Classe moyenne : arrêtez le massacre !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 11.09.19

 

Les Genevois travaillent, ils gagnent de l’argent, mais, au final, n’en voient pas beaucoup la couleur ! A Genève, où la classe moyenne est tondue comme un mouton, la distorsion entre salaire brut (pour les employés) ou chiffre d’affaires (pour les indépendants, les petits entrepreneurs), et d’autre part le salaire ou revenu net, est déjà particulièrement criante. Elle l’est encore plus entre l’argent qu’on finit quand même par recevoir, toutes ponctions opérées, et ce qu’on appelle le pouvoir d’achat, entendez ce qui reste de sonnant et trébuchant pour s’acheter à manger, se déplacer, se vêtir, accéder au concert, au cinéma ou au théâtre, se procurer quelques livres, se promener, voyager, pratiquer ses loisirs. Entre le salaire brut, qui parfois paraît fort confortable par rapport à d’autres cantons, et le pouvoir d’achat, il y a, à Genève, pour la classe moyenne, un précipice.

 

Prenez le salaire net. On vous a déjà prélevé l’AVS, le deuxième pilier, les assurances sociales, vous vous sentez déjà plus léger. Mais votre diète ne fait que commencer. Avec ce qui vous reste, il va vous falloir entretenir votre famille, payer votre loyer, les charges, les opérateurs téléphoniques parmi les plus onéreux d’Europe, des primes maladie étouffantes, et satisfaire à l’une des pressions fiscales les plus gourmandes de Suisses. A la fin des fins, il vous restera de quoi vous acheter quelques cacahuètes, ou si vous préférez des bretzels.

 

La classe moyenne, c’est la masse des gens qui, entre les assistés et les nababs, ont certes la chance d’avoir un travail, parfois bien rémunéré, se donnent à fond pour ce boulot, pour leur employeur (s’ils sont salariés) ou pour leur petite entreprise (s’ils sont indépendants), ne comptent ni les jours ni les heures, participent largement à la prospérité générale, aiment leur vie, leur job, sont heureux de fournir l’effort, fiers de ce qu’ils apportent, mais n’arrivent pas, à la fin du mois, à mettre un seul centime de côté. Alors, de plus en plus, ils ont peur, souvent secrètement. Leurs futures retraites, ils les voient fondre. Les taux négatifs leur flanquent la trouille. Et ils n’ont strictement aucun droit, eux, contrairement à d’autres, à la moindre aide, la moindre subvention. C’est cela, la classe moyenne : des gens bosseurs, des gens honnêtes, ils aiment le travail bien fait, mais ils sont rivés comme des serfs à leur condition, parce que l’Etat avec ses impôts, les assureurs avec leurs primes, leur prennent tout.

 

Cette situation ne peut plus durer. La classe politique genevoise, tous partis confondus, doit placer les questions du pouvoir d’achat et de la classe moyenne au cœur de ses préoccupations. Un peu de respect, SVP, pour les gens qui travaillent dur, toute leur vie, et ne peuvent profiter du fruit de leur labeur. L’Etat doit se montrer moins glouton, et réduire son train de vie. Quant aux primes maladie, préoccupation no 1 des Suisses, il en va de la dignité du politique de trouver une solution à cet absolu scandale.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Ceux qui disent que les contribuables genevois n`en ont pas pour leur argent n`ont qu`a déménager. Ils reviendront vite a moins d`etre riches a millions car alors ils gagnent a payer moins d`impots tout en continuant comme avant a dédaigner les services publics pour le privé (santé, sécurité, scolarité...).

  • Il est évident, @M. Pascal Décaillet, que la Suisse a réussi à ce jour à maintenir sa classe moyenne mais plus ni pour demain ni pour l après demain. C est fini tout ça!

    Quand vous voyez combien ça coûte l assurance maladie par tête+ la location d un appartement de 3 pièces (à Genève, par exemple, si on en trouve, cuisine à la genevoise incluse dans les 3 pièces!) nous sommes au delà de 2000.- à 2500.-FS représentant la moitié d un salaire moyen dans un marché déjà saturée par l inégalité salariale et l insécurité de l emploi (même entre Homme et Femme) . Aujourd hui, le début de l émiettement de la classe moyenne témoigne évidemment de l explosion de la société, de sa future décomposition sociale et la perte d une cohésion sociale mélangées à une angoisse populaire chronique concernant l avenir de nos enfants et de nos petits enfants.

    S ajoute à cet émiettement de la classe moyenne les cris de la droite et de l extrême droite qui veulent que la Suisse mette demain un pied dans l UE et l autre pied le sur lendemain.

    Et tout cela est le résultat de la globalisation et la mondialisation initiées par les USA, le Japon et l Allemagne. L insécurité de l emploi, l inégalité salariale vont déprimer la fécondité et le remplacement des parents qui partiront un jour ou l autre. Hélas que les dirigeants suisses et même le peuple n a pas encore compris qu il n y a aucun alignement entre l Economie et l encouragement de la démographie. Alors on importe des "salauds d Etrangers" meilleur marché que les suisses et qui écrasent le coût et le salaire de nos propres citoyens et tout cela est pour le grand bonheur et l augmentation encore plus du profit des grands patrons et grands employeurs. Tout conflit économique se substitue tôt ou tard par un conflit social (xénophobe, anti-étranger voire raciste et anti-religion...) Donc, (avec une ironie meurtrière et au 2ème degré!) la religion musulmane par exemple est le seul et unique responsable de tous nos malheurs...Ah... j ai oublié que Poutine est aussi l autre grand responsable de tous nos misères .... et les moutons de Panurge suivent comme d hab...Zut et flut alors ...!

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • Né à Genève, je dois toute ma scolarité et mes études à ce canton. Et bien plus. Pourtant, quand nous avons eu des enfants, avec mon épouse nous avons été contraints de quitter notre canton comme beaucoup d’autres faisant partie de cette classe moyenne que définit M. Decaillet. Nous avions deux choix : la France voisine ou le canton de Vaud. Nous avons choisi ce dernier. Peu de temps après, une conseillère d’Etat genevoise émit l’idée d’imposer les pendulaires. D’autres élus pensent que les pendulaires vaudois profitent de l’impôt genevois. Je ne suis pas un profiteur, juste un travailleur qui n’avait pas les moyens de vivre à Genève avec sa famille. Je pense qu’il y a une mentalité politique à Genève qui doit changer.

  • Pourquoi en rester à un constat et ne pas donner des noms, tracer un historique et pointer les décisions qui ont mené à cette sombre énumération de rêves évanouis ? Il y des créatures humaines qui ont provoqué ce glissement vers l'absurde, il y a des parlementaires, des lobbies, des officines, une kyrielle de manoeuvres légales mais non légitimes, des engagements politiques non tenus, des compromissions, des mensonges. En rester à une juste mais vaine diatribe ne fait que renforcer l'amertume et le désengagement. Autant j'apprécie la force et la conviction présentes dans ce texte, autant j'aimerais voir surgir des pistes de réflexion et d'action afin de pouvoir résister par des actes concrets à un désastre annoncé mais non avenu à ce jour. La classe moyenne et ses strates ne vivent pas encore la grande dégringolade en commun et à la même vitesse. En revanche, l'inquiétude est générale et à nouveau Gramsci... A ce pessimisme amer et prophétique vers lequel nous fait pencher l'actualité, opposons un pragmatisme volontaire et imaginatif qui aurait la forme d'une résistance par des gestes et des textes sans idéologie dogmatique, sans pudibonderies politiquement correctes, et surtout avec un rejet violent et non négotiable de l'arrogance et de la mauvaise foi, deux outils si souvent considérés comme faisant partie du jeu normal de la politique. La conclusion d'une émission récente de la TSR affirmait avec malice que l'opposé de la connerie était probablement la sagesse. Voilà donc une vertu qui pourrait servir d'étalon-or lors des choix à faire pour les prochaines élections fédérales. Une sagesse laïque, républicaine, responsable et solidaire. En espérant qu'elle existe encore quelque part...

  • Monsieur Décaillet, votre indignation est justifiée et légitime, mais commencez-vous à comprendre que ces attaques constantes contre les classes moyennes autochtones blanches dans tous les pays occidentaux ne relèvent pas de l'incompétence, mais d'une volonté? Volonté du système qui veut aboutir à une hyperclasse compacte régnant sur des masses métissées, donc sans mémoire, sans identité, sans intelligence, sans capacités organiques de résister; cela dans un contexte général de crise systémique et de raréfaction des ressources. Il suffit de prendre le tram à Genève, voyez-vous ces masses entamer un mouvement révolutionnaire efficace, dirigé contre les vrais responsables ? Evidemment non, c'est pourquoi les classes moyennes blanches doivent disparaître et vite, car il n'y a rien de plus dangereux que des déclassés blancs qui savent encore organiser rationnellement l'expression de leur colère.

  • @UnOurs

    Les classes moyennes inférieures et supérieures font (faisaient ?) le maillage socio-économique des pays occidentaux. Leur appauvrissement met ce maillage en péril mais est-il réellement voulu, programmé et organisé méthodiquement ? Par qui ? Qui constitue l'"hyperclasse" dont vous parlez ? Contrairement à vous, je dois avouer que je sèche un peu. Je manque de preuves. Certains événements et mouvements de fond, à priori, vous donnent raison. Cultivées, formées, réactives et critiques, les classes moyennes ont (avaient ?) un potentiel de résistance aux dérives du "système" mais l'"hyperclasse" a besoin de leur pouvoir d'achat, dès lors pourquoi vouloir les éliminer ?
    Bien à vous

  • @UnOurs (de Berne?)
    J'ai rarement lu un texte aussi convaincant dans sa logique sur la question du "Grand remplacement" et j'espère de tout coeur que vous avez tort.

  • N'oubliez pas ce que vous dit le système, "ils" viennent pour payer vos retraites:

    https://twitter.com/TF1LeJT/status/1171789828045885440?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1171789828045885440&ref_url=http%3A%2F%2Fwww.fdesouche.com%2F1258711-quimper-29-voitures-brulees-feux-de-poubelles-et-forces-de-lordre-prises-a-partie

    Il faut vraiment que les classes moyennes blanches commencent à comprendre les choses...

  • @Malentraide: il me serait difficile de vous répondre, ici et maintenant, pour deux raisons. Premièrement, ce sujet est d'une complexité folle; en le considérant, je vois une sorte de jeu d'échecs non pas sur un plan carré, mais dans un cube, avec des interactions démultipliées. En second lieu, il y a des choses qui ne sont pas "dicibles" dans notre société "libre".

    @Mère-Grand: merci. Comme vous, j'aimerais aussi me tromper. En voyant aujourd'hui cette photo de la réception du premier Gripen, par l'armée de l'air brésilienne...

    http://psk.blog.24heures.ch/media/01/02/3151267492.jpeg

    ... j'ai vu le projet systémique qui nous est également réservé: une élite très restreinte qui ne se mélange pas, se réservant le meilleur des ressources encore disponibles et "régnant" sur des masses métissées et/ou déracinées, dépourvues de fait de toute capacité de réaction efficace.

  • @UnOurs

    "... j'ai vu le projet systémique qui nous est également réservé: une élite très restreinte qui ne se mélange pas, se réservant le meilleur des ressources encore disponibles et "régnant" sur des masses métissées et/ou déracinées, dépourvues de fait de toute capacité de réaction efficace."

    C'est le film Zardoz, réalisé par John Boorman en 1974, que vous décrivez là...

  • Oui, Otto, exactement, de là la nécessité du métissage et de la diversification de nos sociétés (1), car seuls les groupes homogènes "montent au château" avec des fourches.


    (1) avez-vous remarqué dans les pubs tv diffusées en Suisse à quel point, depuis environ 6 mois, la "diversité" est poussée en avant ? Plus une seule pub sans une jolie métisse ou un Africain sympa. Pour sa promo de marque, Allianz nous a même gratifié d'un petit film mettant en scène un gentil Suisse-allemand bien timide avec une Indienne de haute caste...

  • Très attentifs à notre temps de cerveau disponible, nous n'avons plus de télévision depuis 1979.
    Mais nous avons Léman Bleu et le Grand Conseil sur Internet...

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