CH-UE : aucune raison de s'exciter !

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Sur le vif - Vendredi 07.12.18 - 18.10h

 

Le Conseil fédéral a parfaitement raison de prendre son temps dans l'affaire de l'Accord cadre institutionnel, un document de 34 pages, issu des négociations avec l'Union européenne. Il annonce aujourd'hui vouloir consulter tous azimuts (les Cantons, les partenaires sociaux, les partis), et il a raison. En sachant que la seule consultation qui vaudra, en la matière, sera, le jour venu, celle du suffrage universel, comme pour tous les grands sujets qui engagent le destin du pays.

 

Voilà des années qu'en matière européenne, le gouvernement suisse démontre un singulier manque de conduite. Pour dire les choses franchement, entre les années technocratiques de Didier Burkhalter, et les débuts plutôt chaotiques d'Ignazio Cassis, plus personne ne peut décrypter les intentions du Conseil fédéral.

 

Mais au fond, ce paroxysme de l'illisible n'est pas une mauvaise chose. Et cela, pour une raison simple : l'Accord cadre institutionnel avec l'Union européenne n'excite en Suisse que la toute petite Nomenklatura de la Ville fédérale, avec sa bureaucratie, ainsi que les plus hautes instances du PLR. Autant dire, pas grand monde.

 

On a beau nous mettre le couteau sous la gorge avec des histoires d'équivalences boursières ou d'accès aux grandes écoles, le peuple suisse a d'autres priorités. Il tient à la souveraineté du pays, et cela n'a nullement été mis en cause par la votation du 25 novembre. Il tient en très faible estime la machinerie bruxelloise. Il n'a aucune intention d'entrer dans un rapport de vassalité avec cette dernière.

 

Dans ces conditions, le Conseil fédéral a bien raison de prendre, en profondeur, le pouls et la température du pays. Cela exigera le temps qu'il faudra : l'attribut premier de la souveraineté est la maîtrise du calendrier, elle doit venir de la Suisse, non de l'Union européenne. Nous avons une nation, fédérale depuis 170 ans, une culture politique et sociale, nous avons notre Histoire, il n'est pas question qu'une superstructure externe (au demeurant, en voie d'éclatement) nous impose notre rythme de réflexion.

 

En clair : voilà un dossier qui mérite une maturation interne. Ce document de 34 pages, négocié avec Bruxelles, qu'il fasse le tour de notre pays ! Que chacun, sans se précipiter, prenne position. Le chantage sur les Bourses et les Universités ne saurait en aucune manière nous émouvoir. En un mot comme en mille : il n'y a ni feu au lac, ni la moindre raison de s'exciter.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 7 commentaires

Commentaires

  • Ceux qui cèdent aux maîtres chanteurs devront sans cesse se soumettre à leurs maîtres.

  • Exactement !

    De plus, à Genève on a le jet d'eau. Pour le feu, au cas où...

  • Avec la modestie qu'exige un pseudonyme, je me permets de saluer la remarquable clairvoyance de ce billet et votre talent émérite de synthèse, Monsieur Décaillet.

  • Chuck Jones vous gratifie, Monsieur Décaillet, d’un talent "émérite" de synthèse.
    Hélas pour lui ! Vous n’avez pas encore pris votre retraite ; vous êtes bien trop jeune pour cela ! Et votre talent n’est pas encore prêt à disparaître, me semble-t-il !
    Alors, comme vous n’êtes ni ancien professeur d’Alma Mater, ni même cardinal atteint par la limite d’âge qui pourrait vous valoir ce titre, je ne vous gratifierai pas d’un tel titre, même si votre talent de journaliste et d’« historien » formé à la belle école de l’Université de Genève et de professeurs tels que Olivier Reverdin pour le grec classique entre autres, n’est plus à démontrer chaque jour qui vient sur votre blog et ailleurs dans vos écrits ou « oraisons » audiovisuelles.
    Bonne continuation et dites-nous ce que vous pensez de l’imposture de l’élection d’un Emmanuel Macron en France (à mon avis, il ne finira pas son mandat, quand bien même ses sponsors internationaux tels qu’un Georges Soros et ses coreligionnaires, n’ont de cesse de saper les nations, ce qu’ils font d’ailleurs depuis toujours et sans vergogne !).

  • En effet c’est, de loin, la meilleure nouvelle de la journée, tout n’est pas perdu.

  • Que la Suisse prenne son temps, qu'elle fasse comme bon lui plaise, il n'y a rien à redire à cela. Mais le moins que l'on puisse exiger d'elle serait qu'elle ne dénie pas à ceux avec qui elle tente de discuter d'avoir leur propre vision et de prendre leurs propres décisions !

  • Il faudrait une marche de "gilets jaunes" suisses vers la Place fédérale, pour protester contre la signature du pacte sur les migrations.

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