18/12/2018

Que l'esprit, Monsieur le Président, vous accompagne !

 

Sur le vif - Mardi 18.12.18 - 15.56h

 

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

 

Le 16 juillet dernier, vous avez eu des mots, envers la Suisse, qui ont choqué une bonne partie de mes concitoyens. Vous n'étiez pas encore le quatrième personnage de l'Etat (vous l'êtes devenu le 12 septembre), mais enfin vous étiez député français, à la tribune de la Chambre, ce qui n'est pas rien.

 

Vous vous en prenez au système suisse de démocratie directe, estimant que les thèmes de votations "sont souvent le fait de quelques cliques affairistes et de quelques lobbyistes".

 

Ce que vous dites n'est pas entièrement faux : il peut exister un risque de dévoiement de nos droits populaires par les forces de l'Argent. Nous, les Suisses, viscéralement attachés à ces droits, sommes parfaitement conscients de cette possibilité de dérive : il n'est pas normal, par exemple, qu'un milliardaire puisse "s'acheter des voix", par clientélisme, dans les récoltes de signatures.

 

Ce qui est dévastateur, Monsieur le Président, n'est pas la réserve que vous avez émise sur notre démocratie directe, mais c'est que vous la réduisiez à cela. Connaissez-vous le système suisse ? Avez-vous entendu parler de l'immense aventure de notre État fédéral, depuis 1848 ? Savez-vous comment a pu naître notre démocratie directe, le droit de référendum, mais aussi les initiatives depuis 1891, le triple échelon Commune, Canton, Confédération, la dialectique étincelante entre la voix du suffrage universel et notre démocratie représentative ? Tout cela crée, dans notre pays, une vitalité de l'expression politique, souvent par l'antagonisme, que beaucoup nous envient.

 

Vous ne trouverez pas en moi, Monsieur le Président, un ennemi de la France. J'aime ce pays, j'en suis passionnément les joutes politiques depuis décembre 1965, un certain second tour dont les adversaires s'appelaient Charles de Gaulle et François Mitterrand. Vous reconnaîtrez qu'il y a pire, comme duo de finalistes, pour se mettre en appétit dans une carrière de commentateur politique. J'aime la France, j'en étudie l'Histoire depuis des décennies, et, si je suis un Suisse fondamentalement attaché à la démocratie directe de son pays, je me garderai bien de l'exporter vers la France : ce serait faire preuve du même paternalisme dont nous détestons les effets, en sens inverse.

 

Sans doute pourtant, Monsieur le Président, avec une forme de démocratie directe (à inventer par la France, selon son génie propre), votre pays n'eût pas connu la crise des gilets jaunes. Car ce qui, chez vous, s'exprime, faute de mieux, par la vocifération de rue, se canalise en Suisse dans les voies du démos : nos droits populaires sont parfaitement constitutionnels, ils ne relèvent pas de l'anomalie, mais de la norme de notre fonctionnement. Maintes fois, ils servent de soupapes pour éviter l'explosion sociale. Il sont, à bien des égards, les garants de notre cohésion sociale.

 

J'aime la France, j'aime la Suisse. Et puis, incidemment, j'aime aussi l'Allemagne. Je respecte vos institutions, votre Histoire m'habite, j'en connais tous les contours, notamment depuis ce jour de juin 1789 où un certain Mirabeau, évoquant à la fois la volonté du peuple et la force des baïonnettes, a posé la première pierre de l'institution remarquable que vous présidez aujourd'hui. Entre la France et la Suisse, entre vous et nous, il n'y pas de place pour l'insulte, ni dans un sens, ni dans l'autre. Il n'y a de place que pour le respect mutuel, la connaissance partagée, la curiosité sans cesse renouvelée.

 

Je vous adresse, Monsieur le Président, ainsi qu'à vous 576 collègues, mes meilleurs voeux pour les Fêtes de fin d'année. Que l'esprit, avec ou sans capitale, vous accompagne.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:05 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Quelle affaire. Un magnifique emballement (que M. Décaillet, ayant eu la bonne idée de contrôler les dates, emballe, après avoir promis la foudre, en assez sympathique cadeau de fin d'année) pour une petite phrase prononcée il y a longtemps déjà, qui n'a rien d'outrancier (dont rien ne nous dit non plus qu'elle épuise la réflexion de M. Ferrand sur la question), et qui est dénoncée à grands cris aujourd'hui par des gens qui, à l'époque, confondaient encore leurs cartes de crédit. Que tout cela est ridicule. Et que tout cela fait peur.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 18/12/2018

La République des arrogants va s'effondrer comme une baudruche d’orgueil mal placé. Cette version "chantilly" de la cinquième risque bien de jaunir à nouveau avec les chaleurs du printemps.

Écrit par : norbert maendly | 18/12/2018

Des nostalgiques de la monarchie qui viennent donner des leçons à la Suisse. Mais c'est à être plié de rire.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 18/12/2018

Excellent !

Et si tout cela n'était que de la jalousie face à notre système politique qui donne une liberté que nos voisins hexagonaux ne possèdent pas ...

Écrit par : M.A. | 18/12/2018

A écouter!

https://www.youtube.com/watch?v=512y38no0_I

C'est fou comme certains journalistes cherchent à infantiliser les citoyens. Ils font montre de bien du mépris pour le peuple. Bien sûr, ils font partie de la caste des élites auto-proclamées parisiennes.

Quand l'imposteur Olivier Duhamel utilise un "sondage" fait sur une page fesse de bouc des gilets jaunes pour expliquer les dérives autoritaires, il le prend comme argent comptant oubliant qu'il y a des règles à suivre qui commencent au niveau de l'échantillonnage. A votre avis, qui donne son avis sur de telles pages si ce n'est en majorité des gens qui adhèrent déjà au mouvement. Le résultat ne peut être que tronqué.
Je ne sais pas si Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, dixit Olivier Duhamel. En cherchant un peu, j'apprends que ce n'est pas du tout ainsi que c'est arrivé!

"On entend souvent qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, appuyé par un large mouvement populaire. Or, bien qu’organisé avec la complaisance des partis au pouvoir, c’est un coup d’Etat qui permet à Hitler d’accéder au gouvernement. Quant à son principal soutien, il vient des industriels allemands."

https://www.investigaction.net/fr/Prise-de-pouvoir-par-Hitler/

Pourtant, beaucoup de socialauds vous récitent ce refrain.


Aujourd'hui, même en Suisse la démocratie est mise à mal. Il faudrait la repenser.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 18/12/2018

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