Pourquoi Macron a peur de la proportionnelle

Imprimer

 

Sur le vif - Vendredi 21.12.18 - 10.56h

 

Pourquoi Macron a-t-il si peur de la proportionnelle ? Pour une raison simple : au second tour de la présidentielle de 2017, il a certes gagné. Mais il n'était tout de même pas aveugle au point de ne pas voir l'explosion du nombre de voix - EN VALEUR ABSOLUE - de sa rivale.

 

Les législatives, depuis l'erreur majeure qui s'appelle le quinquennat, n'ont plus aucun intérêt. Em associant le temps parlementaire au temps présidentiel (donc en supprimant le génial décalage 5 ans, 7 ans, qui précédait), on élit un Président, puis dans la foulée, on lui donne logiquement, six semaines plus tard, les moyens de son action. Le législatif n'est donc plus qu'une annexe de l’Élysée, une écurie du Château.

 

Si vous ajoutez cela à la liquéfaction totale des partis traditionnels en ce printemps 2017, vous aboutissez à une situation unique. Elle a permis à Macron de créer, à son effigie, et même en reprenant ses initiales, un mouvement totalement artificiel, jouant sur les ambitions nationales de notables locaux, des Homais jaillis de leurs officines, des Rastignac aux dents étincelantes, en un mot l'actuelle bande de godillots, Maréchal Ferrand en tête, servant à l'Assemblée de vicaires législatifs à l’Élysée.

 

Mais si Macron devait dissoudre... Alors là, même dans le système actuel, adieu les godillots ! Et si en plus, une nouvelle élection devait se produire à la proportionnelle, alors là, bonjour la France profonde, la France des colères, la France des jacqueries, la France des gilets jaunes.

 

Dans cette hypothèse, une Assemblée enfin représentative permettrait assurément aux millions de voix ayant voté, au second tour de la présidentielle 2017, pour la rivale d'Emmanuel Macron, de faire leur grande entrée au Palais-Bourbon. Ou tout au moins leur grand retour, depuis 1956, l'année de la percée poujadiste.

 

Tout cela, Macron le sait. On peut donc imaginer qu'il préférera créer un dérivatif du côté de la démocratie directe (quitte à le faire fort mal, précipitamment), plutôt que de réformer en profondeur un mode de scrutin qui lui a permis, en 2017, le parfait artifice de son avènement.

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • "Les législatives, depuis l'erreur majeure qui s'appelle le quinquennat, n'ont plus aucun intérêt."
    L'erreur majeure a été le fait de Jospin qui a inversé - enore le fait du prince - l'ordre des élections: l'élection présidentielle devait suivre les législatives... La dispersion des voix de gauche: Chevènement, Taubira... a fait le reste.
    Magnifique auto-goal!

  • Il y a des évidences qui méritent d'être répétées.

  • Un an de présidence comme en Suisse est excellent car le président ou la présidente de la Confédération n'ont pas les moyens (le temps) de prendre le pouvoir.
    La collégialité est ainsi préservée.

  • La proportionnelle ne permettrait plus à ce qu'on appelle "la majorité" de faire ses petites affaires pendant cinq ans quelque soit son bord. Les magouilleurs n'y trouveraient plus leur compte c'est pour cela qu'ils n'en veulent pas.

Les commentaires sont fermés.