Le tapis d'équarrissage

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Sur le vif - Lundi 18.11.19 - 05.21h

 

Je me suis beaucoup intéressé au Zollverein, à partir de 1834, véritable prélude (avec 32 ans d'avance) à l'unité allemande.

Que font les Allemagnes, en ce premier tiers du dix-neuvième ? Elles abattent les frontières douanières à l'intérieur d'une nation que, de tous leurs cœurs, de toute la vivacité de leurs âmes, elles veulent construire.

Mais regardez l'Histoire allemande, lisez les livres : plus on circule librement à l'intérieur de l'espace allemand, plus ce dernier érige des barrières protectionnistes avec l'extérieur. Sous Bismarck, elles culmineront. On vivifie son propre espace de vie, et en même temps on protège l'ensemble.

Les gens qui, autour de Jacques Delors et de l'Acte unique, ont tenté dès 1992 le même pari sur l'Europe y avaient pensé, à cette Allemagne de 1834-1866, ou peut-être aussi à la Suisse de 1798-1848. Mais pour l'Europe, ils ont obtenu exactement l'effet contraire : le libre-échange, la libre-circulation, au lieu de solidifier l'espace commun, provoquent un puissant retour des idées nationales.

Cela, pour une raison simple : on ne peut unir que ce qui est du même terreau, du même terroir. Jamais la seule vertu du commerce, si elle n'est accompagnée de la fusion des âmes, ni d'une communauté dans l'ordre de l'Histoire et de la mémoire (Luther, Schiller, Frères Grimm), ne pourra tenir ensemble des populations humaines.

Le Zollverein de 1834 fut une réussite dans l'Histoire allemande. L'Acte unique de 1992 conduit l'Europe à sa désagrégation.

Quant aux spéculateurs cosmopolites qui nous érigent, depuis trente ans, la liberté du commerce et la primauté du Marché comme seul horizon de vie et d'espoir, ils nous asservissent au Veau d'or. La nation libère, elle crée des citoyennes et des citoyens. Le Marché, comme but en soi, fait de nous de simples clients, au final des êtres sans liberté, tout juste bons à consommer. En attendant, dans un Grand Soir écarlate et sacrificiel, le tapis d'équarrissage.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Sur ce sujet, Zemour magistral contre le cosmopolite Madelin...

    https://www.youtube.com/watch?v=K_H2czsjNUs

    ... comme quoi, les choses ne sont pas toujours simples.

  • Pas vraiment convaincu du terme "écraser". Madelin a aussi des arguments et vous semblez oublier un point très important. Surtout pour nous, qui sommes Suisses et tenons à le rester, ce qui devient chaque jour plus difficile.
    Zemmour parle de catastrophe à propos de la réunification de l'Allemagne. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas plus hyper-chauvin nationalistissime français que Zemmour. Ce qu'il veut ? La re-création de l'empire napoléonien et donc l'hyper-domination française sur toute l'Europe. Concrètement, que les Français n'aient plus jamais besoin de travailler et vivent du travail des autres de ce continent.
    Un pays, un village gaulois, résiste à ce projet : la Suisse...
    Lisez "le Défi français", c'est une lecture indispensable. Zemmour aune capacité d'analyse hallucinante, des connaissances historiques fabuleuses, une intelligence incroyable. Mais tout cela au service de la France.
    Et moi je ne veux pas du Rafale, et je sais pourquoi...

  • Les arguments que vous opposez ici à Zemmour relève de la petite cuisine des nations, cuisine "à l'ancienne", qui n'est malheureusement plus actuelle pour la plupart des pays européens, en tout cas à l'ouest. Peu m'importe en effet que la Suisse reste souveraine, si je suis le dernier Blanc du quartier. C'est pour cela que je dis "malheureusement": je préférerais en effet largement des querelles même frontales entre Européens, plutôt que le processus libéral de métissage que nous subissons, car les querelles "à l'ancienne", certes regrettables et dommageables, n'induisent cependant pas de péril définitif pour notre continuité biologique.

    Quant aux arguments de Madelin, comment dire sans franchir "la ligne", je dirais que pour un ancien d'Occident, il est vraiment passé à "l'ennemi", avec sa rhétorique de marchand d'aspirateur ayant fait un stage marketing à l'Ecole de Francfort...

  • Dans le genre "trahison", passage avec armes et bagages du camp des identitaires au camp des planétaristes, il y a aussi le débat Zemmour/Maffesoli...

    https://www.youtube.com/watch?v=SRGY6LQWuQQ

    ... ce-dernier qui fut pourtant un élève de Julien Freund. Je remets ici cet excellent entretien avec Julien Freund:

    http://data.over-blog-kiwi.com/0/55/48/97/20150531/ob_d85711_conversation-avec-julien-freund.pdf

  • Dans mon échange avec vous, UnOurs, je répète l'expression "marcher sur des oeufs". Mon intuition est que votre position - que j'ai définie comme "du haut de la tourelle de votre char d'assaut" - est si ce n'est contra-productive, à tout le moins stérile. Avec le risque que les excès servent de munition à l'adversaire.
    Avec qqn comme vous, il me faudrait pouvoir discuter des heures et des heures.
    Je ne vois pas du tout l'avenir des pays européens, ou, si je le vois, c'est le déclin de l'Empire romain. Le hic, c'est que les barbares d'alors étaient porteurs de beaucoup plus de promesses intellectuels que les barbares d'aujourd'hui, juste bons à violer la femelle européenne et à foutre tout en l'air...

  • Je suis tout à fait de votre avis: la transformation de ce grand machin qu’est l’UE en quelque chose de plus intégré, plus politique, ne se fera pas, car, d’une part les éléments du puzzle sont trop différents, en particulier car les langues sont différentes et les us et coutumes peu compatibles (l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis d’Amérique en gestation avaient chacun une langue unique, une culture unique), et d’autre part que même si l’on en reste au « simple » plan économique, rien ne s’harmonise (voir par exemple la docilité mercantile de Mme Merkel vis à vis des USA vs l’esprit d’indépendance qui travaille M. Macron).
    L’UE n’est rien qu’un grand machin disparate, dans les mains commerciales, financières, militaires, technologiques - tout comme la petite Suisse qui se croit indépendante d’ailleurs - des Américains.
    Tout le reste, y compris les délires consternants de mes pré opinants, n’a que peu d’importance.

  • Je ne comprends pas l'image du "char d'assaut", ne pensant pas le système réformable, donc n'ayant même pas la velléité de le prendre ... d'assaut.

    Plutôt un "recours aux forêts", se communautariser et tenter de sauver ce qui peut l'être. La reconquête, sur un char d'assaut pourquoi pas, mais ce sera pour les générations suivantes.

  • Moi non plus, je ne pense pas que le système est réformable. À un moment donné ça se crashera... pour tous les jeux de l'avion c'est ainsi. On est dans la "m" jusqu'au cou. Pour le temps qu'il nous reste, faut juste "swinguer" entre les beuses...

  • J'aime bien le type qui parle du délire consternant des pré-opinants. Sans argument aucun...
    La quintessence de l'idiotie ?
    "Pour Jacques Hochmann, l'« idiot », individu exclu socialement et traité sans humanité, est un précurseur de l'autiste1. Le mot a subi un glissement sémantique, puisqu'il provient du grec idiotès, décrivant l'homme privé de fonction sociale au sein de la cité. Au fil du temps, il est venu à désigner l'« homme privé de raison », de langage, ou bien celui dont le langage est incompréhensible, notamment chez Shakespeare."
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Idiotie
    PS. Ce matin, une autre "Signature" remet la compresse sur la nécessité absolue de remplacer Cassis par Rytz...
    Il faut absolument que l'on relance une initiative contre la redevance, qui ne fait que payer la propagande de la gauche...

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