12/12/2018

Le crépuscule de la démocratie représentative

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 12.12.18

 

Un Palais fédéral au petit matin, avec encore les lumières de la nuit, la magie de la Vieille Ville de Berne, la beauté dorée de la pierre, la ruche des antichambres. C’était, ce mercredi 5 décembre, le décor de contes de fées de la double élection au Conseil fédéral, suite aux départs de Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann. Ces liturgies électorales de décembre, dans la magie bernoise, j’en ai couvertes de nombreuses, à l’époque, pour la RSR, dans la totale excitation du direct. Mais c’était de la radio : le miracle venait du mélange des voix, et du savoir-faire narratif à travers un micro. La télévision, elle, nous amène la chaleur d’une mise en scène, l’immédiateté de l’image. En cela, quelle que soit la distance prise par ses journalistes, elle fonctionne comme outil au service du système. Quel système ? Mais le Parlement lui-même, en tant qu’institution ! A travers lui, la démocratie représentative.

 

Au matin de ce 5 décembre, qu’avons-nous vu ? 25 ans après le psychodrame de la non-élection de Christiane Brunner, 15 ans après la non-réélection de Ruth Metzler, 11 ans après celle de Christoph Blocher, nous eûmes droit à la plus parfaite des félicités. Sur le résultat, je n’ai rien à dire : le Parlement a élu, à mes yeux, avec la PLR saint-galloise Karin Keller-Sutter et la PDC valaisanne Viola Amherd, les meilleures personnes. Mieux : il a élu chacune d’entre elles au premier tour ! Tout cela, avant 10 heures du matin, était liquidé. Du bon boulot, réglé, comme du papier à musique.

 

Et c’était exactement cela, le signal que le Parlement voulait donner. Ce pouvoir législatif fédéral 2015-2019, qui a tant piétiné sur les dossiers majeurs qui doivent façonner le destin du pays (assurances sociales, LAMAL, Suisse-Europe), quand il n’a pas carrément tronqué la volonté populaire (application de l’initiative du 9 février 2014 sur l’immigration de masse), avait un sérieux besoin, en termes d’images, de se refaire une beauté. L’élection du 5 décembre lui a donné cette occasion. Elle tombait à point nommé, à moins d’un an (20 octobre 2019) des élections fédérales ! Oui, la Sainte Messe matinale de la double élection au Conseil fédéral fut une opération destinée à redorer le blason d’un Parlement qui, sur le fond de son travail, n’a pas particulièrement marqué des points pendant cette législature. Oui, au matin du 5 décembre, pendant deux heures, il a fait du bon boulot : non, cela ne doit pas oblitérer la qualité discutable de son travail, sur le fond, ces dernières années.

 

Mes propos jettent un froid ? Eh bien, jetons ! Et disons les choses comme elles sont : la bonne vieille démocratie représentative suisse, qui vécut ce 5 décembre sa grande féérie de fin d’automne, efficace mais crépusculaire, n’est peut-être pas l’institution qui représente le plus l’avenir de la Suisse. Il en existe une autre, férocement concurrentielle, surgie des profondeurs telluriques de notre peuple : elle s’appelle la démocratie directe.

 

Pascal Décaillet

 

14:51 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Manu chez la manucure

 

Sur le vif - Mercredi 12.12.18 - 10.13h

 

Un jour, il y a une vingtaine d'années, un abruti de "communicant" a dû décréter que face à une caméra, il fallait poser ses mains délicatement, sur la table, ne surtout par les bouger, joindre les index, se tenir parfaitement figé, comme un marmot que ses parents, à table, viennent de rappeler à l'ordre.

 

Et depuis, des dizaines de milliers de dociles politiques, abreuvés au même catéchisme statique, impuissant et ringard, épousent la posture, comme chez la manucure.

 

La prise de parole, Monsieur le Président, n'est pas une question de sagesse dans la fabrication de l'image. Mais de vérité intérieure, torrentielle, parfois violente, impétueuse. Elle libère le ventre et les mains, laisse courir le geste, accomplit le thorax et l'abdomen, sculpte la voix dans le grave ou dans l'aigu. Elle affirme la sincérité d'un homme. Elle ne fige pas l'immobilité douceâtre d'un pantin.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:33 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/12/2018

Macron : la tiède pénombre du confessionnal

 

Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 16.14h

 

Le problème no 1 de Macron n'est pas qu'il soit gentil ou méchant, hautain ou empathique, ni même qu'il ait compris les Français. Il y a, dans cette exigence d'être "compris" par le monarque, quelque chose d'infantile : on ramène tout au père, dans le bien comme dans le mal. Non, le problème de Macron ne réside pas dans ce qu'il est, même si cela joue un rôle.

 

Le problème no 1, que j'ai maintes fois souligné ici depuis le printemps 2017, époque de son élection, c'est qu'il est un Président à contresens. Non qu'il faille caresser l'opinion dans le sens du poil, surtout pas ! Mais comprendre l'époque. Saisir les grands enjeux. Avoir la culture politique et historique pour projeter ces éléments de connaissance comme moteurs de l'avenir à construire.

 

"Seule la tradition est révolutionnaire" : l'une des plus belles phrases de Péguy, qui n'en est pas avare, surtout dans les Cahiers de la Quinzaine. Je l'entends, depuis l'adolescence, comme une absolue nécessité d'aller quérir dans les racines - et non dans une abstraite géométrie - la puissance d'action pour réinventer la vie. Cela, il me semble que Macron ne l'a pas compris.

 

Il ne rêve que d'Union européenne, alors que, de partout, revient puissamment l'idée de nation. Il construit des rêves orléanistes, jusqu'au délire ultra-libéral, là où tous les peuples d'Europe réclament un retour de l'Etat, de la dimension humaine du travail, de la solidarité sociale, de la redistribution. Il peine à saisir (malgré une très légère concession, dans le discours d'hier) le besoin immense des peuples de contrôler les flux migratoires. A l'Assemblée, il n'a que des députés godillots, portant le nom d'un parti venu de nulle part, juste créé, au printemps 2017, comme écurie de soutien au nouveau Président. Écueil du quinquennat, erreur majeure !

 

Hier, on nous annonçait le Discours d'un Roi. Nous eûmes droit, tout au plus, au chuchotement de l'enfant pris en faute, dans la tiède pénombre du confessionnal.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:33 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Gilets jaunes : tous cinéastes !

 

Sur le vif - Mardi 11.12.18 - 03.41h

 

Jusqu'à une période très récente, dans les manifs, il y avait deux sortes de personnes : les gens du cortège, qui défilaient en scandant des slogans et en brandissant des pancartes ; et puis, les journalistes, notamment les équipes TV qui filmaient.

 

Avec les gilets jaunes, ce duo acteur/observateur vole en éclats. Désintégré ! Presque chaque gilet jaune filme sa part de vérité, avec son portable. Chacun d'entre eux est Fabrice à Waterloo, dans la Chartreuse de Parme, le chef d'œuvre de Stendhal.

 

Des dizaines de milliers de réalités fragmentées. En les additionnant, comme un historien recoupe les témoignages, on aurait une idée infiniment plus précise de la situation qu'en se contentant de la machine de propagande gouvernementale de BFMTV.

 

Les gilets jaunes font voler en éclats les corps intermédiaires. Le Parlement est muet. Les partis, aux fraises. Et les médias, concurrencés par les acteurs eux-mêmes, sur le terrain.

 

Cette crise majeure est une crise sociale et institutionnelle, on l'a dit. Elle est aussi une crise profonde des médiateurs. En cela, elle préfigure une nouvelle sémiologie de la communication politique.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/12/2018

France : démocratie directe oui, mais sur les thèmes !

 

Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 12.10h

 

Depuis des années, à vrai dire depuis le refus du Traité européen (2005), j'écris des textes sur le déficit démocratique dont souffre, à mes yeux, la France. Je les écris en toute amitié pour ce pays voisin et ami, à qui je dois tant dans l'ordre de la culture, et dont j'étudie l'Histoire depuis des décennies. Je n'écris pas par paternalisme suisse, je ne préconise en rien la projection du système suisse sur la France, ce serait absurde : chaque pays a son Histoire, de même que chaque espèce végétale a son bagage génétique.

 

Depuis des années toujours, j'écris que la France a un besoin profond de s'inventer, selon son génie propre, une forme de ce que nous appelons chez nous "démocratie directe". Ce processus, je crois, va advenir dans les années qui viennent, il faut laisser les Français en inventer la forme, en fonction de leurs besoins.

 

Mais une chose est sûre : la France n'a nullement besoin, en termes de renouveau démocratique, d'inventer un processus électif supplémentaire. Des élus, en France, à tous les niveaux (y compris certains échelons totalement artificiels, mais somptuaires dans leurs dépenses), il y en a déjà beaucoup trop ! La France n'a pas besoin d'élire encore plus de gens ! Au contraire : dans nos pays d'Europe, c'est justement la bonne vieille démocratie représentative, issue du dix-huitième siècle, qui doit céder du terrain à des mécanismes accrus de démocratie directe. Si vous lisez mes textes, depuis des années, je ne dis que cela.

 

A l'heure des réseaux sociaux, et du partage des connaissances, nos sociétés doivent adapter leurs institutions à cette extraordinaire horizontalité générée par les nouveaux outils de la communication, cette intelligence collective entre gens de bonne volonté, où nul n'est gourou, et où chacun apporte sa pierre à l'édifice.

 

Ce que la France doit inventer, c'est une démocratie directe agissant directement sur les thèmes. A l'instar de notre droit d'initiative populaire. Ce qui m'impressionne le plus dans le mouvement des Gilets jaunes, c'est son aspiration citoyenne. Le peuple de France veut reprendre la main, ou plus exactement la prendre, sur les leviers de son destin. Ca n'est certainement pas en remplissant un nouvel échelon d'élus qu'il y parviendra. Mais en inventant, dans les années qui viennent, un mécanisme de décisions directes du suffrage universel sur les thèmes. Pas sur le choix des personnes.

 

Pascal Décaillet

 

 

12:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

Sans-culottes monarchistes

 

Sur le vif - Lundi 10.12.18 - 09.41h

 

Singulière contrée, tout de même, où l'on décoche les fourches, le samedi, en se promettant de promener sur une pique la tête du tyran, et où chacun, dès le dimanche, attend avec une extatique impatience les mots du monarque, pour les Vêpres du lundi.

 

C'est tout le paradoxe de la France : attendre d'une Révolution qu'elle vienne d'en haut. Ou, tout au moins, qu'elle soit adoubée par la majesté suprême. Celle-la même qu'il s'agissait d'anéantir.

 

Tout Michelet, tout Tocqueville, toutes les plus lumineuses pages sur la Révolution, sont contenues dans cette géométrie de la Base et du Sommet.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/12/2018

Nul n'a intérêt au malheur de la France

 

Sur le vif - Dimanche 09.12.18 - 14.40h

 

Totalement passionnant, révélateur comme nul autre de l'état de santé de la société française, le mouvement des Gilets jaunes restera dans l'Histoire.

 

Il a déjà retenu maintes fois, ici même, mon attention : j'ai évoqué sa dimension sociale, celle des périphéries, et aussi les réponses institutionnelles nécessaires à l'évolution de la France : instauration de la proportionnelle dans le système électoral, et surtout création de mécanismes de démocratie directe, non à calquer sur le système suisse, mais à inventer selon le génie propre de la France.

 

Ce diagnostic, qui est depuis longtemps le mien, est aussi celui de la plupart des observateurs, et cela indépendamment de leur degré d'adhésion ou de rejet face à politique et à la personne de l'actuel Président. Ce qui est né de la révolte contre un homme, son arrogance, son style et ses manières orléanistes, ses prodigieuses errances en matière de taxes et de fiscalité, ne prendra d'intérêt structurel face à l'Histoire que si tout cela permet l'accouchement d'un nouveau monde dans la République française. Ce qui ne signifie pas, à mes yeux, un abandon de la Cinquième République, encore moins un retour à la Quatrième, le désastreux régime des partis.

 

Regardez les manifestants d'hier. On ne nous montre que la casse, certes abominable, assurément condamnable avec la dernière énergie. Mais la casse, c'est l'écume, En termes d'images, ou de spectacle, c'est vendeur. Mais on sait pertinemment que l'écrasante majorité des Gilets jaunes n'ont rien à voir avec les traditionnels voyous qui, toujours et en tout temps, se greffent sur les mouvements de foule pour déchaîner leur violence ou pratiquer le pillage. Il s'agit d'une casse de droit commun, à traiter comme telle, et à dissocier absolument des revendications légitimes de la masse du mouvement. Ne montrer que la casse, en continu, comme l'ont fait certaines chaînes TV, c'est jouer le jeu du pouvoir, en discréditant l'essentiel, par la puissance dévastatrice de l'image.

 

La première revendication des Gilets jaunes est sociale. Il lui faudra, dans les heures qui viennent, une réponse sociale. Hausse du SMIC, mesures de justice et d'équité dans la distribution des taxes et des impôts. En clair, quand un Français tourne avec un peu plus de mille euros par mois, et qu'il a besoin de sa voiture pour vivre, il peine à comprendre que l'ancien associé de la Banque Rothschild ait mis tant d’empressement à ce cadeau fiscal aux plus nantis qui marqua les débuts de son quinquennat.

 

La deuxième dimension est institutionnelle. Elle n'est en aucun cas à dissocier de la première - la dimension sociale - sous prétexte qu'elle est moins urgente, moins viscérale. Il faut regarder l'Histoire de France dans sa continuité : jamais aucun changement institutionnel ne s'est produit à froid, tranquillement, sans avoir été précipité par les forces sociales. Tous les épisodes de la décennie révolutionnaire (1789-1799). notamment ceux des premières années (1789-1794) ont été poussés par l'urgence populaire. Idem, 1830 : changement de régime. Idem, 1848 : changement de régime. Idem, 1870-1871 : changement de régime. Idem, 22 juin 1940 : défaite militaire, politique et morale, la pire de l'Histoire de France. Idem, 25 août 1944 : Libération. Idem, 13 mai 1958 : Comités de Salut public à Alger. Ce ne sont jamais des moments de douce quiétude qui engendrent les grandes réformes institutionnelles.

 

En sommes-nous là ? Je ne le crois pas. Mais une chose est sûre : si Emmanuel Macron s'imagine qu'il s'en sortira, dans sa prochaine intervention, avec quelques miettes de pain sur le SMIC et les taxes, et qu'il n'annonce pas quelque chose de profondément nouveau pour combler l'incroyable déficit démocratique du pays, alors il aura définitivement échoué devant l'Histoire.

 

Je terminerai par l'essentiel : j'aime la France. J'aime ce pays, comme j'aime le mien (la Suisse), et comme (pour toutes sortes de raisons) j'aime l'Allemagne. J'aime la France, sa culture, son Histoire incomparable, que j'étudie depuis des décennies. J'aime ses paysages. J'aime cette République qui, depuis 1792 et les Soldats de l'An II, tente contre vents et marées (avec quelques parenthèses) d'imposer ses idéaux face à la jungle, face aux forces de l'Argent, face aux corporatismes, face aux intérêts particuliers, face aux communautarismes. Cette France-là, depuis plus de deux siècles, nous a tant apporté. Nul d'entre nous n'a intérêt à l'écroulement de ce modèle. Nul n'a intérêt au malheur de la France.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:47 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/12/2018

CH-UE : aucune raison de s'exciter !

 

Sur le vif - Vendredi 07.12.18 - 18.10h

 

Le Conseil fédéral a parfaitement raison de prendre son temps dans l'affaire de l'Accord cadre institutionnel, un document de 34 pages, issu des négociations avec l'Union européenne. Il annonce aujourd'hui vouloir consulter tous azimuts (les Cantons, les partenaires sociaux, les partis), et il a raison. En sachant que la seule consultation qui vaudra, en la matière, sera, le jour venu, celle du suffrage universel, comme pour tous les grands sujets qui engagent le destin du pays.

 

Voilà des années qu'en matière européenne, le gouvernement suisse démontre un singulier manque de conduite. Pour dire les choses franchement, entre les années technocratiques de Didier Burkhalter, et les débuts plutôt chaotiques d'Ignazio Cassis, plus personne ne peut décrypter les intentions du Conseil fédéral.

 

Mais au fond, ce paroxysme de l'illisible n'est pas une mauvaise chose. Et cela, pour une raison simple : l'Accord cadre institutionnel avec l'Union européenne n'excite en Suisse que la toute petite Nomenklatura de la Ville fédérale, avec sa bureaucratie, ainsi que les plus hautes instances du PLR. Autant dire, pas grand monde.

 

On a beau nous mettre le couteau sous la gorge avec des histoires d'équivalences boursières ou d'accès aux grandes écoles, le peuple suisse a d'autres priorités. Il tient à la souveraineté du pays, et cela n'a nullement été mis en cause par la votation du 25 novembre. Il tient en très faible estime la machinerie bruxelloise. Il n'a aucune intention d'entrer dans un rapport de vassalité avec cette dernière.

 

Dans ces conditions, le Conseil fédéral a bien raison de prendre, en profondeur, le pouls et la température du pays. Cela exigera le temps qu'il faudra : l'attribut premier de la souveraineté est la maîtrise du calendrier, elle doit venir de la Suisse, non de l'Union européenne. Nous avons une nation, fédérale depuis 170 ans, une culture politique et sociale, nous avons notre Histoire, il n'est pas question qu'une superstructure externe (au demeurant, en voie d'éclatement) nous impose notre rythme de réflexion.

 

En clair : voilà un dossier qui mérite une maturation interne. Ce document de 34 pages, négocié avec Bruxelles, qu'il fasse le tour de notre pays ! Que chacun, sans se précipiter, prenne position. Le chantage sur les Bourses et les Universités ne saurait en aucune manière nous émouvoir. En un mot comme en mille : il n'y a ni feu au lac, ni la moindre raison de s'exciter.

 

Pascal Décaillet

 

 

18:31 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

06/12/2018

L'incomparable fumet du silex

 

Sur le vif - Jeudi 06.12.18 - 12.37h

 

Dans la vie, on ne se lève pas le matin en se disant : "Youpi, aujourd'hui, je vais faire des compromis !".

 

Non. On se lève avec des convictions. Fortes. Ancrées. Nourries par une vie d'expérience et de jugement. Et puis, ces convictions, si on a choisi d'entrer dans un espace de dialogue (qui pourrait, par exemple, s'appeler un Parlement), on les frotte, on les oppose, aux idées des autres. On se bat ! Et le frottement doit dégager l'incomparable fumet du silex, et nul autre.

 

Et puis, chacun s'étant courageusement battu, peut-être qu'à la fin, on négocie un compromis. Et puis, peut-être pas.

 

Mais en aucun cas, on ne se lève le matin, Mesdames et Messieurs les centristes professionnels, en se disant : "Youpi, je vais faire un compromis !".

 

Pascal Décaillet

 

 

12:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/12/2018

De l'Histoire politique, SVP !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

 

Il est inimaginable que l’Histoire politique soit aussi peu enseignée à l’école. A tous les degrés : primaire, Cycle d’orientation, post-obligatoire (Collège, Ecoles de commerce, etc.).

 

Je dis bien : l’Histoire politique. J’ai eu la chance, là où j’étais, dans mon école primaire des années soixante, d’être initié très jeune à l’Histoire des guerres, des traités, des alliances. Avec des dates, qui n’étaient certes pas des buts en soi (l’ignorance chronologique ne l’est pas non plus), mais des repères, dans le champ de perspective de la durée. Ce qu’on appelle la diachronie.

 

Depuis Mai 68, la mode est à l’enseignement de l’Histoire, à travers les sujets de société, Au nom de la valorisation des sources, l’obsession du document, émanant souvent des aspects de la vie privée des gens, tellement parcellaire, a pris une importance telle que, chez beaucoup d’élèves, pourtant fort disposés à la chose historique, la vision politique d’ensemble est très atténuée.

 

Il faut réhabiliter, dans nos écoles, l’Histoire politique. Je ne dis pas qu’il faille gorger les élèves, comme des oies, de dates. Mais tout de même, un peu de vision chronologique, que diable ! Qu’on leur fasse lire du Thucydide, le lumineux auteur, il y a 25 siècles, de la Guerre du Péloponnèse. Qu’on raconte la Réforme, la Révolution française, les deux Guerres mondiales ! Qu’on réhabilite les grands ensembles ! Certains profs, admirables, le font avec un rare talent, je le sais. Mais j’aimerais tant qu’ils soient plus nombreux !

 

Pascal Décaillet

 

18:40 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Gilets jaunes ? Non : démocratie directe !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 05.12.18

 

En France, personne n’a vu venir le phénomène des gilets jaunes. Ni Macron, ni son Premier ministre, ni vous, ni moi. L’irruption, sur les routes du pays, dans les rues des villes, et jusqu’aux Champs-Elysées, de ces manants et croquants surgis des profondeurs, constitue un événement que les historiens retiendront comme quelque chose de nouveau. On a beau agiter les références du passé, l’Histoire de France n’en manque pas, on a beau évoquer les jacqueries médiévales, les foules révolutionnaires de 1789, celles de 1830, la Liberté guidant le Peuple, rien n’y fait : on ne parvient pas à circonscrire intellectuellement un soulèvement populaire qui nous dépasse.

 

Il faudra bien pourtant le comprendre. Et lui donner une réponse politique. Partie de la hausse du prix de l’essence, engendrant une colère légitime dans les périphéries sous-équipées en transports publics, la grande colère de l’automne 2018 s’est vite transformée en vague de haine contre Macron. C’est lui, maintenant, dont les foules veulent la tête. Les plus modérées exigent une dissolution de l’Assemblée nationale, les autres réclament le départ du Président. Face à cette vague, il est très clair qu’une intervention du chef de l’Etat au journal de 20h ne suffira pas. Nous n’en sommes plus là : le peuple veut du concret, sonnant et trébuchant, sans tarder.

 

Face à cette déferlante, nous, les Suisses, sommes spectateurs. Tous en tête, nous avons une question : « Aurons-nous des gilets jaunes dans notre pays ? ». Nul n’a la réponse. Mais une chose est sûre : nous avons, en Suisse, la chance exceptionnelle d’avoir la démocratie directe. Elle n’empêche pas les manifestations de rue, mais elle en atténue grandement la probabilité et surtout la fréquence. Le droit de référendum permet d’attaquer une loi parlementaire. Bien mieux : celui d’initiative donne au peuple la possibilité de lancer sur la place publique, à l’échelon du pays tout entier, des thèmes tabous, volontairement oubliés par la classe politique. Tout cela constitue des soupapes, orientant la pression non vers les clameurs de la rue, mais, concernant les initiatives, vers un changement de la Constitution. Vous vous rendez compte : en Suisse ce sont le peuple et les cantons qui modifient la Charte fondamentale du pays !

 

Nous ne sommes pourtant pas, par nature, un peuple plus sage, ni plus tranquille, que n’importe quel autre. Notre Histoire, pour qui veut bien la considérer dans sa réalité sociale plutôt que dans ses mythes, est jalonnée de combats, de douleurs, de cicatrices. Notre corps social n’est pas moins explosif qu’un autre. Mais nous avons la démocratie directe, comme antidote. De grâce, n’en diminuons en rien la marge d’action. Au contraire : planchons, dans les années et les décennies qui viennent, pour une extension de ses compétences. C’est un outil de légitimité profonde. Encore faut-il en accepter, tous les trois mois, les verdicts, sans jouer aux mauvais perdants. Vaste programme !

 

Pascal Décaillet

 

12:31 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/12/2018

Faire front, face à un homme

 

Sur le vif - Mardi 04.12.18 - 14.35h

 

Ne voir dans la crise des gilets jaunes qu'une jacquerie de plus, dans une Histoire de France qui n'en est pas avare, c'est passer à côté de l'essentiel.

 

Les gilets jaunes, au-delà de la revendication (parfaitement légitime) sur le prix de l'essence, c'est l'émergence d'un nouveau langage dans la sémiologie politique française. Une nouvelle scénographie, aussi.

 

On fait irruption sans préavis, sous le seul signe de rassemblement d'une monochromie banale, celle du conducteur en panne, sur la piste d'accotement.

 

On ne se revendique d'aucune faction. Aucun parti. Aucun mouvement syndical. On laisse les corporatismes au vestiaire. On passe les corps intermédiaires au napalm.

 

On fait front, face à un homme. Celui qui incarne le pouvoir suprême. Il n'y a plus que vous et lui. On s'adresse au trône, en refusant toutefois de lui parler, même s'il vous y invite. On se contente de SIGNALER sa présence. Massivement.

 

Ce matin, les gilets jaunes ont obtenu un premier succès. Le chef de l'Etat a laissé son connétable annoncer lui-même les concessions sur le prix des carburants. Les rois, à l'époque des jacqueries, ne procédaient pas autrement.

 

Les gilets jaunes s'en contenteront-ils ? On peut en douter. A en juger par l'ampleur du mouvement, la seule réponse sur la revendication de base (fût-elle essentielle) ne suffira pas. C'est à autre chose que le peuple de France aspire. Pas nécessairement un changement de régime, je l'ai déjà dit. Mais assurément, la mise en place d'un dialogue direct de la base avec le sommet. Cela pourrait passer par l'introduction de la démocratie directe. Et assurément, par la proportionnelle.

 

Dialogue direct, oui. Sans les corps intermédiaires. Non qu'il faille dissoudre ces derniers (ne rêvons pas). Mais les remettre à leur place. Il ne convient nullement de s'en plaindre.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le choeur, seul, face à Créon

 

Sur le vif - Mardi 04.12.18 - 09.34h

 

Les gilets jaunes pulvérisent les corps intermédiaires. Au grand dam des chefs syndicalistes, totalement dépassés par l'irruption de cette concurrence inopinée. Incontrôlée. Non-recensée dans leurs fichiers d'adhérents.

 

Dans la mise en scène, il n'y a plus que le choeur, face au Prince. Même pas de coryphée.

 

Le choeur, unique acteur, face à Créon.

 

Il n'y a plus ni Eteocle, ni Polynice, ni Ismène. Il n'y a même plus Antigone.

 

Antigone, c'est le choeur tout entier. Il a ravi le rôle au personnage principal.

 

Il n'y a plus de personnage principal.

 

Il y a le choeur, face à Créon.

 

Les gilets jaunes, c'est la Révolution brechtienne. Sauf qu'il n'y a même plus de théâtre. Pas de texte. Ni actes, ni scènes. Ni intrigue.

 

Juste le choeur, face à Créon.

 

Préfiguration, dans la crise, de ce que pourraient être nos sociétés futures. Nos rapports de forces politiques et sociales. Disparition des corps intermédiaires. Mise en congé des médiateurs. La totalité d'une revendication, face à la solitude murée du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

12:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Macron, l'erreur de casting

 

Sur le vif - Mardi 04.12.18 - 05.58h

 

En portant Macron au pouvoir, en mai 2017, la France a élu un président à contresens. Un défenseur de l'Europe, alors que le château de cartes de Bruxelles est en voie d'écroulement. Un ultra-libéral orléaniste, valet des financiers, quand les peuples d'Europe redécouvrent un impérieux besoin d'Etat, de protectionnisme et de solidarité sociale. Un affidé à Mme Merkel, au moment où l'Europe aurait justement besoin d'une France forte, pour équilibrer le retour de la puissance allemande, y compris en matière stratégique et militaire.

 

Du coup, nous voilà avec un président en total décalage. Jeune, intelligent, dynamique, il ne comprend tout simplement pas le monde qui l'entoure. À quoi lui sert sa formation philosophique, si c'est pour raisonner dans le vide, sans le moindre ancrage dans la connaissance de l'Histoire, domaine dans lequel il accumule les énormités chaque fois qu'il y tente une immixtion verbale ? On dirait que cet homme ne sait pas que l'Histoire est tragique. Autre parallèle avec le jeune Giscard, dont il n'a hélas pas la dimension d'arbitrage.

 

Les BHL et les Cohn-Bendit soutiennent Macron, c'est dire si l'affaire est mal emmanchée. L'image, face à la France profonde, est dévastatrice : l'appui des mondialistes cosmopolites, un ploutocrate et un opportuniste, n'est sans doute pas le blason le plus reluisant pour celui qui, par sa fonction, incarne l'exceptionnelle continuité française.

 

Augmenter le prix de l'essence, touchant ainsi les plus faibles et les plus oubliés des provinces sous-équipées, alors qu'on a commencé son quinquennat par des largesses envers les plus nantis, dénote un sens politique relativement limité. Si l'homme eut de l'instinct pour se hisser au pouvoir, avec l'appui sonnant et trébuchant de la haute finance mondiale, il en est hélas totalement dépourvu dans son rapport au pays profond. Il serait peut-être temps qu'il en tire les conséquences.

 

Pascal Décaillet

 

 

06:37 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

03/12/2018

Carla Del Ponte : non, non et non !

 

Sur le vif - Lundi 03.12.18 - 14.27h

 

L'incroyable condescendance des médias de Suisse romande, depuis plus de vingt ans, envers Carla del Ponte, laisse pantois.

 

Voilà une dame qui, au moment des guerres balkaniques, dans les années 1990, a passé son temps (jusqu'en 2007) à instruire des procès, toujours dans le même sens. Toujours contre les Serbes, d'où qu'ils fussent, ceux de Bosnie comme ceux d'ailleurs.

 

Dans un deuxième temps seulement, comprenant que le grief d'unilatéralité pouvait lui être adressé, elle a commencé, PAR COMPENSATION, à s'intéresser à d'autres, comme par exemple les criminels de guerre croates, liés aux événements de la Krajina.

 

Pendant toute cette période, Mme Del Ponte n'a absolument pas été un Procureur au seul service de la justice. Non. Elle a été le bras exécutant des quelques pays (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne fédérale, hélas rejoints en cours par la France de Mitterrand) visant à diaboliser à tout prix la seule Serbie, en sanctifiant par là ses adversaires.

 

Prendre le contrôle économique et stratégique des Balkans, c'était le plan initial de l'OTAN. Il fut appliqué à la lettre, avec le concours des services secrets allemands. Avec ses poursuites orientées et sélectives contre les seuls Serbes, Mme Del Ponte n'a été que l'auxiliaire de justice de ces puissances politiques.

 

Vous comprendrez dès lors que cette personne n'ait jamais recueilli de ma part la moindre admiration. Encore faut-il lire la politique sous le prisme de l'Histoire et des rapports de forces. Et non sous celui, si facile, de la morale et des chevaliers blancs.

 

Pascal Décaillet

 

 

14:41 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Fête cantonale de l'étirement

 

Sur le vif - Lundi 03.12.18 - 09.35h

 

Présidence ? Comité directeur ? Assemblée générale ? Le sympathique exercice de catharsis que nous offre le PLR permet au manant moyen, pas nécessairement natif de la rue des Granges, ni adepte des causeries du jeudi soir, de se faire une lumineuse idée de la savante horlogerie de ce parti.

 

Pour la pédagogie des mécanismes, comme il existe (paraît-il) une gymnastique de l'érotisme, l'exercice est sans doute un succès.

 

Certes, un esprit chagrin serait enclin - le ladre - à n'y percevoir qu'épuisantes gesticulations.

 

L'esprit républicain, lui, appellerait à ignorer souverainement cette Fête cantonale de l'étirement matinal. Et renvoyer la question de confiance à la seule instance qui vaille : le suffrage universel.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:01 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/12/2018

La France brûle-t-elle ?

 

Analyse politique de la crise française - 02.12.18 - 16.19h

 

Profiter des graves événements qui traversent la France pour réclamer le retour d'un régime parlementaire, style Quatrième République, au motif que l'actuel exécutif a démérité, c'est méconnaître les fondamentaux de l'Histoire des pouvoirs en France.

 

Bien sûr, Macron est un mauvais Président. Edouard Philippe, le Premier ministre, n'est que son chef d'état-major. Le gouvernement n'a pas d'existence propre, c'est l'Elysée qui décide de tout. L'Assemblée n'est qu'une Chambre d'enregistrement. Le Président, prétendument "homme nouveau" lors de sa campagne de 2017, s'est très vite révélé un orléaniste de la pire espèce, porté par la haute finance cosmopolite, plus soucieux de plaire à l'extérieur que d'écouter les souffrances de son peuple. Bref, ça va mal.

 

Pour autant, la Cinquième République n'est pas en cause. Ca n'est pas elle qui porte la responsabilité de la crise, c'est l'actuel locataire de l'Elysée ! Merci de ne ne pas confondre la faiblesse d'un homme avec celle de l'institution.

 

Ce régime, né de la crise algérienne, et du retour de Charles de Gaulle au printemps 1958, a sauvé la France de la catastrophe. En rétablissant, d'abord pour six mois (pleins pouvoirs), puis par la nouvelle Constitution, plébiscitée le 4 septembre 1958, l'autorité de l'exécutif, la Cinquième République, appliquant à la lettre le génial et fulgurant discours prononcé douze ans plus tôt (juin 1946) à Bayeux, a donné au pays les moyens de sortir du bourbier algérien.

 

Le discours de Bayeux, puis la Constitution de 1958, placent au centre de tout le chef de l'Etat. C'est lui, la "pierre angulaire" de la vie politique nationale. C'est cela, ce rétablissement de l'autorité exécutive, après douze ans d'incapacité du régime parlementaire à résoudre la question coloniale (Indochine de 1946 à 1954, Algérie de 1954 à 1962), qui a permis de mettre un terme à des conflits qui finissaient par déshonorer la France du vingtième siècle. Pour l'Algérie, dans l'issue comme dans la douleur, ce fut le fait d'un homme, un seul : Charles de Gaulle.

 

Le France a besoin d'un pouvoir fort. Pour unir le pays, et lutter férocement contre les ferments de dispersion qui menacent cette unité. Mais plus le pouvoir exécutif est fort, plus l'Assemblée, en face, doit l'être aussi. De façon à constituer une véritable dialectique, parfois jusqu'à l'extrême tension, avec l'exécutif. Une Assemblée de valets, ou de perroquets de l'Elysée, comme c'est le cas aujourd'hui, ne rend pas service aux intérêts supérieurs de la nation. Pas plus, d'ailleurs, qu'une presse aux ordres, ou courtisane, celle-là même qui méprise les gilets jaunes, et sanctifie Macron. Oui, plus le pouvoir est fort, plus il a besoin de contre-pouvoirs. Sinon, c'est Badinguet à l'Elysée, et Hugo à Guernesey.

 

La France doit garder son exécutif fort. Mais elle doit impérativement amender sa Constitution, en conférant au peuple des droits de démocratie directe du style de ceux que nous avons en Suisse. C'est cela qui manque cruellement à nos chers voisins, et qui les incite si souvent à descendre dans la rue, alors qu'une forme (à inventer par eux, selon leur génie propre) d'initiative populaire rendrait au démos ce qui hélas, trop souvent, s'exprime par la violence et la déprédation.

 

La France doit garder son exécutif fort, mais bien sûr, elle n'a pas la chance d'avoir toutes les décennies, ni même tous les siècles, un homme de la stature de Charles de Gaulle, pour qui l'habit du monarque républicain fut taillé. Dans le cas d'espèce, depuis mai 2017, disons simplement que la disproportion entre l'actuel locataire de l'Elysée et la taille du costume initialement cousu en 1958, est effarante.

 

Macron passera, et sans doute assez vite. La ridicule appellation "En Marche", cette espèce de chevalière faisant blason avec les initiales du chef d'écurie, sera bientôt aux poubelles de l'Histoire. Peu à peu, les bonnes vieilles lignes de fracture des partis politiques français, à peu près les mêmes depuis la Convention, réapparaîtront. Mais la crise sociale, elle, demeurera. L'infinie douleur de la condition paysanne. Le sous-équipement des périphéries. L'inaptitude croissante de l'Ecole (qui fut pourtant celle de Jules Ferry, modèle et remarquable) à assumer sa tâche. La liquéfaction des valeurs nationales dans une supra-continentalité européenne totalement illisible, en tant que projet politique.

 

Ca fait beaucoup. Il y a lieu d'être inquiet, pour ce pays voisin que nous aimons, et dont l'Histoire et la culture nous fascinent. "Oscillant sans cesse de la grandeur au déclin", écrit Charles de Gaulle à la fin des Mémoires de Guerre.

 

Aujourd'hui, c'est le déclin. Puisse ce magnifique voisin retrouver sa grandeur. Nous y avons tous intérêt. Sans la lumière de la France, l'Europe paraît bien sombre.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:19 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le quinquennat, erreur fatale

 

Sur le vif - Dimanche 02.12.18 - 06.03h

 

L'immense erreur, en France, est celle du quinquennat.

 

Jusqu'au début des années 2000, le génie de la politique française était la non-concordance du temps parlementaire avec le temps présidentiel. Le premier, cinq ans. Le second, sept ans.

 

Dans ce système, l'Assemblée vivait sa vie, l'Elysée vivait la sienne. En 1958 et 1962, les gaullistes triomphent au Palais-Bourbon. En 1967, de Gaulle a failli perdre la majorité, il s'en est fallu d'un rien, on a recompté toute la nuit. Fin mai 1968, il dissout l'Assemblée, et triomphe en juin.

 

Et puis, nous avons tous vécu ce 16 mars 1986 : Mitterrand président, c'est la droite qui gagne les élections, avec Chirac à Matignon : ce sera la première cohabitation. Période passionnante. Avec, pour la première fois sous la Cinquième République, une Assemblée qui a un autre rôle que celui de Chambre d'enregistrement de l'exécutif.

 

L'immense erreur du quinquennat est de faire coïncider le temps présidentiel avec le temps parlementaire. Depuis 2002, on élit le président en mai, et dans l'immédiate foulée, en juin, on lui donne bien évidemment, en plein état de grâce, la confirmation parlementaire de son pouvoir.

 

C'est un très mauvais système, mortifère pour l'indépendance du Parlement. On n'élit plus ce dernier qu'en fonction du Prince que le pays vient de se choisir. Le sommet indépassable de cette caricature aura bien sûr été la vague de députés "En Marche" de juin 2017, une bande de godillots sans expérience, juste là pour avoir affiché, jusqu'à en reprendre les initiales, le blason présidentiel. L'écurie Macron au Palais-Bourbon.

 

Remontons à Mirabeau, et sa célèbre phrase lors du Serment du Jeu de Paume (1789). L'Assemblée Nationale, en France, ça n'est pas rien. Constitutive, sous différents noms successifs, des plus grandes heures de la Révolution, mais aussi de la Troisième République, elle incarne la légitimité du pays divers et profond. Elle a, devant l'Histoire, une autre vocation que de servir d'antichambre au Prince, par petits marquis interposés.

 

Pascal Décaillet

 

 

10:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

01/12/2018

Macron, un monarque à contresens

 

Sur le vif - Samedi 01.12.18 - 18.09h

 

L'élection d'Emmanuel Macron, homme sans culture politique, sans aucune espèce de références historiques, multipliant même dans ce domaine les énormités, a évidemment constitué, au printemps 2017, une erreur majeure.

 

La France s'est laissée avoir par un bonimenteur de passage. Un pur produit marketing, dûment soutenu par la finance internationale, a profité du vide sidéral laissé par le reste de la classe politique. Il s'est juste engouffré.

 

Du coup, pendant cinq ans, sous prétexte de "résistance au populisme", la France a droit à une politique à contresens. Partout en Europe, reviennent les peuples et les nations. Les frontières. Les volontés de contrôler les flux migratoires. Les besoins criants de souverainetés nationales. A l'inverse de tout cela, pour plaire à l'international, au petit monde du multilatéral, comme d'autres tentaient de plaire aux émigrés de Coblence, Macron s'accroche désespérément à son credo européiste, à ses illusions mondialistes. Voilà un homme qui n'a strictement rien compris aux besoins profonds des peuples d'Europe d'aujourd'hui, à commencer hélas par le sien.

 

Face aux gilets jaunes, tiendra-t-il ? Dissoudra-t-il l'Assemblée ? Devra-t-il passer trois ans et demi en cohabitation avec une députation enfin représentative, en lieu et place de la joyeuse bande de valets de l'exécutif, issus des urnes dans la foulée de son élection, en 2017 ? Devra-t-il cohabiter avec un Premier ministre hostile, ou en tout cas moins servile que l'actuel, qui n'est qu'un chef d'état-major de la volonté élyséenne ?

 

Dans tous les cas, y compris celui de son maintien jusqu'au terme du mandat, en mai 2022, Macron n'est que la perpétuation d'une erreur. Le répit de l'Ancien Monde. Un jour ou l'autre, la nouvelle donne politique s'imposera en France : retour à souveraineté et à la nation, protectionnisme, rupture avec les grands empires financiers cosmopolites, droit de frapper monnaie et de déployer ses forces armées, riches d'une Histoire plus que millénaire, en fonction d'impératifs nationaux, et non d'une agrégation dans un ensemble supérieur.

 

Cette affirmation de la souveraineté face aux Empires, qu'ils fussent ceux des Habsbourg ou tant d'autres, est, de Philippe le Bel à Charles de Gaulle, une absolue constante de l'Histoire de France. Un jour ou l'autre, elle s'imposera de nouveau. Nous ne sommes pas hors de l'Histoire. Non, nous sommes dans l'Histoire ! Parties prenantes, tous, de destins que nous contribuons à forger.

 

Pascal Décaillet

 

 

18:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le pays réel

 

Sur le vif - Samedi 01.12.18 - 08.45h

 

Si Macron dissout, la nouvelle Assemblée nationale ressemblera enfin à la France réelle, avec les vrais rapports de force qui traversent le pays. Contrairement à la vague totalement artificielle de députés élus sur mesure, dans la foulée de la présidentielle de 2017, pour servir de Chambre d'enregistrement aux décisions du Prince.

 

Dans ce pays réel (j'utilise à dessein cette expression, en sachant parfaitement d'où elle vient), il y a un courant qui, déjà à la présidentielle de 2017, avait montré, EN NOMBRE DE VOIX, son exceptionnelle marge de progression.

 

Vous me direz que, dans la dynamique d'un scrutin majoritaire, le nombre de voix n'a pas d'importance, puisqu'il se trouve écrasé par les regroupements du second tour.

 

Je vous répondrai ceci : lorsque le pays est au bord de l'éclatement, les forces sociales imposent un changement de système. Ce dernier porte un nom, bien précis : il s'appelle la proportionnelle.

 

Si ce rééquilibrage (pour user d'un euphémisme) n'a pas lieu maintenant, il se produira de toute manière en fin de législature, en 2022. Et l'épisode Macron n'aura été, comme je l'annonçais ici même à la minute même de son élection, qu'un répit de cinq ans pour l'Ancien Monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

12:12 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |