PLR : sauvé des eaux !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 13.03.19

 

Après des mois de turbulences, le PLR genevois a enfin trouvé son nouveau président : c’est l’avocat Bertrand Reich que l’Assemblée du parti a porté à cette charge, jeudi 7 mars à Troinex, avec 257 voix, contre 136 à sa rivale Natacha Buffet-Desfayes. Le résultat est clair, sans appel. Il ne désavoue nullement les qualités, bien réelles, de la perdante, que l’on retrouvera assurément dans l’avenir, mais préfère donner sa chance à un homme libre et indépendant, dépourvu de tout soupçon de mise sous tutelle par le clan Maudet. En cela, l’Assemblée du 7 mars marque une étape signifiante dans la vie du parti : bien souligner, en pleine période de crise (qui n’est ni résolue, ni révolue), l’absolue liberté de manœuvre du PLR face aux éternelles tentations de pressions du ministre en déliquescence, par cabinets noirs interposés.

 

Cet acte d’affranchissement était salutaire. Depuis des années, certains ministres, notamment radicaux, avaient mis un tel grappin sur le parti, par leur jeu d’influences, leurs commis à des œuvres plus ou moins basses, leurs estafettes plus ou moins douteuses, qu’il fallait couper le cordon. Le comité directeur, juste avant Noël, était allé dans ce sens, désavouant clairement Pierre Maudet. Ce dernier, avec une habileté digne du retour de l’île d’Elbe, avait contre-attaqué en demandant une Assemblée générale, qui lui avait renouvelé sa confiance. Chacun, comme au ping-pong, avait gagné une manche. L’Assemblée de Troinex, ce fut la belle. Les partisans de Pierre Maudet l’ont clairement perdue. Sauront-ils entendre le message, sans s’engager dans un irrédentisme désespéré ?

 

Le parti a sauvé sa peau, et les conditions de son indépendance, mais sur l’affaire Maudet, rien n’est réglé. Quelles relations le nouveau président entretiendra-t-il avec le conseiller d’Etat ? Le parti exigera-t-il toute la lumière, vraiment, sur les officines chargées de veiller sur la cagnotte radicale, au moment de la fusion ? Certains partisans extrémistes du ministre, ayant révélé depuis des mois, sur les réseaux sociaux, la nature clanique de leur obédience au chef, parfois jusqu’à la violence sectaire, auront-ils l’intelligence de se calmer, ou s’engageront-ils dans les combats de trop, ultimes et dévoyés ? Ces questions-là sont fondamentales. Elles ne pourront être esquivées, sous prétexte de pacification, nécessaire à reconstruire l’unité.

 

Reste l’essentiel : le fond. Un parti, pour faire quoi ? Défendre quelles valeurs ? Tant le programme de Natacha Buffet-Desfayes (qui devra continuer de nourrir les réflexions à Genève, notamment sur l’apprentissage et la formation) que celui de Bertrand Reich affichaient une salutaire ouverture après les années obsessionnelles autour de la réforme de l’imposition des entreprises. Ces deux programmes nous disaient que l’économie, thème certes central dans l’ADN du parti, ne pouvait s’ériger en sujet unique, et qu’une vision plus générale et plus humaniste était salutaire. Reste à transformer cette vision en réalités, bien palpables. Vaste défi, à coup sûr le plus passionnant, pour le premier parti du canton.

 

Pascal Décaillet

 

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