Faute de frappe sur Gaza

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Sur le vif - Mardi 12.11.19 - 15.36h

 

Il faudra quand même expliquer un jour, concrètement, ce qui se cache derrière la traditionnelle expression "frappe israélienne sur Gaza".

Le mot "frappe" est apparu lors de la première Guerre du Golfe, en janvier 1991. J'étais journaliste à la RSR, je me méfiais de ce mot, qui suintait l'euphémisme, directement repris des communiqués de propagande de l'armée américaine.

Le mot "frappe" est un terme voulu par les attaquants, dans le langage savamment pesé de leur communication à l'extérieur, pour laisser entendre qu'on s'est comporté de façon raisonnable, ciblée, évitant au maximum les victimes aux alentours, non-concernées par le conflit entre militaires.

Le mot "frappe" est destiné à rendre l'assaillant sympathique. Donner de lui l'image d'un guerrier humain, limitant la casse.

La réalité, celle de Gaza 2019, comme celle de l'Irak 1991, ou du Vietnam des années 60/70, n'a évidemment rien à voir avec ce montage intellectuel.

La réalité, c'est cette autre invention de vocabulaire, odieuse, les "dommages collatéraux". Entendez les victimes civiles, autour de la "frappe chirurgicale".

A Gaza, il n'existe de "frappes" que dans les communiqués de l'armée israélienne. La réalité est celle de bombardements d'une grande violence, sur un univers urbain d'une extrême densité : imaginez un million et demi d'habitants, sur un étroit littoral, entre Genève et Lausanne !

Il ne faut plus jamais parler de "frappes" lorsqu'il s'agit de Gaza. Ou alors, il faut préciser que ce mot trompeur est celui des communiqués israéliens.

La guerre, c'est avant tout la guerre des mots.

 

Pascal Décaillet

 

 

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • Fait pas bon appartenir a une communauté voulant l´indépendance et n´ayant pas les moyens de l´imposer. Les Palestiniens, les Kurdes, les Touaregs, les Tibétains, les Cashmiris et d´autres encore en savent quelque chose. L´homme étant ce qu´il est, comment pourrait-il en etre autrement ?

  • Petit conseil aux gens qui n'ont pas eu l'occasion de se frotter à un conflit. (J'étais chef du bureau SDR (Swiss Disaster Relief) à Pristina au plus mauvais moment).
    On n'arrive à rien à avoir un point de vue neutre dans tout ça. Et si vous n'arrivez pas à prendre parti, il est à craindre que vous y soyez obligé par l'un des belligérants., même si cela contredit vos opinions.
    J'ai été un des derniers Occidentaux à Pristina avant les bombardements. Wosislav Seselj a proclamé qu'il fallait pendre tous les Occidentaux à la première bombe américaine. Donc moi, parce qu'il n'en restait plus beaucoup d'autres. Dans la chaîne d'évacuation, c'est le CICR qui devait m'avertir mais voyez-vous ça, ils ont oublié. La section de Pristina était dirigée par une femme et j'étais un homme, ceci explique peut-être cela, à voir l'attitude des femmes aujourd'hui...
    Contrairement à l'action de la "communauté internationale", le SDR s'occupait réellement des deux communautés. Nous cherchions vraiment à sauvegarder les intérêts de la communauté serbe, visiblement menacés par ce qui menaçait d'arriver, et qui est advenu. A la condition qu'ils s'engagent à respecter les intérêts de la communauté albanophone...
    Nous étions trop minoritaires, l'OTAN est intervenue, ainsi que Calamity MCR...
    Sur le conflit israélo-palestinien, vous devez choisir votre camp. Il est impossible de se trouver au milieu. Personnellement, je suis pro-israélien et je ne changerai pas. Quoi qu'il advienne. On ne peut être un peu ceci, un peu cela. C'est une attitude de qqn qui ne veut pas se salir les mains. Les mains propres, cela n'existe pas...
    https://www.youtube.com/watch?v=3OWrPIdgg6w

  • Merci de vous dresser avec un langage fort qui montre à quel point les mots ont une réelle densité et que leurs usages ne doivent pas escamoter la réalité concrète.

  • Il me semble qu'à l'époque de la première guerre du Golfe, on parlait même de "frappes chirurgicales". De nos jours, vous me contredirez si j'ai tort, mais je crois bien tout de même que plus personne n'ose utiliser ce vocable.

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