Monopoly

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Sur le vif - Samedi 05.10.19 - 16.00h

 

Prétendre, comme ce matin à la radio le directeur général de la SSR, que les investissements n'ont rien à voir avec le budget courant d'une entreprise, sous prétexte de séparations étanches dans la comptabilité, ou proclamer qu'on ne doit pas hésiter, malgré une situation déjà très serrée (voire déficitaire), à s'endetter pour de miroitantes infrastructures d'avenir, immobilières par exemple, c'est typiquement le raisonnement de ceux qui dépensent l'argent des autres. Ils ont à l'argent une relation lointaine, ludique, virtuelle, onirique, comme on l'aurait à des billets - ou des immeubles - de Monopoly.

Jamais un petit entrepreneur, un indépendant, qui possède son capital, son outil de travail et sa société, ne raisonnerait ainsi. Petit, prudent, limite timoré, ringard même si ça vous chante, il survivra aux grands flambeurs. Car il a appris, lui, à compter. Et à se méfier. S'il est serré dans son budget, vous croyez qu'il va investir dans des locaux dix fois plus onéreux que son chiffre d'affaires annuel ?

A moins d'être totalement fou, il ne le fera jamais. Il commencera, s'il est intelligent, par capitaliser, pour élargir patiemment le champ de son possible, consolider son indépendance économique. Et surtout, ne pas emprunter un seul centime ! Le jour où il aura réuni, par ses économies, les sommes nécessaires, il investira. Mais pas avant.

Mais pour certains parlementaires, ou pour les pontes d'une usine à gaz, aucun problème, on flambe ! Ces gens-là prennent des risques, insensés parfois, avec de l'argent qui n'est pas à eux.

Je n'aime pas du tout cette manière de considérer la responsabilité de l'entrepreneur.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • "Ces gens-là prennent des risques, insensés parfois, avec de l'argent qui n'est pas à eux."

    Nos "élites" savent pertinemment qu'elles ne risquent rien.

    Quand les effets néfastes de leurs décisions stupides ou malhonnêtes se font sentir, ils sont soit morts, soit à la retraite, soit bien tranquilles à "Miami" ou, dans le pire des cas pour eux, condamnés à trois mois, avec sursis évidemment.

    Dans l'ancienne Chine, quand l'empereur envoyait un ordre écrit au gouverneur d'une de ses provinces lointaines, la missive se concluait ainsi: "obéissez et tremblez."

    Il faudrait vraiment que nos politiques commencent à trembler...

  • "Il faudrait vraiment que nos politiques commencent à trembler..."
    C'est nous qui les élisons et les gens intelligents ne se présentent pas. Nous ne sommes pas en France, où les idiots jaunes peuvent se défouler sur une tête de Turc.
    Faites de la politique, UnOurs. On votera pour vous...

  • Merci Géo, mais j'imagine que si je présentais mon programme général à visage découvert dans la société actuelle, j'échapperais difficilement, au choix, à la mort sociale, à la cour de justice ou à l'asile d'aliénés.

    Bon, dans notre "société"...

    https://twitter.com/NBParis/status/1180528662648688643?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1180528662648688643&ref_url=https%3A%2F%2Fdemocratieparticipative.tw%2Fparidalgo-decouvrez-le-travball-video%2F

    ... être considéré comme un furieux ou comme un cinglé relève de la plus aristocratique distinction.

    Et de toute façon, je pense que le temps de la politique est révolu, puisque on entre dans le temps de la survie physique, aussi bien individuelle que collective.


    PS: sur les "gilets jaunes", c'est plus compliqué. Au début du mouvement, il y a eu une sorte d'intelligence collective organique implicite, malheureusement effacée dès que les "suspects usuels" se sont intéressés au mouvement.

  • Le financement de l'Etat n'obéit pas tout à fait aux mêmes règles que celles applicables à l'individu ou à l'entreprise car l'Etat a davantage de crédit vis-à-vis de ses créanciers pour des raisons très simples - il ne meurt pas (comme un individu) et il est beaucoup plus rare qu'il tombe en faillite ou disparaisse des suites d'une insolvabilité (c'est possible, mais c'est rare; je crois que l'un des derniers Etats à avoir fait faillite en Europe est le Comté de Gruyère - qui conformément à la sage prédiction du bouffon Chalamala - a été mangé par l'ours de Berne dans le chaudron de Fribourg - raison pour laquelle on trouve encore la grue sur les drapeaux de communes bernoises (Saanen ou Gstaad), vaudoises (Château d'Oex, Rougemont, Rossinière - toutes passées de Berne à Vaud entre-temps) ou fribourgeoises (Gruyères)). Comme débiteur, un Etat représente un risque moins grand pour ses créanciers. Cela ouvre sur le long et très long terme des perspectives de financement qui n'existent ni pour un individu, ni pour une entreprise. N'importe quel bateau peu couler. Mais certains bateaux peuvent s'aventurer dans des eaux où les autres ne vont jamais.
    Cela dit, je partage votre inquiétude s'agissant de Genève, qui a une structure et un volume de coûts incompréhensibles. Et je doute que nos édiles comprennent ce qu'ils font. Ils me semblent apprendre sur le tas, faire ce qu'on a toujours fait, avoir peur de passer pour celui qui ne comprend pas (alors, ils n'essaient pas de comprendre et ne posent pas de questions).
    Malheureusement, nous arrivons à une période de bouleversements prévisibles, car la dynamique de la croissance s'est brisée, et que c'est la croissance soutenue des dernières décennies qui a permis de croire que l'endettement était indolore (on s'endette volontiers quand on est certain de gagner un franc plus facilement l'année prochaine que cette année). Les taux extrêmement bas poussent encore à l'endettement. Alors que simultanément, on fait de grands discours sur la décroissance, l'environnement, la surconsommation, ou la qualité de vie.
    On ne pourra pas tout avoir. Financer la dette (quand les taux remonteront - et ils auront tôt fait de doubler, tripler et plus, puisqu'ils sont si bas...), conserver les droits acquis des fonctionnaires, financer les retraites d'une génération qui nous laisse bien des ardoises, assurer un bon équilibre vie privée - vie professionnelle à tous les millennials dès la sortie de l'université. Cela demandera beaucoup d'argent, qu'il faudra générer tout en polluant moins, et en décroissant... Le réveil sera rude.

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