21/11/2018

La citoyenneté, ça s'apprend !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 21.11.8

 

L’affaire des gilets jaunes, en France, doit nous faire réfléchir. Nos voisins aiment manifester, la rue est l’un de leurs théâtres préférés pour exprimer leurs colères. Parfois, ils défilent sur les grands boulevards parisiens, parfois ils étendent leur toile sur l’ensemble du pays, bloquant les routes, paralysant les chemins de fer : la première victime de la foule française en fureur, c’est le Français lui-même ! Ce qui devrait s’adresser au pouvoir se retourne contre le brave quidam : on l’arrête au carrefour, on lui empoisonne la vie, pendant ce temps le décideur vit tranquillement la sienne, ailleurs, loin des barrages. C’est le principe même de la jacquerie : aveugle, indifférenciée, sonore, souvent inefficace.

 

Face à ce système un peu désespérant, nous avons en Suisse une chance exceptionnelle : la démocratie directe. Grâce aux référendums, et surtout aux initiatives, le peuple ne se contente pas de subir ce qui vient d’en haut ; au contraire, il devient lui-même acteur du destin national. C’est lui qui façonne la Constitution, avec les Cantons, et qui tous les trois mois la corrige, par petites touches. Du coup, les gens au pouvoir sont moins perçus comme une oligarchie lointaine, devant laquelle il faudrait soit plier l’échine, soit hurler dans la rue. Le patron, chez nous, c’est le peuple : on l’imagine mal se révolter contre lui-même.

 

Ce système est responsabilisant. Bien vécu par chaque citoyenne, chaque citoyen, il amène ces derniers à se percevoir eux-mêmes, non comme des sujets à la merci du Prince, mais comme un fragment de la souveraineté nationale. Ce sentiment d’autorité de chaque individu sur le destin de l’ensemble, il convient absolument de le cultiver dès l’école. Il n’est pas admissible, aujourd’hui, qu’un garçon ou une fille de 18 ans, donc entrant dans l’âge de voter, débarque dans ce monde comme un parfait néophyte, n’y comprenant rien, pestant contre la complexité des brochures, conspuant la classe politique sur la petite musique, si facile, du « tous pourris ! ».

 

Non, non et non. La citoyenneté s’apprend. Elle s’éduque et s’aiguise dès l’enfance. D’abord, par un enseignement de l’Histoire politique, autrement solide que celui d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de tout savoir, ni de remplir des têtes avec des dates, mais d’avoir suffisamment pratiqué cette discipline majeure pour éveiller chez l’élève le sens de la diachronie, entendez celui de la durée. Exactement comme un dessinateur acquiert celui de la perspective et de la vision dans l’espace. En clair, se forger les outils pour saisir que les événements historiques ne surgissent jamais tout seuls, par hasard, mais comme maillons d’une longue chaîne de causes et de conséquences, ce que nous enseigne admirablement l’immense historien grec Thucydide (465-395 av. J.-C.), dans sa Guerre du Péloponnèse.

 

Ayant ainsi grandi en sagesse dans l’étude critique et dialectique de l’Histoire, le jeune homme ou la jeune femme de 18 ans n’arrivera pas au seuil de la citoyenneté en se lamentant : « Voilà ce que je vais subir », mais en se réjouissant de son rôle d’acteur : « Voilà ce que moi, j’entends faire pour mon pays ».

 

Pascal Décaillet

 

17:12 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

"Face à ce système un peu désespérant, nous avons en Suisse une chance exceptionnelle : la démocratie directe."

Oui, tant que les Suisses suisses seront majoritaires dans le corps électoral.
Ensuite, le système démocratique se retournera contre nous.
La politique, c'est avant tout de la démographie en action.

Écrit par : UnOurs | 21/11/2018

J'ai peine à croire que la majorité des jeunes qui vivent aujourd'hui en Suisse se posent la question de savoir ce qu'ils vont pouvoir faire pour ce pays! Ils pensent comme leurs parents, qui ne pensent rien de la Suisse! Ils sont là pour des raisons "économiques" ou "politiques", ça ne fait pas d'eux des citoyens suisses! Je doute qu'il y ai encore dans les écoles des cours d'éducation civique, sans quoi dans les bus on verrait une autre attitude face aux personnes âgées que plus personne ne voit, puisque 93% des gens sont sur leurs iphone!! Et que penser du "département de la cohésion sociale et de la solidarité"!!!! Il n'y a aucune cohésion sociale dans ce pays pas plus que de solidarité, nous allons dans le mur!

Écrit par : Dominique Degoumois | 21/11/2018

Une excellente nouvelle de dernière minute que je fais partager:

BERNE NE SIGNERA PAS LE PACTE SUR LES MIGRATIONS :)

Extrait:

- Le PS est scandalisé, le PLR et l'UDC sont satisfaits.

- Fronde internationale et suisse

Presque tous les pays ont soutenu le pacte lors de son approbation par l'assemblée générale de l'ONU en juillet. Seuls les Etats-Unis s'en étaient déjà désolidarisés. Ont suivi entretemps la Hongrie, l'Autriche, l'Australie, la Tchéquie, Israël et la Pologne. La Bulgarie pourrait s'ajouter à cette liste.

En Suisse, la fronde contre le texte a été lancée par l'UDC. Le parti l'accuse d'être incompatible avec une gestion indépendante de l'immigration. Selon lui, le pacte pourrait primer à terme sur le droit suisse. La polémique a ensuite rebondi au Parlement. Des majorités se sont dégagées dans plusieurs commissions pour demander au Conseil fédéral de renoncer, au moins pour l'instant, à signer le pacte. Elles ont également requis que le texte soit d'abord soumis au Parlement, et éventuellement sujet au référendum facultatif.

Suite: https://www.lematin.ch/suisse/berne-toujours-pacte/story/26648100

Écrit par : Patoucha | 22/11/2018

Monsieur Pascal Décaillet,

Nous avions accepté une assurance maladie facultative.

Plus tard les socialistes décidèrent de rendre l'assurance maladie obligatoire sans que nous puissions accepter ou refuser.

Au vu du résultat c'est-à-dire des sanctions de poursuites touchant ceux dont le revenu ne correspond pas aux diktats de la lamal c'est à dire sans qu'ils puissent accepter ou refuser… en réalité se "défendre"!

Si l'initiative UDC est refusée nous en supporterons les conséquences.

il y a sans doute à souhaiter ou à prévoir de nouvelles démarches d'innovations démocratiques à venir si nous voulons poursuivre dans la voie à laquelle nous sommes appelés qui est celle qui donne du sens à nos vie: l'évolution.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22/11/2018

J'ai 2 fils de 15 et 17 ans. Nous avons des discussions relatives aux sujets de votation. Je leur explique qu'ils devront voter, qu'ils en auront le droit et bien sûr l'obligation morale de le faire. Mais une chose est certaine : si ce week-end, cest NON à l'initiative pour l'autodétermination, je ne voterai plus.
En effet, que vaudra mon vote si l'Assemblée nationale peut s'asseoir dessus comme bon lui semble au nom "des intérêts supérieurs" venus d'ailleurs.

Quant à eux, ils feront ce qu'ils veulent

Écrit par : P. Douchez | 22/11/2018

Justement P. Douchez, c’est justement là - en cas de récidive - De se faire entendre par une monstre manifestation à Berne! Il n’y a que cela qui fait réagir! Prenez exemple sur les pays qui arrivent à se faire entendre, et cela n’est pas d’aujourd’hui, rien qu’en se mobilisant .

Écrit par : Patoucha | 22/11/2018

Pourquoi le haut commissariat aux réfugiés n'ouvre pas ses sous-sols pour les SDF qui dorment dans nos rues la nuit? Cet institution qui veut en permanence nous culpabiliser devrait être un peu plus dans la réalité!

Écrit par : Dominique Degoumois | 22/11/2018

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