04/10/2018

Jean-Pascal, vingt ans déjà

 

Sur le vif - Jeudi 04.10.18 - 09.18h

 

C'était un homme qui incarnait l’État et respirait la vie. Un combattant d'exception, rude comme le taureau, âpre à la tâche, porté par l'action. Son verbe, à nul autre pareil, surgissait de quelque fermentation, celle qui prend le temps, pour débouler, décocher, défriser, apaiser nos soifs d'étonnement. Il y avait du Gilles, il y avait du Ramuz, il y avait chez cet homme de droite des essences de rive gauche.

 

Il n'était pas un littéraire, comme son prédécesseur Chevallaz, ni d'ailleurs un paysan, bien qu'il en eût la puissance, la structure. Il était juste un destin, jeté là, poussière d'étoile, arrachée à la terre.

 

Il était un homme d'esprit qui aimait les gens. Il a aimé son pays, avec l'ardeur et l’incandescence d'une braise, celle qui de l'âtre, consumant les ceps, transmettant leur parfum comme un encens, donne à la salle obscure des rêves orangés.

 

Oui, j'ai aimé Jean-Pascal Delamuraz. Il a représenté pour moi, pas toujours sur les choix, mais assurément dans l'exceptionnelle dignité de son rapport à la charge, ce que l'engagement politique peut produire de plus puissant : la liberté d'un homme, offerte au service de l’État.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:39 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Et Jean-Pascal Delamuraz a été l'un des artisans de l'EEE, tentative de rapprochement (et non d'adhésion) de la Suisse à l'Union Européenne, torpillée par Blocher et ses amis. Je pense qu'il ne s'en est jamais remis.

Écrit par : Nicolas D. Chauvet | 04/10/2018

Pascal Décaillet,

On ne saurait dire à quel point on partage votre ferveur

au point, concernant une personne ne partageant pas forcément toutes les vues de Jean-Pascal Delamuraz, par temps de désolation perso, tirer un livre d'une bibliothèque pour se laisser, photos comprises, consoler, réconforter voire comme réanimer par cet être hors du commun.

Se dire que, si jamais… il serait possible qu'une fois en l'"en-haut des Vivants" (puisque selon l'apôtre Paul c'est maintenant que nous sommes morts) se dire... qu'il serait possible de retrouver nos chers, comme on dit… "disparus"

Buvons, trinquons... à la Bonne Aventure à venir!

Écrit par : MB | 04/10/2018

J'ai beaucoup d'estime et de considération pour Pascal Décaillet. J'admire son grand talent. Mais je ne comprends pas comment un homme aussi doué peut s'extasier à ce point devant un politicien, JPD, certes non dénué d'un certain charme rustique, mais pour ma part, je l'ai rencontré aussi et je l'ai trouvé "extraordinairement ordinaire". Comme disait l'autre.

Je suppose que chacun d'entre nous pouvons avoir côtoyé, quand nous étions jeunes, des hommes de pouvoir et avoir été fascinés de manière en partie irrationnelle, par ces aînés. Pour ma part, si je repense aux personnages suisses marquants que j'ai pu rencontrer quand j'avais entre 20 et 30 ans, je les ai trouvés presque tous médiocres, y compris JPD. Je ne parviens pas m'amouracher d'un personnage public, comme le fait parfois Pascl Décaillet, dont la grande intelligence a un talon d'Achille: il est trop affectif, à mon avis.

Dans cette génération de l'élite suisse, qui était aux affaires dans les années 80, un seul m'a paru sortir du lot: le commandant de corps Roger Mabillard. J'ai été impressionné par cette figure de grand chef militaire, tout à fait exceptionnel et qui se serait nécessairement révélé si nous avions eu une guerre et si l'armée avait du vraiment combattre. Roger Mabillard avait forgé, à l'époque, une armée suisse formidable qui était certainement la seule force crédible en Europe occidentale. Cette armée, ses successeurs se ont empressés de la démolir. Comparés avec Mabillard, tous les dirigeants suisses de cette époque qu'il m'a été donné de rencontrer m'ont paru insignifiants. Vraiment insignifiants. Plus tard est apparue une autre vraie personnalité: Christophe Blocher. Le reste est nul. Mais même Blocher, je vois ses failles. Mabillard m'a paru d'un bois plus dur. En plus, j'avais pu constater que ce soldat avait une vraie culture, intellectuelle, littéraire, musicale, etc., très supérieure à celle qu'on peut trouver dans le haut personnel fédéral.

Alors je conçois que cette admiration pour un modeste instructeur d'infanterie parvenu au plus haut grade puisse étonner beaucoup. Cela doit être incompréhensible pour certains. De même il est incompréhensible pour moi que Pascal Décaillet ait admiré un bonhomme comme JPD, si moyen, à mes yeux. Peut-être ai-je tendance à porter aux nues Roger Mabillard parce qu'il m'avait invité à dejeûner un jour à Berne, alors que j'étais un modeste lieutenant mal noté, et m'avait ébloui par sa conversation brillante, son savoir de chef de guerre et son accent du val de Bagnes. Peut-être que pour Décaillet, Delamure est inoubliable parce qu'il l'avait recruté dans son staff, alors que lui, Décaillet, était un tout jeune journaliste qui faisait ses premières armes dans le métier. Peut-être bien que ce genre de choses peuvent brouiller le jugement...

C'est le mystère de l'existence.

Écrit par : Mallet du Pan | 04/10/2018

Comme toujours, formidable commentaire de Mallet du Pan, notamment sur le commandant de corps Mabillard. J'étais recrue lors de sa dernière année de commandement, à cette époque, l'armée suisse ressemblait encore à quelque chose, tant sous la forme que dans l'esprit. Il y aurait une belle biographie à faire sur le bonhomme.

Écrit par : UnOurs | 05/10/2018

Le colonel Mabillard, peut-être assez instruit, ne comprenait pas l’allemand ni le suisse allemand. Bourré d’ambition, il n’a pas accédé au grade suprême, puisqu’on ne lui a pas confié d’abord le commandement d’un corps d’armée, indispensable poste pour accéder au rang de « primus inter pares » dans le corps des 7 colonels commandant de corps, soit celui de chef de l’Etat-major général. Après le commandement de la division de montagne 10 en tant que colonel divisionnaire, le poste de chef de l’instruction lui a été proposé comme dernier poste d’officier de carrière et, en cas de refus, il aurait fini simple colonel divisionnaire (probablement comme attaché militaire à Paris, comme plus tard le colonel divisionnaire Couchepin, ancien chef d’armes de l’artillerie !, frère de celui de Martigny). Il a suivi les traces du colonel Robert Frick, instituteur vaudois à Lavey terminant lui aussi chef de l’instruction à Berne. Les vrais postes importants dans l’armée suisses reviennent d’abord aux bernois et à leurs anciens sujets argoviens, thurgoviens et vaudois !

Écrit par : Marc Luisier | 06/10/2018

Je suis déçu de votre remarque cher Marc Luisier. Visiblement vous n'appréciez pas le cdt de corps Mabillard. C'est votre droit. Vous êtes valaisan et le Valais est un pays de clans, n'est-ce pas? J'émets donc celà dur le compte de la Vendetta valaisanne. Mais pourquoi dénigrez vous Mabillard? C'est idiot. Vous faites remarquer qu'on lui a refusé un commandement de corps d'armée. C'est bien possible, car il y a eu sans doute des intrigues contre lui dans les hautes sphères. Mabillard n'avait pas un caractère facile. Certains auront voulu lui barrer la route. Certes. Il n'empêche qu'il avait prouvé ses capacités exceptionnelles de commandant de troupe à la tête de sa division de montagne 10, dont il avait fait une grande unité d'élite et parfaitement apte au combat. Et il était adulé par ses hommes, du soldat jusqu'aux officiers supérieurs. A part bien entendu les indécrottables gauchistes antimilitaristes . Et ceux qui ne pouvaient pas l'encaisser. Il y en avait, d'autant plus que lui, quand il jugeait quelqu'un incapable, il le disait. Et il avait la dent dure. Peut-être bien qu'on lui a donné l'instruction comme un prix de consolation. Il n'empêche qu'il a accepté ce poste en soldat et en a fait quelque chose de magnifique. Il a insufflé un nouvel esprit dans toute l'armée, insistant sur la préparation à la guerre. Bien entendu cela lui a valu des haines tenaces du côté d'une certaine gauche "anti autoritaire" à la noix. En effet, il est bien évidemment impossible, si l'on veut former une armée apte au combat, de ne pas rejeter l'idéologie mai 68.

Je ne comprends pas vos propos dépréciatifs sur un grand bonhomme dont vous devriez plutôt être fier en tant que Valaisan. Ca me déçoit de votre part, car d'habitude j'apprécie beaucoup vos commentaires.

Écrit par : Mallet du Pan | 06/10/2018

Je reviens sur vos étranges remarques dépréciatives, Marc Luisier. Il y a peut-être du vrai dans ce que vous dites, quand vous affirmez que "les vrais postes importants dans l'armée suisse reviennent d'abord aux bernois et à leurs anciens sujets argoviens, thurgoviens et vaudois". (Si ce n'est que la Thurgovie n'était pas un pays sujet de Berne, mis un baillage commun de plusieurs cantons).

Il est fort probable qu'une des raisons pour lesquelles Roger Mabillard n'a pas pu être chef de l'EMG ait été sa qualité de valaisan et même de welsche. J'avais remarqué qu'il avait parfois des remarques amères sur la manière qu'on a en Suisse allemande de mépriser les welsches. Il n'empêche que vous n'irez pas, j'espère, jusqu'à prétendre que Roger Mabillard n'aurait pas eu les capacités d'un excellent chef de l'EMG, ni d'un excellent commandant du corps d'armée de montagne, ou d'un autre corps d'armée. En plus, ne vous déplaise, il avait une connaissance de l'allemand, pas parfaite, mais suffisante. Supérieure du moins à la connaissance du français qu'ont certains officiers généraux suisses allemands.

Donc finalement, comme valaisan, vous feriez mieux de tirer votre chapeau à Mabillard pour avoir réussi, quoique valaisan, à accéder au grade de commandant de corps. C'est à dire, malgré tout, le plus haut grade en temps de paix.

Écrit par : Mallet du Pan | 06/10/2018

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