02/12/2018

La France brûle-t-elle ?

 

Analyse politique de la crise française - 02.12.18 - 16.19h

 

Profiter des graves événements qui traversent la France pour réclamer le retour d'un régime parlementaire, style Quatrième République, au motif que l'actuel exécutif a démérité, c'est méconnaître les fondamentaux de l'Histoire des pouvoirs en France.

 

Bien sûr, Macron est un mauvais Président. Edouard Philippe, le Premier ministre, n'est que son chef d'état-major. Le gouvernement n'a pas d'existence propre, c'est l'Elysée qui décide de tout. L'Assemblée n'est qu'une Chambre d'enregistrement. Le Président, prétendument "homme nouveau" lors de sa campagne de 2017, s'est très vite révélé un orléaniste de la pire espèce, porté par la haute finance cosmopolite, plus soucieux de plaire à l'extérieur que d'écouter les souffrances de son peuple. Bref, ça va mal.

 

Pour autant, la Cinquième République n'est pas en cause. Ca n'est pas elle qui porte la responsabilité de la crise, c'est l'actuel locataire de l'Elysée ! Merci de ne ne pas confondre la faiblesse d'un homme avec celle de l'institution.

 

Ce régime, né de la crise algérienne, et du retour de Charles de Gaulle au printemps 1958, a sauvé la France de la catastrophe. En rétablissant, d'abord pour six mois (pleins pouvoirs), puis par la nouvelle Constitution, plébiscitée le 4 septembre 1958, l'autorité de l'exécutif, la Cinquième République, appliquant à la lettre le génial et fulgurant discours prononcé douze ans plus tôt (juin 1946) à Bayeux, a donné au pays les moyens de sortir du bourbier algérien.

 

Le discours de Bayeux, puis la Constitution de 1958, placent au centre de tout le chef de l'Etat. C'est lui, la "pierre angulaire" de la vie politique nationale. C'est cela, ce rétablissement de l'autorité exécutive, après douze ans d'incapacité du régime parlementaire à résoudre la question coloniale (Indochine de 1946 à 1954, Algérie de 1954 à 1962), qui a permis de mettre un terme à des conflits qui finissaient par déshonorer la France du vingtième siècle. Pour l'Algérie, dans l'issue comme dans la douleur, ce fut le fait d'un homme, un seul : Charles de Gaulle.

 

Le France a besoin d'un pouvoir fort. Pour unir le pays, et lutter férocement contre les ferments de dispersion qui menacent cette unité. Mais plus le pouvoir exécutif est fort, plus l'Assemblée, en face, doit l'être aussi. De façon à constituer une véritable dialectique, parfois jusqu'à l'extrême tension, avec l'exécutif. Une Assemblée de valets, ou de perroquets de l'Elysée, comme c'est le cas aujourd'hui, ne rend pas service aux intérêts supérieurs de la nation. Pas plus, d'ailleurs, qu'une presse aux ordres, ou courtisane, celle-là même qui méprise les gilets jaunes, et sanctifie Macron. Oui, plus le pouvoir est fort, plus il a besoin de contre-pouvoirs. Sinon, c'est Badinguet à l'Elysée, et Hugo à Guernesey.

 

La France doit garder son exécutif fort. Mais elle doit impérativement amender sa Constitution, en conférant au peuple des droits de démocratie directe du style de ceux que nous avons en Suisse. C'est cela qui manque cruellement à nos chers voisins, et qui les incite si souvent à descendre dans la rue, alors qu'une forme (à inventer par eux, selon leur génie propre) d'initiative populaire rendrait au démos ce qui hélas, trop souvent, s'exprime par la violence et la déprédation.

 

La France doit garder son exécutif fort, mais bien sûr, elle n'a pas la chance d'avoir toutes les décennies, ni même tous les siècles, un homme de la stature de Charles de Gaulle, pour qui l'habit du monarque républicain fut taillé. Dans le cas d'espèce, depuis mai 2017, disons simplement que la disproportion entre l'actuel locataire de l'Elysée et la taille du costume initialement cousu en 1958, est effarante.

 

Macron passera, et sans doute assez vite. La ridicule appellation "En Marche", cette espèce de chevalière faisant blason avec les initiales du chef d'écurie, sera bientôt aux poubelles de l'Histoire. Peu à peu, les bonnes vieilles lignes de fracture des partis politiques français, à peu près les mêmes depuis la Convention, réapparaîtront. Mais la crise sociale, elle, demeurera. L'infinie douleur de la condition paysanne. Le sous-équipement des périphéries. L'inaptitude croissante de l'Ecole (qui fut pourtant celle de Jules Ferry, modèle et remarquable) à assumer sa tâche. La liquéfaction des valeurs nationales dans une supra-continentalité européenne totalement illisible, en tant que projet politique.

 

Ca fait beaucoup. Il y a lieu d'être inquiet, pour ce pays voisin que nous aimons, et dont l'Histoire et la culture nous fascinent. "Oscillant sans cesse de la grandeur au déclin", écrit Charles de Gaulle à la fin des Mémoires de Guerre.

 

Aujourd'hui, c'est le déclin. Puisse ce magnifique voisin retrouver sa grandeur. Nous y avons tous intérêt. Sans la lumière de la France, l'Europe paraît bien sombre.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Il vaut mieux que ça pète maintenant car plus on attend et plus les barbus installent leur pouvoir.
La France doit repartir sur d'autres bases qui lui ressemblent vraiment sinon ça ne sera plus la France mais le peut elle encore?
Pendant que les VRAIS gilets gilets jaunes manifestent en pleins jour les burnous œuvrent dans l'ombre aidés par des fouteurs de merde. Du chaos ils espèrent tirer profit comme toujours dans leur histoire.

Écrit par : norbert maendly | 02/12/2018

Et si la crise des gilets jaunes, n’était en fait que la queue de comète de la « crise grecque » qui n’en finit pas de finir (10 ans), et pour laquelle on ne peut entrevoir un dénouement heureux suite aux multiples remèdes toxiques administrés par les guérisseurs de la BCE, du FMI et autres sorciers de la finance. Remèdes qui se sont avérés aussi toxiques que les emprunts Dexia pour les collectivités et communes françaises.
Concoctés par des politiciens thaumaturges dont le but proclamé était d’éviter « un risque imminent de contagion de cette crise grecque » à l’ensemble de l’Europe, et qui n’auront eu de cesse,- au nom de l’intérêt général- de nous vendre « les excès des pays du Club Med » et de leurs habitants, en prenant soin que ceux-ci ne puissent être mis en regard avec les errements récurrents des banques allemandes et françaises qu’il NOUS fallait encore une fois sauver à tout prix.
Fut-ce en tuant le cochon de payant !
De la métonymie à la métaphore.
Souvenons-nous que l’acronyme PIGS (Portugal,Italy ,Greece,Spain), avec parfois une variante en PIIGS , ce qui permettait d’inclure un petit pays du Nord (Ireland) à ce club très ensoleillé des cochons du Sud, fut employé dès 2009 par les centres d’affaires anglo-saxons qui voulaient détourner l’attention d’une situation économique plus que préoccupante au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
Si les tentatives héroïques du peuple grec pour résister au pillage par emprunts forcés - plans de sauvetage- de leur pays par le Nord, et plus précisément par l’Allemagne avec la France, les Pays-Bas et le Luxembourg en assistantes dociles mais intéressées, n’ont pas été couronnées de succès à ce jour ; les sachants docteurs européens ne peuvent toujours pas crier victoire en 2018. Depuis leur arrivée au chevet « du malade de l’Europe » qu’ils avaient eux-mêmes empoisonné :
· 9 plans d’austérité, 3 mémorandums et 450 réformes.
· Une baisse des salaires et retraites entre 30 et 35%.
· Une hausse des impôts de 53%.
· Un taux de chômage scotché à près de 20%.
· Un PIB qui aura chuté de 25%.
· Un Grec sur deux vivant en dessous du seuil de pauvreté fixé depuis 2015 à 376 €.
· Et pour finir : 288 milliards de prêts (dont à peine 10% ont servi à l’état grec et aux citoyens, les 90% servant à rembourser les créanciers créateurs de dettes).
Car on oublie trop souvent que la dette est une création de monnaie, un investissement sur l’avenir que les banques peuvent, titriser, assurer, vendre, acheter et même effacer si vous les y contraignez.
Ce qui n’est pas le cas avec notre dette écologique qui n’épargnera personne.


https://blogs.mediapart.fr/breizh-coin/blog/251118/les-nouveaux-pigs-gilets-jaunesblouses-blanchesrobes-noires-elus-de-proximite

Écrit par : Lescouët | 02/12/2018

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.