La politique, plus que jamais !

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Sur le vif - Mardi 24.03.20 - 10.50h

 

En aucun cas, l'urgence sanitaire ne doit abolir le débat politique. Au sens le plus fort de ce terme, les grands choix pour la Cité. Le sens, déjà, où l'entendait Aristote, il y a 25 siècles.

Contre vents et marées, tout en respectant parfaitement les consignes de sécurité, je veux, là où je suis, dans les fonctions qui sont les miennes, continuer de faire vivre le débat politique. Celui sur les grands choix pour la gestion de crise. Et surtout celui sur les grands choix, économiques et sociaux, de l'après-crise.

Des débats avec moins de monde qu'avant : respect des directives. Mais des débats, où puissent se déployer les forces vives de notre univers politique. Où puissent se concevoir, en totale liberté des âmes et des consciences, les projections pour l'avenir, les conceptions diverses de l'intérêt supérieur de l'Etat.

Je ne suis pas virologue, ni médecin. Ni spécialiste humanitaire. Je suis, depuis l'enfance, un esprit profondément politique. J'ai toujours mis, dans mes préoccupations, les affaires publiques au plus haut niveau, je ne m'intéresse pas à la vie privée, ni aux modes. Pourquoi diable devrais-je renier la vocation de toute une vie, au moment où, plus que jamais, nous avons besoin de politique, au sens le plus noble de ce mot ?

Le sens noble, c'est celui d'Aristote. Celui de Thucydide, lorsqu'il nous décrypte les vrais ressorts de la Guerre du Péloponnèse. Celui de Tocqueville. Celui de Jules Michelet, quand il nous raconte la Révolution française. Celui de Marc Bloch, avec son ouvrage prodigieux "L'Etrange Défaite", l'un de mes livres de chevet : les six semaines, entre le 10 mai et le 22 juin 1940, où la France s'effondre. Défaite morale, bien avant que d'être militaire, nous dit en substance l'auteur.

Cette crise nous offre une occasion : celle de réinventer la politique, en la dégageant des meutes consanguines, pour la hisser vers ce qu'elle a de supérieur : le combat de tous, pour l'intérêt de tous.

 

Pascal Décaillet

Lien permanent Catégories : Sur le vif 4 commentaires

Commentaires

  • Donc Thucydide:

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    La force de la cité ne réside ni dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens.
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    Je ne vous ferai pas insulte en vous rappelant ce qu'Aristote disait de la nécessaire homogénéité ethnique de la cité.

    Et sur la "morale" et les lois écrites, rappelons ce que disait Thomas Jefferson:

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    The question you propose, whether circumstances do not sometimes occur which make it a duty in officers of high trust to assume authorities beyond the law, is easy of solution in principle, but sometimes embarrasing in practice. a strict observance of the written laws is doubtless one of the high duties of a good citizen: but it is not the highest. the laws of necessity, of self-preservation, of saving our country when in danger, are of higher obligation. to lose our country by a scrupulous adherence to written law, would be to lose the law itself, with life, liberty, property & all those who are enjoying them with us; thus absurdly sacrificing the end to the means.
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    https://founders.archives.gov/documents/Jefferson/03-03-02-0060

    Un lien à envoyer à Mauro Poggia...

  • Les virus ne sont pas là pour des prunes...

    Ils jouent un rôle fondamental dans la biodiversité. Il sont des régulateurs.

    Alors, à force de vouloir péter plus haut que son cul, l'humanité s'est peut-mis dans la mouise en dérangeant les écosystèmes et en perturbant ou détruisant la biodiversité.

    Faudra que l'humanité revoie sa copie... en s'occupant des destructeurs mondialistes... ça serait aussi de la bonne politique.

  • L'étrange défaite: pas une page qui ne semble écrite pour notre époque. La lucidité de Marc Bloch n'a servi à rien. Mais elle fait plaisir à voir, et elle est source de courage.

  • Justement, parlons de Thucydide, celui qui fait dire aux Athéniens en réponse à une question des Lacédémoniens : «Pourquoi respecter les lois, puisque nous sommes les plus forts?». Et, pendant que nous y sommes, cette remarque de Pierre Laval au Maréchal Pétain: «La politique est un sale métier. La guerre, à côté, c'est propre». Un dernier pour la route, offert par Jean d'Ormesson : «La politique est un jeu violent et un sport de combat».

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