22/09/2018

Choisir

 

Sur le vif - Samedi 22.09.18 - 10.14h

 

L'attachement aux identités nationales n'a nul besoin de renaître. Il a toujours été là ! Il a juste été contenu, étouffé, censuré, depuis des décennies, par le mondialisme cosmopolite.

 

Il appartient maintenant à chacun de nous de choisir s'il veut la spéculation planétaire et déracinée, ou l'engagement au sein d'un périmètre, même modeste, où s'exercent la citoyenneté active, émancipatrice, responsable.

 

Dans ce périmètre, communauté de mémoire et d'émotions, souvenir des morts, expérience commune, avenir inventé ensemble.

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/09/2018

L'Europe se meurt, l'Allemagne vit !

 

Sur le vif - Vendredi 21,00.18 - 15.15h

 

15.15h - J'ai cru en l'Europe jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de ce moment, évidemment capital dans son Histoire, l'Allemagne n'a absolument plus joué le jeu du Traité de Rome (1957), et celui des équilibres entre les pays membres.

 

Sous l'impulsion du Rhénan Helmut Kohl, a elle cessé d'être le nain politique de l'après-guerre, pour très vite redevenir un géant de la Mitteleuropa. Il n'y a pas eu de réunification : il y a eu absorption, pure et simple, de la DDR par le capitalisme de l'Ouest. Ce dernier en rêvait depuis 45 ans : en 1990, il a pu exaucer ses voeux.

 

Un capitalisme sauvage, un libéralisme financier n'ayant rien à voir avec la tradition économique et sociale de la vieille Allemagne bismarckienne, ont été imposés de force aux Länder de l'ex-DDR. Le mot "DDR" a été aboli, alors que le mot "BRD" (l'Allemagne de l'Ouest) a été conservé, pour baptiser l'ensemble "réunifié" !

 

Tout, dans ce procédé, suintait la précipitation, la gloutonnerie, la vulgarité d'un enrichissement rapide pour quelques-uns, ceux qui pouvaient faire des affaires avec la Treuhand, la société chargée de racheter l'Allemagne de l'Est. Comme on rachète, pour un franc, une friche industrielle.

 

En politique étrangère, Kohl a immédiatement donné des signes d'affranchissement par rapport à la gentille Allemagne en rédemption des années 1949-1989. Son terrain, ce furent les Balkans. Il manque encore une grande Histoire, en langue française, du rôle des capitaux allemands, des services secrets allemands, en liaison avec l'OTAN, dans le démembrement de l'ex-Yougoslavie, par exemple dans les événements du Kosovo, en 1999. Mitterrand, sur le terrain balkanique, de 1991 à 1995, s'est fait proprement avoir par son ami Helmut.

 

Après Kohl, il y a eu Schröder, et maintenant Mme Merkel. Omniprésente. Dans l'affaire grecque, elle s'est comportée avec l'arrogance suzeraine d'un Empereur du Saint-Empire. Comme la cheffe de l'Europe ! En Ukraine, dans les Pays-Baltes, en Macédoine, elle avance ses pions. Pendant que la politique étrangère française en Europe roupille, celle de l'Allemagne, jouant sa propre carte nationale, est partout.

 

Il n'y a plus d'Europe. Il y a l'Allemagne. Qui saisit le paravent européen comme bannière de ses propres manœuvres nationales.

 

Pascal Décaillet

 

 

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La nation, ça n'est pas le nationalisme !

 

Sur le vif - Vendredi 21.09.18 - 08.57h

 

L'extraordinaire escroquerie intellectuelle des partisans du grand conglomérat multilatéral européen consiste à entretenir volontairement la confusion entre nation et nationalisme.

 

Sous prétexte que les deux guerres mondiales furent des guerres nationales, ils ont répandu l'idée qu'en abolissant la nation, en obligeant cette dernière à déléguer ses prérogatives à l'empire européen, supranational, évidemment gentil, bien intentionné et pacifique, on résoudrait, devant l'Histoire, le problème des guerres.

 

Escroquerie. La nation date de la Révolution française. Je crois savoir qu'il y a eu quelques guerres, sur la planète, avant 1789. Les Rois de France faisaient la guerre, Louis XIV a même reconnu (sur son lit de mort) l'avoir trop aimée. Les Rois d'Angleterre faisaient la guerre. Le Saint-Empire faisait la guerre, depuis mille ans. Rome, de sa fondation à son écroulement, sur près de mille ans d'existence, a passé son temps à faire la guerre.

 

Il y a toujours eu des guerres, il y en aura toujours. Il y en a eu avant l'époque des nations, pendant l'époque des nations, il y en aura après l'époque des nations. La guerre est consubstantielle à la nature humaine.

 

Quant à la construction européenne, il faut évidemment tordre le coup à l'idée qu'elle aurait "empêché la guerre sur le continent". Cette absence de conflit n'est pas due aux gens de Bruxelles, mais au parfait équilibre des forces de dévastation, depuis Yalta (1945), entre le bloc de l'Est et celui de l'Ouest, les deux vainqueurs du Reich.

 

Oserais-je rappeler, par ailleurs, que le continent européen a vu se dérouler une guerre particulièrement brutale, de 1990 à 1999, dans les Balkans, guerre à laquelle les gesticulations de Bruxelles n'ont jamais trouvé la moindre solution. Et pour cause ! Ce conflit balkanique a été voulu, organisé, planifié, par l'Allemagne d'Helmut Kohl et par l'OTAN, dans le dessein très précis d'affaiblir la position historique des Slaves du Sud, principalement les Serbes, pour créer une brèche économique et stratégique dans cette partie de l'Europe. Pour y parvenir, une énorme machine de propagande fut mise en œuvre, diabolisant le Serbe, sanctifiant ses adversaires. Les belles âmes de nos intellectuels parisiens en chemise blanche n'avaient plus qu'à suivre.

 

La nation, ça n'est pas le nationalisme. Pas plus que l'empire n'est l'impérialisme. La nation, c'est la communauté d'appartenance, intellectuelle mais aussi affective, c'est le partage des lois et celui de la mémoire, c'est le souvenir des morts, à l'intérieur d'un certain périmètre lentement dessiné par la juste et précise gravité de l'Histoire. C'est aussi un projet commun, des émotions vécues ensemble. La part de l'instinct, n'en déplaise aux géomètres et aux ratiocineurs, y tient une place majeure. La nation n'exclut pas l'Autre, en aucun cas. Mais elle lui demande, à l'intérieur du périmètre, de respecter sa loi. On est loin, très loin, du nationalisme guerrier, conquérant, dévastateur, méprisant pour toute forme d'altérité.

 

La nation n'est absolument pas unitaire par essence. La France l'est, depuis la Révolution, par le poids du jacobinisme. Mais un pays peut parfaitement se trouver confédéral, décentralisé à l'intérieur, mais national et unifié lorsqu'il se présente face à l'étranger.

 

Depuis plus d'un demi-siècle, les européistes entretiennent volontairement, soit par mauvaise foi soit par ignorance de l'Histoire, la confusion entre nation et nationalisme. Il convenait, une fois, de leur répondre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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20/09/2018

Mai 2019 : le retour des nations

 

Sur le vif - Jeudi 20.09.18 - 09.45h

 

L'enjeu des élections européennes, en mai 2019, sera simple, clair et décisif. Pour la première fois, il aura un véritable intérêt. Il ne s'agira pas, au printemps prochain, d'ajuster un curseur fictif entre social-libéralisme et libéralisme social, bref entre Dupondt de centre-gauche ou centre-droite. Non, il s'agira de se prononcer sur l'état de délabrement de l'Union européenne elle-même, ce fantôme errant des illusions multilatérales, continentales et supranationales de la seconde partie du vingtième siècle.

 

Tout cela a commencé, dans une immédiate après-guerre encore très précaire économiquement, avec des hivers sans chauffage dans certains ménages parisiens, avec encore des tickets de ravitaillement, bref des conditions de vie quotidienne encore pires, parfois, que pendant la guerre elle-même, jusqu'au début des années 50.

 

Tout cela, donc, a commencé par l'idée de s'approprier à très bas prix le charbon allemand. L'Allemagne, en 1945, était détruite (plus exactement : ses grandes villes étaient détruites), mais ses charbonnages, les plus fournis d'Europe, ne l'étaient absolument pas. Pas plus que ses houillères, ses aciéries. Bref, le pays vaincu demeurait ce qu'il n'avait cessé d'être (en progressant constamment) depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786) : le poumon économique de l'Europe.

 

Alors, pour se servir du charbon du pays vaincu, on a inventé le CECA, la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, première esquisse de ce qui allait devenir au Traité de Rome (1957) la Communauté européenne, puis, beaucoup plus tard, l'Union européenne. On n'a pas inventé cela pour "faire la paix en Europe" (ça, c'est la légitimation donnée a posteriori, la paix étant due en réalité à l'équilibre de la terreur entre USA et URSS). On a inventé cela pour se servir du charbon allemand !

 

Et l'Allemagne de l'époque, la si gentille Allemagne du si gentil démocrate-chrétien rhénan Konrad Adenauer, cette Allemagne qui avait deux ou trois choses à se faire pardonner, a joué le jeu. Du charbon, il lui en restait assez pour elle, même après l'avoir "mis en commun" avec la France, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg. Ainsi, l'Allemagne en quête de rédemption pouvait dire : "Voyez comme nous avons changé, nous sommes désormais avec vous, nous partageons nos ressources".

 

Il s'en est suivi l'idée que le monde des nations, qui datait de la Révolution française, du Consulat, de l'Empire, et (pour l'idée nationale allemande, de la réaction des intellectuels prussiens, autour de Fichte, dès la fin 1807, à l'occupation napoléonienne), appartenait désormais au passé, et qu'il allait laisser la place à une organisation continentale, à l'intérieur de laquelle les ennemis féroces d'hier seraient désormais copains. Mitterrand qui prend la main de Kohl à Verdun, quarante ans après avoir serré celle du... vainqueur de Verdun.

 

La mise en place de cette illusion a fonctionné, peu ou prou, jusqu'à la chute du Mur de Berlin (9 novembre 1989). A partir de là, comme je l'ai souvent exposé dernièrement, l'Allemagne a recommencé à jouer sur le continent sa propre carte nationale. Elle l'a jouée dans la Monnaie unique, dans Maastricht, et surtout dans les Balkans. Avec Mme Merkel, elle la joue en Grèce, en Macédoine, et jusqu'en Ukraine.

 

Entre-temps, les peuples se sont réveillés. La violence des flux migratoires, notamment ceux de l'automne 2015, ont amené les pays de première ligne, l'Italie, l'Autriche, la Hongrie, et jusqu'à la Bavière de Horst Seehofer, à opter pour des choix nationaux impliquant une régulation drastique des flux. Qu'aurions-nous fait, à leur place ?

 

En vertu de tout cela, les élections européennes de mai 2015 sonneront l'heure de vérité. Le vrai choix, ce sera la continuation de l'illusion et de l'acte de foi dans le château de cartes qui s'effondre. Et, en face, le retour à la réalité tenace des identités nationales.

 

Ce ne seront pas des élections européennes. Ce seront des élections pour ou contre l'usine à gaz appelée "Union européenne".

 

Pascal Décaillet

 

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19/09/2018

L'Ange gardien

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

Jeudi 13 septembre, réuni in corpore, le Conseil d’Etat annonce la dégradation de Pierre Maudet. Il n’est plus Président, c’est Antonio Hodgers qui le remplace. Il n’est le plus le ministre de tutelle de la Police, c’est Mauro Poggia qui assumera cette fonction. M. Maudet reste conseiller d’Etat, mais son territoire se voit réduit comme peau de chagrin. A la conférence de presse, l’ambiance est lourde, on sent que les deux jours de discussions, pour en arriver là, ont été très tendus. Il n’est pas sûr que l’intéressé ait proposé lui-même ces changements. Il règne un climat de coup de majesté, voire de putsch interne.

 

Et c’est là, à l’issue de cette séance difficile, où pesait le silence précédant les orages, que se produit une scène qui pourrait nous réconcilier avec la nature humaine. Pierre Maudet quitte la salle. Les caméras le suivent, descendant la rue de l’Hôtel-de-Ville. Ce sont des moments, dans la vie, où l’on peut légitimement se sentir très seul.

 

Eh bien seul, il ne l’est pas. Il existe une dame, avec beaucoup de classe dans les moments difficiles (on l’avait vu, lors de l’affaire du verre d’eau), qui l’accompagne. Dans la pire séquence de la vie politique de Pierre Maudet, une certaine Nathalie Fontanet est là. A ses côtés. Elle ne l’abandonne pas.

 

Cette présence, qui rappelle celle de Jean-Pascal Delamuraz près d’Elisabeth Kopp, lorsque la conseillère fédérale démissionnaire avait quitté le Palais fédéral, porte un nom, magnifique : cela s’appelle un Ange gardien.

 

Pascal Décaillet

 

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Affaire Maudet : le tango des moralistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.09.18

 

D’abord, il y a tous ces cris de pleureuses autour du mot « mensonge ». Certes, Pierre Maudet a menti, c’est une réalité, tout le monde est d’accord. C’est assurément une faute politique majeure (nous allons voir pourquoi), il devra en répondre, peut-être en quittant la scène. Le dénouement, à l’heure où j’écris ces lignes, je n’en ai pas la moindre idée. Parce que nous sommes, comme au théâtre, dans la partie de l’action dramatique où l’obscur s’ajoute à l’obscur, des péripéties tentent de l’emporter sur le sujet principal, des personnages secondaires envahissent la scène. C’est comme dans Shakespeare : il y a toujours un moment, vers le milieu de la pièce, où plus personne n’y comprend rien. L’auteur, pour mieux préparer la clarification du dernier acte, accentue, juste avant, la nuit de l’incompréhension.

 

Le mensonge. En politique, il est chose courante. Banale. On ment par exagérations pour parvenir au pouvoir, on ment pour s’y maintenir, on ment quand on s’y cramponne. On ment par action, par omission, on ment comme on respire, juste pour survivre. S’il fallait se mettre à traquer le mensonge dans le discours politique, il ne resterait plus grand monde.

 

Pourtant, l’homme ou la femme de pouvoir ne doit pas mentir, je l’affirme, car cela constitue une faute politique. Non parce que mentir est mal, ou méchant, tout cela relève du vocabulaire de la morale, que pour ma part je bannis dans l’analyse politique. Mais parce que mentir est de nature à ruiner le crédit auprès des gens qu’on a autour de soi : les collègues de l’exécutif, le Parlement, sa propre famille politique. Et bien sûr, avant tout, le corps des citoyennes et citoyens qui vous a élu. Or, sans confiance, rien n’est possible. Un ministre sans crédit doit partir. Non parce que c’est mal. Mais parce qu’il ne dispose plus des moyens d’action pour mettre en œuvre une politique.

 

Maintenant, il y a l’hypocrisie des pleureuses. Comme dans les funérailles méditerranéennes, elles ne pleurent pas par tristesse, mais par intérêt. En Sicile, on les paye : on rétribue une fonction. De même, les cris d’orfraies, venus notamment de la gauche, pour s’étrangler d’indignation face au « mensonge », de quelles gorges jaillissent-ils ? Mais de celles, bien sûr, qui ont le plus intérêt à une démission du ministre, donc une élection complémentaire, donc ravir le siège, donc faire basculer (pour quatre ans et demi de législature restante, c’est considérable) une majorité politique. Au profit d’une autre. Vous commencez à saisir ?

 

Ce tango des moralistes ne doit pas duper le citoyen. Il fait partie du jeu, il faut juste en être conscient, le prendre pour ce qu’il est : une savante chorégraphie de l’hypocrisie, une prise en otage des mots pour servir des intérêts concurrents à celui du ministre en cause. Quelle que soit votre position sur l’Affaire Maudet, je vous invite à beaucoup de rigueur dans le décodage des prises de parole. La citoyenneté active, ça passe aussi par l’exercice de cette distance. A la semaine prochaine !

 

Pascal Décaillet

 

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Mort d'un géant au regard bleu

 

Sur le vif - Mercredi 19.09.18 - 08.33h

 

J'avais déjà vu pas mal de pièces de théâtre avant 1973, dont un éblouissant Götz von Berlichingen, de Goethe, en juillet 1971, à Nuremberg.

 

J'avais vu des pièces, mais aucune n'avait encore produit sur moi ce fameux "déclic", celui qui emporte un adolescent dans une passion. Déclic que j'avais éprouvé en musique, lors de ma découverte de Richard Wagner.

 

Et puis, là, 1973. Comédie de Genève. Le Misanthrope. Dans le rôle d'Alceste : Jean Piat. J'étais au deuxième rang, face aux feux d'intensité de ce regard bleu. Je venais surtout voir l'homme que j'avais déjà tant admiré dans Lagardère, puis les Rois Maudits.

 

Mais là, Alceste a tout dépassé. Oui, le feu. Un mélange d’instinct et d'intelligence, rarement égalables chez un acteur. Jean Piat, au service d'un personnage unique du théâtre français, dont je suis tombé éperdument amoureux.

 

Alceste : la fougue, la sincérité, le courage, le mépris total de la mondanité, l'amour fou, possessif, la jalousie. Bref, un homme, dans toute sa vérité, toute sa splendeur

.

Je suis tombé amoureux du personnage d'Alceste, c'est grâce au génie de Jean Piat. La grâce son incarnation du personnage. Les vibrations de sa présence. Magie de l'acteur, génie de l'artiste. Incomparable présence de cet homme qui, quelques années plus tôt, avait tant impressionné de Gaulle, dans Cyrano.

 

Le théâtre français perd un géant au regard bleu. Inoubliable.

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/09/2018

L'Europe s'évapore, l'Allemagne renaît

 

Sur le vif - Mardi 18.09.18 - 15.53h

 

Je retrouve une dissertation, rédigée en allemand, à Munich, en juillet 1974, où je dis le plus grand bien de la construction européenne. J'ai juste seize ans, j'approche de la Maturité, je souhaite l'amitié la plus profonde entre la France et l'Allemagne.

 

J'ai cru dans le projet européen jusqu'à la chute du Mur, le 9 novembre 1989. Cet événement considérable, je l'ai passé, le jour même, à traduire, pour les journaux RSR, le discours de Willy Brandt (sublime), celui de Kohl, celui de Genscher. Au fond de moi, et je suis évidemment prêt à m'expliquer sur ce point, la chute du Mur n'était pas une bonne nouvelle.

 

D'abord, je n'ai jamais été un adversaire de la DDR. Je respectais cette moité de l'Allemagne, passée en mai 1945 sous influence soviétique, alors que l'autre partie était sous influence capitaliste, américaine principalement. Je m'étais passionné pour la vie culturelle, littéraire notamment, de l'Allemagne de l'Est, je ne renie rien à cette période de ma vie.

 

Surtout, il m'était très vite apparu que le catholique rhénan Helmut Kohl n'ambitionnait pas tant de refaire l'Allemagne que de refaire l'Empire.

 

Quel Empire ? Mais le Saint, Romain, Germanique ! Défait par Napoléon en 1806, suite la victoire d'Iéna. L'Empire, c'est une conception de l'Europe où les pays travaillent ensemble, mais sous une tutelle commune. C'est le contraire même de l'idée de nation, telle que la Révolution française la lance dès 1789, à vrai dire dès les victoires militaires de Soldats de l'An II (1792) : l'idée nationale - qui m'est chère - présuppose que rien , aucune tutelle, aucune suzeraineté, ne prédomine sur la Nation souveraine.

 

L'Empire, Kohl a immédiatement eu l'instinct de le recréer. La chute du Mur lui permet de reforger un axe germanique dominant dans la Mitteleuropa. Surtout, l’ogre rhénan, qui jure agir au nom de "l'Europe", utilise en fait la machine de Bruxelles pour, en douceur, placer le continent sous tutelle allemande. Ce sera la Monnaie unique, version rénovée du Deutschemark. Ce sera Maastricht (1992). Ce sera, avant toute chose, l'incroyable politique d'ingérence allemande dans le affaires balkaniques, la diabolisation médiatisée du Serbe, la sanctification de tous les autres. François Mitterrand, hélas, finira par jouer ce jeu, sous prétexte de politique "européenne". Dans les Balkans, Mitterrand s'est fait proprement doubler par Kohl.

 

Aujourd'hui, 44 ans après ma dissertation munichoise, je ne vois plus d'Europe. Parce qu'elle s'évapore. Mais je vois, bel et bien, la réalité nationale allemande, plaçant ses pions dans les Balkans, en Macédoine, au Kosovo, en Slovénie, en Croatie, mais aussi en Pologne, dans les Pays Baltes, et jusqu'en Ukraine. Cela, toujours sous le couvert "européen".

 

Il n'y a pas d'Europe, aujourd'hui, cela n'existe pas. Mais il y a la solide, la tenace permanence des nations. Au premier plan, la renaissance politique de l'Allemagne. Et le déploiement de son action, dans l'indifférence générale, voire sous les applaudissements, sur l'ensemble du continent européen.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Chemnitz, la DDR, la Gemeinschaft

 

Sur le vif - Mardi 18.09.18 - 08.25h

 

J'ai connu l'Allemagne au temps de la DDR, j'ai fréquenté des Allemands de l'Est, j'avais même demandé, il y a 40 ans, à passer un semestre à l'Université d’Iéna, ce qui ne fut pas possible.

 

J'ai parcouru la Prusse (Mecklembourg, notamment), la Saxe et la Thuringue. Je me souviens du temps où Chemnitz s'appelait Karl-Marx-Stadt. Et ma mère avait vécu en Allemagne à l'époque où Chemnitz... s'appelait déjà Chemnitz, et pas encore Karl-Marx-Stadt !

 

J'ai étudié les grands auteurs de l'Allemagne de l'Est. Je n'ai, de ma vie, jamais émis un seul mot négatif sur la DDR. J'aurais dû, bien sûr, puisqu'il y avait la Stasi. Mais des éléments intimes, que personne ne peut comprendre, m'ont amené à toujours considérer les quarante années de DDR avec une bienveillance qui, je le sais, étonne ici et aujourd'hui. C'est ainsi.

 

Concernant les récents événements de Chemnitz, il faut évidemment les considérer sous l'angle de la colère noire des gens de l'ex-DDR (notamment les Saxons) suite à l'incroyable brutalité de l'annexion par l'Ouest, sous Helmut Kohl. Oui, je dis "annexion" de l'Est par la gloutonnerie du système capitaliste, parce que "réunification" n'est pas le bon mot. Kohl, qui était un Rhénan et n'a jamais aimé les Marches orientales de l'Allemagne, s'est comporté comme un ogre. Les gens de l'Est en ont payé le prix.

 

La Saxe fut annexée, comme les autres Länder de l'ex-DDR, mais la prospérité n'a pas suivi. Dans les populations ouvrières (oui, il existe encore une classe ouvrière en Allemagne !), ou parmi les chômeurs, les délaissés, beaucoup regrettent le cocon protecteur de la DDR. Le phagocytage, par Kohl, s'est fait beaucoup trop vite, trop brutalement, sans le moindre égard pour l'identité saxonne, millénaire, qui avait bien évidemment survécu à la DDR : les identités nationales ont la vie beaucoup plus longue que les idéologies.

 

A cela, l'ogre Kohl n'a rien voulu voir : il se disait que l'implantation forcée du capitalisme emporterait la mise. Il a eu tort : les mécanismes profonds de relation à l'économie n'ont jamais été les mêmes, en Prusse ou en Saxe, que chez les adeptes du capitalisme rhénan, à l'Ouest. Faut-il rappeler ce paradoxe : Karl Marx lui-même était un Rhénan, un homme de l'Ouest. Et pas du tout un Allemand des parties orientales.

 

Pour expliquer Chemnitz 2018, il convient aussi - ce sera l'objet d'un texte ultérieur de ma part - de se référer en profondeur à la notion allemande de "Gemeinschaft". Ce mot, qu'on pourrait traduire par "communauté d'appartenance", s'oppose à celui de "Gesellschaft", la société normée, organisée. La montée, dès les Discours à la Nation allemande, de Fichte (prononcés en pleine occupation française, au nez et à la barbe des soldats napoléoniens, en décembre 1807, à l'Université Humboldt de Berlin) du sentiment profond de "Gemeinschaft", nourri par le Sturm und Drang, le Romantisme, puis l'exceptionnel travail des Frères Grimm sur l'identité germanique, constitue un paramètre fondamental de compréhension du rapport des Allemands avec l'altérité.

 

Les Allemands ne sont pas opposés au Refuge. Ils l'ont prouvé avec éclat, en accueillant et en intégrant, en 1945, 1946, des millions d'Allemands de l'Est (Pologne, Russie, Roumanie, etc.) fuyant la poussée soviétique. Ils les ont accueillis, alors que l'Allemagne, "bleiche Mutter" (Mère blafarde, Brecht), était en ruines ! Mais il se trouve que les demandeurs de Refuge étaient... des Allemands ! Dans le concept de "Gemeinschaft", on considère comme tel tout porteur de la langue germanique, même établi depuis des siècles sur les Marches orientales de l'Europe.

 

A l'automne 2015, Angela Merkel ne pouvait pas ne pas avoir en tête ce précédent de 1945. Mais, outre qu'elle a cédé beaucoup trop vite aux sirènes d'un patronat avide, elle a refusé de prendre en compte la difficulté viscérale, pour un chômeur, un délaissé, un oublié de l'ex-DDR, de voir affluer autour de lui une population extérieure au cercle d'appartenance de la "Gemeinschaft".

 

Pour saisir les événements d'aujourd'hui, dans la complexité des Allemagnes, il faut impérativement en appeler à l'Histoire politique et philosophique du monde germanique, dans sa diversité, son absence de centralisation, son rapport au passé, à ses morts, la très grande difficulté (quoi qu'on ait pu nous faire croire, dans l'Ouest prospère des années 1949-1989) de son rapport à l'altérité.

 

Nier cela, c'est faire preuve de candeur. Et de manque de rigueur dans la recherche de la vérité historique.

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/09/2018

La langue arabe et le champ du possible

 

Sur le vif - Dimanche 16.09.18 - 14.22h

 

En quoi l'apprentissage de l'arabe à l'école constituerait-il un problème ? En quoi le chemin vers une langue, qui est (avec le chemin vers la musique) la plus belle itinérance du monde, serait-il à éviter ?

 

L'arabe est une langue magnifique, porteuse de milliers de textes qui ont, au fil des siècles, constitué des civilisations.

 

Pouvoir, dans un choix volontaire parmi d'autres langues, étudier la langue et la civilisation arabes, constitue une possibilité d'enrichissement de son champ linguistique, intellectuel et culturel. Comme l'apprentissage de l'allemand, ou du grec, ou de l'hébreu, ou du turc, ou du persan, ou de n'importe quelle autre langue.

 

Cheminer vers une langue étrangère, c'est ouvrir le champ de son propre possible.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Juges, moralistes, hypocrites

 

Sur le vif - Dimanche 16.09.18 - 11.43h

 

Dans l'Affaire Maudet, l'aspect judiciaire des choses n'a, à mes yeux, aucune espèce d'intérêt.

 

Sera-t-il, dans des mois, à l'issue de maintes et tortueuses procédures, et d'une valse de recours, condamné pour "acceptation d'un avantage" ? En sera-t-il acquitté ? Ça n'est pas sur ces choses-là que se dénouera le scénario dramaturgique actuellement en cours.

 

La justice est un univers. La politique en est un autre. Avec d'autres codes, d'autres langages, d'autres enjeux.

 

Pour l'heure, la seule question qui vaille : a-t-il POLITIQUEMENT la marge de manœuvre de se maintenir ? Donc, la capacité d'action à mettre en œuvre des projets pour le Canton.

 

J'invite le corps des citoyens, dont je fais partie depuis plus de 40 ans à Genève, à appréhender POLITIQUEMENT cette affaire.

 

Laissons les juges dire la justice. Les moralistes, faire la morale. Et les hypocrites, se cacher derrière le paravent de la morale pour conquérir un siège.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/09/2018

Affaire Maudet : le vent noir de l'hypocrisie

 

Sur le vif - Samedi 15.09.18 - 18.13h

 

"Il a menti, il a menti, il a menti !". La gauche genevoise n'en peut plus, dans l'Affaire Maudet, de s'étrangler, en feignant de découvrir que le monde politique ne dit pas toujours la vérité.

 

Pierre Maudet a commis une faute POLITIQUE. Majeure, et peut-être fatale, nous verrons. S'il doit partir, c'est parce qu'il n'aura plus la marge de manœuvre POLITIQUE pour demeurer au gouvernement. Parce qu'il aurait ruiné son crédit, par exemple justement en mentant.

 

Le mensonge en politique, en cela, est une faute. Parce qu'il est de nature dévastatrice pour la crédibilité. En cela, et en cela seulement. Il appartient à un gouvernant d'assurer sa réputation, non parce qu'elle est une réputation, mais parce qu'elle est un outil nécessaire à l'exercice du pouvoir. Cette considération-là n'est pas d'essence morale, mais POLITIQUE.

 

Or, la gauche genevoise, avec ses cris d'orfraies, que fait-elle ? Elle insiste, à n'en plus finir, sur une prétendue faute morale. Parce que mentir, ça n'est pas bien. Comme si nous étions, dans notre République, entre pasteurs, ou entre prêtres, ou entre moralistes.

 

Non. Nous sommes entre citoyens. Nous confions des missions à des élus pour qu'ils mettent en application une POLITIQUE, au service de la Cité. Nous attendons d'eux qu'il soient compétents, anticipateurs, lucides, combatifs.

 

Nous n'attendons pas d'eux qu'ils soient des saints.

 

Pour ma part, je n'ai jamais attendu d'un élu qu'il soit exemplaire sur le plan moral, je dirais même que cela m'indiffère totalement. Bien plus graves m'apparaissent l'incompétence, la cécité face aux enjeux.

 

Mais notre gauche genevoise, que veut-elle ? Réponse : une démission, donc une élection complémentaire, gagner un siège au Conseil d'Etat, y obtenir ainsi, pour quatre ans et demi (l'enjeu est de taille), une majorité. Ainsi, pouvoir, à son tour, placer les siens un peu partout, par exemple dans les Conseils de fondation, les régies publiques, etc.

 

La gauche veut cela. Elle ne veut que cela. Le reste, derrière le paravent de la morale, vieux comme le monde, c'est le vent noir de l'hypocrisie.

 

Pascal Décaillet

 

 

18:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

La Suisse et le printemps des peuples

 

Sur le vif - Samedi 15.09.18 - 09.29h

 

Une fois pour toutes, il faut jeter aux oubliettes ce leurre technocratique intitulé "Accord cadre institutionnel avec l'Union européenne". Le pression mise par Jean-Claude Juncker, sentinelle vacillante d'une Europe en dérive, ne doit avoir comme réponse de la Suisse que le silence et l'indifférence.

 

Né de l'esprit tortueux de M. Burkhalter, repris pour des raisons de stratégie politique interne par M. Cassis, cet "Accord" n'est rien d'autre qu'un bricolage juridique, sur du néant politique. Écrit sur du vent !

 

Grand admirateur - plus que cela, même - de Jean-Pascal Delamuraz, que j'ai très bien connu et maintes fois interviewé, je lui reprochais déjà, du temps de son pouvoir, la véritable armada bureaucratique mise en place à Berne, aux frais des contribuables suisses, pour plancher sur le dossier Suisse-Europe.

 

Du Bureau de l'Intégration, dont il faudra bien, un jour, établir la véritable Histoire, jusqu'à la mobilisation des fonctionnaires du Commerce extérieur, que de juristes, d'économistes, de gratte-papier engagés, sur nos impôts fédéraux directs, pour imaginer les mille et un scénarios, après le rejet de l'EEE le 6 décembre 1992, des relations entre Berne et Bruxelles ! J'ai vécu tout cela de près, j'ai la mémoire des hommes et des dates, je n'oublie rien, jamais.

 

"L'Accord cadre institutionnel", hormis déjà la laideur des mots, ce lourdingue de gothique verbal dégoulinant, c'est, repris par M. Burkhalter, l'héritier de tout ce petit monde dûment entretenu à Berne, depuis la campagne EEE, pour que la Suisse puisse à tout prix demeurer en phase avec cet Empire tentaculaire qui s'est tissé autour d'elle.

 

Le petit hic, le très léger accident de l'Histoire, que personne à Berne ne semblait avoir prévu, c'est que l'Union européenne s'effondre. En Italie, pays fondateur en 1957, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, et dans le Land très puissant de Bavière, des forces politiques, voulues par les peuples de ces pays, exigent maintenant une autre structure entre les pays d'Europe. Une structure qui commence par prendre acte de la nation, plutôt que la gommer. Et qui refuse absolument l'idée d'une Europe technocratique, gouvernée par des fonctionnaires, légiférant par-dessus les nations. C'est cela qui est en train d'advenir, cela qui monte en Europe, aujourd'hui l'Italie, demain peut-être la France, voire l'Allemagne, rien n'est exclu.

 

Ce printemps des peuples, 170 ans après celui qui a donné naissance aux nations d'aujourd'hui, et notamment à la nôtre, vaut infiniment plus, en termes de considération historique, que les virgules soupesées de MM Burkhalter et Cassis sur "l'Accord cadre institutionnel" avec l'Union européenne. Ce printemps des peuples aura raison des technocrates, il est semeur d'avenir, là où l'actuel conglomérat de Bruxelles ne représente plus ni dessein, ni cohérence, ni espoir.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

14/09/2018

Une géométrie, en somme

 

Sur le vif - Vendredi 14.09.18 - 14.24h

 

A Genève, au-delà de la personne d'un magistrat en difficulté (pour user d'un euphémisme), c'est à un système de pouvoir qu'on s'apprête à tourner le dos.

 

Ce système, mis en place dès novembre 2005, aura régenté le canton, sous son implacable férule, pendant treize ans. Jamais aussi puissant qu'entre juin 2012 et mai 2018.

 

Ce système, c'est celui de la République radicale. Il n'implique en aucun cas le seul Pierre Maudet, mais évidemment aussi son prédécesseur à la Présidence du Conseil d'Etat.

 

Ce système, parfaitement légal, peut-être même parfois efficace pour l'intérêt de la République, consiste en une cooptation systématique, presque mathématique, au sein d'un groupe humain assez restreint.

 

Ce groupe évolue en cercles concentriques, garde rapprochée, liens de confiance, loi du silence là où c'est nécessaire. Octroi des postes à responsabilités (dans le Grand État, par exemple) à des proches. Certains, parmi ces grands commis, au reste fort compétents, parfaitement interchangeables, passent d'une régie à l'autre. Au final, le groupe demeure restreint, soudé.

 

La République radicale ne se contente pas de donner des postes à des radicaux, mais à leurs alliés, parfois même à leurs adversaires, pour peu que ces derniers aient avec le noyau dur une communauté de valeurs.

 

N'y voyez nul complot, ainsi fonctionne la vie politique. Il y a eu, puissamment, une République radicale en France, dans les années 1879-1914, j'en connais par coeur l'Histoire et les hommes. Il y a eu une République socialiste, sous François Mitterrand, entre 1981 et 1984. Il y a eu, peut-être y a-t-il encore, une République démocrate-chrétienne en Valais, depuis quelque 170 ans. Rien de grave !

 

Tout pouvoir, partout, vise à s'étendre, et engendre lui-même les risques d'abus. La République radicale à Genève (2012-2018) n'est évidemment pas à condamner parce qu'elle est radicale, loin de là ! Mais parce que, les circonstances aidant, un tout petit groupe d'hommes, complices comme des grognards, se sont crus trop puissants.

 

Ils ont cessé d'entrevoir les limites. Le monde politique est un espace fini, il convient d'en appréhender avec ductilité les aires et les périmètres. Une géométrie, en somme. Ce mot devrait leur plaire, non ?

 

Pascal Décaillet

 

 

14:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Des hypocrites, ou des naïfs ?

 

Sur le vif -  Vendredi 14.09.18 - 09.26h

 

L'analyse de la chose politique doit se faire avec un esprit parfaitement froid, limite glacial. Connaissance de l'Histoire, des enchaînements de causes et d'effets. Prise en compte de toutes les sensibilités, toutes les versions. Appréciation clinique de la nature humaine, hors de toute considération morale.

 

La morale est sans doute une discipline importante, je veux le croire. Il se trouve qu'elle n'entre pas, en matière politique, dans le champ de mes considérations. J'admire immensément des figures historiques parfaitement répréhensibles sur le plan de la morale. Je les admire parce qu'elles ont, à mes yeux, servi avec génie les intérêts supérieurs de leur pays.

 

A l'inverse, que m'importe un pur, en politique, si c'est pour échouer dans son dessein ?

 

Si un politique trébuche, je ne lui adresserai jamais de grief moral. Mais je tenterai de comprendre quelles erreurs POLITIQUES il a pu commettre pour en arriver là. Par exemple (au hasard), ne s'entourer que de courtisans. Méconnaître sa propre nature : si, dans le tréfonds de l'âme, tu es (au hasard, toujours) un régalien, un Fouché ou un Louvois, ne t'avise pas d'aller mettre tes mains dans le cambouis des choses de l'Argent, c'est un autre monde, d'autres entrées, d'autres codes. Laisse à d'autres, dans la branche cousine de ton parti, le soin de ces choses-là. La NZZ, sur eux, fermera les yeux, comme elle sait si bien le faire.

 

Ce qui m'intéresse, en politique, c'est la politique elle-même. Avec ses règles, ses usages propres. Ceux qui, à longueur de journées, nous assènent à son sujet le langage de la morale, sont soit des hypocrites, soit des naïfs. Deux catégories assez bien représentées, numériquement. Par exemple (toujours au hasard), au bout du lac.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Maudet et les candélabres du Pardon

 

Sur le vif - Jeudi 13.09.18 - 22.07h

 

Tirer à boulets rouges sur MM Maudet et Broulis : l'occasion, pour la NZZ, était trop belle, elle n'allait tout de même pas se gêner !

 

Flinguer le radicalisme romand, passionné d'Histoire, d'institutions, de cohésion sociale. Le flinguer, pour mieux imposer les visions ultra-libérales d'un radicalisme zurichois qui a toujours détesté la conception latine de l'État.

 

Il est vrai que Pierre Maudet, en frayant avec des milieux affairistes dont il aurait toujours dû demeurer rigoureusement distant, a offert à la vieille dame zurichoise une occasion en or. Ce régalien dans l'âme, ce Fouché, n'aurait jamais dû se mêler du monde de l'Argent.

 

C'est cela, l'enjeu politique, au sein du PLR suisse, pour qui veut bien lire la politique au-delà des candeurs morales et des candélabres bleuâtres du Pardon.

 

Pascal Décaillet

 

 

07:24 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/09/2018

Saint-Simon sur Rhône

 

Commentaire publié dans GHI - 12.09.18

 

S’il est, parmi des milliers d’autres, un livre révélateur sur la nature du pouvoir, c’est bien les Mémoires de Saint-Simon. Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755), nous raconte Versailles et ses coulisses, les complots, les clans, les courtisans, avec une distance de plume qui force l’admiration.

 

Par exemple, sur de longues pages, il nous décrit les dernières années, les derniers mois, les dernières semaines de Louis XIV, qui meurt à Versailles le 1er septembre 1715, après un règne de 72 ans ! Tant qu’il est vivant, même rongé par la maladie, amputé, le Roi demeure le Roi, jusqu’à son dernier souffle. Le Dauphin légitime est un enfant de cinq ans, le futur Louis XV, son arrière-petit-fils. Et c’est bien lui qui montera sur le trône, même si, dans les derniers mois de Louis XIV, d’autres plans s’échafaudent, jusque dans le Testament du vieux Roi.

 

Le génie de Saint-Simon, c’est de nous dépeindre la sublime, l’incomparable hypocrisie de ces courtisans qui, tout en faisant semblant de demeurer fidèles au Roi qui se meurt, n’en omettent pas moins de considérer toutes les hypothèses de recomposition du pouvoir, une fois sonné le glas du souverain.

 

Certaines pages sont saisissantes. La nature humaine, dans son état le plus réel, ses ambitions les plus noires, son absence de scrupules la plus terrifiante. Le tout, sous une plume dans la musique de laquelle sonne le Grand Siècle. On aimerait entendre ces Mémoires, avec en intermèdes la musique du plus grand musicien français, Jean-Philippe Rameau. C’est d’actualité, non ?

 

Pascal Décaillet

 

08:56 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/09/2018

Pierre et les vautours

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.09.18

 

Genève vit des heures difficiles. Pierre Maudet est dans la tourmente, va-t-il démissionner ? Entre le moment où j’écris ces lignes et celui où vous les lirez dans le journal, tout est possible. C’est une affaire majeure, parce qu’elle ne touche pas un médiocre, ni un oiseau de passage dans le ciel politique, mais sans doute – même ses pires ennemis le reconnaissent – l’un des plus grands talents politiques de notre canton. On peut lui reprocher mille choses, je ne m’en suis jamais privé ici du temps de son pouvoir, mais pas son aptitude à se mouvoir dans le monde de la politique. Il l’a voulu très tôt dans sa vie, il a tout fait pour y parvenir, il a brillé, brûlé les étapes, calciné ses adversaires. Et le voilà, tel Icare, fils de Dédale, avec les ailes qui fondent dans la proximité du soleil. Oui, il y a quelque chose, dans toute cette affaire, qui respire l’essence des mythes grecs, celle du tragique.

 

Qu’a fait Icare ? Il a voulu voler trop haut. Il se disait qu’il allait impunément se confondre dans l’empire du soleil, on connaît la suite. Ce que paye Pierre Maudet, dans toute cette affaire, ça n’est pas son étrange virée familiale sous les dunes, avec tous les fantasmes narratifs de cet orientalisme. C’est, évidemment, d’avoir caché la vérité. Voire, pire (si cela est avéré par la justice), d’avoir procédé, avec sa garde rapprochée, au montage d’une contre-vérité. Cela, c’est le premier reproche, accablant parce qu’il est de nature à rompre la confiance. Mais au fond, le vrai grief, dans les strates plus ou moins conscientes des âmes, pourrait bien être d’une autre nature. Ses ennemis en veulent à Maudet d’être Maudet. Vingt ans que l’hyper-voracité de ce cannibale politique les exaspère. Vingt ans qu’il leur fait de l’ombre. Vingt ans qu’il leur file de l’urticaire. Alors, vous pensez bien, si l’homme est à terre, quelle aubaine pour les vautours !

 

Les vautours, parlons-en. En aucun cas je ne reprocherais à un adversaire politique de Pierre Maudet, par exemple un homme de gauche, qui l’aurait toujours combattu sur ses choix, de profiter de l’hallali, en guettant l’occasion d’une élection complémentaire. Non. Mais le problème, voyez-vous, c’est qu’au plus fort de la meute, et avec les plus sonores des hurlements, il y a des gens qui, il n’y a pas si longtemps, attrapaient des lumbagos à force de prosternations devant le Prince. Pendant qu’ici, dans ce journal, tout en respectant parfaitement la personne, nous mettions en cause le système de gouvernement, notamment dans notre article « Bienvenue en Maudétie ! » (GHI du 18 avril 2018), les petits courtisans nous tombaient dessus, parce que nous n’avions rien compris à la modernité, « l’innovation », la réorganisation de la police, l’avenir radieux de la Suisse dans l’Europe. Eh bien, parmi ces mêmes marquis du Grand Coucher du Roi, il en est aujourd’hui qui exigent pour lui la corde et la potence. Toute cette histoire, sur qui nous en apprend-elle le plus ? Sur le Prince déchu ? Ou sur l’infinie noirceur de l’âme humaine ? A tous, excellente semaine.

 

Pascal Décaillet

 

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11/09/2018

Fatigues patriciennes, déboussolées

 

Sur le vif - Mardi 11.09.18 - 09.17h

 

J'entends encore la folle complainte des fatigues patriciennes contre ces Gueux, qui se permettaient, depuis 2005, de se mêler de politique à Genève.

 

L'institution, nous glissaient les fatigues patriciennes, et leurs acolytes bien Logés, c'est nous. Nous, et pas la racaille suburbaine !

 

Aujourd'hui, je note une légère inversion. Le parti réunifié, celui des fatigues patriciennes et des bien Logés, a un magistrat qui provoque à Genève un bordel apocalyptique. Et le parti des Gueux, lui, a un magistrat qui tient la barre en pleine tourmente. Chargé d'attributions nouvelles, il gère l’État, au milieu de la tempête. Avec discrétion, efficacité, rigueur.

 

La vie n'est pas toujours ce que l'on croit. C'est là son charme et sa saveur.

 

Pascal Décaillet

 

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GAC d'hier soir : Jean Romain sur Pierre Maudet

 

Sur le vif - Mardi 11.09.18 - 05.37h

 

Hier soir à GAC, une bonne dizaine de minutes d'interview de Jean Romain, Président du Grand Conseil, sur l'affaire Maudet.

 

Plus je repense à ce qu'il a dit, plus je me dis que cette intervention a constitué une étape dans la prise de distance du Président du Conseil d'Etat par ses propres troupes.

 

Pourquoi ? Parce qu'entre Jean Romain et Pierre Maudet, on est dans le même monde. Les deux sont radicaux. Les deux, d'un canal historique du radicalisme romand, passionné d'institutions, de service de l'Etat, d'inscription de l'acte politique dans une continuité historique. James Fazy pour l'un, Joseph Barman pour l'autre. Pierre Mendès France, pour l'un et l'autre.

 

Chez Pierre Maudet comme chez Jean Romain, il y a une très grande proximité avec le radicalisme d'un Pascal Couchepin, ou plus exactement avec la personne de l'homme de Martigny. Il y a comme un souffle d'Etat, avec aussi ses raideurs régaliennes.

 

La prise de distance, hier à GAC, de Jean Romain face à Pierre Maudet, parce qu'il a dissimulé la vérité au Parlement, est véritablement d'ordre institutionnel, et pas d'ordre personnel. Parce que chez ces gens-là, Monsieur, l'institution précède la personne. Comme chez d'autres, paraît-il, l'existence précède l'essence.

 

Pascal Décaillet

 

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