Humanisme, ou corporatisme ?

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Sur le vif - Lundi 11.03.19 - 15.53h

 

Si on s'émeut de la stigmatisation d'une catégorie d'humains, alors on doit s'émouvoir de toute stigmatisation de catégories humaines.

 

Parce que, si on s'émeut toujours de la stigmatisation de la même catégorie, et jamais des autres, on roulera pour le seul corporatisme de cette dernière. Et non pour l'universalité de la cause.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Le nationalisme quand c'est Orban ou Salvini, c'est très mal.
    Le nationalisme quand c'est bibi, c'est très bi...en.

  • En Afrique de l'Ouest (Mali, Burkina, Sénégal,, etc.) existe une culture très particulière qu'on appelle la parenté à plaisanterie, aussi appelée sinamouïa. C'est une pratique de la moquerie, même très violente et tres dénigrante, entre les différentes communautés composant le pays. C'est cette coutume qui permet à ces pays, composés d'ethnies très diverses, de vivre dans la paix civile. Certaines ethnies, sont ainsi alliées entre elle par parenté à plaisanterie et ces alliances coutumières s'entrecroisent dans tous les sens, favorisant la moquerie mutuelle, et aussi la solidarité car il y a toujours quelqu'un pour prendre la défense de son "sinamou" (l'allié dans le système de la sinamouïa, c'est à dire une sorte de parent). Ce système assure la cohésion de la société malgré des tensions très fortes entre groupes opposés.

    Cela ne fonctionne, évidemment, que dans la mesure ou personne n'est intouchable et où il est possible de se moquer et de "stigmatiser" tout le monde, même méchamment. Ainsi tout le monde est égal, et le pays est en paix. Comme dans une famille, d'où l'expression parenté à plaisanterie.

    Du moment qu'une communauté parmi d'autres se proclame intouchable, parce qu'elle a beaucoup souffert ou pour toute autre raison, et même interdit qu'on la plaisante, tout le système s'écroule. Il n'y a plus d'entente possible. Plus de parenté. Cette communauté s'exclut elle-même radicalement et s'expose à la vindicte de tous, en interdisant la moquerie, et même la critique. Tôt ou tard elle sera l'objet d'un ressentiment, parfois même d'une haine, qui ira grandissant, surtout si la communauté intouchable en question ose, comme c'est le cas dans plusieurs pays, exiger des lois répressives spéciales permettant de criminaliser les expressions hostiles envers elle. Soi disant pour sa protection, mais en réalitée cela cause l'hostilité et met en danger ceux qu'on voulait protéger en les exposant à l'agacement général d'abord, puis à l'antipathie et jusqu'à la haine.

    Ainsi des gens ont été condamnés pour des caricatures, des carrières ont été brisées à cause d'un "dérapage". La persécution va très loin. Pourtant il est permis, et même encouragé, de caricaturer un allemand, un africain, un mafieux italien, un prêtre catholique, en insistant sur des tics de langage, des stéréotypes ou des traits physiques et en diabolisant le groupe stigmatisé. Mais caricaturer le faciès d'une célébrité appartenant aux intouchables, même si le portrait est ressemblant et le caricaturé objectivement odieux, peut valoir la prison à l'auteur de la caricature. Et les condamnations sont de plus en plus lourdes.

    On se demande vraiment le pourquoi de ce comportement qui semble avoir pour but de créer l'hostilité dont on se plaint. C'est un comportement suicidaire.

    Je me souviens d'une anecdote insignifiante, mais révélatrice. Il y a quelques années un sous officier dans l'armée suisse avait commis le crime de s'en prendre à un soldat issu d'une groupe à la sensibilité particulièrement à vif, en lui reprochant de n'avoir pas nettoyé son fusil comme les autres. Le sergent major aurait même proféré des appels à la haine et à la discrimination comme de dire: "tout le monde doit nettoyer son fusil, même les ...." On en a parlé dans toute la Suisse. Il y a eu plainte pénale. La chose a été discutée très sérieusement. Le colonel a été sommé de se prononcer sur le cas. Compte tenu de l'appartenance de la victime à une ethnie ayant subi des persécutions quelques générations auparavant, certains ont jugé qu'on était dans un cas d'application de l'article 261bis du code pénal. Aussi incroyable que cela paraisse la question a occupé les journaux pendant une semaine au moins. Puis ça s'est calmé après que le coupable ait accepté de faire des excuses. Ouf. Et pourtant, tous les jours, dans l'armée suisse, il y a un sous officier qui dit aux soldats, "tout le monde doit nettoyer son fusil, même les Fribourgeois", ou "même les Romands". Et jamais personne n'en parle, ni personne ne se plaint.

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