Votations du 19 mai : révolte et colère

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.05.19

 

Traduire en termes simples les aspects souvent complexes de la vie politique suisse. Telle est, depuis 33 ans que je suis entré en journalisme professionnel, ma grande passion. Présenter aux citoyennes et citoyens les enjeux des votations. En fonction de ce qui les concerne, touche leur vie quotidienne, en élaguant tout le fatras des mots juridiques, « motion », « contre-projet », etc. Être au service des citoyens. Être lisible, audible, compréhensible. Nombre de mes confrères et consœurs, dans ce journal comme à Léman Bleu, comme à Radio Lac, au Courrier, à la Tribune de Genève, etc., s’inscrivent dans cette démarche : être clair, simplifier, dégager les grandes lignes, mettre en perspective historique, aller à l’essentiel. Plus un journal est populaire – c’est le cas de celui que vous tenez entre les mains – plus cette ambition doit être impérieuse. C’est le seul moyen pour que la politique soit l’affaire de tous, et non d’une seule cléricature.

 

Face aux votations du dimanche 19 mai, je ne puis cacher ma colère. Non que nous votions sur les sujets proposés : loin de là, ils sont essentiels ! Mais hélas, je vois venir comme un iceberg le danger de découragement et d’impuissance que va représenter, pour les citoyens, l’abondance de littérature reçue à la maison. Deux grosses enveloppes, nous expliquant en détail les tenants et les aboutissants de onze sujets de votations, deux fédérales et neuf cantonales. Je me mets à la place du citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc. Il n’a pas pu assister à nos innombrables débats, présentations de sujets, il n’a pas trop le fil continu de la politique dans la tête : en bien je vais vous le dire, ce pauvre homme, cette pauvre femme, va se trouver complètement largué par ce train de votations du 19 mai ! Parce que la brochure, aussi bien préparée soit-elle (le travail de la Chancellerie n’est pas en cause), demeure ce qu’elle est : un tas de pages imprimées. Qui, de nos jours, lit encore des centaines de pages papier ?

 

Évidemment, on pourrait avoir une lecture optimiste de cette histoire. Se dire qu’au fond, elle prouve la nécessité d’avoir des médiateurs. Des traducteurs. Des simplificateurs (dans le bon sens) de la complexité législative. Certes. Mais alors, comment ne pas nourrir colère et révolte face à une autre catégorie de médiateurs, ou de corps intermédiaires : les parlementaires ? Dans le cas de la votation sur la CPEG (Caisse de pension des fonctionnaires), l’affaire est flagrante : le Grand Conseil a réussi l’exploit d’accepter deux projets de loi parfaitement contradictoires, celui de la gauche, et celui de la droite et du Conseil d’État ! Dès lors, nous voilà, pour la seule CPEG, face à trois votations, l’une par loi, une autre encore pour la question subsidiaire (laquelle préférez-vous, si les deux passent ?). Et une fois qu’on aura tranché ce profond dilemme, il nous restera neuf sujets !

 

La politique, ça passe par la clarté. Le contrat avec les citoyens, ça doit reposer sur un pacte simple et lisible. Dans le cas du 19 mai, nous sommes hélas très loin de tout cela.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Commentaires GHI 3 commentaires

Commentaires

  • Il me semble que le "citoyen qui ne regarde pas Léman Bleu, n’écoute pas Radio Lac, ne lit pas GHI, ni la TG, ni le Courrier, etc" ne vote généralement pas non plus.....

  • Si nous ne sommes pas capables de lire ces quelques pages alors il faudra se résigner au principe de délégation parlementaire.
    Je considère que la brochure officielle est le menu minimal pour se faire une idée plus ou moins objective des sujets abordés.
    Seulement voilà, vu que le parlement est lui-même responsable de ce caractère indigeste, il faudra véritablement envisager de se diriger vers un autre type de délégation, plus personnel, plus proche des sensibilités : La démocratie liquide.
    Mais je vous sens réticent à aborder ce sujet...

  • Si l'avenir ne présentait pas de si sombres couleurs, il ne me viendrait pas l'envie de reformuler encore ces trois règles de base qui manquent à notre ancienne mais fragile démocratie helvétique.

    1. Mise à la disposition des citoyennes et citoyens de l'intégralité des comptes et financements des partis et groupements engagés dans la vie politique.

    2. Participation obligatoire des citoyennes et citoyens aux élections et votations.

    3. Si plus de 50 % des suffrages sont nuls ou blancs, obligation de recommencer l'élection ou la votation.

    Le point 3 répond au courroux exprimé dans ce billet d'humeur. Si les personnes engagées dans le travail politique n'ont pas convaincu au moins le 50 % de la population citoyenne de participer, il s'agit donc de remettre l'ouvrage sur le métier.

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