Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers !

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Dissertation historique sur le sens profond du Brexit - Mercredi 24.07.19 - 15.36h

 

Les trois années, totalement perdues, de Theresa May, furent trois ans de répit pour l'Ancien Monde.

Trois années à compliquer au maximum l'écheveau, pour ne surtout pas appliquer la volonté du peuple. Trois années de déni. Dans ce roman-fleuve des "négociations" entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, pour trouver une porte de sortie, les responsabilités sont partagées. Peut-être même sont-elles plus graves, plus lourdes, du côté de Londres qu'à Bruxelles.

La question première, concernant le Royaume-Uni et l'Europe, n'était pas tant de savoir s'il était opportun qu'il en sortît. Mais, beaucoup plus fondamentalement, s'il était judicieux, en 1972, qu'il y entrât. De Gaulle s'y était opposé. Le pré-macronien Pompidou, très peu concerné par l'axe franco-allemand (contrairement à de Gaulle, Giscard, Mitterrand), avait laissé faire. Pompidou-Macron, voilà un vrai rapprochement possible, y compris dans les relations avec la grande finance cosmopolite.

Le Royaume-Uni est une très grande nation, nul ne le nie, et son comportement pendant la Bataille de Londres, en 1940, l'a prouvé avec éclat. Mais ça n'est pas une nation du CONTINENT EUROPÉEN. Si vous prenez la peine d'examiner toutes les alliances, tous les renversements, depuis la Guerre de Sept Ans (1756-1763), vous verrez aisément à quel point chaque engagement britannique dans un conflit vise exclusivement (et il n'y a nul grief à leur en faire) à sauvegarder les intérêts économiques, commerciaux et stratégiques majeurs du Royaume-Uni dans son rapport de forces face au continent. J'y reviens en détails quand vous voudrez, et nous aurons là, par exemple, l'une des clefs d'explication de l'incroyable sauvagerie de la Royal Air Force pour rayer de la carte le port (concurrent de Londres) de Hambourg, en 1943. On songera, aussi, à Churchill profitant, au passage, de se débarrasser de la Royale, la Flotte française, à Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940.

Bref, Londres a toujours joué solo, c'est ainsi. La grande histoire de la construction européenne, c'est la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Elle fut réelle, vint des cœurs et des âmes, aurait pu être entamée bien avant s'il n'y avait eu l'ignominie (pour le peuple allemand) du Traité de Versailles (1919). Elle fut portée par un homme immense (Charles de Gaulle) et un admirable Allemand (Konrad Adenauer), puis par les très beaux couples Schmidt-Giscard, et Kohl-Mitterrand. C'est autour de cet axe, avec d'abord les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas), puis d'autres nations continentales, que tout l'édifice s'est construit. Il y avait, dans cette première période de l'Europe communautaire, quelque chose de beau et de grand, je l'ai déjà souligné ici.

Mais très franchement, que venait fabriquer le Royaume-Uni dans cette galère ? Son Histoire est différente, ses intérêts supérieurs aussi, son ancrage avec le Nouveau Monde (depuis le 14 août 1941, en tout cas, la Charte de l'Atlantique), ses objectifs maritimes et commerciaux, son rapport au libéralisme, au libre-échange, tant d'éléments qui font des Britanniques un peuple certes européen, mais "un peu à part" : la question, déjà, se posait lors de la Guerre de Sept Ans.

Theresa May, c'est trois années perdues. Pour Londres, mais aussi pour Bruxelles, qui se serait bien passée de la gestion interminable d'un divorce. Dans cette affaire lamentable, une partie de la classe politique, mais aussi médiatique, britannique, porte une lourde responsabilité. Elle a bafoué le système du référendum, n'a voulu écouter le peuple qu'à moitié, ou pas du tout, a très vite parlé de "revoter", a donné au monde un signal catastrophique de déconnexion d'une cléricature face au suffrage universel. Trois années catastrophiques pour l'image de cette grande nation sur la planète.

Puisse Boris Johnson mettre en œuvre la volonté populaire de 2016. Puisse-t-il trouver, avec Bruxelles, un accord dans l'honneur et le respect mutuel, où personne ne perdrait la face. Puisse le Royaume-Uni mettre un point final à 47 ans d'une expérience qui, face à la grandeur de son destin, n'aura pas été concluante. Hors de l'Union européenne, les Britanniques demeureront un grand peuple, ami et respecté. Il y a une vie d'Européen sans appartenir à l'UE. Je connais d'assez près un petit pays, quadrilingue, au coeur du continent, qui en fait tous les jours la bienfaisante expérience.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Boris Johnson fera ce qu'il peut pour trouver un accord (pour autant qu'il le veuille vraiment). Mais une chose est certaine : l'UE ne changera pas son fusil d'épaule et si Brexit il y aura, ce sera un Brexit dur, sans accord.

  • Les anglais s'en sortirons parce qu'ils ont foi en eux même s'ils sont de plus en plus contaminés par la mondialisation. L'Europe par contre à du souci à se faire tant les divisions sur ses choix politiques s'accentuent.

  • Mieux vaut un Brexit dur que les tergiversations de la Theresa Mehhh!

    Cela prouvera aux autres européens qu'il est possible de faire un grand doigt d'honneur à l'UERSS!

  • "l'UE ne changera pas son fusil d'épaule"
    L'esprit de vengeance prédominera, il suffit de se souvenir des paroles haineuses de Cohn-Bandit à propos d'une entrée de la Suisse.

  • Voilà, ce que j'annonçais dans un autre fil de discussions...

    +++++++++++++++++++
    Boris Johnson backs amnesty for up to 500,000 undocumented migrants...
    +++++++++++++++++++

    https://www.theguardian.com/politics/live/2019/jul/25/boris-johnson-new-cabinet-prime-minister-chairs-first-cabinet-as-critics-say-party-now-fully-taken-over-by-hard-right-live-news

    ... et comme d'habitude, les droitards n'ont rien vu passer.

  • Il ne faudrait pas oublier que l Union Européenne (Désunion Européenne au fait) a tout fait à ce qu une sortie d un de ses éventuels ex-membres puisse se faire "démocratiquement".

    Au fait l entrée à cette auberge "espagnole" est bien plus facile que sa sortie, vous rentrez par la porte mais pour sortir il faut passer par le vasistas. Cette règle n est pas celle de l UE mais bien celle de l Otan, bras armé principale des USA qui gouverne ladite loufoque U.E.

    bien à Vous.
    Charles 05

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