Macron-Poutine : l'Histoire au rendez-vous

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Sur le vif - Lundi 19.08.19 - 14.12h

 

Au moment où Macron reçoit Poutine, il est temps de rappeler la profondeur historique, la qualité et la nécessité des relations entre la France et la Russie. Au fil des siècles, malgré quelques exceptions (on pense évidemment à la Campagne de 1812), c'est l'alliance et l'amitié, les efforts de compréhension mutuelle entre ces deux grandes nations, qui prédominent.

Un homme, plus que tout autre, l'a compris : Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, lorsqu'il rend visite à Staline en décembre 1944. Il faut lire ce qu'il en dit, et tous les livres qui furent consacrés à cette rencontre : il est parfaitement égal à de Gaulle que Staline soit communiste ; ça n'est nullement l'option idéologique qui l'intéresse, mais la dimension nationale des rapports de forces. A cinq mois de l'issue de la guerre, c'est le Tsar, l'homme fort, celui qui s'apprête à lancer l'offensive finale sur Berlin, que le Connétable vient humer, flairer. Il dira plus tard (à Jacky Kennedy !) que le Géorgien est l'homme d'Etat qui l'a le plus impressionné.

Aujourd'hui comme hier, la France et la Russie ont beaucoup à se dire, et tant à échanger. Ces deux peuples, au fond, s'admirent et se respectent. Emmanuel Macron, dont la perception diachronique des événements n'est pas exactement le point fort, a-t-il ces choses-là en tête ? Saura-t-il dialoguer avec le Maître de Moscou avec la largeur de vue, la dimension historique, le réalisme et le cynisme nécessaires ? Comprend-il qu'une alliance durable avec la Russie comporte infiniment plus d'avantages, dans les équilibres du continent, que la prétendue communauté d'intérêts de "l'Occident", cache-sexe de la soumission à l'impérialisme américain et à une vision ultra-libérale n'ayant rien à voir avec les valeurs ancestrales de l'Europe, où le rôle de l'Etat, facteur de civilisation, est premier. Cela remonte à Rome !

Tels sont les vrais enjeux de la rencontre du Fort de Brégançon. Tel est l'horizon d'attente où il est convient de les placer. La qualité des relations entre la France et la Russie est à entrevoir dans l'immense galerie de l'Histoire. Puisse-t-on nous épargner les peccadilles, les épiphénomènes et le grenier aux accessoires.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Une alliance durable avec la Russie ? Malgré des "peccadilles et autre grenier aux accessoires" ?
    Pourtant, l'annexion de la Crimée par la Russie n'est pas un "épiphénomène" et reste un acte inacceptable !
    Donc un éventuel rapprochement avec Poutine, peut-être, mais pas sans conditions. Sinon on devrait aussi accepter une future annexion de la Lettonie, peuplée à 30 % par des Russes…

  • Pourquoi écrivez-vous qu'il faut souhaiter que M. Macron dialogue avec notamment le "cynisme nécessaire" avec M. Poutine


    Quelles sont toujours en fin de compte les victimes délibérément visées au plus pratique comme au plus commode voire avec joie mauvaise ou perverse sans scrupule et sans état d'âme du cynisme des grands de ce monde?

  • "Ce Géorgien est l'homme d'État qu'il a le plus impressionné"
    Pourtant, le 10 décembre 1944, alors que le Reich était sur le point de s’effondrer, fallait-il vraiment que la France signe, à Moscou et en présence de Staline, un « Traité d’alliance et d’assistance mutuelle » avec l'URSS ?
    Espérons que le général de Gaulle utilisa une très longue cuillère s’il a mangé à la table de Staline, un despote criminel et cynique, bien à la hauteur de Hitler, mais plus « fréquentable » parce que l'un des Allié !

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