Conservateur ?

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Sur le vif - Samedi 22.06.19 - 15.14h

 

Conservateur ? Oui, sans doute ! Mais un conservateur profondément social et populaire, détestant les inégalités, l'arrogance des puissants, considérant que chaque humain, dans le fragile miracle de son existence, en vaut un autre. La parole du dernier des oubliés m'importe tout autant que celle de ceux qui détiennent le pouvoir.

Conservateur ? Oui, mais républicain, immensément attaché à l'Etat, à son rôle d'arbitre et de correcteur des inégalités, à sa mission sociale, au service des plus démunis. Sur ce plan, soyons clairs, je suis un homme de gauche. Il n'est rien dont je sois plus éloigné que les conservateurs libéraux, inféodés aux puissances de la spéculation. Fasciné depuis des décennies par la figure de Léon XIII, et de Rerum Novarum (1891), je ne puis dissocier mon conservatisme d'une aspiration à l'équilibre, à l'amélioration des conditions du travail, et de la vie des humains sur la Terre.

Conservateur ? Oui, s'il faut protéger la nature, le patrimoine, les biotopes. Sans entrer dans l'idéologie Verte, dont certaines composantes politiques ne sont absolument pas les miennes, je dis absolument oui à la lutte pour la planète.

Conservateur ? Mon conservatisme est européen, je dirais même, pour être précis, qu'il est français quant à l'attachement aux valeurs de la République, italien pour la préservation des valeurs sociales, allemand de type bismarckien pour la construction dialectique d'un Etat social. Je n'ai rien à voir avec les conservateurs américains, ni anglo-saxons en général, ni d'ailleurs zurichois.

Conservateur ? Il est un plan sur lequel je le suis rudement : celui de la culture. Oh, certainement pas pour prôner la supériorité des ancêtres sur les modernes. Mais pour défendre absolument les chemins de la connaissance, leur longueur, leur âpreté, ce qu'ils exigent de patience et d'obstination. Nul violoniste ne fait l'économie de longues années de solfège, nul helléniste ne passera par pertes et profits les verbes irréguliers, ni les inflexions dialectales. Nul germaniste ne fera l'économie de la traduction de la Bible par Luther. Seule la tradition, écrit Péguy, est révolutionnaire.

Conservateur ? Oui, pour la primauté des valeurs de l'esprit, celle du verbe, le secret transcendant de la musique, le cheminement vers une langue, la contemplation des oeuvres, le questionnement des humains au-delà de leurs apparences, au-delà des cravates et des costumes des puissants, au-delà de la morgue du paraître, au-delà de la triste inanité du mondain. Alors oui, conservateur, pour vous déplaire. Ou peut-être, aussi, pour vous servir.

 

Pascal Décaillet

 

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