26/09/2018

Sans l'Etat, point de salut !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 26.09.18

 

Je suis, depuis l’enfance, un fervent partisan de l’Etat. J’ai eu la chance d’être initié très tôt à l’Histoire, celle des guerres, des traités, des alliances, celle des grands hommes, munis de grands desseins. Je me suis mis très vite aux Histoires nationales, celle de la France, celle de l’Allemagne, puis celle, compliquée mais totalement passionnante, de la Suisse, notamment depuis 1798. Lorsque je dis « J’aime l’Etat », il ne s’agit évidemment pas de souhaiter des armadas de fonctionnaires, avec des tampons, derrière des guichets. Ni d’étouffer l’initiative privée. Ni de tout niveler, à l’aide d’une grande machine, grisâtre. Je dois donc m’expliquer sur ce que j’entends, fin 2018, par « Etat », ce que j’en attends pour l’avenir de nos populations.

 

Depuis un demi-siècle, en clair depuis la vague d’individualisme libertaire de Mai 68, l’Etat se voit constamment coller une étiquette péjorative. On souligne ses aspects pesants, souvent bien réels, on le caricature en machine à Tinguely ou en usine à gaz, on dénonce son aspect dispendieux, voire somptuaire, on brocarde son fonctionnement kafkaïen. Bref, on ne veut entrevoir en lui que le côté négatif. C’est un tort, c’est une faute, c’est un comportement scélérat. Parce qu’en présentant les choses ainsi, notamment aux jeunes, dans les écoles, en les incitant à ne rêver que de réussite individuelle, on éradique chez eux tout sens de l’aventure collective. Or, l’être humain est un animal social, nul d’entre nous ne vit en autarcie, nous sommes reliés les uns aux autres. Il convient donc, pour les choses de la politique, d’apprendre à penser collectif.

 

Regardez l’Histoire de Rome. Depuis sa fondation, au huitième siècle av. J.-C., jusqu’à sa chute, au cinquième de notre ère, sous les Rois, sous la République et sous l’Empire, toute l’aventure de cette civilisation est celle de l’Etat. On a cadastré le sol, fixé des lois, mené des armées, tracé des routes, jeté des ponts, creusé des tunnels, irrigué des sols. Sans une volonté puissante, transmise de génération en génération, de se projeter sur un destin collectif à travers les siècles, rien de cette immense entreprise n’aurait été possible. A cet égard, nous sommes tous, aujourd’hui encore sous nos latitude, des fils et des filles de la Louve, celle qui, dans le récit fondateur mythique, aurait allaité Romulus et Rémus.

 

L’Etat que j’appelle de mes vœux ne doit pas être tentaculaire, ni dépensier. Il doit être équilibré, raisonnable, et ciblé sur les tâches où on l’attend vraiment : la sécurité, la santé, l’enseignement, les transports, les assurances sociales. Surtout, on apprécierait que ses différents agents, tiens par exemple les enseignants, le valorisent auprès de leurs interlocuteurs. On aimerait que les profs d’Histoire racontent, nation par nation, ce que fut la grande aventure de l’Etat, face aux féodalités, aux intérêts privés, aux communautarismes, aux corporatismes. Pour cela, évidemment, il faut qu’ils commencent par y croire eux-mêmes. Nous attendrons donc, en tentant de dissimuler notre impatience, que la génération de Mai 68 ait bien voulu passer.

 

Pascal Décaillet

 

12:33 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

On peut dire que nous ne faisons que passer et que tout change tout le temps nos cellules y compris.
En revanche, comme vous le relevez, Pascal Décaillet, nous dépendons étroitement les uns des autres.
Malheureusement nous ne naissons pas égaux et dès l'école on note qu'il y a les uns et les autres avec des fossés qui se creuseront au fur et à mesure du parcours scolaire.
L'Etat ne devrait-il pas se sentir interpellé plus qu'il ne l'est aujourd'hui?

Un enfant ne s'alimentant pas bien, dormant mal et connaissant l'insécurité, mauvais rêves, les tensions notamment de fin de mois lorsque l'argent manque, les disputes, etc., vit-il la même expérience qu'un enfant bien né (comme on dit)?

Sans oublier la discrimination avec barrages de carrières concernant les classes modestes.

Comment sauter ou occulter le vécu d'Hitler qui n'avait pas exactement un niveau d'études suffisant pour entrer à l'école d'architecture mais qui espérait qu'en faisant ses preuves, en préparant des plans qu'il présenteraient à l'école on lui donnerait sa chance.
Chance refusée-
Que serait-il arrivé, ou pas arrivé... si Hitler, qui dessinait bien quoique sans grande originalité était devenu un simple bon ou moyen architecte?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 26/09/2018

Monsieur Décaillet,

Vous écrivez que l'"on aimerait que les profs d'Histoire racontent, nation par nation
ce que fut la grande aventure de l'Etat, face aux féodalités, aux intérêts privés, aux communautarismes, aux corporatismes" mais que pour cela il faudrait que ces profs d'Histoire commencent par y croire eux-mêmes… mais s'ils le doivent enseigner, finalement, que ces profs d'Histoire y croient ou non eux-mêmes?

Ne fait-on que ce qui nous inspire, que ce qui nous dit ou ce qu'il faut... cahier des charges compris?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 27/09/2018

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