La puissance allemande, contre l'équilibre européen

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Sur le vif - Samedi 13.07.19 - 10.46h

 

L'Europe communautaire, ça fonctionnait de façon équilibrée et respectueuse, jusqu'à la chute du Mur (9 novembre 1989). Ça fonctionnait, tant que la partie allemande représentée y était l'Allemagne de l'Ouest. En gros, l'équivalent de la Confédération du Rhin sous Napoléon (dont les contours ne devaient rien au hasard), augmentée du Royaume de Bavière, toutes terres dont l'ancrage occidental est séculaire.

La chute du Mur, qui sur le moment m'a donné un immense vertige, a complètement changé la donne. D'abord, elle a très vite rompu l'équilibre. Il était très clair, pour qui est sensible à l'Histoire, dès la nuit du 9 novembre 1989, que l'Allemagne allait très vite se réunifier (elle l'a fait en 1990). Il était moins clair, hélas, que cette opération n'allait rien être d'autre que le glouton phagocytage de la DDR par les appétits affairistes et capitalistes des géants industriels et commerciaux de l'Ouest.

Je l'ai dit, je le répète : on a, d'un trait, rayé de la carte un pays membre (au même titre que la RFA) de la communauté des nations. L'Ouest a purement et simplement annexé l'Est. Le glouton Kohl, Rhénan totalement insensible aux réalités de l'Est, notamment à la dignité germanique des Prussiens et des Saxons, s'est comporté comme le valet des Américains et d'un système capitaliste mondial n'ayant plus rien à voir avec le vieux capitalisme rhénan, celui justement de sa région d'origine, à lui.

Ce géant réunifié, la Prusse définitivement rayée de la carte, et jusqu'à son nom (depuis 1945) jeté aux oubliettes, ce géant devenu de loin la première puissance démographique du continent (alors que les forces, avec la France, étaient équilibrées jusqu'en 1989), allait dès lors entraîner la construction européenne dans sa deuxième grande phase, totalement différente de l'esprit de la première.

La première phase, de 1957 à 1989 (on peut pousser jusqu'en 1992, Maastricht), est marquée par l'équilibre (nulle puissance hégémonique n'émerge), et le respect mutuel. La réconciliation entre la France et l'Allemagne, scellée par la Traité de Reims (1963), fonctionne comme la pierre angulaire d'une cathédrale. Il y a quelque chose de beau et de grand dans cet espoir d'une Europe des cœurs et des âmes.

La deuxième phase, de 89/92 jusqu'à aujourd'hui, c'est celle de l'Allemagne augmentée, que je décris dans mon dernier papier. L'Allemagne de Kohl, qui joue cavalier seul dans les Balkans, d'abord dans l'affaire croate et slovène, puis dans l'affaire Bosniaque, puis (avec ses services secrets) dans l'affaire du Kosovo. La France n'y voit que du feu, laisse son prophète à chemise blanche nous inonder de morale lors de son voyage auto-publicitaire en Bosnie, la France ne fait plus de politique, elle ne jure que par l'humanitaire et le droit d'ingérence. Kouchner en sera le grand bailli.

Oui, depuis trois décennies, l'Allemagne est totalement décomplexée. Géant économique, elle est redevenue le géant politique en Europe, la France est à la traîne, et l'épisode Macron accentue le sentiment de vassalité de Paris face à Berlin. En Europe centrale et orientale, en Pologne, dans les Pays Baltes, les entreprises allemandes s'installent partout où elles peuvent. En Ukraine, l'Allemagne (qui a laissé là-bas quelques souvenirs, entre 1941 et 1944), joue sans vergogne une carte historique particulièrement dangereuse, sous-estimant la possibilité, un jour, de réaction des Slaves russophones. Une Allemagne décomplexée, sans tabous, apparemment sans mémoire, profitant du paravent européen pour imposer, en réalité, ses propres intérêts nationaux supérieurs.

Cette deuxième phase de la construction européenne n'a plus rien à voir avec la première. Là où celle-ci était porteuse d'espoir, de respect et d'équilibre, celle-là suinte et respire la captation d'un ensemble par son élément le plus puissant. Exactement ce que craignaient, comme la peste, les pères fondateurs du Traité de Rome, en 1957.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Le point commun entre les pays de la vieille Europe et ce qui les différencient de l'autre, "récupérée" de l'est c'est son islamisation. L'Allemagne qu'elle soit le maillon fort n'y change rien, les seuls vrais européens au sens civilisationnel qui subsisteront seront à l'Est, plus proches des russes que de la Mahomethanie annoncée. Poutine a su faire d'un empire en lambeaux un pays ou chacun sait ou est sa place et comment il doit se comporter, ce que nos soit disant démocraties ne savent plus mettre en pratique tant le sentiment d'appartenir à une nation est faible et tant la culpabilisation historique voulue par la gauche et les centristes nous ramollis. Face à l'invasion de ceux qui ont toujours étés les ennemis de l'Europe chrétienne, un ramassis de parleurs hédonistes qui s’imaginent pouvoir convaincre les adeptes de Mahomet que leur loi divine doit pouvoir s'adapter aux nôtres tout en se soumettant à leurs revendications dont on imagine mal le dernier chapitre. L'Europe n'est faite que d'économie et l'Allemagne en profite mais elle n'est plus capable d’insuffler à son peuple même le sentiment d'exister en tant que patrie. Erdogan s'en amuse et joue au trouble fête en allant chercher précisément chez Poutine les fruits de la discorde d'avec cette Allemagne membre de l'OTAN qui s'est laissée envahir par un cheval de Troyes aux parures ottomanes. Entre l'argent et leur identité les allemands ont choisi l'argent mais ils risquent de perdre les deux entraînant dans leur chute identitaire le reste du vieux continent.

  • On peut vaticiner tout ce que l’on veut, mais la réalité de l’Union Européenne basée sur la conception française, unitaire, de l’État et ses tentacules, les commissaires européens non élus et principalement son chef ou future Cheffe, ne peut fonctionner dès lors que l’on a dépassé les six Etats fondateurs. Le déséquilibre s’est accentué au gré des nouvelles admissions et la réunification de l’Allemagne (avec le décrochage de la France dès cette réunification) ne fait que parachever cet édifice contraire aux démocraties la composant.
    La survie de la monnaie unique (gérée par les faux-monnayeurs J-Cl. Trichet, Mario Draghi et bientôt Christine Lagarde) ne tient qu’à un fil que les allemands devront bientôt couper, faute de récupérer leurs créances de plus 987 milliards d’Euros contre les Etats faibles de l’Union ; parce qu’ils n’ont pas obtenu le vrai poste visé, celui de Président de la Banque Centrale Européenne pour M. Jens Weidman, Gouverneur de la Bundesbank et la reprise d’une politique économique fondée sur le vrai et non la financiarisation de toutes activités !

  • Mais enfin si l'Allemagne est bien intrinsèquement cette grande puissance continentale, à nulle autre pareille, comme vous ne cessez de le dire et de l'écrire, quelle qu'ait été la gloutonnerie et la médiocrité de Kohl et de Merkel, alors de toute façon il est évident et inévitable qu'elle dominera le continent et quoiqu'on dise, ou fasse, celà sera.

    Personnellement je le pense, et dans la mesure où c'est un fait incontournable mous devons en prendre notre parti. On peut regretter les communautés européennes, moins arrogantes que l'Union Europeenne d'aujourd'hui et avec lesquelles la Suisse réussissait à bien s'entendre. Je les regrette. On peut regretter l'Europe rhénane d'Adenauer. Mais vous l'avez rappelé: la Prusse existe et elle fait aussi partie de l'Allemagne. Et elle pèse lourd.

    Personnellement en tant que Suisse je suis prêt à accepter une Europe allemande, en espérant que l'Allemagne redevienne la grande civilisation qu'elle a été depuis le moyen âge et cesse d'être de qu'elle est aujourd'hui: c'est à dire un protectorat américain.

    Dernier point: je pense que vous n'avez pas raison quand vous dites que cette Allemagne d'aujourd'hui est totalement décomplexée. C'est peut-être vrai dans la mesure où elle parvient à faire avancer durement certains intérêts allemands sous le couvert de son rôle de représentante principale de la puissance américaine en Europe. L'Amérique lui en donne la permission car ça l'arrange. C'est sans doute un calcul que font les élites allemandes pour tirer parti d'une situation dans laquelle leur pays est encore sous occupation. Mais décomplexé, ce pays ne l'est pas. Sinon il ne se sentirait pas obligé de démontrer une willkommenskultur suicidaire envers les musulmans qu'elle est contrainte d'accueillir massivement, sinon Horst Mahler ne sera pas en prison, sinon il n'y aurait pas ce Mahnmal à Berlin, sinon l'Allemagne ne fournirait pas de sous-marins nucléaires presque gratuitement à Israël, aux frais des contribuables allemands, sous marins et armement, nota bene, dont les têtes nucléaires sont pointées, notamment, contre les villes allemandes pour maintenir le chantage et avertir les élites allemandes de ce qui se passerait si l'Allemagne cessait de payer et d'être complexée.

    L'Allemagne est encore complexée, parce que c'est encore un pays sous occupation et c'est un pays contre lequel la guerre n'a jamais cessé. Actuellement la guerre contre l'Allemagne se poursuit par l'arme la plus atroce qui soit: l'Umvolkung, visant à l'éradication du peuple allemand, après avoir été menée depuis 1945 par l'Umerziehung.

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