Colonialisme israélien : la Suisse doit parler

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Sur le vif - Mardi 19.11.19 - 15.17h

 

C'est un nouveau pas historique franchi par les États-Unis, qui désormais ne reconnaissent plus les colonies israéliennes, issues de l'occupation de 1967, comme contraires au droit international. Position du Département d'Etat qui datait de 1978, sous Carter. En clair, la première puissance du monde, également premier protecteur de l'Etat d'Israël, avalise le fait accompli, à savoir le fait colonial.

Si l'on ajoute cette décision à d'autres, ces derniers mois, comme la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël, véritable gifle aux Palestiniens et à tout processus de paix au Proche-Orient, on voit que Trump pense déjà, très fort, à l'objectif unique, pour lui, d'ici exactement un an : sa réélection.

A cet effet, il aura besoin non seulement, comme tout candidat à la Maison Blanche, des voix traditionnellement favorables à Israël. Mais il devra bien consolider celles des évangéliques les plus extrêmes, ceux qui puisent dans leur lecture fondamentaliste de la Bible leur soutien à l'Etat hébreu. Cela, en Europe, peut nous sembler surréaliste. Mais ce courant de pensée, aux États-Unis, existe, et il est puissant.

Nous Européens, membres ou non de l'UE, nous les citoyennes et citoyens de ce vieux continent que nous aimons, exigeons de nos autorités qu'elles tiennent, face à la politique coloniale de l'actuel gouvernement israélien, le langage de fermeté qui s'impose. Reconnaissance d'Israël, oui. Mais, avec une exacte symétrie, reconnaissance du droit des Palestiniens à disposer d'un Etat souverain. Voilà 71ans que dure le calvaire de leur peuple, aggravé depuis 52 ans.

Tant que les États-Unis, quel que soit le Président, démocrate ou républicain, soutiendront inconditionnellement Israël, y compris dans sa politique coloniale, nul processus de paix ne sera possible. Mais le jour où les pays d'Europe, y compris notre petite Suisse, amie d'Israël et aussi des Palestiniens, clarifieront et unifieront leur message, les fronts pourront bouger.

En attendant ce jour, il n'est pas interdit à notre Conseil fédéral, sans rien entamer à la neutralité, de dire à Israël les choses avec clarté. Condamner le colonialisme, reconnaître les droits d'un peuple bafoué à disposer de lui-même, c'est honorer sa parole, et semer l'espoir, pour l'avenir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Commentaires

  • Texte pas inintéressant, et je parle ici comme évangélique suisse (oui on existe, peut-être 3 ou 4% de la population suisse). Avec Calvin on a même "inventé" les mouvements évangéliques globalisés si on veut. Genève est donc presque la "capitale mondiale des évangéliques" d'un point de vue intellectuel.
    Cela dit, il serait intéressant de connaître la position des catholiques américains par rapport à Israël. Car par exemple ils ont voté Trump à 50% si je me souviens, je crois selon le Pew, j'imagine qu'une bonne partie des Catholiques américains sont "pro-Israël". Donc aux Etats-Unis (et même au Brésil où je réside) évangéliques et catholiques sont de plus en plus alignés sur certains thèmes. En Europe il y a c'est vrai certaines différences entre catholiques et évangéliques, notamment en Suisse, M. Décaillet y contribue par exemple (mais c'est son droit). Ce que je veux dire, la logique américaine n'est pas que liée aux évangéliques, il y a aussi les juifs (orthodoxes ou conservateurs, moins libéraux), les catholiques, etc. Donc à mon avis ce sera très dur d'inverser la tendance "pro-Israël" aux Etats-Unis.
    Mes sources générales : Pew, The Economist, The New York Times, The Wall Street Journal, Folha de S.Paulo.

  • Avec cette déclaration, Pompeo enterre officiellement la solution dite des "deux Etats" , processus au demeurant moribond depuis des années. Nous devrions effectivement condamner un tel revirement politique de la part des EU mais pour cela, il nous faudrait un conseiller fédéral courageux au DFAE ce qui n'est hélas pas le cas.
    Quant aux évangéliques, le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils sont actifs et visibles. Leur discours épouse opportunément les lignes politiques de certains partis. Mais le danger vient de la conception "messianique" de la politique de certains dirigeants. Laisser sa "foi" dicter la ligne politique d'un pays n'a rien de bon. Nous avons maints exemples dans notre histoire européenne.
    Je ne vois aucune différence entre la vision "messianique" de Pompeo et celle "mahdiste" du dirigeant iranien Khamenei.
    Cherchez l'erreur.

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