• La politique, sans les partis !

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    Commentaire publié dans GHI - 30.01.19

     

    La politique vous passionne ? Surtout, ne vous inscrivez pas dans un parti ! Vivez votre passion en vous concentrant sur des thèmes, en ciblant vos objectifs sur des buts précis. Lancez des idées, qui viennent de vous, et non copiées sur d’autres, refusez tout aîné, toute allégeance : rien de plus insupportable que ces grappes de groupies, autour d’un leader charismatique. On se bat pour des idées, pas pour servir l’écurie personnelle d’un ambitieux.

     

    Vous aimez la politique ? Faites-en ! Pour cela, nul besoin de s’insérer dans l’appareil lourdingue d’un parti, avec ses structures héritées du dix-neuvième siècle, de la Révolution industrielle, de la lutte des classes. Avec ses comités, ses Assemblées générales, ses commissions internes, son président, ses vice-présidents, ses rivalités de chapelle, ses clans. Ne vous embarrassez pas de toute cette dérisoire gravité ! Battez-vous pour des thèmes, engagez-vous dans des comités d’initiatives, produisez-nous des idées, comme les Jeunes Verts avec le mitage, comme le Parti du Travail, avec les soins dentaires.

     

    La démocratie directe suisse a besoin de jeunesse, d’énergie, de forces vives. Elle a besoin de nous tous. Regardez les partis, toutes tendances confondues : ils vous font envie, avec leurs luttes intestines, leurs combats de coqs, leurs machines à se coopter dans les conseils d’administration des grandes régies ? Vous aimez la politique ? Engagez-vous ! Au service des idées !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les hommes et les femmes politiques, c'est nous !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 30.01.19

     

    Dans l’Histoire de l’humanité, le concept « d’homme politique » est une invention incroyablement récente. Ne parlons pas de celui de « femme politique », qui l’est encore davantage ! Au fond, cette étrange catégorie d’individus, dont on attendrait qu’ils fassent seuls la politique, n’est apparue qu’après la Révolution française : on commence à les entrevoir dans certains romans de Balzac. Ils arrivent à partir du moment où, avec pas mal de soubresauts pendant tout le dix-neuvième siècle, on s’est mis à élire des gens dans des Parlements. En parallèle, sont nés les partis politiques : ceux qui en étaient membres, ou en constituaient les personnages les plus visibles, on les a appelés des « hommes politiques ». Et peu à peu, a germé dans l’esprit des gens l’idée que seuls ceux qui étaient dûment estampillés de ce label avaient le droit de « faire de la politique ». La masse des autres n’étant bonne qu’à élire, tous les quatre à cinq ans, des gens qui, à leur place, décideraient du destin national.

     

    Cette conception, qui met en valeur et en lumière une petite catégorie de clercs, et jette dans l’ombre le corps des citoyens, transformé en masse anonyme, est un dévoiement du principe révolutionnaire de citoyenneté. On notera que, déjà sous la Révolution, existait une dialectique fort vive entre partisans du pouvoir au peuple (une sorte de démocratie totale), et ceux qui défendaient la primauté de la représentation. Ces derniers ont assurément gagné, mais jusqu’à quand ? Plus de deux siècles après cet immense brassage d’idées qu’a constitué l’épisode révolutionnaire, de nouveaux paramètres surgissent, qui pourraient bien, dans les décennies qui nous attendent, réhabiliter l’idée d’une démocratie centrée, non sur les corps intermédiaires, mais sur les citoyennes et les citoyens. Ces derniers n’étant plus considérés comme de bonnes vieilles machines à élire, puis se taire entre deux élections (ou brailler dans la rue). Mais comme des acteurs de la vie politique.

     

    Au fond, les hommes et les femmes politiques, c’est nous. Chaque citoyenne, chaque citoyen, muni du droit de vote, détient une partie de la souveraineté universelle. Cette part est infime, mais elle est sacrée. Inaliénable. Indivisible. Elle nous sert à élire des gens, mais aussi – et c’est infiniment plus intéressant – à inventer nous-mêmes la politique, par exemple en nous engageant dans des comités d’initiatives. Notre démocratie directe n’est pas un luxe, ni une option, elle est un organe de notre ordre constitutionnel, au même titre qu’un processus de décision parlementaire. Sa vivacité, son crédit, son efficacité ne dépendent que de nous : plus nous nous en servirons, mieux nous choisirons nos thèmes, plus l’institution même de la démocratie directe, dans notre pays, marquera des points. La balle est dans notre camp à tous : nous sommes tous des citoyennes et des citoyens. Tous, nous sommes des femmes et des hommes politiques.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • So komm, dass wir das Offene schauen !

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    Sur le vif - Lundi 28.01.19 - 15.08h

     

    Je rumine et réfléchis, depuis quelques jours, autour de Bernhard Böschenstein (1931-2019), dont la figure me poursuit depuis ma première rencontre avec lui (octobre 1976).

     

    Et je me dis qu'au fond, ce fulgurant critique de la poésie allemande, éblouissant connaisseur de la musique aussi, a sans doute plus fait pour la transmission que toute la pédagogie théorique, dans ses cent mille traités.

     

    Justement parce que son incroyable exigence nous larguait.

     

    Nous ne captions de lui que des fragments.

     

    Et ces fragments-là, poudre disséminée, me sont aujourd'hui plus essentiels que la totalité démontrée du monde.

     

    Ainsi, ces deux vers de Friedrich Hölderlin, extraits de Brod und Wein, parus il y a trois jours, dans l'annonce de décès de la Frankfurter Allgemeine Zeitung :

     

    "So komm ! daß wir das Offene schauen,
    Daß ein Eigenes wir suchen, so weit es auch ist.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Gilets jaunes : surtout pas de leader !

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    Sur le vif - Lundi 28.01.19 - 12.13h

     

    Non, non, et non ! Il ne faut pas de leader aux gilets jaunes. L'absence de leader, c'est justement ce qui fait leur puissance.

     

    Chez les gilets jaunes, les thèmes priment sur les personnes. On voit une masse humaine, juste reconnaissable à une couleur, qui se bat pour des idées, notamment pour un prodigieux renouveau de la démocratie française, le référendum d'initiative citoyenne.

     

    Alors, de grâce, qu'on ne vienne pas nous bassiner avec un leader ! Ni surtout avec une liste électorale pour les européennes. Que ce magnifique mouvement, surgi des entrailles de la France, demeure dans la magie et la fraternité de son anonymat. Surtout pas de chef ! Surtout pas de porte-parole, pour faire la tournée des plateaux TV du pouvoir.

     

    Non. Juste la masse humaine. Calme, respectueuse. Débarrassée des casseurs. Cela, dans la campagne de François Mitterrand, en avril-mai 1981, portait un très beau non : cela s'appelait la Force tranquille.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Soins dentaires : voilà du concret !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.01.19

     

    Une initiative cantonale pour le remboursement des soins dentaires : voilà un sujet qui nous concerne tous ! Un sujet concret, sensible, qui touche la vie quotidienne des gens, à commencer par les moins favorisés. Les Genevois voteront oui ou non, le 10 février, à ce texte, mais une chose est sûre : en lançant cette initiative, qui a récolté 18'500 signatures (impressionnant !), le Parti du Travail a vu juste. Il parle aux gens de leur vie, leur corps, leur santé : n’est-ce pas là l’un de nos biens les plus précieux ?

     

    Bien sûr, 18'500 signatures, ça ne signifie pas encore la victoire en votation. Dans le texte de l’initiative, il est question des « soins dentaires de base », mais nul catalogue de prestations n’est précisé. Dans le débat du Grand Genève à chaud consacré à ce sujet, le dimanche 20 janvier, les partisans ont reconnu qu’il appartiendrait, en cas de oui le 10 février, au Parlement de se montrer plus précis, lors de la loi d’application. Et puis surtout, la question du financement, qui passe par un prélèvement sur les salaires, ne manquera pas de susciter de vives oppositions.

     

    Mais enfin, qu’on soit pour ou contre, on doit féliciter le Parti du Travail (comme les Jeunes Verts, pour le mitage) d’empoigner un sujet vif et infiniment concernant. Ça nous change de la politique des abstractions, de la querelle sur le sexe des anges, ou… sur l’opportunité même de parler des anges !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • L'Europe, oui ! Mais pas celle-là !

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    Sur le vif - Vendredi 25.01.19 - 16.39h

     

    Mon opposition à l'Union européenne - ou plutôt à ce qu'elle est devenue, depuis 1992 - n'est absolument pas une résistance à l'Europe, comme continent. Comme Suisse, parlant français et allemand, ayant étudié le latin et (de fort près) le grec, amoureux de la langue italienne, être anti-européen serait parfaitement absurde ! Notre pays est au centre de l'Europe, il en partage les langues, l'Histoire, les courants philosophiques et religieux : quoi de plus européen que la Suisse ?

     

    En 1974, en Allemagne, j'avais écrit une longue dissertation, en allemand, sur la nécessité de construire l'Europe. J'étais très souvent en Allemagne, dans mon adolescence, je voyais bien la magnifique démarche de réconciliation, principalement avec la France. Mais en même temps, il y avait un immense Chancelier social-démocrate, qui s'appelait Willy Brandt (1969-1974), et qui avait lancé une idée fondamentale, l'Ostpolitik.

     

    Jeune homme, passionné de politique et d'Histoire, lisant chaque semaine le Spiegel, extraordinairement intéressé par la DDR, je suivais de très près cette ouverture allemande vers l'Est, un quart de siècle seulement après la guerre. Les Américains, l'Otan, la CDU-CSU, les conservateurs allemands, ont tout fait, mais vraiment tout, pour que la grande idée de Brandt échoue. Pour ma part, j'étais persuadé que l'homme de Lübeck, de la génuflexion de Varsovie (décembre 1970), voyait juste. C'était quinze ans, et plus, avant la chute du Mur !

     

    Jusqu'à fin 1992, peut-être encore un peu 1993, j'ai cru dans la construction européenne. J'ai couvert à fond la votation du 6 décembre 1992, suivant Jean-Pascal Delamuraz dans ses déplacements, multipliant les débats, pour la RSR. Mais 1992, ce fut aussi, en septembre, la votation sur Maastricht, avec cet incroyable débat Séguin-Mitterrand, un oui du bout des lèvres du peuple français, la porte ouverte à une monnaie unique, à une Europe libérale, libre-échangiste. Le libéralisme érigé en dogme. Partisan des Etats, des nations, de puissants systèmes de redistribution, de solidarité sociale, de mutualités, je me suis mis à rejeter cette Europe n'ayant plus d'autre credo que le marché. Mon opposition, dès lors, au système de Bruxelles, pendant un quart de siècle, n'a fait que croître.

     

    Mais elle n'est pas une opposition à l'Europe ! J'aime profondément ce continent, j'en ai visité la plupart des pays, j'aime son Histoire, et je vois bien que mon pays, la Suisse, en a été secouée au même titre que tous ses voisins. La Suisse n'a rien d'insulaire, tout ce qui la concerne a été produit par l'environnement européen : Humanisme, Réforme, Révolution française, Guerres napoléoniennes, Restauration, Révolution industrielle, Printemps des peuples en 1848, Kulturkampf, réaction de Léon XIII (1891) à la précarité du monde ouvrier et au libéralisme de pur profit spéculatif, Guerres mondiales (même si elle en fut épargnée), Révolutions de 1917 (Russie) et 1918 (Allemagne), etc. Ce qui fait vibrer l'Europe atteint immédiatement la Suisse. Ceux qui nous brandissent la thèse de l’îlot solitaire sont des ignares.

     

    Pour autant, la Suisse ne doit surtout pas se précipiter dans un quelconque Empire. Par son refus constant de le faire, elle a construit, au cours des décennies, sa stature de nation, certes modeste, mais crédible et respectée. Et justement, cette Europe-là, celle de la machinerie bruxelloise, dominée depuis la chute du Mur par l'Allemagne, ultra-libérale, absolument pas sociale, n'est pas, ne peut pas, ne doit pas être la nôtre. Nous avons une autre Histoire, d'autres traditions. L'événement le plus important du vingtième siècle suisse, c'est l'arrivée de l'AVS, en 1947, 1948. Un système de mutualité entre les générations, pour garantir la retraite de nos compatriotes. Eh bien je suis infiniment plus attaché aux grandes inventions sociales de cette immédiate après-guerre (Sécurité sociale en France, 1945 ; AVS en Suisse, 1948) qu'à ce culte du Veau d'or représenté par l'obligation dogmatique d'une Europe libérale et libre-échangiste, à partir de 1992.

     

    Je demande à ceux qui, comme moi, combattent à fond l'Union européenne, de rappeler qu'ils sont, par les élans du coeur et les dispositions de l'âme, tout autant européens que les autres. Européens, par les langues. Européens, par la culture. Européens, par l'Histoire. Simplement, nous ne voulons pas de l'actuelle Europe de Bruxelles. Nous ne voulons pas de cette construction-là. Nous ne voulons pas du dogme libéral imposé après la chute du Mur, au début des années 90.

     

    Nous sommes Européens. Mais nous voulons une autre Europe. Solidaire et sociale. Respectueuse des nations. Consciente de sa prodigieuse Histoire. Ne laissant personne sur le bord du chemin.

     

    Quant aux spéculateurs, il leur reste New York, Singapour ou Hong Kong. Qu'ils vivent leur vie, dans leurs Temples du profit. Et qu'ils nous laissent construire, sans nous presser, le continent que nous aimons.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Bernhard Böschenstein (1931-2019) : un immense germaniste nous a quittés

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    Sur le vif - Jeudi 24.01.19 - 16.10h

     

    Il est des êtres qui vous marquent plus que d’autres, allez savoir pourquoi. Une histoire d’ondes, ou de fluides, le sentiment surtout de leur devoir beaucoup. Ainsi, Bernhard Böschenstein, qui vient de nous quitter à l’âge de 87 ans. Sans lui, je n’aurais sans doute pas trop entendu parler de Friedrich Hölderlin (1770-1843) ni de Paul Celan (1920-1970), auxquels, il y a si longtemps, il m’avait initié. Sans lui surtout, je n’aurais imaginé l’immensité des liens entre la langue grecque ancienne, celle d’un Eschyle ou d’un Sophocle, et la langue allemande, celle des poètes. J’aurais bien sûr appris ces choses-là, avec d’autres, mais il se trouve que par lui j’y suis entré, par lui j’en ai pris conscience. Au moment où nous quitte ce très grand germaniste, mon sentiment premier est celui, pour la vie, d’une immense reconnaissance.

     

    Né à Berne en 1931, fils du grand journaliste Hermann Böschenstein (1905-1997), avec qui j’ai eu l’honneur de faire une grande émission de radio, en compagnie de mon confrère André Beaud, diffusée à la Pentecôte 1991, Bernhard Böschenstein a vécu sa vie entière dans l’incandescence des textes. A la séance d’information d’octobre 1976, pour les nouveaux, il avait plaidé avec passion pour « tous ces témoignages humains », avec une saisissante force de vie. Il était un littéraire pur, habité par le vers et sa prosodie, il vivait dans la musique des mots, et d’ailleurs aussi dans la musique, tout court.

     

    Il y avait sa prodigieuse érudition, mais elle n’eût rien été sans les incroyables antennes musicales intérieures de cet homme hors de pair, son attente face à la capacité sonore de chaque syllabe. Il en sortait, dans ses Vorlesungen, pour les gamins que nous étions, d’étranges fragments d’obscurité. Ces derniers ne tenaient pas à la langue allemande, qu’il avait accessible, mais à la teneur même de son propos, d’une déroutante exigence, au service du texte. En d’autres termes, il nous arrivait bien souvent, face à ce professeur aussi lunaire que fascinant, de nous sentir largués. Et je crois aujourd’hui, au moment où lui nous quitte, que justement cette distance-là éveillait en nous mille sentiments diffus : culpabilité de ne pas tout comprendre, impuissance, et pourtant désir impétueux, un jour futur, de rattraper le chemin qui mènerait jusqu’à la lucidité de ce maître.

     

    Ceux qui ont eu l’honneur, entre 1964 et 1998, de se frotter peu ou prou à l’étincelant discours critique de Bernhard Böschenstein, sur Hölderlin (il avait consacré, en 1958, sa « Dissertation » à la Rheinhymne), sur Paul Celan ou sur Musil, se reconnaîtront peut-être ici. Ce spécialiste du grand poète Stefan George (1868-1933), considérait, comme ce dernier, qu’existait autour de lui un « Cercle », un « Kreis », visible ou invisible, autour d’une passion pour les textes. Il serait pourtant totalement faux de réduire cet homme à la solitude d’une tour d’ivoire : sa vie entière, justement, fut consacrée à la transmission. Exigeante, épuisante, mais tissant des fils que nul ne peut rompre. C’est peut-être cela, face à la vie, face à la mort, face aux chemins qui se séparent, face aux destins qui se font ailleurs, qu’on appelle un « maître ». Un être unique, face à l’inéluctable pluralité du monde.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Les thèmes l'emportent sur les personnes !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 23.01.19

     

    Dans notre politique suisse, nous intervenons, comme dans les autres démocraties qui nous entourent, sur le choix des personnes : ce sont les élections. Exemple : les élections fédérales du dimanche 20 octobre 2019, pour lesquelles les partis aiguisent déjà leurs armes. Mais notre démocratie directe nous permet également de nous prononcer directement, nous les citoyennes et citoyens, sur les thèmes de la politique. Elle nous permet soit de contester une loi votée par le Parlement (référendum), soit, beaucoup mieux, de lancer nous-mêmes, d’en-bas, un grand débat national, avec votation à l’appui, un beau dimanche : cette possibilité, unique au monde, que les Français nous envient tant, est le doit d’initiative.

     

    Exemple : nous votons, le dimanche 10 février 2019, sur l’initiative des Jeunes Verts contre le mitage du territoire. Un débat passionnant, incroyablement concernant pour chacun de nous, pour les générations futures, pour le rapport que nous entendons entretenir à la ville et à la campagne, aux espaces verts, à l’agriculture. Et, finalement, au paysage. Les Jeunes Verts demandent que chaque nouvelle zone à bâtir, dans le pays, soit compensée par l’équivalent (en surface) en retour à la nature. Il s’agit que la ville soit la ville (densifiée, s’il le faut), et que des espaces de campagne soit clairement préservés. Qui d’entre nous n’a jamais pris le train Genève-Lausanne ? Regardons par la fenêtre : le voilà, ce fameux « mitage » du territoire, avec des zones semi-citadines, semi-champêtres, un habitat étalé, dispersé, beaucoup de gaspillage.

     

    Le mois qu’on puisse dire est que l’enjeu est de taille. Eh bien nous n’aurions jamais voté, le 10 février prochain, si à l’origine, un tout petit groupe d’hommes et de femmes motivés, citoyens dans l’âme, en l’occurrence les Jeunes Verts, n’avait décidé de se lancer un jour dans l’aventure – ô combien difficile et périlleuse – de l’initiative populaire fédérale. Grâce à eux, nous allons voter sur un thème majeur pour l’avenir de l’habitat, dans notre pays. Un exemple, parmi des dizaines d’autres depuis 1891 (début de l’initiative populaire fédérale), de la chance que nous avons de nous prononcer directement sur les sujets de la politique. En France (en attendant que les gilets jaunes obtiennent gain de cause sur leurs demandes de nouveaux droits populaires), en Italie, en Allemagne, nos voisins de ces grandes démocraties ne vont aux urnes, sauf rares exceptions, que pour élire des personnes. Du coup, l’engagement citoyen se résume à soutenir ou rejeter des candidats. On les élit pour quatre ou cinq ans, dans des Parlements, et entre deux élections, on leur délègue tout pouvoir de décision.

     

    Eh bien disons-le clairement : nous avons, nous en Suisse, la chance d’avoir un meilleur système. Loin d’être parfait, mais plus ouvert, et plus directement démocratique. Le citoyen n’est pas juste un électeur. Il est un acteur de la vie politique. Saisissons cette chance, et privilégions à fond les thèmes sur les choix des personnes. Vive notre démocratie directe ! Elle est notre grande chance, face à l’Histoire.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Genève : citoyens, debout !

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    Sur le vif - Mercredi 23.01.19 - 06.27h

     

    Le conciliabule à cinq de dimanche dernier prouve que, même sans son Pierre Noir, le gouvernement genevois est parfaitement capable de déraper.

     

    Si ce pronunciamiento était un caucus de gauche, en vue de préparer un putsch interne pour la plénière d'aujourd'hui, alors qu'y faisait M. Dal Busco ? Cette question mérite réponse.

     

    Un gouvernement à la dérive. Le premier parti du canton, déchiqueté par des ferments de dispersion internes d'une violence inouïe.

     

    Que la classe politique genevoise ne vienne plus prendre ses grands airs pénétrés pour nous faire la leçon sur "les institutions". Ils n'en sont pas les gardiens, mais les déprédateurs.

     

    Nous, les citoyennes et citoyens de ce canton, prenons en mains directement la politique. En utilisant au maximum la démocratie directe. Comme le font les Jeunes Verts, sur le mitage du territoire. Comme le fait le Parti du Travail, sur les soins dentaires. Comme nous y invite si souvent l'UDC, avec ses initiatives.

     

    La démocratie directe suisse n'est pas une éruption d'humeur. Elle est une institution de notre vie politique. À Genève, l'état de déliquescence des corps intermédiaires, vermoulus par la consanguinité, doit nous pousser, plutôt que de passer notre temps à nous lamenter sur les personnes, à prendre en charge la politique nous-mêmes.

     

    Nous en avons les moyens organiques. Il nous reste à déployer nos énergies citoyennes. Le destin commun nous appartient.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le troisième tour

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    Sur le vif - Mardi 22.01.19 - 13.46h

     

    En mai 2017, Marine Le Pen a perdu contre Emmanuel Macron, au second tour de la présidentielle.

     

    Elle a perdu, mais le mouvement qu'elle dirige n'a jamais obtenu, en valeur absolue, autant de voix. Ce que nombre d'observateurs ont jugé bon d'éclipser.

     

    C'était il y a deux ans. En mai prochain, il y aura les élections européennes.

     

    Ce sera l'heure du troisième tour.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Bravo Jeunes Verts, bravo Parti du Travail !

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    Sur le vif - Lundi 21.01.19 - 15.07h

     

    Mitage du territoire, remboursement des soins dentaires : bravo aux Jeunes Verts, ainsi qu'au Parti du Travail, de nous proposer des sujets concrets, palpables, et totalement concernants.

     

    Ensuite, chacun de nous est parfaitement libre de refuser ou d'accepter ces initiatives.

     

    Mais assurément, saluons ceux qui, loin des abstractions, ont encore le souci de la vie quotidienne et des préoccupations des gens : la santé, la qualité de l'habitat en font éminemment partie.

     

    On notera que ces deux excellents thèmes, joyeusement mis de côté par la démocratie représentative (qui semble nourrir une prédilection pour l'enfouissement de l'essentiel), ont été activés par notre démocratie directe suisse. A laquelle, plus que jamais, il convient de rendre hommage. Et que nous devons, à tout prix, préserver pour les temps futurs. Mieux : en étendre progressivement le champ d'action, dans les décennies et les générations qui viennent.

     

    Plus les thèmes seront concrets, précis, plus ils concerneront la vraie vie des gens, mieux l'idée même de démocratie directe, et le combat pour cette dernière, seront servis.

     

    Avec les soins dentaires, avec les conditions de notre habitat futur et nos paysages, nous sommes à des milliers de lieues marines des paquets ficelés que nous proposent les compromis horizontaux, boiteux, des parlementaires. Que ces derniers s'efforcent des faire des lois. Mais la politique ne leur appartient pas ! Elle est notre chose commune à tous. Toutes les citoyennes, tous les citoyens de ce pays.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Dans quel monde vit Pascal Couchepin ?

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    Sur le vif - Dimanche 20.01.19 - 17.57h

     

    Comment Pascal Couchepin ose-t-il déclarer au Temps que les bas salaires , en Suisse, ont été protégés par les mesures d'accompagnement à la libre circulation ?

     

    Dans quel monde vit-il, dans quel univers mental, intellectuel, social ? Pense-t-il qu'on puisse encore, aujourd'hui, proférer sans réactions de telles énormités sur les plus précaires de nos compatriotes, sur ce qu'ils vivent depuis bientôt vingt ans ?

     

    S'imagine-t-il qu'un tel discours, une telle arrogance ultra-libérale, courante à son époque (début des années 2000, et lancement, justement, de la libre circulation), soient encore recevables, aujourd'hui ?

     

    Ne voit-il pas que le libéralisme a reculé en Suisse, que la notion de préférence indigène progresse à grands pas ? Que les Suisses veulent un retour de l’État, du protectionnisme, de la justice salariale ?

     

    Comment un tel esprit politique peut-il commettre une telle erreur d'appréciation ?

     

    Ne se frotte-t-il plus qu'à des courtisans ?

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • "Grand débat" : la foutaise Macron

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    Sur le vif - Samedi 19.01.19 - 16.20h

     

    Le "grand débat" ordonné d'en haut par l'orléaniste Macron n'est qu'une pharamineuse foutaise. La preuve éclatante qu'il n'a rien compris - ou ne veut rien entendre - à la Révolution des gilets jaunes.

     

    Les revendications de ces derniers sont parfaitement claires. Point n'est besoin d'avoir fait Polytechnique pour les résumer. N'importe quel esprit, doté d'un minimum de bon sens, est capable d'opérer la synthèse en cinq ou six secondes : pouvoir d'achat, fiscalité plus juste, RIC (référendum d'initiative citoyenne).

     

    C'est simple, clair, cristallin. C'est ce que les livres d'Histoire retiendront. Il y a des moments, dans la vie, où il faut en finir avec la sacro-sainte "complexité" de la chose politique, cette antienne du monde académique, des corps intermédiaires, de toute la sainte société des sourds qui ne veulent pas entendre.

     

    La foutaise Macron, c'est un peu comme un prof très impopulaire qui nomme des délégués de classe pour discuter avec lui, à la récré, alors que tous les élèves veulent son départ, à lui. Et puis, catapulter du sommet les thèmes d'un débat, alors que justement les foules de France ont parfaitement énuméré les leurs, c'est se foutre au carré de ce peuple qui a élu Macron par défaut, en 2017. Et qui, aujourd'hui, n'en veut plus.

     

    Les Français veulent du pouvoir d'achat, de la justice fiscale, de la démocratie directe. Il l'ont dit très clairement. Tout le monde les a entendus. Tous, sauf vous, M. Macron. Cramponnez-vous, si ça vous chante, dans vos salons dorés. Jetez un œil à votre fenêtre : vous y verrez passer l'Histoire. Sans vous.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • A propos d'Alceste, quelques mots

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    Sur le vif - Dimanche 19.01.19 - 00.01h

     

    Il me faut dire les choses telles que je les ressens, depuis ce jour de 1973 où j'ai vu Jean Piat dans le rôle-titre : Alceste n'est absolument pas, comme Harpagon ou Argan, un personnage ridicule. Non, il est tout le contraire : une figure d'intégrité (peut-être excessive), de sincérité (peut-être exagérément illimitée), un homme qui dit les choses sans travers. En soi, c'est admirable. Pour moi, c'est une figure de héros, infiniment touchante, au même titre que Cyrano, qu'à certains égards il préfigure.

     

    Dans la scène du Sonnet, face à Oronte, Alceste a raison, d'un bout à l'autre. Et c'est Philinte, autre personnage admirable, tellement humain, qui en l'espèce a tort. Alceste dit les choses, telles qu'il les juge, et telles qu'il les perçoit : cela s'appelle la franchise, est-ce un défaut ? Il assume son jugement, sait que ça lui coûtera, décoche tout de même les mots, affronte son destin.

     

    Face à Célimène, il se montre jaloux et possessif. Il n'aime pas que des petits marquis tournent autour d'elle. Il la voudrait pour lui seul. Faut-il lui en faire grief ?

     

    Face au discours social, à la mondanité, aux courtisans, dont l'horizon vital ne dépasse pas l'infinie jouissance d'assister au Lever ou au Coucher du Roi, il assume la parfaite solitude d'un caractère certes acariâtre, atrabilaire, dans la plus pure filiation d'un Plaute et d'un Ménandre. Mais en même temps, il incarne la verticalité de celui qui refuse ce petit jeu, délivre un discours critique sur son époque, en endosse les suites, qui conduisent à une sublimation géographique de son isolement. Ça n'est pas pour rien que le mot "Désert", si lourd de sens en cette seconde partie du 17ème siècle, prend un telle importance dans la terrible scène finale, où Célimène, plus encore que lui, se voit abandonnée de tous.

     

    C'est une pièce qui commence dans la critique joyeuse de la mondanité, et se termine dans l'assomption, par chacun, de l'infinité de sa solitude. C'est peut-être écrit "comédie" quelque part, on y découvre l'essence la plus pure du tragique.

     

    Reste le profil d'un homme. Attachant comme nul autre (à part Cyrano). Cinglé, solitaire, solaire, présomptueux. Mais tellement humain, dans son rapport à la vérité, au langage, dans sa relation avec les textes, le monde de l'écrit (la critique du Sonnet est implacable). Dans son exigence, son intransigeance, pour ce qui concerne les relations sociales.

     

    Qu'il soit incarné par Jean Piat, André Marcon ou Gilles Privat, j'aime ce personnage. Oui, j'aime cet homme. J'aime quand il se ridiculise. J'aime la puissance terrestre de sa solitude. J'aime la géométrie de son désespoir, cadastré par la vie et la mort, l'impossibilité d'une relation réelle. Sauf, peut-être, avec un seul être sur la terre. Célimène ? Non : Philinte, l'admirable ami, l'ultime passerelle du possible entre lui et cet improbable conglomérat d'étrangers qui s'appelle l'humanité.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Là où des âmes ouvertes nous attendent

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    Publié sur mon site FB - Vendredi 18.01.19 - 11.13h

     

    La hargne inimaginable des intellectuels - ou ceux qui se prétendent tels - contre les réseaux sociaux en dit plus long sur eux-mêmes, leur panique face à une dépossession, que sur l'objet de leur discours.

     

    Monde académique (totalement dépassé par la soudaine mise en partage horizontale des connaissances), médiateurs d'hier et d'aujourd'hui, journalistes persuadés que tout cela n'est qu'un cauchemar passager, et que la vie, la vraie, celle d'avant, va pouvoir reprendre avec de bonnes vieilles rotatives à 20 millions, de bons vieux centres d'impression et d'expédition, de bons vieux courriers de lecteurs (qu'on publie dix jours après), de bonnes vieilles quadrichromies, envoyées par morasses, via le pneumatique : bref, le Journal de Genève de mes premières années.

     

    Et moi, né il y a soixante ans, des décennies de métier, une passion plus intacte que jamais, je suis un fervent partisan des réseaux sociaux. Bien sûr, ils ont des défauts ! Mais pour la partie qui m'intéresse, celle de l'accès à l'information et à la connaissance, le service de renseignements, la mise en partage (fraternelle, et de bonne foi) de ce qu'on sait, le choc direct avec des styles, l'irruption (eh oui) de talents insoupçonnés dans l'ordre de l'écriture, la rapidité, l'apparition de comètes, je trouve aux réseaux sociaux bien des qualités.

     

    Je dis cela, d'autant plus que dans ma vie, il m'est arrivé, une ou deux fois, de lire l'un ou l'autre livre. Ou quelques milliers, je ne sais plus. Et j'en lis encore. Et j'en lirai toujours. J'en discutais l'autre soir avec Jean Romain : rien, aucune technique, n'a réussi jusqu'ici à remplacer le côté incroyablement pratique, affectif, physique même, de ce qu'on a appelé, il y a deux mille ans, le codex, le livre relié, à la place du rouleau de papyrus.

     

    Le réseau ne tue pas la télévision, qui n'a pas tué la radio, qui n'a pas tué l'écrit. Les inventions s'ajoutent. Mais nous, nous devons prendre, au-delà des nouveautés techniques, la mesure de la révolution cognitive que représente l'avènement du réseau social. Fin des mandarins, fin de la verticalité de la transmission, disparition progressive des corps intermédiaires et des médiateurs, construction collective d'un savoir pluriel, polymorphe. Avec, comme dans les dizaines de milliers de vidéos amateurs des gilets jaunes, la mise à disposition d'un matériau autrement plus crédible que l'image montée, mise en scène et commentée par les chaînes au service du pouvoir.

     

    Alors, amis des rotatives à 20 millions, haussez les épaules, tant que vous voudrez. La nostalgie est un droit, Dieu sait si je le revendique ! Mais de grâce, laissez le monde aller. Il n'y aura pas de retour au statut antérieur aux réseaux sociaux. Il n'y aura pas de Restauration. Il n'y aura pas de retour à votre ordre.

     

    Quant à nous, gens des réseaux sociaux (si vous me lisez, c'est que vous en êtes, peu ou prou), battons-nous avec la dernière énergie pour les enrichir des meilleurs contenus possibles. Surprenons-nous les uns et autres. Séduisons-nous. Transmettons-nous nos connaissances. Enseignons-nous mutuellement. Bref, vivons. Parce que la vie est précieuse. Celle de l'esprit n'a que faire des vecteurs : elle s'immisce partout, là où des âmes ouvertes nous attendent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Image et vérité

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     Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.01.19

     

    Un moment de surréalisme, ce samedi 12 janvier, en pleines manifestations des gilets jaunes : sur le plateau parisien d’une chaîne continue, un ineffable beau parleur nous dit que tout va bien, et que Macron reprend la main. Pendant qu’il parle, en total décalage avec ses propos, l’image qui s’offre aux spectateurs est celle d’un incroyable bordel, avec fumigènes et lances à eau, devant l’Hôtel-de-Ville de Bordeaux, cette ville illustre de Gironde qui eut pour Maire, à la fin du seizième siècle, un certain Montaigne.

     

    Le parisien, en plateau, pérore. Simultanément, l’image bordelaise dit exactement le contraire. De fait, il faut s’interroger sur le rôle de la police, ce samedi 12, dans des villes comme Toulouse ou Bordeaux. Elles ont eu, assurément, la main fort lourde : était-ce toujours justifié ?

     

    Surtout, se pose la question de l’image. Entre les images dûment choisies, mises en scène, montées et commentées par les TV proches du pouvoir, et les dizaines de milliers de vidéos privées circulant sur les réseaux sociaux, il y a lieu de prendre sérieusement en considération cette seconde catégorie. Des bribes de vie, brutes, certes parcellaires (donc à remettre dans leur contexte), mais autrement plus porteuses de vérité que ce que veulent bien nous balancer les stations pro-Macron.

     

    Sauf dans de très rares cas : par exemple lorsque l’image en direct, celle de Bordeaux, vient contredire sans filet les propos hallucinants du petit marquis bavard d’un régime qui s’effondre.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Suisse-Europe : ne lâchons rien, restons libres !

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    Commentaire publié dans GHI - Mercredi 16.01.19

     

    D’abord, dire une chose, haut et fort : la Suisse est, dans toutes les profondeurs de ses entrailles, un pays européen. Son destin n’a rien d’insulaire : il s’est construit, au fil des siècles, en fonction des événements extérieurs. Aucune des grandes lames de fond ayant déferlé sur le continent européen n’a épargné la Suisse : ni l’Empire romain, ni la structure féodale, ni les grands ordres chrétiens, ni l’invention de l’imprimerie, ni la traduction de la Bible en allemand par Luther (1522), ni la Réforme, ni la Contre-Réforme, ni les Lumières, ni la Révolution française, ni l’épisode napoléonien, ni la Restauration, ni le romantisme, ni la Révolution industrielle, ni le printemps des peuples de 1848 (début de la Suisse moderne), ni le Kulturkampf, ni l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (1891), ni les deux Guerres mondiales. Dans tous ces mouvements tectoniques, la Suisse a été secouée, comme ses voisins. La thèse de l’insularité ne vaut pas un clou.

     

    Oui, la Suisse est un pays européen. Le destin du continent est le sien. Sa position géographique, centrale, configure ainsi les choses. Simplement, nous ne sommes pas membre de la structure appelée « Union européenne ». C’est ainsi : les choses, depuis 1957 (Traité de Rome) se sont faites sans nous. Nous avons, certes, constamment négocié avec Bruxelles, mais nous avons choisi de rester dehors. Hors de la structure, mais pas hors de l’Europe ! Dans la longue dialectique, déjà six décennies, engagée entre la Suisse et l’Europe communautaire, notre atout principal est, simplement, de rappeler ce que nous sommes. Un pays d’Europe, ami de tous, désireux d’entretenir avec ses voisins les meilleures relations, mais férocement attaché à ses institutions, sa démocratie directe, son fédéralisme, son indépendance nationale, sa souveraineté. Il n’y a là aucune animosité, aucune déclaration de guerre : juste dire à Bruxelles : « Nous sommes un pays libre, nous entendons le rester ».

     

    Dans les négociations, le Conseil fédéral doit absolument avoir cette tonalité-là : courtoisie sur la forme, implacable fermeté sur le fond. En aucun cas les négociateurs ne doivent arriver avec le complexe d’infériorité du petit face au géant : la Suisse est un pays libre, une nation souveraine, elle défend avec rage les intérêts supérieurs de ses citoyens, c’est cela le rôle de nos négociateurs, et non chercher à plaire à Bruxelles. Et surtout, ne rien précipiter ! Quelle UE sortira des élections européennes de mai 2019 ? Quelle place, au sein même du conglomérat, vont y reconquérir les différentes nations ? Quelle place pour la nation française, la nation allemande, la nation italienne, la nation hongroise ? Partout en Europe, comme en 1848, gronde la voix des peuples, partout l’exigence démocratique émerge, partout l’aspiration à la démocratie directe fait surface. Face à cette gigantesque incertitude, nous, la petite Suisse, nous aimons nos institutions, nous avons déjà la démocratie directe, nous vivons ensemble dans la paix et le respect mutuel. Aucune raison, donc, de paniquer face à l’Europe ! Affirmons ce que nous sommes, ne lâchons rien, restons libres.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Homme politique : un concept bientôt caduc !

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    Sur le vif - Mercredi 16.01.19 - 14.15h

     

    La politique appartient à tous les citoyens. Le concept même d'homme politique, apparu au début du 19ème siècle, au moment où Balzac rédige ses Illusions perdues, est promis à devenir caduc.

     

    Il y aura encore, pendant quelques décennies, des "hommes politiques", ou des "femmes politiques". Mais, d'ici quelques générations, avec les progrès fulgurants de la mise en réseau des connaissances, le suffrage universel va s'affirmer comme outil normatif (et non, comme aujourd'hui, organe d'exception) pour statuer sur les grandes affaires touchant le destin d'un pays.

     

    Ce jour-là, certes encore lointain, le concept "d'homme politique", né des décennies ayant suivi la Révolution française, né de la démocratie représentative, avec ses rites d'élections, ses nécessités de clientélisme et de démagogie, aura doucement disparu.

     

    Lecteur vorace de biographies historiques depuis l'âge de 12 ans (j'en ai lues des centaines, peut-être même un ou deux milliers), héritier du personnalisme d'un Emmanuel Mounier, qui place l'humain au centre de tout, j'ai moi-même, en un demi-siècle de ma vie, joué le jeu de cette centralité de "l'homme politique" (si possible, l'homme d'Etat : de Gaulle, Mendès France, Willy Brandt, etc.) au coeur de mes attentions.

     

    Mais l'affaire Maudet contribue (parmi d'autres facteurs) à me faire évoluer, à la vitesse grand V, vers l'absolue prédominance des thèmes sur les personnes. Infiniment sensible aux signaux délivrés par les gilets jaunes, j'admire ce mouvement sans le moindre leader, sans la moindre star. Juste des hommes et des femmes, qui bravent le froid, l'hiver, les CRS, pour réclamer une réinvention de leur démocratie. Exactement ce qu'ont fait les foules de France, en 1830 et 1848.

     

    Idem, j'admire chez nous les Jeunes Verts. Chez eux également, pas la moindre star. Je ne connais que trois ou quatre d'entre eux. Mais grâce à eux, un sujet passionnant, essentiel, est jusqu'au 10 février sur la place publique : le mitage du territoire. On partage ou non leur point de vue, mais ces Jeunes Verts font de la politique en mettant l'accent sur un thème, et non en nous obsédant avec leurs problèmes internes.

     

    Alors oui, vivent les thèmes ! Vivent les hommes et les femmes qui se battent pour le bien public. A côté de la beauté de ces énergies-là, l'affaire Maudet, le destin du PLR genevois, toute cette kremlinologie d'initiés, franchement, on s'en fout un peu.

     

    Vive la politique, à vif, directe, délivrée des corps intermédiaires, proche de la vie, notre vie à tous, la vie qui va !

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Adieu Maudet, adieu PLR, vive la politique !

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    Sur le vif - Mercredi 16.01.19 - 11.30h

     

    Homme d'honneur et parfait gentleman de la politique, Alexandre de Senarclens va bientôt laisser la place à ce qui pourrait bien être un homme (ou une femme) de paille des Frères de la Côte, cette garde personnelle de Pierre Maudet, dont on connaît les allégeances, les rites et les obédiences. Ce noyau de grognards, galvanisés par le seul culte du chef, qui a si bien su se mobiliser, hier soir. Pour obtenir, au demeurant, une majorité d'autant plus pitoyable qu'elle est plutôt minoritaire.

     

    Le PLR genevois est en lambeaux. Il lui faudra des années pour s'en remettre. Ça n'est plus une césure entre libéraux et radicaux, celle-là est au moins soldée : non, ce seront les cicatrices infiniment douloureuses de cet insupportable et interminable psychodrame.

     

    Au-delà du PLR, c'est le principe même de l'existence des partis, de l'importance excessive que nous leur accordons, qui doit être interrogé. Nés de la Révolution française, et chez nous des événements de 1848 (un peu avant, à vrai dire), les bons vieux partis, avec leurs bonnes vieilles Assemblées, leurs bonnes vieilles séances de comitards, auront bientôt vécu. Les citoyennes, les citoyens, aspirent à une verticalité tellurique de la vie politique, qui leur permette, par un maximum de démocratie directe, de peser eux-mêmes sur le destin de leur pays.

     

    Dans le processus, partout en Europe, de dégradation des corps intermédiaires, qui est une lame de fond de nos sociétés, la gigantesque pantalonnade d'Uni Dufour marque une étape. La victoire de Pierre Maudet est, tout au plus, le répit d'un Pyrrhus. Elle sauve, pour un temps, un homme, son ego, sa soif de pouvoir, sa petite clique d'hallucinés autour de lui.

     

    Nous, les citoyens, devons entreprendre toutes choses pour que la suite de cette aventure personnelle et dévoyée soit, au fond, sans intérêt. Privilégions les magnifiques sujets de fond que nous offre notre démocratie directe : mitage du territoire, soins dentaires remboursés, système de santé, primes maladie, retraites, avenir de nos paysans, qualité de notre environnement. Il y a tant de choses, tellement belles, tellement concernantes pour tous, tellement citoyennes, dans le sens le plus noble et le plus fort.

     

    Concentrons-nous sur les thèmes ! Citoyennes et citoyens, arrêtons de nous focaliser sur les personnes, sur la vie interne des partis. Prenons en mains nous-mêmes, directement, les affaires publiques. Inventons ensemble la politique ! A cet égard, la leçon de courage et de détermination données par les gilets jaunes, nos amis français, est remarquable.

     

    Emparons-nous de la politique ! Et laissons Pierre Maudet et ses tristes grognards vivre, entre eux, dans la pénombre de leurs conciliabules, le reste de leur âge.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Rosa Luxemburg : cent ans demain !

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    Sur le vif - Lundi 14.01.19 - 15.43h

     

    Point n'est besoin d'être communiste, encore moins Spartakiste, pour admirer le personnage historique de Rosa Luxemburg (1871-1919). Pour ma part, comme vous le savez, je me passionne depuis des décennies pour la Révolution allemande, celle qui a commencé le 9 novembre 1918, l'avant-veille de l'Armistice, et s'est étendue sur une bonne partie de l'année 1919, à certains égards même jusqu'en 1923.

     

    Dans les premières semaines de cette Révolution, Rosa Luxemburg, assassinée à Berlin avec Karl Liebknecht le 15 janvier 1919, a joué un rôle majeur. Il faut imaginer ce qu'a été le climat politique dans l'Allemagne vaincue de novembre 1918, et dans les mois qui ont suivi. Nous étions juste un an après la Révolution russe. Des Soviets locaux ont été proclamés dans des villes allemandes, avec des moments de confrontations très durs en Bavière.

     

    D'un côté, les Spartakistes. De l'autre, les nationalistes, constitués en Corps-francs. Pour la plupart, des démobilisés de la Grande Guerre, totalement hostiles à l'Armistice, adeptes de la théorie du coup de poignard (Dolchstoss) des politiques sociaux-démocrates contre l'Armée allemande, pas vraiment défaite sur le terrain. D'ailleurs, nulle portion de territoire allemand n'avait été touchée par les combats.

     

    C'est dans ce contexte qu'est intervenu, il y aura cent ans demain (15 janvier 1919), la mort de Rosa Luxemburg. Je ne suis pas de son camp, et ne l'aurais certainement pas été à l'époque. Mais c'était une femme d'un immense courage et d'une grande intelligence historique et politique. Nul ne peut comprendre la suite de l'Histoire allemande, notamment les causes de l'avènement du Troisième Reich, quatorze ans plus tard (30 janvier 1933), sans passer par une étude approfondie de la Révolution allemande de novembre 1918.

     

    S'il me fallait ne vous recommander que deux livres, deux chefs d’œuvre, ce seraient "November 1918" d'Alfred Döblin (publication intégrale 1949-1950), et "Die Geächteten", d'Ernst von Salomon, "Les Réprouvés" (1930). Il y raconte l'Histoire des Corps-francs.

     

    Passionné d'Histoire allemande, j'aurai demain, 15 janvier 2019, une pensée pour Madame Rosa Luxemburg.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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