Le pire de tout : l'autocensure

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 Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.05.19

 

La censure existe, elle est partout. Seulement voyez-vous, elle ne se niche pas vraiment là où on croit. L’idée d’un commentateur, ou d’un éditorialiste, qui n’oserait pas tout dire parce qu’une force occulte lui maintiendrait un couteau sous la gorge, relève du mythe. L’idée d’un Big Brother, quelque part dans le monde politique ou les puissances financières, qui nous tiendrait sous influence, ne résiste pas non plus à l’examen du réel. Nous sommes dans un pays libre, le droit à l’expression est garanti, ne soyons pas paranos en allant chercher à l’extérieur de nous-mêmes les forces de coercition qui tenteraient de nous réduire au silence.

 

Pourtant, la censure existe. De nos jours, plus violente que jamais. Et c’est à l’intérieur de chacun de nous-mêmes que nous devons aller la chercher. Car la pire de toutes les pressions, pour taire un sujet ou réprimer l’envie de le traiter, c’est l’autocensure. Les miradors ne nous sont pas externes : ils s’érigent et veillent en chacune de nos âmes. Parce que celui qui prend la plume, ou donne de la voix, s’expose à la mitraille. C’est le sort de ceux qui s’arrachent à la tranchée. Il faut savoir ce que l’on veut : prendre position, ou s’en abstenir. Chacun est libre. Il faut juste connaître les risques, l’état du terrain, la puissance de feu chez l’ennemi. Ensuite, chacun décide : entrer dans la mêlée, ou non.

 

Oui, la censure existe. Celle que chacun d’entre nous s’applique à lui-même. Chacun de nous, je l’affirme, en commençant bien sûr par m’y inclure, passe volontairement sous silence certains sujets, non par lâcheté (le mot serait trop fort), mais par souci de ménager son petit confort. C’est un tort, dans une fonction où il faudrait que tout puisse être dit, mais c’est ainsi. S’éviter les emmerdes. Ou les brûlures d’estomac. Ou les insomnies. Ou les engueulades à n’en plus finir. Alors, sur certains sujets, on décide soi-même de se la coincer. On se dit qu’on les abordera un jour. Mais pas là, pas maintenant, pas aujourd’hui.

 

La censure existe, elle fait partie de nous. Tenez, le rôle des pairs, ceux qui exercent le même métier que vous : surtout ne pas les froisser, ne pas se foutre en pétard avec la profession. Ne pas s’attaquer aux modes ambiantes, écrasantes de consensus : le climat, par exemple. On pourrait en citer d’autres. Pourtant, même dans ces domaines, le courage d’une position minoritaire ne nous vaudrait ni la prison, ni l’ostracisme : nous sommes en Suisse. Mais risquer son image auprès de ses pairs, c’est bien là le problème. Trop nombreux, parmi nous, ceux qui écrivent pour leurs seuls semblables, et non pour l’ensemble des femmes et des hommes qui voudraient bien nous lire. Oui, l’autocensure sent le renfermé, la naphtaline. Demeurer dans le cercle. Ne pas froisser la famille. Rester dans le réseau. Phénomène auquel nul n’échappe. C’est cela, l’autocensure, le problème no 1 de ceux qui prennent position dans l’espace public. En chacun de nous, l’ombre intime et secrète d’un mirador.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Dans les médias il y a hélas souvent la pensée unique ( de gauche, antisraelienne, pro émigrés, pour les revendications homosexuelles et autres, pour l'avortement etc... ) Où est la vérité ? La justice ? La tolérance ?Dans le dialogue réciproque et non l'insulte. On le sent chez vous Mr Décaillet merci. La censure est un projet de certains ... Attention ! On va bientôt voter !

  • Cher Monsieur,

    Se soucier du climat ses causes et ses conséquences n’est pas une mode.
    C’est malheureusement un problème majeur.

    Que dire d’intelligent de la croissance incessante de l’espèce la plus ravageuse, c’est à dire l’humanité et sa pression destructrice sans commune mesure sur notre terre?
    Non, se soucier du climat, de la pollution, de la disparition des espèces et de la biodiversité n’est pas une mode. Ne pas le dire c’est de la censure.

  • Sylvie Ruffieux Guignard, la liberté d'expression et la tolérance ne sont certainement pas des valeurs au sein de l'UDF que vous représentez ni chez les évangéliques. Vous en êtes encore à diaboliser les homosexuels, condamner l'avortement et soutenir aveuglément le gouvernement fasciste de Netanyahu pour de sombres prophéties bibliques que vous êtes les seuls à croire.

  • Monsieur Luc vous êtes à fond dans la pensée unique !
    -Vous ne voyez pas les conséquences des avortements ? Une souffrance à vie pour les femmes (il y a la pillule, préservatifs etc...) !
    -Israël est entourés par des pays ennemis, que ferait-on à leur place ?
    -Les prophéties bibliques sont écritent et avertissent des dangers ....Certaines sont accomplient déjà (la venue du Messie, le retour des Juifs en Israël etc...)

    -En ce qui concerne le parti UDF nous ne voulons pas être ensurés car se sont surtout nos générations futures qui subiront (risques de 3 ans de prison ou fortes amendes pour exprimer notre désaccord avec les revendications de certains ! INCROYABLE ! EN SUISSE !) Et pensons au bien des enfants SVP ! ILS VEULENT FAIRE DES ENFANTS SANS CONSIDERER LEURS BESOINS VITAUX (NE PAS AVOIR DE PèRE OU DE MèRE EST COMME UN BRAS OU UNE JAMBE COUPEE ! UN MANQUE ENORME !)
    SVP PENSONS AUX GENERATIONS FUTURES ... Merci Mr Décaillet pour la liberté d'expression.

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