18/10/2018

Pharisiens de l'illisible

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.10.18

 

Fuyez comme la peste les grands experts qui viennent vous asséner, l’air pénétré, qu’en politique, les enjeux sont de plus en plus complexes. Et qu’hélas, les méchants populistes, simplificateurs du diable, dévoient les foules par un discours trop facile à comprendre.

 

D’abord, c’est faux. Les enjeux de 2018 ne sont ni plus complexes, ni plus simples que ceux de 1914, ou 1815. Dans le jeu des pouvoirs, il appartient à l’observateur de la vie politique de dégager l’essentiel de l’accessoire, faire la synthèse, puis s’exprimer, face au public, en des termes parfaitement accessibles à tous. C’était valable au temps de Tocqueville. Ça le demeure aujourd’hui.

 

Surtout, très souvent, les apôtres du complexe sont précisément ceux qui, là où ils sont, l’ont générée, cette usine à gaz. Prenez les spécialistes des « institutions européennes » : immergés dans les équations insolubles de Bruxelles, avec leurs déferlantes de directives, ils nous brandissent sans arrêt ces machines à Tinguely qu’ils ont, eux-mêmes, contribué à construire !

 

Face à cette Ridicule Préciosité, soyons simplement démocrates. Nous avons la démocratie directe, faisons-la vivre ! Lançons des initiatives. Provoquons de vastes débats nationaux. Expliquons-nous, dans le fracas sonore et fraternel de la parole partagée. Et puis, un beau dimanche, acceptons le résultat. C’est la meilleure réponse que nous puissions donner aux tétanisés du complexe, pharisiens de l’illisible.

 

Pascal Décaillet

 

15:57 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Magnifique article qui dit de manière très simple, claire et brève beaucoup de choses très justes. Un article comme celui-là devrait être diffusé dans toutes les gazettes. Malheureusement les grandes gazettes du pouvoir ne veulent pas qu’on dise ces vérités simples.

Le phénomène de pharisaïsme atteint son point culminant dans toutes les institutions mondialistes: en premier lieu l’Union Européenne. Au départ l’Union Européenne n’a pas révélé son vrai visage. Avec Adenauer, Schumann de Gasperi, de Gaulle, on avait pu croire que le projet d’intégration européenne restait enté sur une certaine tradition historique d’esprit politique européen. Mais aujourd’hui, depuis Maastricht, l’Acte Unique, le traité d’Amsterdam et de Lisbonne, on a l’impression que le but de l’Union Européenne est d’évacuer complètement la politique, ses débats, ses conflits, ses arbitrages, et de considérer tous les problèmes comme des questions exclusivement techniques, qui doivent être réglées par des techniciens, pas par des politiques.

C’est cela qui rend l’Union Européenne si insupportablement haïssable. Et c’est cela aussi qui explique son échec. Car il est impossible de faire abstraction de la politique. Si on veut l’ignorer elle se venge, et détruit ce que les techniciens, les précieux comme dit Décaillet et les pharisiens veulent faire sans elle. C’est ce qui est en train de se passer.

L’arrogance ridicule de l’Union Européenne par rapport à la Suisse est typique de cette mentalité impolitique. La Suisse ne demanderait pas mieux que de s’arranger au mieux avec l’Union Européenne. Mais cette arrogance, cette intransigeance, cette politique du bâton et de la carotte, les menaces du petit monsieur Jean-Claude Juncker, tout cela fait que l’Union Européenne ne pourra jamais obtenir de la Suisse ce qu’elle aimerait.

Le cas de la Suisse est encore relativement aisé, car la Suisse n’est pas membre de l’Union Euopéenne et c’est devenu impossible aujourd’hui, de donner envie à un peuple quelconque de devenir membre de l’Union Européenne. Ceux qui pour leur malheur en sont déjà membres désirent tous en sortir. La Suisse se trouve donc dans le cas inverse de l’Angleterre qui est dans l’Union et veut en sortir, mais Bruxelles ne veut pas la laisser sortir. La situation britannique est beaucoup plus ingrate, celle de la Suisse confortable en comparaison.

La manière dont Bruxelles impose ses diktats à nos diplomates, les humilie, les traite par-dessous la jambe a visiblement pour but de nous forcer la main – mais bien sûr ça ira à fins contraires – pour donner un avertissement à l’Angleterre en disant : soumettez vous, car, vous voyez bien, même les Suisses ont été contraints de passer sous nos fourches caudines, alors... réfléchissez.

C’est le commissaire Barnier qui mène la bal avec l’esprit le plus obtus et le plus stupide qu’on puisse imaginer. Dans la crise grave que connaît l’Union Européenne elle aurait besoin d’hommes d’état avec une large vista historique et politique. Barnier n’a rien de ça. C’est un petit politicien de province routinier, médiocre, sans aucun sens politique, un fondé de pouvoirs de banque, un clerc de notaire. Il est borné, mesquin, et incapable d’imaginer un accord gagnant-gagnant, en étant généreux avec Teresa May. Visiblement il n’a pas compris que les Anglais sont un grand peuple. Il les traite comme des moins que rien. C’est très grave. Cela va se retourner brutalement contre l’Union Européenne, qui va tout perdre à force de ne rien vouloir lâcher.

Il est bien évident que la politique la plus intelligente consisterait à ne rien demander aux Anglais pour prix de leur départ et à accepter de leur laisser le plus large accès possible au marché unique tout en les laissant contrôler à nouveau leurs frontières, leur immigration et recouvrer leur entière souveraineté. Ce serait dans l’intérêt de toute l’Union Européenne et du marché unique. Car l’Angleterre pourrait alors déployer à fond tout son potentiel, pour le plus grand bien de l’économie européenne. Alors que si elle se retrouve pénalisée bêtement à cause de la politique punitive et du désir de revanche des bureaucrates européens, dont visiblement le seul souci est de se venger de l’humiliation que leur fait subir le peuple britannique, l’Angleterre va s’appauvrir et par conséquent l’Europe continentale aussi.

L’historien, très progressiste, européiste, bien pensant, conformiste et très pharisien au sens que donne à ce mot Pascal Décaillet, Timothy Timothy Garton Ash a eu un éclair de lucidité dans un article retentissant du Guardian, où il dit que si le peuple britannique doit souffrir à cause d’un Brexit punitif imposé par Bruxelles, le résultat sera la montée de ressentiments nationalistes au Royaume Uni, comparables à ceux de l’Allemagne de Weimar.

Je crois que cette vision pessimiste est très juste et se réalisera. Ce sera cela, le résultat de la politique de Barnier. Le beau résultat de ce pharisaïsme qui veut évacuer la politique.

Écrit par : Mallet du Pan | 19/10/2018

Ce qui est en train de se passer avec le budget italien et la commission européenne est l'illustration indirecte de ce que vous évoquez. La machine à broyer les petits au nom du pacte de stabilité (en fait un pacte de soutien à un système financier), manière honteuse de dire "si votre peuple, vous.... ne votez pas selon nos règles on va vous punir". Et la machinerie complexe mise en place de continuer à faire peur aux petits (ex. la France qui n'a jamais respecté les normes n'a jamais été sanctionnée, bizarre ou juste normal ?) pour calmer le système. Mais reste une question fondamentale - et je n'ai jamais pu trouver une explication 'honnête' - du rôle de la banque centrale européenne. Si on compare avec les Etats-Unis et la Fed, c'est criant et révélateur : aux USA si un état, par exemple le Colorado emprunte auprès de la fed il aura un taux, négocié puis décidé par la fed qui prête l'argent. Si en même temps l'Ohio veut emprunter à la fed, il aura le MEME taux (ainsi que n'importe quel état). En Europe, les règles sont, oh combien, injustes : si un état veut emprunter il ne peut pas le faire directement : le mécanisme prévoit que la BCE prête directement aux banques (à un taux de 1-3%), lesquelles banques vont prêter aux états au taux du "marché", autrement dit les banques prêteront à des taux voisins de 1-1,5% aux états puissants mais à des taux supérieurs à 10% aux états considérés comme 'faibles' (ex. ce qui est arrivé à la Grèce) alors qu'à mon avis on devrait prêter à tous les états membres de l'euro au même taux. Mais voilà le système financier, complexe , mis en place par des technocrates obsédés par la monnaie unique, sorte de panacée trompeuse, ne cesse de rendre les forts plus forts et les faibles plus vulnérables...en fait c'est le capitalisme cynique dans toute sa splendeur.
Sans compter qu'à certaines époques on a joyeusement incité tout le monde à emprunter tant les capitaux regorgeaient sur le marché et il fallait bien qu'ils rapportassent au max.... emprunts pièges comme l'ont montrés les événements.
Comment s'étonner alors que les peuples ne se révoltent pas face à une telle machinerie sordide et indécente ? Et en parlant de l'Italie on parle ni plus ni moins de la troisième puissance de la zone euro !

Écrit par : uranus2011 | 19/10/2018

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