Suisses, applaudissons les Gilets jaunes !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 09.01.19

 

Nous les Suisses, avons une chance extraordinaire, que tant de voisins nous envient : grâce à notre démocratie directe, nous pouvons, quatre fois par an, nous prononcer sur le fond de la politique : les thèmes. Exemple : le dimanche 10 février, nous voterons sur un sujet majeur, l’initiative des Jeunes Verts sur le mitage du territoire. Un enjeu passionnant, qui charrie tout notre rapport à la ville et à la campagne, à l’aménagement de nos paysages, à l’agriculture, etc. Nous voterons, pourquoi ? Parce qu’à la base, un petit comité d’hommes et de femmes – les Jeunes Verts – a décidé qu’il était essentiel pour le pays de lancer ce sujet, avec un vaste débat national, des arguments, des idées contradictoires, et un beau dimanche, le verdict. C’est cela, notre démocratie suisse, cela qui est si précieux : pouvoir, nous les citoyennes et citoyens, nous attaquer directement aux thèmes.

 

Regardez nos amis français : la principale revendication des gilets jaunes (à part le pouvoir d’achat) est d’accéder à une forme d’expression directe du suffrage universel sur les thèmes. Ils appellent cela le référendum d’initiative citoyenne (le RIC), et c’est, dans les grandes lignes, l’équivalent de notre initiative populaire fédérale, en Suisse. En clair, des dizaines de milliers de Français bravent l’hiver, le froid, les CRS, pour obtenir, notamment, davantage de démocratie. Sur le fond, et bien sûr en condamnant les violences et débordements, la démarche est absolument admirable : elle est courageuse, imaginative, offensive, d’intérêt public, elle vise à une élévation du niveau de démocratie en France.

 

Nous les Suisses, cette démocratie dont rêvent les gilets jaunes, nous l’avons. Parce que d’autres, dans notre Histoire nationale, bien plus conflictuelle que son image d’Epinal, les ont conquis, ces droits ! Eh bien, nos amis français, dont les ancêtres en ont conquis d’autres, également admirables, se battent aujourd’hui pour obtenir des droits comparables à ceux de notre démocratie directe. Nous, Suisses, quel que soit notre positionnement politique, cela devrait nous parler, non ? Pour ma part, j’admire les gilets jaunes. J’admire leur courage, leur détermination, leur endurance, leur opiniâtreté. Je les admire, parce qu’ils ouvrent des voies pour une France plus démocratique, où la base serait écoutée, où le peuple deviendrait, comme chez nous, un acteur de la vie politique.

 

Un acteur, et non un sujet. C’est le principe même de cet immense moment de l’Histoire humaine qui, à partir de 1789, s’est appelé la Révolution française. Aujourd’hui aussi, certaines féodalités doivent tomber, et pas seulement en France ! Les corps intermédiaires ont pris trop d’importance, ils confisquent tant de droits, que le suffrage universel pourrait assumer directement. Il ne s’agit pas de créer une démocratie d’opinion, où un simple clic suffirait à décider. Non : il s’agit, dans les années et les générations qui viennent, de donner au plus grand nombre la possibilité, par des voies institutionnelles (et non par la rue !) de peser sur le destin des nations. A tous, excellente Année 2019 !

 

Pascal Décaillet

 

Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 4 commentaires

Commentaires

  • A propos de la couleur jaune du gilet déjà des commentaires nous apprennent qu'elle signifierait notamment… hypocrisie… pour le yoga la couleur jaune correspond au centre nerveux et de conscience (chakra) du plexus solaire.

    Jaune notamment pur joyau feu volonté pouvoir ainsi qu'affirmation de soi non narcissisme maladif mais dignité de la personne.

    Brigitte Bardot qui soutient les gilets jaunes apparaissait il y a quelques heures porteuse du gilet (à quand un gilet concernant la souffrance animale?)!

    Il y a deux mille ans, en Palestine, les classes sociales comptaient les misérables puis les classes moyennes peu aisées enfin au sommet de la pyramide les puissants du Temple ainsi que quelques gens d'affaires opulents.

    Depuis la contemporaine atteinte aux classes moyennes quoi de réellement durablement autre aujourd'hui?

    Attendons le RIC...

  • (...)"En clair, des dizaines de milliers de Français bravent l’hiver, le froid, les CRS, pour obtenir, notamment, davantage de démocratie. Sur le fond, et bien sûr en condamnant les violences et débordements, la démarche est absolument admirable : elle est courageuse, imaginative, offensive, d’intérêt public, elle vise à une élévation du niveau de démocratie en France."(...)

    A condition que l'introduction du RIC - au contenu à définir - ne serve pas de siège éjectable pour éloigner le président ou le gouvernement, ce qui en ferait un instrument tout à fait contraire à la démocratie telle que la nous pratiquons en Suisse. A Berne, même quand le CF subit une "défaite" lors d'une votation, il reste en place. Ne confondons pas référendum avec plébiscite !

    Je crains qu'il n'y ait encore du chemin à faire pour convaincre tous ceux qui en France idéalisent le RIC, non pas que l'idée en soit incongrue ou stupide, mais il faudra longuement expliquer que le RIC - si la France arrive à s'en doter - sera un instrument qui permet de proposer mais non de décider. L'ensemble de la nation décidera. Cas échéant, les initiateurs d'un RIC devront accepter une "défaite" sans exiger la démission du chef de l'Etat, quel qu'il soit !

  • Si le gouvernement Macron perd pied face au mouvement des Gilets Jaunes, Luc Ferry, nouveau philosophe des années 90, ministre de l'éducation nationale du gouvernement Chirac, lui, perd à la fois pied et tête. Piètre philosophe qui avait pondu deux ouvrages intitulés "De la Philosophie Politique", pour ne rien dire sinon que de faire son auto-promotion en période électorale.

    Un philosophe et ex-ministre incapable. devenu facho avec l'âge.
    https://www.20minutes.fr/societe/2411051-20190108-video-gilets-jaunes-ancien-ministre-luc-ferry-preconise-tirer-manifestants
    Pauvre Luc, il faudra lui prêter des lunettes très grossissantes afin qu'il puisse distinguer les différentes violences. La sienne d'abord.

    Mais un peu plus loin, il déclare " « Le problème c’est que c’est un mouvement qui a suscité l’adhésion de 80 % des Français. Quand on en arrive là, il faut retourner devant les électeurs »,. Il y a là, un Ferry contradictoire, ou égaré ou dépité. Il s'accroche lui-aussi à l'ancien monde... Oups! je veux dire à la République monarchique déliquescente.

    A propos du RIC, ce qu'on peut craindre c'est que la clique Macron est capable de confisquer le débat populaire pour le débat national via les élus. Mais encore, elle peut rétrécir le débat sur cet objet (ça va de son intérêt égoïste), le réduire jusqu'à le confisquer en n'en donnant accès qu'à des représentants de régions (les fameux Conseillers Régionaux et le Sénat).
    Je pense que les Gilets Jaunes ont parfaitement conscience de ce problème de détournement, c'est pourquoi ils maintiennent leur mobilisation, à moins en de forts effectifs, certes, mais mieux organisés et plus ordonnés dans toutes les discussions. "Ça donne beaucoup d'espoir à la population". C'est ce que se disent les gens "de rien" ici dans ce PMU du Thillot (Vosges). Ils suivent les nouvelles en même temps que les courses de chevaux. Ils veulent plus de démocratie: qu'on demande au moins leur avis. Les gens n'en peuvent plus de cette discrimination de classe. Ils attendent tous les jours la capitulation de ce valet des riches au sourire Colgate..

  • @Michel Sommer

    "... Mais il faudra longuement expliquer que le RIC doit être un instrument qui permet de proposer et non de décider".

    On voit bien où vous voulez en venir, monsieur Sommer. Vous n'aimez pas les décisions du peuple. Par exemple le 29 mai 2005, par référendum, le peuple français a décidé de refuser le traité constitutionnel européen. La majorité etait nette: environ 55.5 % d'après mon souvenir. Donc c'était très clair. C'était un acte de souveraineté irrévocable. C'était une DÉCISION sans appel, prise par un grand peuple. La classe politique européenne dans son ensemble avait l'obligation de se le tenir pour dit, et l'intégration européenne devait être repensée en gardant à l'esprit que les peuples veulent maintenir les souverainetés des états. Ce d'autant plus qu'on savait pertinemment que le résultat aurait été le même dans tous les pays européens si on avait posé la même question.

    On sait qu'il n'en a rien été. Le pouvoir s'est assis sur cette décision référendaire et quelques années plus tard on a adopté au forceps le traité de Lisbonne, cette fois sans consulter le peuple. Je pense que vous avez approuvé ce coup d'état, parce que vous pensez que l'établissement d'un super état européen est un objectif trop important pour être soumis au consentement populaire. Mais vous auriez tort, car une pareille forfaiture ne peut pas ne pas avoir des conséquences profondes. Le soulèvement populaire actuel est la réponse du berger (le peuple français) à la bergère (la classe politique pro Europeenne et antifrançaise) qui s'est assise sur la décision populaire du 29 mai 2005.

    Sur un point je pourrais être d'accord avec vous. Le référendum révocatoire, pour révoquer le président, va trop loin. À partir du moment où la France est en république, et personnellement je le regrette, les présidents sont élus pour un mandat bref: 7 ans, maintenant 5 ans. Après la fin de son mandat, si le président m'a pas donné satisfaction il suffit de ne pas le réélire. Ca suffit.

    Vous avez raison de relever qu'en Suisse, même si le CF est désavoué en votations populaires, il reste en fonctions. Cette irresponsabilité de l'exécutif face au peuple est une des raisons de la stabilité de la Suisse. Tout à fait d'accord. En revanche, en Suisse, quand le peuple refuse une loi en référendum, cette loi est annullée, elle est caduque. Le pouvoir ne peut pas passer outre. De même lorsqu'une initiative est adoptée, les autorités doivent la mettre en oeuvre. Donc les référendums et les initiatives en Suisse sont bien des décisions, pas des propositions. (Il est vrai que depuis peu d'années, les mœurs dictatoriales européennes ont contaminé la Suisse et par exemple l'article 121a Constitution fédérale (immigration de masse) a été violé par le parlement. Mais il s'agit là d'une dérive scandaleuse, clairement due aux pressions de Bruxelles et contraire à notre culture politique. Et il faut espérer que cela reste un cas unique.)

    Vous voyez bien que dans la démocratie directe, le peuple ne se contente pas de proposer, il décide. Autrement il ne s'agit pas de démocratie, ni de référendum.

    On sait bien qu'en France le référendum à mauvaise réputation. Les républicains ont peur du plébiscite et du césarisme, à cause du précédent bonapartiste. On a aussi beaucoup reproché à de Gaulle son goût pour les référendums. A noter qu'il les respectait et les considérait comme décisionnels et non consultatifs. A tel point que quand il a perdu dans un référendum en 1969, il en a tiré les conclusions et a démissioné. Pourtant il n'était pas obligé, il aurait pu se maintenir.

    Le problème aujourd'hui avec le RIC n'est pas le césarisme ni le bonapartisme. Je suis certain que le pouvoir en place refusera totalement toute forme de référendum d'initiative citoyenne, comme nous le connaissons en Suisse, mais ce sera pour une autre raison que la crainte des plébiscites. La véritable raison sera la suivante: L'Union Européenne craint la démocratie directe comme le diable craint l'eau bénite, parce qu'elle sait qu'avec un référendum d'initiative citoyenne, il sera impossible de parachever l'Europe supranationale. Tôt ou tard il y aura un initiative citoyenne demandant le Frexit, ou la sortie de l'Euro. Et cette initiative sera acceptée. Ce sera donc la fin de l'Union Européenne. Et cela Bruxelles ne le veut pas. Comme le pouvoir macronien vit dans la culture la soumission à l'Union Européenne, il refusera obstinément de donner au peuple français la faculté de briser l'Union Européenne supranationale.

    Ce refus sera une grave erreur politique, car selon moi Macron n'a plus que cette unique porte de sortie. S'il acceptait maintenant le référendum d'initiative citoyenne en toute matière, il sortirait de la crise par le haut. Et même il entrerait dans l'histoire. En revanche, son règne prendrait une toute autre orientation. Il serait - même à son corps défendant - le président qui a permis à la France de recouvrer sa souveraineté. Et ça, ce n'est pas la mission qui lui a été donnée par ses maîtres. Ils l'ont tiré d'un chapeau pour faire l'inverse, pour mettre à mort la France comme état souverain, en parachevant l'édifice de l'Europe supranationale. Donc même s'il le voulait, Macron ne pourrait pas prendre la seule décision qui lui permettrait de rester président: accorder généreusement le RIC.

    Je vais vous faire une prophétie monsieur Sommer. Ceci va devenir une crise de régime qui va se cristalliser précisément sur cette question du RIC. Macron va le refuser. Il va tenter d'enfumer le peuple en lançant un débat, un "dialogue" national, dans l'espoir d'ensabler les revendications des Gilets Jaunes. Mais c'est impossible. Les Gilets Jaunes ne lâcheront rien, contrairement aux gens de la manif pour tous qui étaient des bourgeois. Ils vont se radicaliser, intensifier leur mouvement, semaine après semaine, pendant des mois ou même plus d'une année s'il le faut. Le pays sera paralysé et le pouvoir sera contraint de céder, non pas à la pression de la rue, mais à la volonté du peuple. Car le peuple français aujourd'hui n'a plus que la rue pour se faire entendre, du moment qu'on s'assied sur ses décisions. (Comme celle du 29 mai 2005).

    C'est une insurrection populaire, une vraie, un soulèvement, et ça va durer jusqu'à la victoire totale du peuple et la déconfiture totale du pouvoir. Ce sera une guerre d'usure avec le gouvernement, où les deux parties joueront à qui cède le premier. Et ce ne seront pas les Gilets Jaunes qui céderont. Les forces de l'ordre seront sur les rotules et commenceront à fatiguer. Le peuple gagnera le bras de fer à l'usure car il est absolument déterminé. Macron pourra bien tenter la répression, il en prend d'ailleurs le chemin. Mais dans ce cas le sang coulera, et alors le mouvement enflera comme un raz de marée. Macron devra fuir précipitamment, comme Louis-Philippe en 1848, comme Charles X en 1830. En tous cas il devra démissionner. Et il y aura un changement de régime. Les Français opteront pour une nouvelle constitution incluant le RIC. Le résultat sera un régime "populiste", souverainiste et eurosceptique. Ce sera un tournant historique. Ce sera aussi aussi la fin de la chape de plomb politiquement correcte.

    Vous prenez les paris monsieur Sommer?

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