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  • Police : ce qui se joue politiquement

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    Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 17.12h

     

    A l'instant, le Conseil d'Etat donne de la voix, considère comme « illégales » certaines actions annoncées par les policiers, convoque Mme Bonfanti. A plein nez, voilà qui sent le fusible. Pour sauver le soldat Rochat, on va évidemment charger la cheffe opérationnelle de la police, lui faire porter à la fois le fardeau et le chapeau, déclarer urbi et orbi que ces histoires  d'horaires qui foirent, c'est sa faute. Ce climat d'exécution était déjà perceptible hier soir, à travers les propos du PDC Philippe Morel, un homme qui a tout intérêt, pour son avenir politique, à sauver politiquement l'Entente. Quitte à faire rouler une tête.

     

    Car l'affaire, déjà, n'est plus celle de la police. Mais celle du Conseil d'Etat. Hier soir, trois des six partis du Grand Conseil (PS, MCG, UDC) demandaient qu'Isabel Rochat soit dessaisie du Ministère de la Police. Deux d'entre eux réclamaient une rocade. Le troisième, carrément une démission et une élection complémentaire. Comme début d'année, on a connu plus calme ! Il y a donc urgence, politiquement, à serrer les coudes : d'abord, on sauve la ministre, ensuite en reprend ses esprits, on souffle un peu, et on voit ce qu'on peut faire.

     

    Sauver Mme Rochat, pourquoi ? Parce qu'elle est le maillon faible de cette équipe gouvernementale. Accepter une rocade, ou une mise sous tutelle, ce serait reconnaître l'erreur de casting de 2009. Laisser deux partis non-gouvernementaux (MCG, UDC), et un troisième qui l'est devenu si peu (PS), dicter l'agenda. Reconnaître la victoire des Marges sur le pouvoir établi.

     

    Clairement, la frontalité politique genevoise oppose l'Entente (élargie à des Verts de plus en plus heureux de collaborer) à la somme des Marges. Cette somme, aujourd'hui, n'est pas majoritaire. Demain, après-demain, elle pourrait le devenir. En attendant, on s'active à sauver une ministre qui n'est pas au niveau. C'est juste un acte de survie, de coagulation dans l'urgence, allez disons un masque à oxygène (n'est-ce pas, Dr Morel ?). Mais cela, en aucun cas, ne peut tenir lieu de politique crédible, à long terme.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Epitre au Romain

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    Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 15.59h

     

    Voilà bien longtemps que je m'intéresse au combat politique de Romain de Sainte Marie. Un passionné. Un fou de politique, comme il y a des fous de rugby, de clavecin, de guitare électrique, de grimpette dans les Alpes. Un hyperactif, aussi. Surtout, un joyeux : un jeune militant qui donne envie, non nécessairement de partager ses idées, mais de se tremper dans la chose publique. L'équivalent, chez les socialistes, de ce que furent, naguère et à son âge, un Maudet chez les radicaux, un Darbellay chez les chrétiens-sociaux (avant de passer au PDC), un Murat Julian Alder ou un Nantermod au PLR. L'équivalent, en puissance intérieure, d'un Emmanuel Kilchenmann, l'étoile montante de la démocratie chrétienne, à Fribourg.

     

    Il fut un temps, pas si lointain, où le parti socialiste genevois donnait davantage envie de se pendre, ce qui n'est jamais très porteur, que de croquer la vie à pleines dents. Reconnaissons d'ailleurs que cette formation a, depuis la défaite électorale de l'automne 2009, favorablement évolué. Mais même en ce temps-là, le jeune Romain, avec son équipe de Jeunes Socialistes, multipliait les actions publiques, jamais agressives, pour donner envie aux gens de s'intéresser à la politique. Oui, chez les jeunes, ça bougeait, alors que les aînés donnaient plutôt le sentiment de s'assoupir.

     

    Aujourd'hui, le voilà candidat à la présidence du parti. Y parviendra-t-il ? Les clans, contre lui, vont-ils se reconstituer ? D'autres figures du parti, avec davantage d'expérience, vont-elles se profiler pour la succession de René Longet ? A voir. Mais une chose est sûre : nous avons là une excellente candidature de combat, un jeune homme de courage, de conviction, qui a vraiment envie de faire bouger les choses dans la République. Il parle, on le comprend. La phrase est simple, accessible à tous, le verbe clair, le propos se veut utile. « Populisme », râleront les vieux grogneux. Eh bien, qu'ils grognent ! Pour une fois qu'un socialiste parle au peuple - et s'en soucie sincèrement - on ne va tout de même pas faire la fine bouche. Qu'il se batte, cet homme-là, qu'il nous dérange : il en a le talent.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Un homme décidément très puissant

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    Sur le vif - Mercredi 11.01.12 - 12.25h

     

    Le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi) à Genève, est décidément un homme fort puissant. Lorsque son ministre n'est pas là, et même quand il est présent d'ailleurs, le haut fonctionnaire ne craint pas, nous l'avons parfois relevé, de se montrer très politique dans ses appréciations. Ici, il traite une grève d'acte de flibuste. Là, il qualifie d'aberration économique les propos d'un président national de parti. Oui, cet homme brillant et cultivé a pris beaucoup d'ascendant dans le Département. Au point que nous sommes quelques-uns à considérer que le DSE est, au fond, dirigé par un tandem.

     

    Mais il y a mieux : la Tribune de Genève nous rappelle ce matin que le Grand Vizir du DSE se trouve être, en plus, le président de l'Organe genevois de répartition des bénéfices de la Loterie romande. Rien d'illégal, bien sûr. Mais tout de même : voilà qui ajoute le pouvoir au pouvoir, et pas n'importe lequel : celui d'octroyer, retirer, limiter de très importantes sommes financières. Oui, décidément. Un homme fort puissant.

     

    Je ne parle ici que de la partie visible de l'iceberg, celle dont on peut juger dans l'espace public. Qu'en est-il de l'autre ? Quel rôle exact ce remarquable commis joue-t-il au service de son ministre ? La question reste ouverte. Elle ne vous intéresse pas ? Moi, si.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le rôle du diable

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    Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 11.01.12



    Il faudrait enseigner l'affaire Hildebrand dans les écoles de journalisme. Comme un exemple extraordinaire d'inversion des rapports de responsabilité. D'un côté, le président d'une banque nationale empêtré dans une affaire où ses fonctions publiques et ses choix d'investisseur privé peuvent électriquement se toucher, ce qui est au mieux une lourde incurie, au pire une collusion d'une rare gravité. De l'autre, un conseiller national ayant contribué à ce que la chose, manifestement d'intérêt public, et même national, soit connue de tous. Et, pendant des jours, jusqu'à la démission du premier, on tombe sur qui, à bras raccourcis ? Sur le second ! Oui, on l'a fait jusqu'au dernier moment, tant qu'on pouvait. Oui, on a réinstallé Blocher dans son rôle taillé sur mesure : le rôle du diable. Oui, la majorité des éditorialistes de ce pays, désolé Chers Confrères, sont désespérants.


    Imaginons, une seconde, que le conseiller national ayant eu vent de l'affaire (via une indiscrétion de la banque) n'ait pas été Christoph Blocher, bête noire absolue de nos beaux esprits, mais un élu lambda, bien centriste, bien poli, n'élevant jamais la voix, bien rasé. Allez, disons un gentil PLR, un gentil PDC, ou même un gentil Vert. Dans ce cas-là, le messager, tout le monde s'en foutrait comme de l'an 40 ! Imaginez que ce fût un Dick Marty : on ferait révérence, bien aplatie, devant le courage du chevalier blanc. Mais là, l'aubaine ! Le colporteur, le délicieux petit salopard, c'est Blocher ! Ah, les belles étrennes, ah le somptueux cadeau de début d'année : le Mal absolu, la main dans le sac.


    Alors, pendant des jours, on n'a pas parlé « d'affaire Hildebrand », mais « d'affaire Blocher-Hildebrand », voire « d'affaire Blocher ! ». On a tout cherché, dans tous les sens, pour exonérer le patron de la BNS de la moindre charge possible. A l'inverse, on a défini comme cible unique « l'élu ayant enfreint la loi ». On s'est fait juriste, procureur, exégète du juste et du rigoureux. Tout cela, pour mieux oublier Hildebrand lui-même, évidemment victime, l'Agneau, d'une cabale. Et cela a failli marcher. Jusqu'au jour où l'intéressé lui-même, acculé par les siens pour des raisons qui restent d'ailleurs à éclaircir, a quitté le navire. Et même là encore, on a crié à la victime, l'homme d'honneur cédant à la meute. Et jusqu'à la présidente de la Confédération lui réitérant, peu auparavant, sa confiance. Ah, le délicieux petit monde ! Ah, la douce Confrérie ! Je te tiens, tu me tiens, et la barbichette est reine, souveraine. Tellement bien, entre soi ! Surtout, qu'on ne vienne pas nous déranger. Ni Blocher, ni personne ! Qu'on nous laisse, entre nous, couler des jours paisibles. Nous qui sommes du côté du Bien. Dans la neige immaculée de nos consciences.



    Pascal Décaillet

     

  • La citation du jour

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    Mardi 10.01.12 - 14.06h

     

    "Genève a 105 kilomètres de frontière avec la France, et la situation de la sécurité à Genève est, en grande partie, due à cette proximité française".



    Isabel Rochat - Mardi 10.01.12 - One FM

     

     

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  • La faute au Diable

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    Sur le vif - Lundi 09.01.12 - 15.55h

     

    Nous n'étions pas très nombreux, pendant ces quelques jours de Fêtes, à refuser d'inverser le principe de gravité entre un président de Banque nationale ayant utilisé des informations à fins privées, et un conseiller national (nécessairement le Diable, puisque honni de toute la presse suisse, ou presque) ayant contribué à rendre l'affaire publique. Que le président du PLR suisse, Fulvio Pelli, ait déclaré qu'il aurait fait la même chose, ne fut strictement relevé par personne. Comme s'il y avait des choses qu'on peut entendre, ou dire, d'autres non.

     

    Au-delà de M. Hildebrand, qui tire aujourd'hui les leçons de l'affaire, c'est sur l'état de la presse suisse qu'il convient, une nouvelle fois, de s'interroger. Ces lames de fond d'unanimité. Ce refus de regarder en face certaine réalités. Et vous allez voir: dès cet après-midi, ils vont dire que le pauvre M. Hildebrand a dû jeter l'éponge sous la méchante pression. Et que tout est, une fois de plus, la faute au Diable. Désespérant.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Isabel Rochat "ne connaît pas" les revendications des policiers!

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    Sur le vif - Lundi 09.10.12 - 12.38h

     

    "Ces revendications, je ne les connais pas": déclare à l'instant Isabel Rochat à la RSR. Davantage d'effectifs, un allègement des tâches administratives: le syndicat de la police, à Genève, n'a jamais tenu un autre discours. Madame Rochat a le droit de ne pas être d'accord, d'estimer qu'ils vont trop loin, tout ce qu'on voudra. Mais prétendre ne pas connaître la teneur des revendications!

     

    "Chaque fois qu'il y a un problème, et qu'il m'est adressé, il est immédiatement adressé aux groupes techniques qui s'en occupent". C'est sans doute très bien. Mais le syndicat a droit à un dialogue direct avec la magistrate élue. Les policiers ont besoin d'être écoutés. Cette écoute, aujourd'hui, n'existe pas.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Ah, prenez garde, barrières!

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    Sur le vif - Dimanche 08.01.12 - 19.06h

     

    Les barrières Dufour! Rémy Pagani nous parle des "barrières Dufour", à la RSR, donc face à toute la Suisse romande, sans le moindre souci d'exégèse ni de traduction. Comme si chacun savait de quoi il s'agissait! Même les Genevois, à part une douzaine d'historiens de l'urbanisme au dix-neuvième siècle, ignorent ce que sont les "barrières Dufour".

    M. Pagani parle à la Suisse romande, comme s'il était face à la Commission de l'Aménagement du Conseil municipal de la Ville de Genève. C'est pourtant un contemporain (pendant 18 ans) genevois de Dufour, Ferdinand de Saussure, génial inventeur de la linguistique qui, mieux que tout autre, a codifié, dans le discours, ce que devaient être l'émetteur, le destinataire, le signifiant et le signifié d'un message. On ne parle jamais dans le vide, mais à un auditoire donné, en fonction d'intentions précises. Qu'un blanc-bec qui débute en politique l'ignore, soit. Mais Monsieur Pagani! Un vieux renard, madré, comme Monsieur Pagani! Les barrières Dufour! Il a osé!

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Pierre Lefranc, indigné millésime 1940

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    Sur le vif - Samedi 07.01.12 - 19.31h

     

    Je viens d'apprendre, au 19h de France Inter, le décès de Pierre Lefranc. J'ai lu tous ses livres sur de Gaulle. C'était un homme tellement attaché au Général qu'il avait fini par lui ressembler physiquement! Avant de devenir le Grand Prêtre du Culte, il était entré très tôt dans la Résistance. Il faisait partie de ce groupe de jeunes (même pas 19 ans) qui, le 11 novembre 1940, premier anniversaire de l'Armistice de 1918 dans une France occupée, avait manifesté.... contre les Allemands sur les Champs-Élysées! Franchement, cette manif-là, oui, il fallait un certain cran. Ce jour-là, Lefranc et ses copains étaient des indignés. Des vrais.



    Pascal Décaillet

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  • "Conseiller d'Etat bis"

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    Sur le vif - Vendredi 06.01.12 - 22.57h

     

    « Aberration économique », déclarait il y a peu, à la Tribune de Genève, le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi), pour qualifier l'idée, mise sur la table par Christian Levrat, de quotas, pour lutter contre les effets pervers de la libre circulation sur l'emploi des Suisses. Nous avions souligné ici, à vif, à quel point une telle appréciation relevait du champ politique, et non de celui d'un haut fonctionnaire, fût-il très influent dans son Département.

     

    Eh bien le président du parti socialiste suisse, Christian Levrat, partage cet étonnement face à la liberté de parole que s'est octroyée le bras droit du ministre genevois des Affaires sociales : ce soir, en direct dans Forum sur la RSR, il l'a traité de « conseiller d'Etat bis ».

     

    Si tous les conseillers d'Etat avaient un bis, cela porterait à quatorze le nombre de ceux qui pourraient, de l'exécutif, s'exprimer publiquement. Un alter, un ego, multipliés par sept. Sept bras droits. Une étrange divinité Shiva, anatomiquement déséquilibrée. Quatorze timbres de voix. Une sacrée cacophonie. Pourquoi ce Département est-il le seul à donner à ce point le sentiment d'être dirigé par un duo ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Un temps pour les vilains, un temps pour les serfs

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    Sur le vif - Vendredi 06.01.12 - 18.22h

     

    Les esprits les moins estourbis l'auront bien compris : l'affaire de l'Onglet, si ce n'est nous donner, fissa, la furieuse envie d'en savourer un à l'échalote, n'est évidemment qu'un leurre. N'importe quel fonctionnement nerveux pas encore totalement victime des ravages de la gentiane des neiges ou de l'étoile absinthe, est parfaitement capable, avec le nouveau système, d'accéder à la galaxie (non, je ne dirai toujours pas plateforme) des blogs de la Tribune de Genève. Faut quand même pas charrier. On est des tordus. Des vachards. Des inaccomplis. Des venimeux. Des torturés de la morsure. Mais pas des débiles.

     

    En ce jour où Sarkozy évoque la Pucelle d'Orléans (histoire de ne pas la laisser à la seule Marine), nous reviennent comme mille fumets de Rouen qui nous inciteraient en effet, dans une lecture rapide, à faire de l'Onglet l'ennemi héréditaire. Le Mal absolu. Crécy, Azincourt, Mers el Kebir, des reliques de conserves sur le chemin du Cervin (si, je les ai vues), des souvenirs de sauce à la menthe en guise de souillure sur l'Agneau pascal, toute l'étendue de cette millénaire forfaiture ne doit pas nous inciter à la vengeance. Laissons l'Onglet. Passons la Manche.

     

    Et transportons-nous du côté de Zurich. Allez guigner (vos prunelles survivront) le site internet du Tages Anzeiger. Celui de 24 Heures. Celui de la Tribune de Genève. Kif kif, mon frère. Du blanc bonnet, comme le regretté Jacques Duclos n'en aurait jamais rêvé. Du préfabriqué de Mécano pour petit garçon bricoleur. A Zurich, on formate. Chez les Welches, on se contente juste d'assaisonner. Et on livre préchauffé, moutardé, ficelé. Juste couleur locale. Et si les premiers à en avoir gros sur la patate n'étaient pas, sur Genève, mes confrères de la Julie ?

     

    Lorsqu'il prend possession d'une terre, de quoi a besoin le suzerain ? De quelques serfs, attachés à la place, pour le servir. De l'un on fera un commis, de l'autre un intendant. Et la machine, avec ses relais, se remettra, comme devant, à tourner. Ce qui arrive aux blogs, ce vent de normalisation, c'est dans ce contexte-là qu'il faut l'inscrire. Il est minuit, docteur Mabut, un nouveau temps se lève, moins riant, moins étourdissant de liberté. Il y a les Seigneuries, là-bas. Et puis il y a, ici, ceux qui, par nature ou par quelque noire passion de la servitude, devancent  leurs désirs. Oui, comme le chantait le grand Ferré, les temps sont difficiles. Disons qu'il y a un temps pour tout. Un temps pour les souris, un temps pour les matous. Un temps pour les clairons, un temps pour les grognards. Un temps pour les vilains. Et un temps pour les serfs.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Guy, la mémoire, la survivante

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    Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 22.49h

     

    J'ignore s'il convient de lire dans toutes les classes de France, comme le demande M. Sarkozy, l'ultime lettre de Guy Môquet à ses parents. Mais je suis sûr d'une chose : ce texte est bouleversant. Voilà un garçon de 17 ans, militant communiste du groupe des otages de Châteaubriant, qui s'en va au peloton d'exécution, le 22 octobre 1941, en réconfortant sa famille.

     

    Ce texte, sur l'admirable chaîne « Toute l'Histoire », je viens de l'entendre une nouvelle fois, à l'instant, dans une émission consacrée aux premiers temps de la Résistance française. Il y eut, comme on sait, beaucoup de résistants fin 1944, pas mal déjà en 1943, beaucoup moins en 1942, si peu en 1941. Très jeunes, souvent communistes, ils aimaient leur pays. Ils en ont payé le prix, très fort.

     

    L'émission que je viens de voir nous montre une ancienne otage de Châteaubriant, survivante. Elle retourne sur le mémorial des exécutions, soixante ans après. Tous les trois mètres, un poteau. Avec une photo. Elle passe en revue ces camarades de détention qu'elle a tous connus, Certains, comme Guy, étaient amoureux d'elle. Pour chacun, elle a un mot. L'évocation de ce qu'il avait de vivant, de coloré, de talent, ou de rire dans la voix. Dans ce sinistre lieu glacé, elle réinvente leurs vies. Elle n'a, cette survivante, jamais nulle plainte, nulle haine, juste le souci de restaurer la vie, là où plane la mort.

     

    Ce soir, je vais relire un peu les « Lieux de Mémoire » de Pierre Nora. La mémoire n'est pas seulement une faculté du cerveau, ce qui est déjà remarquable. Elle est l'une des marques les plus éminentes de la reconnaissance. Et de la civilisation.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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  • Le doux silence de l'ordre qui règne

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    Sur le vif - 05.01.12 - 20.41h

     

    Oh comme ils ont l'air nombreux, à Berne et ailleurs, dans deux des quatre partis gouvernementaux (PLR + PDC), dans la nomenklatura de la presse redevancée, à pouvoir se frotter les mains, suite à la conférence de presse de M. Hildebrand, et se dire: "Tout cela va bien s'estomper, se calmer".

    L'ordre continuera de régner à Berne. Leur ordre. Juste une voix, pour casser cela, encore lui, admirable et droit dans ses bottes en ce début d'année: Christian Levrat. Il ose, lui, pour le moins, articuler les mots de "faute morale". L'affaire n'est évidemment pas finie.


    Pascal Décaillet

     

     

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  • Messieurs les Onglets, tirez les premiers !

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    Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 11.32h

     

    Mon éminent confrère Jean François Mabut se fend d'un billet, en forme de mode d'emploi, pour expliquer le nouveau moyen d'accéder aux blogs, depuis le site de la TG. Auparavant, il suffisait de cliquer sur l'onglet « blogs », ce qui me semble, belle marquise, d'amour me font, vos beaux yeux, mourir, le moyen en effet le plus direct d'accéder au désir de l'internaute. Aujourd'hui, cet onglet direct a été tué, au profit d'un onglet « services », contenant, au même titre « qu'immobilier, emploi, concours et décès », l'onglet « blogs ».

     

    Jamais les blogs hébergés par la Tribune de Genève ne se sont aussi bien portés. Des plumes insoupçonnées, des tempéraments d'écriture, en surgissent. Des gens dont on n'aurait jamais entendu parler sans ce formidable moyen d'expression. Non seulement le commentaire en émerge, dans toute sa palette, mais souvent, plus basiquement, l'information : oui, on apprend des choses en fréquentant ce monde. Par exemple, avec le chasseur d'images Haykel Ezzedine.

     

    Par sa diversité, sa réactivité, sa rapidité, son intervactivité, cet univers (j'évite le mot plateforme, qui fait prospection pétrolière) est devenu un exceptionnel vecteur de la liberté d'opinion à Genève. Il relègue, bien sûr, les courriers de lecteurs des journaux papier, où il faut des jours avant d'être publié, au paléolithique. Il défriche, précède, invente : c'est ce qui, dès le début de mon expérience, il y a quatre ans, m'avait attiré. Journaliste, j'aime innover, créer de nouvelles émissions, m'adapter aux nouveaux vecteurs que nous offre le génie de la science. Cette passion, je l'ai en commun avec Jean-François Mabut, infatigable tête chercheuse en l'espèce. Ainsi, ayant boudé Facebook les premières années, j'y ai trouvé tout récemment un terrain de dialectique, voire de duels, qui me semblent, dans leur concision et leur nécessité de densité, au service de la langue et du propos. Cette nuit encore, avec mon confrère Benoît Couchepin, fin fleuret, j'ai croisé le fer avec plaisir et, malgré l'antagonisme absolu de nos positions, un solide respect mutuel.

     

    Mais las ! L'onglet « blogs » a disparu, et les textes rédactionnels de ces centaines de personnes qui convergent sous cette appellation se trouvent désormais relégués avec l'immobilier et les décès. Aurait-on, en très haut lieu de la Tribune de Genève, délicatement, discrètement, signé l'arrêt de mort des blogs ? À quand le faire-part ? En page toute voisine : celle des décès.

     

    À la vérité, il y a conflit de générations et conflit d'intérêts. Celui de générations : tout plongé que je suis dans l'univers d'internet, je suis frappé par le nombre de gens (par exemple un ancien maire devenu conseiller national) ne faisant référence qu'à mes écrits sur papier. Ils considèrent encore, à tort, l'univers éditorial d'internet comme un joujou, un gadget. Conflit d'intérêts : et si les huiles de la Tribune de Genève, dépassées par le succès des blogs, leur liberté de ton incomparable avec le carcan de la Tribune papier (où, Dieu merci, émergent quelques esprits libres, comme Olivier Francey), entraient dans une période de repli protectionniste (oui, je sais, j'y suis favorable en politique, bonjour Philippe). Pédale douce sur les blogs, pour sauver le navire du papier. Amusante hypothèse, non ?

     

    Hypothèse, et singulière coïncidence : tout ce que la Tribune de Genève compte d'anciens rédacteurs en chef recyclés dans d'éminentes fonctions régulatrices ou moralisantes, débattait, juste avant Noël, au demeurant entre eux (c'est plus simple) de l'opportunité de mieux cadrer le monde des blogs. Incomparables dans la posture du Grand Prêtre, ils laissaient entendre que l'heure était grave, que des mesures allaient être prises. D'avance, on en tremble.

     

    Savent-ils, ces doctes gens, que la libre parole, l'alacrité d'une plume, la sonorité d'une syllabe, ne dépendront jamais des vecteurs ? La fonction critique - pas seulement celle du journaliste, celle de tous - viendra toujours se nicher là où on ne l'attend pas. C'est précisément sa fonction. Sa fragilité. Sa vertu. Et parfois, on l'espère, son utilité. Excellente Année 2012 à tous !

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Christoph et les oies blanches

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    Sur le vif - Jeudi 05.01.12 - 00.54h

     

    Dans notre pays, la Suisse, le président de la Banque nationale est soupçonné de délit d'initié. C'est énorme. Et, vu sa fonction, c'est gravissime, si les reproches se voient confirmés. Or, depuis que l'affaire a éclaté, dans nos médias, que voit-on, qu'entend-on ? Qu'il y aurait en Suisse un immonde personnage. Et que ce dernier ne serait pas M. Hildebrand, mais un conseiller national nommé Christoph Blocher. Parce que révélant l'affaire, il aurait trahi un « secret de fonction ».

     

    Cette inversion des responsabilités - la mise en avant de l'une (dont je ne prétends pas qu'elle soit inexistante) pour mieux camoufler l'autre, ou l'alléger, ou l'esquiver, est incroyablement révélatrice de la pensée unique de l'immense majorité de la presse suisse face à tout ce qui concerne Christoph Blocher. Il faut qu'il soit le diable, il le faut rhétoriquement, sémantiquement, presque littérairement. Même lorsque le diable, hélas pour sa légende noire, ça n'est pas lui.

     

    Car enfin, cette surexcitation des éditorialistes sur la « violation » dont serait coupable l'ignoble Blocher en rappelle une autre : l'antienne, mille fois ramenée, lorsqu'il était aux affaires (2003-2007) de ne point respecter la loi, « l'Etat de droit ». Argument qui servit de prétexte, le 12 décembre 2007, pour avoir sa peau. Et qui a tant réjoui son rival, Pascal Couchepin.

     

    Et personne, ou si peu, ne se pose la question suivante : entre la « violation » du secret de fonction, et un président de Banque nationale qui aurait profité de ses informations pour spéculer sur des monnaies, où se situe l'échelle de gravité ? Réponse : de façon écrasante, elle se situe à la charge de M. Hildebrand.

     

    Mais nos oies blanches, soudain puristes de la forme juridique, préfèrent inverser. Et ainsi, selon les journaux, on nous parle « d'affaire Bocher-Hildebrand », voire « d'affaire Blocher ». Pour conclure, une question : ces cris effarouchés, nos belles âmes les auraient-elles poussés si la révélation de l'affaire n'émanait pas de leur pire ennemi, leur absolue bête noire, mais d'un conseiller national lambda, venant d'un gentil parti ? Allez, disons comme ça, à tout hasard, un élu propre sur soi, bien rasé, convenable, bien silencieux et bien discret, du PDC ?

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Un haut fonctionnaire qui sort de son rôle

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    Sur le vif - Mercredi 04.01.12 - 11.22h

     

    Hallucinantes, les réactions de susceptibilité genevoises aux propos de Christian Levrat, le patron du parti socialiste suisse, sur la nécessité de renforcer les mesures d'accompagnement pour limiter les effets dévastateurs des bilatérales sur l'emploi des Suisses. Notamment, dixit Levrat, en région frontalière. On pense à Bâle, l'Arc jurassien. Mais tout le monde a très bien entendu que Levrat faisait allusion, avant tout, au Tessin et à Genève.

     

    Deux cantons où ces questions sont thématisées, depuis des années, par des partis de la Marge (Lega, MCG). Et où il y a donc un électorat immense à reconquérir. Levrat l'a compris. Le parti socialiste genevois, dont a pu croire un moment, ces dernières semaines, qu'il s'était ressaisi, n'y a, lui, rien compris. À lire MM Longet et Sommaruga, dans la Tribune de Genève, on retrouve l'archaïque discours socialo-conservateur : surtout ne rien changer.

     

    Mais la réaction la plus ébouriffante vient d'un haut fonctionnaire genevois. Toujours le même. Le grand spécialiste dans l'art de sortir de son rôle, et tenir le type de discours qui ne peut appartenir qu'au politique. Le discours du magistrat élu, qu'on imagine en villégiature. Cet homme, au demeurant brillant, c'est le secrétaire général adjoint du DSE (Département de la Solidarité et de l'Emploi). Interrogé par Olivier Francey, il sort allégrement de sa réserve, dans la TG de ce matin, en qualifiant « d'aberration économique » l'une des idées avancées par Christian Levrat. Il ne se contente pas, comme le voudrait son rôle, de nous énumérer en quoi Genève fait bien son boulot, mais il s'immisce, une nouvelle fois, dans des jugements de politique générale, du ressort du politique.

     

    Le ministre en villégiature a bien de la chance d'avoir un tel bras droit. Plus besoin d'inventer le discours politique, il surgit tout seul. Le même fonctionnaire avait, il y a juste un an, qualifié d'acte de flibuste la grève de l'aéroport. L'impression, année après année, se conforte donc, d'un Département dirigé non par un élu, mais bel et bien par un tandem.

     

    Pascal Décaillet

     

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  • Ministre, ou porte-parole du patronat ?

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    Sur le vif - Mardi 03.01.12 - 18.43h

     

    J'ai toujours éprouvé une certaine admiration pour le conseiller d'État vaudois Philippe Leuba. Mais là, je suis franchement déçu par son intervention, à l'instant, à la RSR. Thème: les récents propos de Christian Levrat sur les régions frontalières. Je m'imaginais que M. Leuba, ce grand serviteur de l'État, aurait un autre discours, plus républicain, que la seule "mise au service des employeurs des forces nécessaires". J'ai eu le sentiment d'entendre un porte-parole du patronat. Le propos n'était pas assez ministériel.

     

    Pascal Décaillet

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  • Christian Levrat et la mathématique d'ombre des bilatérales

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    Sur le vif - Mardi 03.01.12 - 00.40h

     

    Christian Levrat. Président du deuxième parti de Suisse, derrière l'UDC. Patron du PS. Il vient d'affirmer que les mesures d'accompagnement pour la libre circulation des personnes étaient insuffisantes dans les régions frontalières, comme Genève, le Tessin, l'Arc jurassien, et Bâle. Le Fribourgeois reconnaît enfin ce qui n'aura été jusqu'ici que l'infatigable combat local de certaines Marges. La parade des Gueux face à l'establishment. Lequel, aujourd'hui encore, alors qu'il se rallie enfin à leurs thèses, leur en nie, avec une glaciale arrogance, toute paternité.

     

    La Suisse, au plus haut niveau, commence à comprendre que l'application dogmatique de la libre circulation, entre un petit pays de sept millions d'habitants et un univers environnant qui en compte plusieurs centaines, ne peut guère laisser la moindre chance au premier, contre l'empire et l'emprise du second. Ce qui se meurt doucement, ce ne sont pas les Accords bilatéraux entre la Suisse et l'UE. Mais l'idée qu'il faille les appliquer de façon cérébrale, cristalline, sans clauses de sauvegarde, au nom d'un internationalisme éthéré, coupé de la solidarité nationale. Mathématique d'ombre. Version libérale du Grand Soir, au nom d'aveuglantes Lumières. Oui, 2012 sera l'année du retour à une certaine forme de protectionnisme. Il n'y a nul lieu de s'en plaindre. Bien au contraire.

     

    Il ne s'agit en aucun cas de fermer nos frontières. Ni d'abandonner les échanges. Mais de tenir compte des immenses frustrations, sur place, d'une partie de la population qui se sent comme abandonnée par ces Accords, trahie par ses élites, exilée en son propre pays. Au nom d'une mécanique internationaliste à laquelle elle n'entend rien. Et dont elle n'a rien à faire. C'est aussi simple que cela. De gauche comme de droite, les plus avertis de nos politiques commencent à en prendre la mesure. Le mouvement, dans l'année 2012, pendra de l'ampleur. Bonjour les conversions. Sur le chemin ce Damas, il y aura du beau linge. Avec costumes et cravates, avec leurs Lions et leurs Rotarys, vous allez les voir se retourner, dans les mois qui viennent. Pour demander l'assouplissement d'un dogme dont ils étaient, hier encore, les grands prêtres.

     

    Le diapason tendu par Levrat ira-t-il tinter jusqu'aux oreilles du Conseil fédéral? Incitera-t-il certains ministres de cantons frontaliers à un peu moins d'arrogance et un peu plus d'écoute de la population ? Une chose est sûre : le ton est donné. Le retour à certaines préférences locales n'est plus tabou. Le thème est à l'ordre du jour. Au calendrier politique de l'année 2012.

     

    Pascal Décaillet

     

     

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