Les hommes et les femmes politiques, c'est nous !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.01.19

 

Dans l’Histoire de l’humanité, le concept « d’homme politique » est une invention incroyablement récente. Ne parlons pas de celui de « femme politique », qui l’est encore davantage ! Au fond, cette étrange catégorie d’individus, dont on attendrait qu’ils fassent seuls la politique, n’est apparue qu’après la Révolution française : on commence à les entrevoir dans certains romans de Balzac. Ils arrivent à partir du moment où, avec pas mal de soubresauts pendant tout le dix-neuvième siècle, on s’est mis à élire des gens dans des Parlements. En parallèle, sont nés les partis politiques : ceux qui en étaient membres, ou en constituaient les personnages les plus visibles, on les a appelés des « hommes politiques ». Et peu à peu, a germé dans l’esprit des gens l’idée que seuls ceux qui étaient dûment estampillés de ce label avaient le droit de « faire de la politique ». La masse des autres n’étant bonne qu’à élire, tous les quatre à cinq ans, des gens qui, à leur place, décideraient du destin national.

 

Cette conception, qui met en valeur et en lumière une petite catégorie de clercs, et jette dans l’ombre le corps des citoyens, transformé en masse anonyme, est un dévoiement du principe révolutionnaire de citoyenneté. On notera que, déjà sous la Révolution, existait une dialectique fort vive entre partisans du pouvoir au peuple (une sorte de démocratie totale), et ceux qui défendaient la primauté de la représentation. Ces derniers ont assurément gagné, mais jusqu’à quand ? Plus de deux siècles après cet immense brassage d’idées qu’a constitué l’épisode révolutionnaire, de nouveaux paramètres surgissent, qui pourraient bien, dans les décennies qui nous attendent, réhabiliter l’idée d’une démocratie centrée, non sur les corps intermédiaires, mais sur les citoyennes et les citoyens. Ces derniers n’étant plus considérés comme de bonnes vieilles machines à élire, puis se taire entre deux élections (ou brailler dans la rue). Mais comme des acteurs de la vie politique.

 

Au fond, les hommes et les femmes politiques, c’est nous. Chaque citoyenne, chaque citoyen, muni du droit de vote, détient une partie de la souveraineté universelle. Cette part est infime, mais elle est sacrée. Inaliénable. Indivisible. Elle nous sert à élire des gens, mais aussi – et c’est infiniment plus intéressant – à inventer nous-mêmes la politique, par exemple en nous engageant dans des comités d’initiatives. Notre démocratie directe n’est pas un luxe, ni une option, elle est un organe de notre ordre constitutionnel, au même titre qu’un processus de décision parlementaire. Sa vivacité, son crédit, son efficacité ne dépendent que de nous : plus nous nous en servirons, mieux nous choisirons nos thèmes, plus l’institution même de la démocratie directe, dans notre pays, marquera des points. La balle est dans notre camp à tous : nous sommes tous des citoyennes et des citoyens. Tous, nous sommes des femmes et des hommes politiques.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Pasccal, votre description de la démocratie directe, telle qu'elle devrait s'exercer si elle n'est pas confisquée par les partis politiques ou substituée ou déléguée à la représentation, hérisse et irrite les chefs d'état de l'Union Européenne.
    Quel luxe que le peuple, le petit citoyen, l'homme de la rue possèdent ce même droit que les barons de l'économie, les grands cadres de l'administration ou les capitaines d'entreprise. Ce même droit qui met sur pied d'égalité l'illettré et l'universitaire bardé de diplômes.

    L'union Européenne exige de la Suisse que son peuple soit mis à égalité avec les 27 autres peuples de son Commonwealth. Soit devenir des troupeaux de moutons qui paissent paisiblement dans ses prés. A quoi bon les initiatives? A quoi bon l'esprit critique? Tout est organisé, prémâché et pourvu par les quelques bergers..! Pourquoi fatiguer la tête inutilement? Alors que le travail conceptuels est accompli par des experts, des spécialistes. Des savant en somme!

    L'Union des Oligarques Européens ne veulent que des consommateurs, si possible, des consuméristes addicts et compulsifs comme les 27 autres troupeaux.

    Vous aurez compris Pascal, c'est mon exaspération qui parle. On nous bassine avec l'Accord Cadre. On veut pouvoir nous rentrer dedans avec cela, nous poursuivre et nous punir si notre pays prend des libertés dans ses fréquentations, et pourquoi pas, virtuellement emprisonner notre pays pour des échanges commerciaux ou solidaires en Euros avec les pays honnis et sanctionnés par l'UE.
    L'expérience des autres et des nôtres avec le Dieu Dollar n'a-t-elle pas suffi?

    Il est temps que le thème des deux poids-deux mesures et de l'extra-territorialité des lois d'un pays sur les autres soit mis sur la table dans les prochains débats pour que chacun puisse saisir la teneur et la porté d'un tel Accord Cadre.

    Plus grave encore que la simple suppression du droit d'initiative et de référendum, c'est la réduction à la soumission totale envers une autorité étrangère qu'on retrouvera en fin de compte. Les milieux économiques devraient l'anticiper, ce qu'ils ne font pas alors qu'il en va de leur intérêt.

    Actuellement, c'est la guerre économico-industrielle tant pour les biens et équipement que sur le plan financier et monétaire. Nous sommes en retard en ce domaine et il n'y a pas de veille sérieuse parce que nous sommes tout occupés à nous conformer aux standards des USA et du Dollar qui nous dicte la conduite et la morale.
    Même si on abhorre la Chine dans sa marche à grand pas, on peut tout de même collaborer avec elle sur le plan de la culture économique et industrielle, elle peut nous apporter un bon éclairage sur l'expérience qu'elle a fait de sa projection dans la mondialisation. Les écueils insoupçonnés, la difficulté de gérer des législations différentes à travers ses différents contrats avec différents pays...Et je lui donne raison de ne pas s’aliéner dans des accords multipacks où elle perdrait toute indépendance de décision et autonomie de fonctionnement. C'est peut-être pour cela qu'elle est critiquée. A tort.
    Petite.
    La Suisse, plus que d'autres plus grands, elle a besoin d'indépendance, d'unité et d'intelligence pour s'assurer une certaine marge de manoeuvre, autrement elle sera absorbée et balkanisée économiquement et territorialement. La France a déjà bien avancé ses pions sur nos frontières revendiquant des droits inscrits nulle part dans notre constitution, invoquant la sacro-sainte directive européenne pour exiger et faire des chantages.

    Cette gangrène sur notre démocratie devient insupportable.

    Nos politiques s'en rendent-ils compte?

    Faut-il que le peuple souverain renverse la table pour éviter cette tutelle?
    Faut-il qu'on descende dans la rue avec un gilet jaune pour crier qu'on ne veut pas de l'Accord Cadre - Accord de se museler; accord de s'auto-censurer?
    Faut il crier Confédération Démission?

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