06/03/2019

Populiste : c'est toujours l'autre !

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 06.03.19

 

Je vais vous dire pourquoi je ne fréquente plus le monde. Pour une raison simple : ne plus jamais me retrouver dans ces situations ubuesques où tout le monde se met à parler des populistes, évidemment en mal, sans que personne ne se demande, une seule seconde, s’il n’y a pas, peut-être, un populiste dans la salle.

 

Imaginez une tablée de quinze personnes, maîtresse de maison délicieuse, convives charmants, nectars de rêve, ambiance détendue. Soudain, l’un des quinze lance la conversation sur le populisme. Ces mouvements recueillant près d’un tiers des voix dans nos pays, il devrait, statistiquement, se trouver cinq populistes à table. Las, il n’y en a aucun ! Evaporé, le Tiers-Etat ! A moins d’un solitaire courageux, qui n’ait pas peur de casser l’ambiance et de foutre en l’air l’unisson bourgeois de la tendre chère, nul n’osera s’avouer. Et les quinze, d’une même voix, continueront de casser du sucre sur le populiste. Vitupérer l’éternel absent. Ou plutôt, l’éternel muet.

 

Le populiste, c’est celui dont tout le monde parle, mais qui n’est jamais là. Ou alors, il se tait, parce qu’il sait la catastrophe que serait la discordance de son intervention. Alors, s’en voulant de ne pas jouer le Misanthrope, il préférera le rôle de Philinte, l’ami arrangeant, qui tente de sauver l’ultime espoir social de l’homme sauvage. Car nos codes, hérités des bonnes manières patriciennes, exigent que la petite musique de la mondanité, badine et taquine, s’emploie à toujours bannir le choc d’idées frontal. Ces gens-là vivent dans la terreur de l’éruption d’un Alceste ou d’un Cyrano, un incongru qui, soudain, viendrait mugir les choses telles qu’elles sont, un empêcheur de câliner en rond, dans la tiédeur du consensus.

 

Alors voilà, le populiste n’est jamais dans la salle. Le populiste, c’est toujours l’autre. On casse du sucre sur son dos, sans qu’il élève la moindre protestation. Et l’auguste tablée, au moment de prendre congé, se félicite de cette merveilleuse soirée, de l’humanisme de cette compagnie : entre soi, on a célébré le convenable, on a défini la nature du diable, on peut aller se coucher.

 

Le populiste n’est jamais dans la chambre. Il est l’autre, l’étranger au monde, le casseur de codes. Il est la fausse note. Il est l’invisible emmerdeur, celui dont il sied de dire du mal, mais qui, chez ces gens-là, n’a droit ni à surgir, ni à se dévoiler, ni même à être. Nul droit à la parole, non plus, ni même à la mention : « Voyons, Oscar, vous vous rendez compte qu’avec des propos pareils, sur la démocratie directe, les corps intermédiaires, vous faites le jeu des populistes ? ». Car chez ces gens-là, on peut sans problème « faire le jeu » du libéralisme le plus sauvage, ou de la gentille démocratie chrétienne, ou de la Sainte-Alliance des Verts avec le climat. Mais pas des populistes. « Vous nous décevez Oscar, je ne n’aurais pas cru cela de vous ». Alors, Oscar se tait. Gorgé de repentance, il attend le dessert. Comme d’autres attendent la fin du monde.

 

Pascal Décaillet

 

16:10 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Que fait le populiste ? Soit il se tait (se terre ?) comme vous dites ou il se rend à un autre banquet, celui de l'Albisgüetli où il aura tout loisir de fêter et de se conforter dans ses opinions de populiste, justement, pendant que l'invité - un peu comme dans le dîner de cons - sera le jouet d'une assemblée qui n'en demandait pas tant. L'invité, au propre comme au figuré, se fait sonner les cloches. Populistes forcément...

Écrit par : Michel Sommer | 06/03/2019

En tous cas moi, je fais un peu partie de ces milieux "patriciens" que vous brocardez volontiers, et je n'ai jamais caché que j'avais la tripe populiste. Je suis d'ailleurs également complotiste, ce qui est encore plus grave. Je n'ai jamais craint ces épithètes et j'affiche volontiers mes idées, au besoin avec un brin de provocation. Je me fais parfois un peu taquiner par mes amis là dessus, mais rien de grave. Je pense d'ailleurs qu'en ces matières le vent peut tourner assez vite. C'est une question de mode, et les modes changent. Pour le moment les gens sont gênés d'être taxés de populistes ou complotistes, mais du jour au lendemain l'état d'esprit peut changer. Il suffirait que les populistes et complotistes cessent d'être honteux et s'affichent ouvertement avec leurs idées comme je le fais moi-même. Cela changera assez vite l'ambiance. Et croyez moi, le jour viendra, bientôt, où ce seront les politiquement corrects du mainstream, même dans les salons, qui auront honte et se cacheront.

Écrit par : Aristo-populiste | 06/03/2019

Eh oui, c'est cela être politiquement incorrect. Si on est un mouton noir on est toujours un peu seul. Mais il y a pire qu'être populiste. De nous jours il est impossible de douter de quoi que ce soit sur les dogmes de la religion qu'est devenu l'écologie. Si on le fait on est automatiquement considéré comme l'ennemi du genre humain. C'est pire qu'être nazi ou pédophile.
Dans un café philo, j'ai émis des doutes sur la propagande médiatique à propos du réchauffement climatique. J'ai dénoncé l'utilisation systématique de la peur et j'ai rappelé que le climat à toujours changé. Lors de la dernière glaciation, une bonne partie de l’Europe était recouverte par de la glace, et l'être humain, sans technologie a bien réussi à survivre. Maintenant on nous annonce une apocalypse sans précédent, avec la disparition quasi certaine de l'humanité.
Si vous aviez vu la stupéfaction des gens autour de la table. J'étais vraiment un fou furieux.
Les gens sont des moutons qui ne font que suivre sans aucun esprit critique ce que disent les médias. On se moque des gens du moyen âge qui se faisaient manipuler par l'église et par la peur de l'enfer éternel. Mais de nos jours, c'est exactement la même chose avec l'utilisation systématique de la peur avec l'écologie.

Écrit par : Philippe | 06/03/2019

Très intéressante réflexion de Philippe.

C'est vrai, je n'y avais pas pensé. Il y a une analogie évidente entre la grande procession ridicule de tous ces poupons manipulés et décérébrés "pour le climat", agités par des techniques de propagande post modernes sur les réseaux sociaux et défilant derrière leur porte bannière: ce stupide prix Nobel Dubochet, et une procession de pénitents ou de flagellants du moyen âge, auxquels un clergé fanatique avait inspiré une peur panique de l'enfer.

C'est vraiment très juste et très bien vu. C'est tout à fait ça. Le mécanisme d'endoctrinement et de fanatisation des esprits simples est exactement le même.

Écrit par : Aristo-populiste | 07/03/2019

C'est toujours mieux que pleutre, lâche et propriétaire socialiste (pour tous sans privilège), n'est-ce pas Sommer...

Écrit par : Laurent Lefort | 07/03/2019

Ah l'écologie des bobos citadins, c'est tellement magnifique.

C'est sans doute pour cela que le Conseil Administratif de gauche, dont Alder faisait déjà partie, s'est permis de faire venir 180 tonnes de pavés du Vietnam en 2016, certainement dans l'un de ces fameux porte-containers géants, qui polluent plus que le parc automobile mondial, pour refaire entièrement la rue Etienne-Dumont. Mais au diable la contradiction, l'important est que c'était fait pour le sacro-saint piéton.

Et dire que le contribuable paie la retraite dorée de ces débiles.

Écrit par : Laurent Lefort | 07/03/2019

Alors Laurent Lefort ? Populiste et par-dessus le marché partisan de la pensée unique. Pas de place pour ceux qui auraient l'outrecuidance de ne pas partager votre avis. Et si vous souhaitez me traiter de pleutre, de lâche et de socialiste, ayez au moins le courage de me dire tout cela en face.

Quant à Philippe et sa remarque, je la partage. Point de salut en dehors du GIEC. La religion l'a emporté sur la science.

Écrit par : Michel Sommer | 08/03/2019

Pauvre Sommer, je vois que vous que n'avez pas abandonnez le projet d'un face-à-face, même si le courage vous fera toujours défaut, puisque ne suis pas le premier à qui vous faîtes cette proposition.

Mais comme vous vous étiez défilé comme une anguille la dernière fois, je pensais que l'intelligence avait fini par prendre le dessus. Faut croire que non. Donc pleutre vous resterez, c'est ainsi.

Écrit par : Laurent Lefort | 08/03/2019

Dépêchons-nous d'être populistes, tant qu'il reste un peuple.
C'est pourquoi je ne suis plus nationaliste...

Écrit par : UnOurs | 08/03/2019

A L. Lefort

"Pauvre Sommer, je vois que vous que n'avez pas abandonnez le projet d'un face-à-face. (...)"

Finalement, M. Lefort, vous me maltraitez moins que la langue française. Quelque part, c'est réconfortant...Vous semblez m'en vouloir tellement que vous en oubliez de vous relire.

Enfin, je cesse de discuter avec vous car nous sommes hors sujet dans le cas présent et il est inutile de charger le blog de M. Décaillet.

Écrit par : MIchel Sommer | 08/03/2019

Casser du sucre sur le dos des populistes, cela ressemble furieusement à un écologiste tenu de suivre ou de participer à un rassemblement de conservateurs obtus ; il lui faut bien du courage pour oser se manifester !
On peut en dire autant pour un citoyen inquiet de l'état de l'environnement et voulant agir contre le réchauffement, qui se hasarderait à écrire sur un site conservateur : le plus souvent, il est ignoré ou alors, reçoit une volée de "bois vert" (!)
J'en fais régulièrement la désagréable expérience.
Pierre-Alain, paysan conservateur et écologiste.
Oui, écologie et conservateur, c'est possible !

Écrit par : Pierre-Alain Tissot | 11/03/2019

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