31/10/2018

Le VRAI coup de fatigue d'Emmanuel Macron

 

Sur le vif - Mercredi 31.10.18 - 14.46h

 

La fatigue personnelle et physique d'Emmanuel Macron n'appelle pas de commentaire politique. On lui souhaitera même un prompt rétablissement.

 

En revanche, la FATIGUE POLITIQUE de la Grande Illusion Macron, après seulement 18 mois, est un véritable thème. Ce système trompeur, et tellement démagogique, visant à prétendre qu'on va "faire de la politique autrement", faire fi de l'Histoire, des ancrages profonds du pays, en "rénovant le paysage", bref les mêmes balivernes que Giscard en 1974, tout cela est déjà à bout de souffle.

 

La Macronie s'épuise. Les vieux clivages vont resurgir, les personnes aussi. On ne change pas si facilement, d'un coup de baguette magique, juste avec un peu de jeunisme et d'arrogance, les fondamentaux politiques d'un pays. Ceux de la France remontent au moins à la Révolution. En y regardant de près, les forces antagonistes, les grandes plaques tectoniques, ont peu bougé depuis la Convention, juste les étiquettes.

 

Les usurpateurs ne durent jamais très longtemps.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Respectons les décisions des peuples !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 31.10.18

 

La démocratie, c’est le pouvoir au peuple. Non à toute la population, mais à un corps électoral, qui constitue, dans les grands moments, le suffrage universel. Dans ces rendez-vous, le destin d’un pays n’est pas confié à un seul Parlement (quelques centaines de personnes, en fonction des nations), mais à des millions d’hommes et de femmes. C’est le cas pour les élections. C’est le cas, aussi, pour la démocratie directe, parfaitement ancrée dans nos traditions politiques suisses, beaucoup moins ailleurs. Ce sont des moments politiques très forts : ils engagent de vastes débats nationaux, les citoyens se sentent concernés, s’engueulent, jusque dans les repas familiaux, ils font de la politique « leur chose », c’est quelque chose de puissant.

 

Seulement voilà. Quand le pouvoir est au peuple, il s’agit de respecter les décisions du suffrage universel. Sinon, le grand exercice démocratique ne sert à rien, et ne constitue qu’une parodie. Respecter, cela ne signifie pas que le peuple ait « toujours raison », comme l’affirme un adage fallacieux. Bien sûr que le peuple peut se tromper, et prendre, face à l’Histoire, de malencontreuses décisions ! Mais il est le peuple, il est le souverain, il est l’ultime voix, et ses décisions doivent être respectées. Même si nous sommes fâchés (combien de dimanches l’ai-je été, en quarante ans de votes !), même si nous enrageons, même si un résultat nous fait désespérer de la vie politique. En politique, comme en sport, il faut savoir accepter un résultat.

 

Apprendre à respecter la voix du peuple, c’est par exemple se passer d’insulter, ou de faire tenir pour malade, pathologiquement atteint, un corps électoral dont la décision nous déplaît. Hélas, c’est exactement cela, lors de l’élection de Trump il y a deux ans, ou celle de Bolsonaro, au Brésil, ce dimanche 28 octobre, que nous pûmes trop souvent lire, ou entendre, chez les commentateurs de la presse romande. Idem, face aux Hongrois votant pour Orban. Face aux Italiens soutenant Salvini. Face aux Autrichiens, et leur nouveau Chancelier. Face aux Bavarois, ou aux électeurs du Land de Hesse (région de Francfort), faisant plonger les partis traditionnels, pour en laisser d’autres émerger. Chaque fois, on peut lire que ces électeurs étaient sous influence, manipulés, qu’ils n’avaient pas compris les enjeux. Mais de quel droit, nous, à des milliers de kilomètres de ces gens, de leurs préoccupations, aurions-nous une meilleure vision de leurs intérêts supérieurs ?

 

Surtout, quelle arrogance ! Le commentateur de la presse romande, investi d’une vérité théologique, aurait dogmatiquement compris ce qui serait bon, ou mauvais, pour les autres peuples de la planète. Si ces derniers décident dans le bon sens (celui du commentateur !), c’est magnifique, et vive la démocratie. S’ils ont le mauvais goût de prendre la décision qui déplaît, alors on dira que leur vote aura « prospéré sur le fumier » des insatisfactions. Et que les électeurs, qui sont de grands enfants, auront été, dans leur immaturité, pris au piège de la bête immonde. Détestable paternalisme : jusqu’à quand ?

 

Pascal Décaillet

 

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30/10/2018

Mme Merkel, marraine de l'AfD

 

Sur le vif - Mardi 30.10.18 - 09.13h

 

La véritable marraine de l'AfD n'est autre qu'Angela Merkel. Par son ouverture inconsidérée des frontières à l'automne 2015, déstabilisant totalement les équilibres sociaux dans les régions les plus fragiles et les plus précaires du pays, elle a donné à ce parti des ailes de géant.

 

Voulant plaire au grand patronat de son pays, aux bonnes consciences internationales, elle a perdu la confiance de ceux qu'elle avait fait serment de servir et défendre : le peuple allemand. Et, au sein de ce peuple, les personnes les plus vulnérables sur le marché du travail. Notamment dans les Länder de l'ex-DDR. Devant l'Histoire, elle devra assumer cette responsabilité.

 

Pascal Décaillet

 

 

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29/10/2018

Démocratie du Bien, démocratie du Mal

 

Sur le vif - Lundi 29.10.18 - 12.26h

 

Nos beaux esprits nous annoncent, au Brésil, "la fin de la démocratie". Rien de moins.

 

Singulière vision. La démocratie brésilienne, par son suffrage universel, vient de fonctionner parfaitement. Il y a eu compétition entre deux candidats. 56% du corps électoral, au terme d'un processus régulier, a choisi l'un des deux. Une nette majorité a donc rejeté l'autre.

 

C'est cela, justement, la démocratie, un arbitrage chiffré, objectif, mesurable. Au final, une majorité, une minorité. Elle a parfaitement joué, la démocratie brésilienne, il y a eu un vainqueur, un vaincu. Le peuple brésilien a fait son choix.

 

D'ailleurs, si l'autre candidat l'avait emporté, nos beaux esprits auraient trouvé que la démocratie brésilienne étaient magnifiquement vivante ! Puisque, dans sa théologique sagesse, elle aurait rejeté la bête immonde.

 

La bonne santé de la démocratie brésilienne dépend donc, chez nos beaux esprits, du succès ou du revers du candidat de leur choix. Et non d'une solidité institutionnelle, capable de transcender les partis.

 

En clair : si vous votez pour le candidat du Bien, vous êtes un démocrate ; si vous votez pour le candidat du Mal, vous ne l'êtes pas. Cela porte un nom : cela s'appelle confondre la démocratie avec son propre camp.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Et si on respectait les majorités ?

 

Sur le vif - Lundi 29.10.18 - 09.27h

 

A chaque victoire, à l'issue d'un processus parfaitement démocratique, d'un candidat qui ne leur plaît pas (donc immédiatement qualifié de fasciste, dictateur, etc.), nombre de nos beaux esprits se strangulent immédiatement, se parent de la toge de la résistance à la bête immonde, et en appellent au "respect des minorités". La minorité des perdants.

 

Fort bien. Je suis favorable à ce respect.

 

Mais, la démocratie étant étymologiquement le pouvoir au peuple, entendez au corps électoral, le premier des respects, pour un démocrate, est celui dû à la décision d'une majorité.

 

J'ajoute une chose : nos beaux esprits, quand c'est l'un des leurs qui remporte une élection, montrent en général le plus parfait mépris face à la minorité des perdants. Mais là, aucune importance. Puisque c'est pour la bonne cause.

 

Pascal Décaillet

 

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28/10/2018

DDR : ma nostalgie

 

Sur le vif - Dimanche 28.10.18 - 15.28h

 

L'épisode de l'Histoire prussienne et saxonne appelé "DDR", entre 1949 et 1989, me passionne à un point que personne n'imagine. D'abord, parce que j'ai connu cette époque, j'ai passé l'été de mes quatorze ans sur la ligne de démarcation inter-allemande, qu'on appelait "Mur de fer", j'ai regardé tous les soirs les nouvelles de la DDR (qui n'étaient pas plus teintées de communisme que celles de la BRD ne l'étaient de capitalisme), j'ai lu les auteurs de la DDR, bref ce pays m'a touché.

 

Le pays, pas le régime, bien sûr. Encore moins, la Stasi !

 

Mais je ne supporte pas, encore aujourd'hui, d'entendre de beaux esprits parler de ces quarante ans d'Allemagne de l'Est, donc (pour être clair) de zone d'occupation soviétique, après la défaite du 8 mai 1945, comme d'un épisode historique où tout serait à jeter.

 

Non seulement je pense le contraire, et mon attachement nostalgique (il faudrait dire "ostalgique") à la DDR est immense. Mais surtout, j'invite les beaux esprits d'aujourd'hui, à commencer par ceux de la droite libérale, à exercer le même esprit critique (qu'ils appliquent à la DDR) au corsetage idéologique de la BRD (l'Allemagne de l'Ouest) par le capitalisme, les États-Unis, l'OTAN. Je vous le dis : le niveau de propagande était le même qu'à l'Est.

 

Alors certes, en BRD, il n'y avait pas la police politique. C'est incontestable. Mais enfin, qui sommes-nous pour juger cette moitié orientale de l'Allemagne qui, dans le partage du pays en 1945, est tombée sous occupation russe, donc obligation d'établir un régime de type communiste ? En effet, ces gens n'ont pas eu, pendant quarante ans, les libertés fondamentales auxquelles nous, ici, à juste titre, nous sommes tant attachés.

 

Mais ils ont eu tant d'autres choses. Un mode de vie certes un peu vieillot, ne reposant pas (comme à l'Ouest) sur la sanctification de l'Argent et du profit. Mais un État, voyez-vous, qui a accordé une place exceptionnelle à la culture, à la musique, à la réflexion sur la littérature. Un État où les plus précaires bénéficiaient d'un filet social qu'on n'a pas toujours trouvé de l'autre côté, au Paradis du capitalisme. Un État qui vaut infiniment mieux que la réputation que voudraient nous en faire les ultra-libéraux.

 

Un jour, j'écrirai quelque chose de solide sur la DDR. Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à ce moment si particulier de l'Histoire allemande. Peut-être, simplement, parce que c'est une partie très importante de ma jeunesse.

 

Pascal Décaillet

 

 

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27/10/2018

Novembre 1918 : la Révolution allemande

 

Sur le vif - Samedi 27.10.18 - 18.46h

 

Novembre 1918 : nous approchons d'un mois du centenaire absolument capital. On peut citer, en vrac, l'Armistice (11 novembre), la grippe espagnole, qui fut une horreur absolue, ou encore, chez nous, la Grève générale en Suisse.

 

Tous ces événements sont essentiels. Mais pour ma part, je me prépare depuis des mois (ou même depuis 40 ans, suivant comment on veut bien toiser mon degré de maturation dans la perception évolutive d'un épisode historique) à vous raconter ce qui m'apparaît comme le moment le plus cardinal de ce mois de novembre 1918 : la Révolution allemande.

 

Elle a commencé 48 heures avant l'Armistice, le 9 novermbre. Elle a entraîné les Allemagnes, notamment la Bavière, dans une spirale d'événements assez complexes (d'où sa notoriété limitée, voire inexistante, dans le grand public). En 1918, et premier semestre 1919, une véritable guerre civile a déchiré les Allemagnes fraîchement vaincues. Entre Spartakistes et Corps-francs, on s'est battu violemment. Dans certaines villes allemandes, un an seulement après la Révolution russe, les communistes ont pris le pouvoir. La bourgeoisie allemande a tremblé, comme jamais. De cette période terriblement trouble, est né le NSDAP, le parti nazi, qui prendra le pouvoir 14 ans après, le 30 janvier 1933. Il faut lire tout cela dans un chef-d’œuvre d'Ernst von Salomon, qui s'appelle "Les Réprouvés", "Die Geächteten".

 

Une fois de plus, je dois rendre hommage à un homme magnifique, à qui je dois tant. Il ne s'agit ni d'un historien, ni d'un écrivain, mais d'un spécialiste de cinéma. Il s'appelle Rui Nogueira. Entre mes 18 et mes 25 ans, avec un ami étudiant, je passais le maximum de soirées au CAC, qui était encore à l'époque Rue Voltaire. Nous allions tout voir, tant le Septième Art nous fascinait.

 

J'animais moi-même un Ciné-Club à l'école où j'enseignais l'allemand, le C.O. Sécheron, auquel me lient tant de magnifiques souvenirs. Chez Nogueira, c'était magique : grâce à lui, j'ai découvert le cinéma américain, sous toutes ses facettes, souvent les moins connues ; le cinéma russe ; le cinéma polonais ; le cinéma de la DDR ; le cinéma sud-américain ; le cinéma italien ; et bien sûr le cinéma allemand, il faudrait dire "ouest-allemand", dont la plus grande figure, qui a forgé une partie de ma jeunesse, s'appelait Rainer Werner Fassbinder (1945-1982). J'ai vu tous ses films. Certains, maintes fois.

 

Or, c'est justement Fassbinder qui venait de réaliser la Série Berlin Alexanderplatz (1980), d'après Alfred Döblin. Alors, grâce au cinéma, grâce à Nogueira, collisionneur d'émotions, j'ai su qu'il existait un chef-d’œuvre de Döblin, nommé "Berlin Alexanderplatz" (1929). Je me suis plongé dans Döblin, et j'ai su qu'il existait, de cet auteur, une autre œuvre majeure, "November 1918". Et c'est ainsi, au début des années 80, que j'ai commencé à me plonger dans la Révolution allemande.

 

Cette Révolution méconnue, et pourtant capitale, cause directe de l'avènement du nazisme comme parti d'opposition et de combat (1919-1933), porteuse de toutes les passionnantes contradictions de l'Allemagne vaincue le 11 novembre 1918, je me propose de vous la raconter, ici même. Ce sera d'ici quelques jours, ou semaines, courant novembre 2018. Pour le centenaire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Mots d'ordre : à la poubelle !

 

Sur le vif - Samedi 27.10.18 - 13.07h

 

Je suis habité, depuis toujours, par l'idée que dans la nation, l'individu et le collectif se rejoignent. Ce qui les réunit, c'est l'engagement citoyen, comme celui posé, en Suisse, par une initiative populaire.

 

L'initiative va chercher la totalité citoyenne, et en même temps elle va chercher l'intime conviction individuelle.

 

Ce qu'elle ne va pas chercher, c'est la jungle des associations, corporations, partis politiques, corps constitués, qui envahissent l'espace public dans notre pays. Ceux, précisément, hélas, qui monopolisent l'attention dans les campagnes, avec leurs mots d'ordre.

 

Les citoyennes et citoyens suisses sont des adultes, vaccinés, d'un très bon niveau moyen d'éducation. Ils comprennent parfaitement, tout seuls, les enjeux d'une votation fédérale. Ils sont totalement aptes à se faire une idée. Ils ont certes besoin de s'informer, en lisant les arguments des uns ou des autres, en regardant ou écoutant des débats, etc.

 

Mais ils n'ont nul besoin de mots d'ordre.

 

Il faut supprimer les mots d'ordre.

 

Une citoyenne, un citoyen est une femme ou un homme libre. Il n'a nul besoin d'être materné par des partis. Il n'a nul besoin d'être pris en charge par des corps intermédiaires, qui cassent, fragmentent et divisent l'unité nationale, au profit d'intérêts partisans, corporatistes.

 

Il n'a nul besoin de mots d'ordre.

 

Pascal Décaillet

 

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Fétu de paille, dans la tempête

 
Sur le vif - Samedi 27.10.18 - 10.51h

 

Toutes ces forêts d'associations, en Suisse, qui tiennent absolument à donner leur mot d'ordre, à chaque votation fédérale.

 

Elles en ont évidemment le droit. Mais enfin, pour la plupart d'entre elles, quel intérêt, quelle pertinence ? L'immense majorité d'entre elles n'ont strictement aucun rapport avec l'objet soumis au peuple et aux cantons. Je vais même vous dire une chose : je ne vois pas exactement en quoi, sur l'affaire des juges étrangers (25 novembre), l'avis des patrons aurait plus d'importance que celui des plombiers, ou des ramoneurs.

 

Ce que charrie cette votation, c'est la question de la souveraineté législative d'une nation. Doit-elle être absolue ? Peut-on, au contraire, accepter dans certains cas de la déléguer ? Cela se discute, en effet ! Eh bien cette question, centrale, passionnante, est une affaire CITOYENNE. Elle n'est aucunement, en priorité, une affaire économique, ni patronale, ni syndicale.

 

Je veux bien que le lobby des exportateurs, si puissant, si choyé par le PLR, nourrisse quelque angoisse à l'idée qu'on pourrait aller lui détricoter ces fameux "Accords de libre-échange", qui leur facilitent tant la tâche. Cela aussi, assurément, se discute. Mais désolé, cela est loin d'être l'essentiel dans la question soumise au peuple le 25 novembre !

 

Cette question, celle de la primauté du droit national, n'est pas une question patronale, ni syndicale, ni celle d'une quelconque corporation. Non, elle vient interroger L'INTIME CONVICTION INDIVIDUELLE de chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays. Qu'il soit patron, employé, ou (comme votre serviteur) petit entrepreneur indépendant.

 

Intime conviction individuelle : une initiative est une affaire du peuple avec le peuple, sans intermédiaires. Partie d'un petit groupe de citoyens, elle s'en vient questionner, un beau dimanche, à l'issue d'une campagne sonore et nationale, le corps entier des citoyens : plus de cinq millions de personnes. Les questionnant tous, dans leur totalité indivisible, elle les questionne à la fois CHACUN, INDIVIDUELLEMENT.

 

Moi, citoyen, toi citoyenne, quelle est ma volonté profonde pour l'intérêt supérieur de mon pays ? Que la loi nationale soit sans recours ? Qu'elle puisse, dans certains cas, en souffrir ? C'est une question fondamentale ! Elle engage le rapport intime de chacun d'entre nous à l'idée nationale. Face à l'immédiateté sacrée de ce lien entre l'individu et le destin du pays, les mots d'ordre de la profusion d'associations de notre pays ne doivent pas peser plus qu'un misérable fétu de paille, dans la tempête.

 

Pascal Décaillet

 

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26/10/2018

Bravo, Martin !

 

Sur le vif - Vendredi 26.10.18 - 18.11h

 

Un grand bravo au jeune et courageux Martin Reist, conseiller général en Ville de Sion, entrepreneur, qui résiste, en direct en ouverture de Forum, à un patron chevronné, opposé à l'initiative pour l'autodétermination, qui ne cesse de le prendre de haut, et même de ricaner paternellement, lorsque son adversaire s'exprime, un peu dans le style "Te mesurer à moi, qui t'a rendu si vain, toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main". (Le Comte à Rodrigue, Le Cid, Acte II, Scène 2).

 

Le hurleur, le ricaneur, sûrement sympathique au demeurant, ne sait parler qu'exportations, interconnexion mondiale, il n'a STRICTEMENT aucune vision politique, il ne voit pas plus loin que les marges de son carnet de commandes. On croirait entendre le discours d’Économie Suisse, avec ses accents de fin du monde, lors de la campagne du 9 février 2014.

 

Le jeune Martin Reist, lui, demeure calme, parfaitement clair, sa voix est posée, il ne se laisse en aucun cas impressionner par les hurlements aigus, au bout du fil, de son aîné.

 

D'un côté, "l'investisseur exige que mon produit soit européen", tu parles d'un argument dans le champ citoyen ! De l'autre, des propos posés, sur la souveraineté. L'adversaire de Martin Reist est sûrement un excellent entrepreneur. Mais désolé, dans un débat autour d'une initiative populaire fédérale, on inscrit son discours - qu'on soit pour ou contre - dans l'ordre politique, dans l'ordre citoyen, dans l'ordre de l'intérêt supérieur du pays.

 

Je n'ai pas senti cette dimension dans le discours de l'exportateur. Je l'ai puissamment sentie dans les paroles de Martin Reist.

 

J'ajoute une dernière chose. Je suis moi-même un petit entrepreneur, depuis douze ans et demi. Je sais ce que cela signifie. Tiens, je viens de passer mon après-midi à m'occuper de TVA, par exemple. Mais je suis aussi citoyen. Face à une initiative, c'est à ce titre qu'on intervient. A ce titre, aussi, qu'on décide souverainement de l'avenir du pays, un beau dimanche.

 

La Suisse n'est pas une entreprise. Elle est une communauté d'hommes et de femmes, citoyennes et citoyens, unis dans le partage d'une mémoire, désireux de construire l'avenir ensemble. Soucieux de l'intérêt commun. S'engueulant fraternellement, quatre fois par an, autour de votations fédérales. Aimant les vibrations secrètes, envoutantes, telluriques, de leur patrie. Dans la voix du jeune Reist, j'ai cru percevoir certaines de ces inflexions-là. Un tempérament politique, en Suisse romande, est né.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Le daim providentiel

 

Sur le vif - Vendredi 26.10.18 - 09.49h

 

Républicain. Souverainiste. Mélomane. Fou de textes, de syllabes. Solitaire. Indépendant. Anti-mondain, puissamment. Hanté par l'Histoire, la présence des morts. Ne considérant nul humain comme supérieur à un autre, donc nul comme inférieur. Partisan des frontières, des nations, d'une régulation sévère des flux migratoires. Partisan acharné de la démocratie directe. Très sceptique sur la démocratie représentative. Défenseur des paysans, du terroir, de la qualité. Obsédé par les lieux de mémoire, le culte des morts. Wagnérien. Détestant la foule qui hurle, les manifs, le bruit en général. Aime observer les oiseaux. Les plaines de Camargue. Les collines de Toscane ou de Provence. Les sentiers valaisans. Le monde arabe. Les Balkans. La Grèce, la langue grecque. L'Allemagne, la langue allemande. Le regard des Allemands sur la Grèce, celui d'Hölderlin en premier. La musique allemande. La poésie allemande. Le roman allemand. L'Histoire allemande. Le destin allemand. La traduction de la Bible par Luther. Le système politique suisse. La chaleur de ma famille, l'intelligence de celles qui m'entourent. Le souvenir de mes parents. Les rivières, les fleuves. Les arbres. La musique de chambre. Les paysages. Les livres. La qualité de l'angle, dans un texte. Le triangle, au bord de la route, qui nous annonce l'imminence d'un daim, là où le daim providentiel, hélas, se fait attendre.

 

Pascal Décaillet

 

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25/10/2018

A MM Maudet et Barazzone - Conseils de voyages

 

Sur le vif - Jeudi 25.10.18 - 17.41h

 

Que certains de nos édiles éprouvent une fascination pour l'Orient compliqué, je ne saurais - en soi - la leur reprocher. Moi aussi, le monde arabe me fascine, depuis ma première visite au Proche-Orient, à l'âge de huit ans. Il y en eut beaucoup d'autres. J'aime ces pays, j'aime leurs langues, leurs cultures, c'est ainsi.

 

Seulement voilà. En laissant parfaitement de côté (c'est mon principe d'action) les aspect moraux ou juridiques de ces petites virées où le rêve orientaliste semble jouer un rôle cardinal, il y a tout de même un élément que je désapprouve : la faute de goût.

 

Des rives océanes du Maroc jusqu'aux confins de l'Indus, l'univers de langue et de culture arabes, avec SES religions (eh oui, au pluriel, il y a par exemple des Arabes chrétiens), passionnant de diversité, mérite, à mes yeux, une autre attention, y compris ministérielle, que la seule fréquentation des potentats richissimes du Golfe.

 

Ainsi, MM Maudet et Barazzone auraient pu, au hasard, aller visiter le site exceptionnel de Kairouan, en Tunisie, l'un des lieux saints de l'Islam. Ou encore, les vestiges romains de Libye. Ou encore, les villes égyptiennes du Caire, d'Alexandrie, ou plus au Sud, Assouan, avec ses mélanges de peuples et ses cataractes. Ils auraient pu s'enfoncer dans les profondeurs de l'Algérie, de la Mitidja jusqu'à Tamanrasset.

 

Ils eussent pu aussi, ces deux Messieurs, aller se promener dans Gaza, ville assiégée, ville bloquée, ville où le champ des possibles, celui de la vie tout simplement, se voit comme verrouillé : jusqu'à quand ? Non loin, je leur aurais conseillé Jérusalem, ville arabe, ville juive, ville chrétienne, trois fois Sainte, tant fois sources, ombilicale. Et puis, Damas, que je rêve de revoir. Et puis, la Jordanie, l'Irak, Bagdad. Et puis, hors du monde arabe, mais si capital pour la région, si central dans l'échiquier du Moyen-Orient, l'Iran. Oui, la Perse, millénaire, fascinante, inventive.

 

Dans tous ces pays, sans compter la captivante Turquie, non-arabe également, mais d'une telle puissance dans l'ordre de la langue, des croisements, de la culture, avec aussi bien sûr le Kurdistan, nos deux éminents globe-trotters auraient découvert la chaleur humaine des populations, l'amitié, la rencontre.

 

MM Maudet et Barazzone, vous me décevez. Non dans l'ordre juridique, ni moral. Mais dans celui du goût et des priorités. Vous aimez l'Orient ? Vous avez raison ! Mais allez le voir où palpite l'humain, avec ses rêves de fraternité. Et pas nécessairement où miroitent l'arrogance et l'opulence des tout-puissants.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Juges étrangers : mon préliminaire

 

Sur le vif - Jeudi 25.10.18 - 11.07h

 

Le 25 novembre, le peuple et les cantons se prononceront sur l'initiative visant à la primauté du droit suisse sur le droit international.

 

Le débat est lancé. Dire oui, ou dire non, participer, s'engager, donner son avis, est le droit de TOUTES LES CITOYENNES, TOUS LES CITOYENS de ce pays. Chacune, chacun, peut intervenir, exprimer son point de vue. Une initiative est une affaire du peuple avec le peuple. Elle n'est en aucun cas l'affaire privilégiée des 246 élus aux Chambres fédérales.

 

En Suisse, nous sommes environ huit millions d'habitants. Si on enlève les jeunes de moins de dix-huit ans, et les étrangers (qui n'ont pas le droit de vote sur le plan fédéral), nous sommes un peu plus de cinq millions d'hommes et de femmes à constituer le corps électoral qui pourra, le jour venu, se prononcer. J'invite ces cinq millions à donner leur avis. Il y aura des pour. Il y aura des contre. Et le 25 novembre, dans un sens ou dans l'autre, il y aura une DÉCISION DU SOUVERAIN. Dans tous les cas, nous devrons l'accepter.

 

Dans ce préliminaire, je ne vous ai pas encore donné mon avis sur cette initiative. Cela viendra. J'ai juste tenu à préciser l'ampleur nationale du théâtre d'opérations électoral, lorsque nous avons affaire à une initiative.

 

J'ajoute une dernière chose, dans ce premier texte de ma part sur cet objet du 25 novembre. Nous sommes des CITOYENNES ET DES CITOYENS LIBRES. Nous n'avons d'ordre électoral à recevoir de personne. Chacun de nous votera en fonction de son intime conviction. Chacun est libre de dire ce qu'il vote, ou de le taire. Nul, je dis bien NUL n'a le droit d'opérer sur nous la moindre pression. Chaque partie, certes, peut tenter de nous convaincre, c'est son rôle. Mais il n'est pas question d'accepter de se laisser intimider, dicter son vote, traiter de mauvais Suisse, parce qu'on serait pour le oui, ou pour le non.

 

Voulons-nous que le droit suisse prime sur le droit international ? Il y a, des deux côtés, de très bons arguments. Ceux qui les énoncent doivent être respectés, comme des concitoyens qui participent, avec nous, à un grand débat national. Le thème est essentiel : il définit les contours de la souveraineté législative nationale, dans le cadre de nos relations passées contractuellement avec l'étranger. C'est un thème qui vaut largement une belle campagne. Il est l'un des plus importants de ces dernières années. Alors, engueulons-nous fraternellement entre citoyennes et citoyens. Et, une fois le verdict tombé, sachons l'accepter.

 

Pascal Décaillet

 

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19/10/2018

Conseil d'Etat : la liste, SVP !

 

Sur le vif - Vendredi 19.10.18 - 09.39h

 

La question n'est pas de nier le réchauffement climatique. Ce dernier est un fait, mesurable.

 

Non, la question est de savoir si on est obligé, par le gouvernement, de tenir pour dogme intangible, sur les causes de ce réchauffement, les thèses d'un groupe d'experts.

 

Dans cette seconde hypothèse, merci au Conseil d’État genevois de bien vouloir établir, en noir, la liste exhaustive des thèmes où peut encore s'exercer l'esprit critique. Et, en rouge, ceux auxquels la liberté de pensée ne saurait s'exercer.

 

Ce rouge et ce noir, non en fonction de la loi, que nous devons assurément tous respecter. Mais en fonction d'une idéologie imposée par l'exécutif. Parce qu'elle correspondrait, par exemple, à la doxa dominante d'un moment.

 

Nous nous réjouissons de prendre connaissance de ce précieux document.

 

Pascal Décaillet

 

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18/10/2018

Pharisiens de l'illisible

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.10.18

 

Fuyez comme la peste les grands experts qui viennent vous asséner, l’air pénétré, qu’en politique, les enjeux sont de plus en plus complexes. Et qu’hélas, les méchants populistes, simplificateurs du diable, dévoient les foules par un discours trop facile à comprendre.

 

D’abord, c’est faux. Les enjeux de 2018 ne sont ni plus complexes, ni plus simples que ceux de 1914, ou 1815. Dans le jeu des pouvoirs, il appartient à l’observateur de la vie politique de dégager l’essentiel de l’accessoire, faire la synthèse, puis s’exprimer, face au public, en des termes parfaitement accessibles à tous. C’était valable au temps de Tocqueville. Ça le demeure aujourd’hui.

 

Surtout, très souvent, les apôtres du complexe sont précisément ceux qui, là où ils sont, l’ont générée, cette usine à gaz. Prenez les spécialistes des « institutions européennes » : immergés dans les équations insolubles de Bruxelles, avec leurs déferlantes de directives, ils nous brandissent sans arrêt ces machines à Tinguely qu’ils ont, eux-mêmes, contribué à construire !

 

Face à cette Ridicule Préciosité, soyons simplement démocrates. Nous avons la démocratie directe, faisons-la vivre ! Lançons des initiatives. Provoquons de vastes débats nationaux. Expliquons-nous, dans le fracas sonore et fraternel de la parole partagée. Et puis, un beau dimanche, acceptons le résultat. C’est la meilleure réponse que nous puissions donner aux tétanisés du complexe, pharisiens de l’illisible.

 

Pascal Décaillet

 

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17/10/2018

PLR : les rancoeurs cachées de la fusion

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 17.10.18

 

L’histoire exhume le fumet de province des romans de Balzac. Ou ceux de François Mauriac (1885-1970), qui nous raconte si bien les petits dessous cachés de cette bourgeoisie bordelaise qui l’a vu grandir. Il y a la famille, le mariage, le non-dit, l’argent. Il y a ce qu’on laisse paraître et ce qu’on cache. Il y a tout ce fatras de détails qui encombrent les destins, toutes ces petitesses, derrière les paravents de grandeur. En l’espèce, nous ne sommes pas en Gironde, mais à Genève. La famille n’est pas constituée d’un homme et d’une femme, mais de deux partis : elle s’appelle le PLR. Le mariage s’est déroulé en grande pompe, en mai 2011. A-t-il jamais été consommé ?

 

Dans toute bonne famille, il y a des bijoux. Fragments d’héritage, auxquels on tient. On a beau faire trésor commun, on les garde pour soi, comme la prunelle de ses yeux. C’est, apparemment, ce qui est arrivé aux radicaux, lors de leurs noces avec les libéraux. La Tribune de Genève nous le révèle : on a décidé de se mettre de côté une bonne vieille cagnotte, un peu comme des joueurs de cartes, habitués d’un bistrot. On a « omis » de la verser dans le pot commun, on s’est dit qu’elle pourrait servir à soutenir le pas héroïque des grognards radicaux, dans les futures campagnes. Le pas des radicaux, oui, avec sa cadence républicaine, sa marche consulaire, ses parfums d’Empire. Et pas celui des libéraux, ces héritiers des patriciens et de la Restauration. Se marier, on veut bien, s’il le faut, mais oublier l’Histoire, jamais.

 

Bref, on s’est tricoté un bas de laine, et on l’a planqué. On aurait créé un « Cercle Fazy-Favon » (ça ne s’invente pas !) servant de trésorerie pour financer des opérations électorales, tiens par exemple la campagne de 2015 autour de la loi sur la police. Illégal ? Peut-être pas. Mais révélateur. La fusion, entre libéraux et radicaux, n’allait pas de soi. Les origines historiques, je pourrais vous en parler des heures, sont tellement antinomiques, la méfiance entre les états-majors est atavique, le non-dit vaut son pesant d’or. Beaucoup de militants, des deux côtés, ont loyalement joué le jeu, laissant le passé pour construire un nouveau parti. Hommage à eux. Mais pas mal d’autres, surtout dans les officines, ont continué de jouer l’ancien parti.

 

Quand on vous dit, depuis l’enfance, que vous êtes l’héritier des Lumières, de la Révolution, des Soldats de l’An II, des immenses figures qui ont fait la Suisse de 1848, et celle qui a suivi, vous avez peut-être un peu de peine à vous surexciter à l’idée d’un destin commun avec les fatigues patriciennes de la Vieille Ville, celles qui encensent tant la Restauration. Alors, voilà, on a gardé pour soi les quelques misérables sous que, dans sa radicale sueur, on avait pu mettre de côté. On s’est dit que ça pourrait servir. On a lâché quelques pièces, en 2015, pour faire passer une loi contestée par la moitié de l’électorat. On ne demande même pas le divorce, d’ailleurs. On se dit juste qu’on va vieillir ensemble. C’est déjà quelque chose, non ?

 

Pascal Décaillet

 

09:56 Publié dans Commentaires GHI, Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/10/2018

Ce sont souvent les pires

 

Sur le vif - Mardi 16.10.18 - 09.24h

 

Vous allez voir : les Verts vont nous exploiter le rapport du GIEC, à pures fins électorales, comme ils avaient exploité Fukushima, pour les élections fédérales de 2011.

 

Les Verts ne sont pas des purs, sous le seul prétexte qu'ils défendraient une cause universelle. Une cause tellement vitale qu'elle devrait échapper à tout débat citoyen, toute dialectique d'arguments antagonistes, donc se dérober aux fondements mêmes de la démocratie.

 

Qu'un enseignant, à Genève, pétri de Raison dialectique, ayant quelque référence à l'exercer, se permette d'interroger le lien de cause à effet entre action humaine et réchauffement, et voilà qu'un député Vert demande publiquement, en interpellant le Parlement, "où en est l'enquête" à son sujet. On croit rêver, ou cauchemarder, dans l'ordre de la délation. Et de la chasse aux sorcières.

 

Les Verts sont des politiciens comme les autres. Nourris des mêmes ambitions. Traversés par les mêmes querelles. Ils ne sont pas meilleurs, sous le seul prétexte qu'ils défendraient une cause inattaquable. Pour se faire élire, gagner des voix, ils utilisent les mêmes stratagèmes que tous les autres.

 

Ils sont comme tous les autres, fonctionnent exactement sur les mêmes ressorts. Dans l'archaïque noirceur du pouvoir, méfions-nous comme de la peste de ceux - et celles - qui prétendent "faire de la politique autrement". Ce sont souvent les pires ambitieux. Et, allez cette fois soyons épicènes, les pires ambitieuses.

 

Pascal Décaillet

 

 

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15/10/2018

Hôtel de l'impasse

 

Sur le vif - Lundi 15.10.18 - 09.08h

 

Les négociations entre l'Union européenne et le Royaume-Uni sont dans l'impasse.

 

Les négociations entre l'Union européenne et la Suisse sont dans l'impasse.

 

Les négociations au sein de l'Union européenne sont dans l'impasse.

 

Bref, si, dans la vie, vous aimez les issues, les solutions, évitez peut-être de vous mettre en situation de devoir, un jour, négocier avec l'Union européenne.

 

Pascal Décaillet

 

 

13:10 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/10/2018

Ceux qui ont intérêt à la complexité du monde

 

Sur le vif - Samedi 13.10.18 - 13.22h

 

Ceux qui ne cessent de nous brandir la "complexité du monde" sont les premiers, en général, à nous l'avoir compliqué, ce monde. Les premiers à avoir intérêt à cette complexité, pour en tirer profit. Tiens, les spéculateurs de la finance virtuelle, par exemple. Si nombreux dans une ville comme New York.

 

Tout autant, en vrac, les légions de chercheurs en sciences sociales. Les spécialistes du système multilatéral et mondialiste, dûment formatés dans une officine genevoise, sise dans le quartier même des organisations internationales.

 

Ou encore, toujours au hasard, les spécialistes des "institutions européennes", toujours là pour nous dire que l'ère des nations souveraines est révolue, que le continent est complexe, et donc que nous devons dissoudre notre indépendance pour nous fondre dans le Grand Ensemble.

 

Ils nous brandissent le miroir d'une complexité qu'ils ont eux-mêmes fabriquée ! Ils nous soumettent l'illisibilité d'un Talmud dont ils sont les auteurs. Et ils viennent nous dire que tout cela, toute cette épaisseur du sens, par eux-mêmes sécrétée, constituerait désormais l'Arche Sainte, incontestable.

 

Ils se comportent comme des clercs, des pharisiens. Il faudrait se hisser dans l'élite de leur Temple crypté, pour accéder au salut, à la lumière.

 

Méfions-nous de la grande complexité cosmopolite. Soyons démocrates. Osons dire les choses. Engueulons-nous, dans les périmètres d'engueulades qui sont les nôtres. Lançons des initiatives. Provoquons de grands débats nationaux. Un beau dimanche, le peuple tranche : acceptons toujours le résultat, même s'il nous embrase de colère.

 

La démocratie passe par la vérité des enjeux, le courage d'évoquer ce qui dérange, d'exhumer ce que les puissants ont voulu enfouir. Tout cela, dans un langage simple, accessible à tous.

 

La démocratie n'a pas à se laisser impressionner par l'arrogance élitaire des appels à la prétendue "complexité du monde".

 

Pascal Décaillet

 

 

13:59 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

12/10/2018

Réflexions sur la question bavaroise

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Sur le vif - Vendredi 12.10.18 - 16.40h

 

C’est une Allemagne à nulle autre pareille. On y parle allemand, malgré la présence de très forts dialectes, comme le magnifique souabe, cher à Hölderlin, puis Brecht, vous en trouverez même des fragments dans leurs versions d’Antigone, puisée dans Sophocle.

 

On y constitue, non sans fierté, le flanc sud-est et catholique, puissant, solide, des Allemagnes. On y mange des Knödel. On y boit de la bière. On y chante. On y prie. On y nage, dans des lacs enchanteurs. On y construit des automobiles. On y développe une économie florissante, imaginative. On y propose, chaque année, des milliers de concerts. On y voit des anges baroques dans les églises, des bébés rococo, joufflus, avec des trompettes. On y cultive le souvenir d’Albrecht Dürer, à Nuremberg, et de Richard Wagner, à Bayreuth, mais aussi bien sûr à Linderhof, Herrenchiemsee, Neuschwanstein. Depuis l’enfance, j’y ai passé tant de temps, et pour moi c’est sûr : l’Etat libre de Bavière est un miracle.

 

Que va-t-il se passer, ce dimanche, en Bavière ? Difficile à dire. La première réaction, pour qui a étudié, depuis le Zentrum des années bismarckiennes, l’Histoire politique bavaroise, est d’éviter l’hypothèse d’un séisme trop fort. Parce que la Bavière, justement, avec son parti catholique, conservateur et patriote, la CSU, considérant Berlin comme un lointain faubourg marécageux des plaines prussiennes, est par définition le Royaume de ce qui ne change jamais. Allez visiter l’Oberbayern, là où la barrière alpine domine un sublime paysage de collines verdoyantes, allez par exemple voir le Musée de la Passion à Oberammergau, vous vous direz que la plus céleste des Jérusalem y côtoie l’intemporel paysan, dans sa tranquillité toujours recommencée. C’est pour cela que j’aime ce pays.

 

Alors oui, on se dit que la CSU, ce monolithe de permanence du pouvoir, majorité absolue de 1962 à 2008, le parti de Franz Josef Strauss, de Stoiber, de Seehofer, a trop de masse critique pour s’effondrer d’un coup, après-demain. Pour s’effondrer, oui. Mais il peut s’affaiblir au point de perdre à la fois sa prédominance dans le Landtag, le Parlement de l’Etat libre de Bavière, et son crédit, au niveau fédéral, dans la vieille coalition CDU-CSU. Du coup, se produirait un incroyable paradoxe : l’affaiblissement du parti du Ministre fédéral de l’Intérieur, Hors Seehofer, principal ennemi d’Angela Merkel sur sa politique migratoire de l’automne 2015, pourrait entraîner dans sa chute le destin de la Chancelière elle-même, en fonction aussi de ce qui pourrait se passer dans deux semaines, aux élections régionales dans le Land de Hesse.

 

La question majeure, au sein des droites bavaroises, est de savoir combien l’AfD, Alternative für Deutschland, va manger de voix à l’ancestrale CSU. Si elle se contente de grignoter, il n’y aura pas séisme, et les politologues auront la preuve qu’un bon vieux parti conservateur et social, joyeux, populaire, proche des gens, bref la CSU, constitue décidément le meilleur rempart contre la droite nationaliste. Un rempart infiniment meilleur, tout le monde le sait, à la gauche. Mais si, autre hypothèse, l’AfD fait subir de lourdes pertes à la CSU, alors c’est un pilier majeur de la construction politique des Allemagnes de l’après-guerre qui sera fragilisé.

 

J’ajoute une chose. Même si vous aimez la bière, et les saucisses, et les images d’Epinal de l’Oktoberfest, même si vous êtes chaque fois, comme moi, bouleversé par un concert classique dans l’Abbatiale d’Ottobeuren (j’y ai vu Eugen Jochum, en juillet 1973, diriger Bruckner), méfiez-vous de l’apparence de tranquillité que nous livre, en première lecture, l’Etat libre de Bavière. Nous approchons d’un centenaire capital : deux jours avant l’Armistice, le 9 novembre 1918, s’est produite la Révolution allemande, j’aurai l’occasion d’y revenir. Lisez Döblin, ouvrez les livres d’Histoire : dans ces journées folles, où se précipite le destin allemand, et où la cessation des hostilités (le 11) apparaît presque comme une anecdote, est proclamée, par Kurt Eisner, la République en Bavière. S’ensuit un enchevêtrement complexe et dramatique d'événements, dont nous retiendrons l’instauration d’une République des Conseils de Bavière, qui fera trembler, un an après la Révolution russe, les bourgeoisies d’Europe. Les communistes, pendant toute la première partie de 1919, affronteront, dans des combats très durs, les Corps-Francs, ceux que nous décrit Ernst von Salomon dans « Les Réprouvés ». Nous sommes là, avec l’humiliation du Traité de Versailles (1919), dans l’une des causes majeures et directes de l’avènement du NSDAP, le parti nazi.

 

Que va-t-il se produire dimanche ? Impossible à dire. La Bavière est un Land puissant et prospère, elle n’a évidemment rien à voir avec le terreau idéologique de 1918-1919. Elle constitue un Etat de droit, où la démocratie fonctionne parfaitement. Elle est dominée, depuis l’après-guerre, par un parti catholique et social, hérité du Zentrum bismarckien, certes conservateur, mais jouant à fond la carte de l’Allemagne, et le jeu démocratique. Ce magnifique édifice ne va pas s’écrouler d’un coup, et peut-être pas du tout d’ailleurs. Mais les Allemagnes, et aussi les esprits avisés en Europe, épris d’Histoire, auront dimanche les yeux rivés sur l’Etat libre de Bavière. Dans ce cœur du continent, où palpitent tant d’émotions, quelque chose de fort pourrait se jouer. Comme dans la Passion d’Oberammergau. Celle qui, tous les dix ans, dans un paysage de montagnes où le temps semble immobile, secoue les imaginaires et bouleverse les âmes. Excellente soirée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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