniformiser ainsi toute la nation au détriment des particularismes "provinciaux" (prononcez ce mot avec le mépris qui y sied), et qui ne se limite donc de loin pas au seul état social. Les alémaniques, encore viscéralement attachés à l'échelon cantonal, voire communal, à la proximité entre le citoyen et ses autorités, ont su conserver une légitime défiance vis-à-vis de ces tentations centralisatrices.

Écrit par : Olivier Levasseur | 24/09/2018

Je constate que les électeurs des 4 cantons qui ont accepté ces 2 initiatives sont ceux qui vont régulièrement faire leurs courses en France voisine ! Donc ils votent mais ne respectent pas leur choix !

Écrit par : Justine Tittgout | 24/09/2018

Kadhafi envisageait le déplacement en France des uns, parlant français, en Allemagne des suisses alémaniques et en Italie pour les troisièmes… parce que, selon lui, la Suisse n'existe pas.
Tellement étranger aux raisonnements et visées des personnes concernées sur l'Europe, aujourd'hui!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 24/09/2018

Votre commentaire est très genevois, Levasseur. Donc très français. Les Vaudois ne partagent absolument pas votre point de vue. Sauf nos Parisiens (les Lausannois, bien sûr, encore plus élitistes que leurs modèles français)...

Écrit par : Géo | 24/09/2018

Et quel point de vue nos voisins "rupestres" ont-ils, Géo, qui contredise le mien ?

Écrit par : Olivier Levasseur | 24/09/2018

@Myriam Belakovski

Il y a toujours eu des imbéciles et des salopards pour penser que la Suisse était un pays artificiel et que ce serait mieux de le liquider pour en donner les morceaux à l'Allemagne, la France et l'Italie.

Kadhafi a dit ça, mais je ne suis pas sûr qu'il le pensait. C'était surtout pour se venger parce qu'il était énervé quand le procureur général de Genève, Bertossa junior, a fait cueillir sa belle-fille à l'Hotel Intercontinental par une escouade de gendarmes armés jusqu'aux dents et conduire au violons manu militari alors qu'elle était enceinte jusqu'au cou. On a déjà oublié cette sombre affaire, mais ce n'était pas très intelligent de la part de la Suisse, et surtout du fils Bertossa. Cela a placé notre pays dans un embrouillamini diplomatique inextricable. En représailles Kadhafi avait kidnappé des Suisses en Libye, le conseiller fédéral Merz s'était ridiculisé en allant parlementer avec le dictateur dans l'espoir de faire libérer nos compatriotes, mais il avait fait chou blanc et s'était rembarqué avec seulement... leurs bagages. Notre ambassadeur Daniel de Muralt, arabisant très expérimenté, avait entamé des discussions efficaces pour arranger les choses mais Son Altesse Sérénissime la grande Micheline Calmy-Rey n'arrêtait pas de marcher sur ses platebandes en essayant de mettre son grain de sel, notamment avec Jean Ziegler, ce qui faisait tout rater, de sorte que cet excellent diplomate, excédé, a donné sa démission. C'était un cafouillage magistral. Peut-être bien que miss Kadhafi battait ses employés de temps en temps, comme cela lui était reproché dans une plainte qui avait déclenché toutes ce pataquès. Mais c'était quand-même une affaire ridicule et très malencontreuse qui a été le prélude à la campagne internationale contre Kadhafi, laquelle a débouché dans cette opération désastreuse de regime change qui a destabilisé toute l'Afrique et causé des migrations ingérables pour l'Europe qui causent des réactions en chaîne politiques incontrôlables. Parfois ça aiderait de réfléchir la moindre avant de commettre des bourdes monumentales.

En résumé je ne pense pas que Kadhafi était dangereux pour la Suisse.

Le baron Julius Evola, intellectuel fasciste italien, qui est d'ailleurs revenu à la mode récemement dans les milieux d'extrême droite, était plus dangereux que lui. Il était convaincu que la Suisse était un pays artificiel peuplé de petits bourgeois démocrates qu'il s'agissait au plus vite de rayer de la carte. Les responsables suisses étaient inquiets que Mussolini puisse prêter une oreille attentive à cette billevesée quand l'Axe était triomphant et que le Duce, en effet, aurait pu être tenté. Il semblerait que ce soit Gonzague de Reynold qui avait été chargé par le Conseil fédéral de persuader Mussolini de ne pas écouter Evola, que Gonzague de Reynold d'ailleurs connaissait et appréciait fort peu.

Il est probable que si Hitler avait gagné la guerre, il aurait été tenté d'annexer la Suisse allemande, et alors peut-être que Mussolini aurait essayé de se servir aussi, lui qui avait bien occupé lâchement la Savoieet Nice après la défaite de la France en 40.

La Suisse existe bel et bien et elle n'est pas du tout un pays artificiel. Elle existe par la volonté de ses citoyens, de ses élites (volonté un peu chancelant du côté des élites depuis quelques temps) et par l'existence de son armée qui doit être assez forte pour opposer une résistance crédible, dissuasive pour ceux qui lorgnent sur son territoire.

Le grand danger aujourd'hui pour la Suisse c'est essentiellement l'Union Européenne, qui voudrait la dissoudre comme un sucre dans une tasse de café, en lui imposant un accord cadre institutionel qui viderait de son contenu la souveraineté de notre pays. Il y aurait encore un territoire appelé la Suisse, mais les Suissesses et les Suisses auraient été dépouillés définitivement de leurs droits populaires. Ils-elles auraient beau voter, leurs votes ne serviraient à rien et ne seraient jamais suivis d'effets. Le droit étranger, sur lequel, en tant que pays de 8 millions d'habitants dans un ensemble de 500 millions, nous n'aurions aucune espéce d'influence, s'appliquerait à nous contre notre gré et nous ne pourrions plus rien faire pour nous défendre.

Écrit par : Mallet du Pan | 24/09/2018

@Mallet du Pan
En dehors du sujet (la Suisse existe ou n'existe pas), j'aimerais souligner que “Julius Evola, intellectuel fasciste italien“ est un raccourci vraiment...trop court! C'est un personnage très complexe, peut-être le dernier "aristocrate" (dans le bon sens) de son époque et je suis exaspérée par l'usage fréquent et à tort et travers du mot "fasciste" .
Pour le reste je suis d'accord avec vous aussi pour le cas Kadhafi : d'ailleurs je n'ai jamais compris pourquoi ce cas avait pris autant d'ampleur, d'autant plus qu'on savait déjà que, dans des familles d'origine arabe haut placées, à Genève par exemple, on frappait les employés de maison. Si mes souvenirs sont bons il y a eu même un procès sans dévoiler le nom de la famille.. (sic!)

Écrit par : Vita Bruno | 25/09/2018

@ Vita Bruno
Je partage le sens de votre remarque sur Julius Evola*. A notre époque de raccourcis et de réductions, la tentative de liquider un écrivain important en le traitant d'"intellectuel fasciste" est devenue une pratique courante. Je ne compte plus les procès en sorcellerie intentés par les haut-parleurs de la médiature du cercle. A mes yeux, la littérature qui compte est faite de nuances, de subtilités et de contradictions aussi je lis l'étiquette infamante ("fasciste") avant tout comme l'expression de la méconnaissance de l'œuvre de l'écrivain ainsi étiqueté.

*La liste des auteurs stigmatisés est longue et variée. Quelques noms me viennent à l'esprit, pays et époques confondus : D'Annunzio, Dominique de Roux, Pierre Boutang, C. Malaparte, Michel Houellebecq et plus récemment Richard Millet ont tous été traités de fascistes.

Écrit par : Malentraide | 25/09/2018

Je n'essayais pas de "liquider" Evola, en le traitant de fasciste. Ca ne me gêne pas qu'il ait été fasciste. Je n'ai rien contre les fascistes. Sa pensée est d'ailleurs assez intéressante à certains égards. Mais je lui reproche d'avoir pensé que la Suisse était un état artificiel et qu'il faudrait la démembrer. C'est tout.

Écrit par : Mallet du Pan | 28/09/2018

Je n'essayais pas de "liquider" Evola, en le traitant de fasciste. Ca ne me gêne pas qu'il ait été fasciste. Je n'ai rien contre les fascistes. Sa pensée est d'ailleurs assez intéressante à certains égards. Mais je lui reproche d'avoir pensé que la Suisse était un état artificiel et qu'il faudrait la démembrer. C'est tout.

Écrit par : Mallet du Pan | 28/09/2018

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