USA - Iran : les bellicistes auront à répondre face à l'Histoire

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Sur le vif - Vendredi 21.06.19 - 18.29h

 

Si les États-Unis d'Amérique, se risquant une nouvelle fois à intervenir dans une région du monde à laquelle ils ne connaissent rien, et surtout où ils n'ont strictement rien à faire (pas plus qu'ils n'avaient à s'occuper, au début des années 60, de la Cochinchine et du Tonkin), se lancent dans la folie d'une agression militaire contre l'Iran, alors certains, en Amérique, prennent rendez-vous avec le jugement de l'Histoire.

Qui ? Tout d'abord Donald Trump, dont le revirement de dernière minute mérite d'être étudié, et dont il n'est pas certain qu'au fond de lui-même, il veuille cette guerre.

Mais surtout, les milieux qui, aux États-Unis, poussent depuis des années à une telle action guerrière. Il y a John Bolton, le conseiller militaire à la Maison Blanche, mais il y a aussi les Évangéliques conservateurs pro-Israël, dont la grille de lecture de l'Histoire demeure ancrée dans le fondamentalisme et le manichéisme. Et puis, plus généralement, il y a les milieux, notamment sur la Côte Est, qui soutiennent la politique d'Israël. Y compris l'action coloniale de ce pays, depuis 1967, à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza. Ces gens-là verraient bien l'Iran affaibli pour quelques décennies.

Le problème, c'est qu'une guerre USA-Iran porte en elle les germes d'un conflit beaucoup plus étendu. Non seulement au Proche-Orient et au Moyen-Orient, mais dans le monde. Il y a aussi, autour de Trump, des gens qui le lui rappellent. D'où les hésitations du locataire de la Maison Blanche.

Le problème no 2, c'est que l'Iran, civilisation plusieurs fois millénaire, serre les rangs, avec un incroyable patriotisme, chaque fois que le pays est en danger. Ce que défendent alors les Persans, ça n'est pas le régime du moment (que représentent quarante ans, face à l'incroyable Histoire de cette nation ?), mais la continuité de la patrie, à travers les siècles. On peinera à trouver beaucoup d'invasions réussies de la Perse, depuis Alexandre le Grand. Et même l'islamisation, au septième siècle, ne s'est pas opérée contre les intérêts fondamentaux du pays.

L'hésitation de Trump est capitale. Nous en ignorons les causes exactes, mais elle révèle un hiatus entre le Président (certes grand bluffeur devant l’Éternel, mais jusqu'ici beaucoup plus économe en actes guerriers que son prédécesseur Obama), et l'incroyable pression des milieux bellicistes.

Ces faucons, en cas de guerre, dont on peut imaginer l'horreur et l'extension, auront, le jour venu, à répondre de leurs actes. Leur responsabilité criminelle ne devra être atténuée ni par le politiquement correct, ni par la chimère d'une solidarité "occidentale". Le Moyen-Orient, je l'écrivais déjà au printemps 2003 lors de l'invasion américaine de l'Irak, c'est notre matrice de civilisation. Je n'ai pas tous les jours cette impression avec ce qui nous vient du Nouveau Monde.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 8 commentaires

Commentaires

  • "Ces faucons, en cas de guerre, dont on peut imaginer l'horreur et l'extension, auront, le jour venu, à répondre de leurs actes."
    C'est vrai si l'on est croyant, sinon on ne peut qu'espérer qu'il ne réussiront pas.

  • Bravo pour votre commentaire! Il vous honore grandement.

  • Vieille histoire, très vieille histoire, relire le livre d'Esther.
    Sinon, je pense que le président Trump fait ce qu'il peut.
    Et peut-être qu'une partie de l'état profond américain freine aussi des quatre fers.
    On rappellera également que le président Bush fils était au début de son mandat plutôt équilibré quant aux questions proche-orientales. Puis il y eut le 11 septembre...

  • PS: très intéressant, le pouvoir que pourrait avoir un seul journaliste ...

    https://www.dedefensa.org/article/tc-76-jestrike-moi-non-plus

    ... et j'adore Tucker Carlson !

  • Chapeau bas Monsieur Décaillet pour ce commentaire. Nous vivons une époque étrange où les Évangéliques conservateurs pro-Israël, suivant aveuglément des psychopathes tels que Netanyahu, Bolton et Pompeo qui vont mettre à feu et à sang toute une région.

  • Chapeau bas M. Pascal Décaillet pour votre article-chapeau qui a l air d être approuvé par beaucoup dont moi!

    Permettez-moi de rebondir sur le terme Bellicisme soit l "Amour de la Guerre". Ce n est pas un Amour de la guerre ni une origine culturelle dans le sens sociologique mais bel et bien d étiologie économique ni voire-même qu on banalise à tort en disant que les Américains du Nord ont des "gènes guerriers"!

    Ceux qui fabriquent beaucoup d armes et gagnent du pognon fou doivent écouler leurs marchandises sinon ils coulent. Donc c est simple pour qu on vende des armes nos armes il faudrait des guerres. Toute proportion gardée, on dit à Genève que quand le bâtiment va tout va mais les Bellicistes-fric disent quand la Guerre va tout va !

    A ne pas oublier que les ennemis de la planète ne sont pas ceux qu on déclare en se gargarisant chaque matin et que ceux sont la Russie-l Iran- la Chine- la Syrie-l Irak- la Libye-le Vénézuela etc...pour ne citer qu eux ...Les bellicistes veulent continuer à se faire du pognon et ils sont ceux qui ont un budget militaire annuel de 600 milliards de dollars comme les USA ou 500 milliards pour l Otan.....

    NB: Des manifestations "No War against Iran" ont eu lieu devant le White (ou le black!) House et que l opinion publique américaine est majoritairement très défavorable à la guerre contre l Iran...

    Bien à Vous M. Décaillet et bravo pour votre blog.
    Charles 05

  • UnOurs@ "On rappellera également que le président Bush fils était au début de son mandat plutôt équilibré quant aux questions proche-orientales. Puis il y eut le 11 septembre..."
    Elle est bien bonne, celle-là. Tout le monde sait que l'administration démocrate Clinton a donné les clefs, toutes les clefs, du problème Al-Qaeda à W. Et que celui-ci n'en a eu absolument rien à fiche. Et il y a eu le 9/11, qui objectivement foutait en l'air les plans que préparait la clique de pirates , voyous et kleptocrates W, Cheney, Rumsfeld, qui complotaient de se faire des milliards de dollars à eux trois sur le dos de l'Irak. Ils ont menti comme des chiens et ont réussi leur coup. Et fait des centaines de milliers de morts juste pour s'enrichir incroyablement, sur le dos des peuples américains et irakiens. Mais ils ont produit chez les Arabo-musulmans une haine de l'Occident qui ne va pas s'arrêter aux attentats du Bataclan. Les morts de Paris, c'est Bush fils. Et la haine va durer jusqu'à la fin de l'humanité, qui à mon avis est heureusement assez proche...

  • Je me souviens très bien que, durant sa première année présidentielle, Bush fils voulait arriver à une solution définitive équilibrée entre les Israéliens et les Palestiniens. Ce qui devait gêner certains plans. Donc, le 11 Septembre...

    PS: oui, je suis complotiste. Aujourd'hui, le """complotisme""" est la marque des esprits intelligents et courageux.

    Second PS: je ne sais pas ce que c'est les "Arabo-musulmans". Je ne raisonne qu'en terme d'Européens et d'extra-Européens. Et ici, dans l'affaire iranienne, "l'Occident" est censé se trouver allié des Séoudiens. Même si on ne me demandera jamais mon avis, ce sera sans moi.

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