La garce, servile

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Sur le vif - Samedi 08.02.20 - 12.04h

 

Beaucoup de gens, dans la France de la Cinquième République, n'arrivent pas intellectuellement à s'imaginer qu'un grand chef d'opposition puisse un jour accéder à l'Elysée.

Sous de Gaulle, sous Pompidou, sous Giscard, une écrasante majorité de l'opinion donnait Mitterrand comme un homme du passé. Il incarnait la République d'avant, la Quatrième, dont il avait été onze fois ministre. Il avait sa carrière derrière lui, on ne le reverrait plus au pouvoir.

Il y avait objectivement des raisons de penser le contraire. L'homme, en décembre 1965, avait défié de Gaulle, l'avait mis en ballottage, combattu au deuxième tour, c'était un exploit. Neuf ans plus tard, face à Giscard, en mai 1974, il avait failli passer.

Ces données objectives, l'opinion ne voulait pas les voir. Peut-être parce qu'elle est garce, servile, attachée à sublimer le pouvoir en place. Tout pouvoir, quel qu'il soit.

Idem pour Chirac, sous Mitterrand. Jamais il ne reviendrait, pensait la garce servile, offerte au monarque, après l'échec de 1988, l'épisode douloureux de la Grotte d'Ouvéa, le triomphe de Tonton, père de la nation, idole des jeunes et des anti-racistes. La suite, on la connaît : Chirac, contre la servilité, contre la garce, a fini par percer.

Et puis, aujourd'hui ? À écouter la vieille garce servile, rien ne pourrait empêcher, en mai 2022, une réélection de Macron. Rien, et surtout pas la seule à faire office, aujourd'hui, de leader d'un grand parti d'opposition, capable de rassembler des millions et des millions de voix.

Ont-ils raison, ont-ils tort ? Laissons Madame Soleil à ses aubes de lumière. Et laissons la garce, bavarde, servile, et tellement dévouée au Maître du moment, se lover, lascive, dans les allées du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

  • Je dois avouer qu'en 1981, quelques jours avant l'élection, j'avais le sentiment que Giscard serait réélu, même de peu, tant on avait alors l'impression que Mitterrand était en effet un homme du passé et tant on était sous l'intimidation morale que faisait peser le pouvoir en place, post gaulliste. J'avais l'impression qu'il y avait un plafond de verre qui empêcherait toujours la gauche socialo-communiste de l'emporter.

    Et pourtant Mitterrand y est parvenu. Mais il faut se rappeler que Mitterrand avait dans son équation personnelle des caractéristiques très difficiles à trouver. Il était extrêmement intelligent et rusé. Il etait un ancien de Vichy et ça, c'était son atout maître. Car nous savons que tout au long de sa carrière, comme ministre sous la quatrième, puis comme président, il a toujours protègé discrètement les anciens de Vichy. Ceci lui permettait de bénéficier de nombreuses complaisances et nombreux renvois d'ascenseurs, de la part d'un certain monde vichyste qui restait bien incrusté dans les élites françaises à tous les niveaux. Ces gens-là ont aidé Mitterrand pour détruire le pouvoir gaulliste qu'il haïssaient. C'était la botte secrète de Mitterrand, dont on ne parle jamais je me demande bien pourquoi. Sans cela Mitterrand ne serait jamais devenu président. S'il avait été un homme de gauche il n'aurait pas pu avoir une majorité. La France est un pays majoritairement de droite. Mitterrand n'a pu rassembler une majorité que parce qu'il était un homme de droite qui se faisait passer pour un homme de gauche au point de rassembler la gauche derrière lui. Mais sans ajouter à cette gauche l'appoint de la droite anti-gaulliste, Mitterrand ne pouvait pas faire le trou. Enfin il a eu de la chance. L'affaire des diamants a beaucoup nui à Giscard. Chirac a fait voter pour Mitterrand car il savait que si Giscard était réélu, lui, il ne lui resterait plus qu'à "numéroter ses abattis". Et de toute façon, les gens etaient lassés de Giscard.

    Aujourd'hui la seule alternance ce serait Marine Le Pen. Mélanchon est un vieux cheval de retour. Ce n'est rien d'autre qu'un vieux sénateur socialiste franc maçon.

    Malheureusement Marine Le Pen n'a pas l'intelligence de Mitterrand. Elle n'a pas son génie de la manoeuvre ni sa capacité de conclure des alliances de revers. Le pouvoir a donc beau jeu de trouver des marionnettes à la Macron pour les mettre au deuxième tour les faire élire facilement par la garce, servile (comme vous dites joliment), tant 40 ans de diabolisation ont transformé le lepénisme en épouvantail.

    A moins que, l'exaspération soit si forte que le plafond de verre soit crevé. J'en doute. Mais peut-être que j'ai tort, comme en 1981.

  • Marine Le Pen = opposition contrôlée.

  • Dans chaque élection présidentielle française il y a une surprise....les Français ne veulent plus de Macron et ne veulent pas de Marine Le Pen. Donc j'attends la surprise....et comme dit l'autre cherchez la femme !!!

  • merci John Longeole de votre analyse, lucide et pertinente. F. Mitterand aura été l'usurpateur modèle, le tricheur, le manipulateur prêt à tout pour obtenir le pouvoir et le garder. Il aura réussi à faire croire aux anciens de Vichy qu'ils ne les oublierait jamais (Bousquet peut en témoigner), cela fut vrai.... et aux socialistes qu'il était des leurs, là ce fut le tour de force majeur que seul Marchais avait flairé l'étendue de la filouterie. Le désavantage de M. Lepen c'est son patronyme et le fait de ne pas avoir pu se servir des "anciens" anti-gaullistes convaincus.

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