08/02/2017

Un homme d'honneur quitte Champ-Dollon

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 08.02.17

 

Il est assez rare, quand on interroge un enfant dans une cour d’école, sur le métier de ses rêves, qu’il vous sorte : « Je veux être directeur de prison ». Fonction réputée ingrate, difficile, cadre de travail pas franchement rigolo, énormes tensions à gérer, avec les détenus, le personnel, l’autorité politique, l’opinion publique. Bref, les gens reconnaissent qu’il faut bien quelqu’un pour diriger les prisons, mais en tout cas pas eux. Il existe pourtant un homme, à Genève, qui, pendant neuf ans, a assumé cette fonction avec ascèse, intelligence, connaissance du terrain, humanisme. Il s’appelle Constantin Franziskakis. Un remarquable serviteur de l’Etat, apprécié à l’interne, appelé par Pierre Maudet à exercer de nouvelles fonctions, au Secrétariat général du Département. Aspiration vers le haut qui ressemble à une promotion, mais peut, tout autant, être interprétée comme une mise à l’écart du terrain, un placard.

 

J’ai la chance de connaître un peu M. Franziskakis. Je veux d’abord saluer l’homme de culture et d’ouverture, passionné d’Histoire, celle de la Méditerranée comme celle des deux Guerres mondiales. Il y a, chez cet homme, une connaissance du tragique et une passion du sacrifice collectif, qui l’amène à se passionner pour les cimetières militaires, les lieux de mémoire (dont parle si admirablement l’historien Pierre Nora), les fragiles reliques de ce qui emporta le vingtième siècle, des plaines de Pologne à la ligne bleue des Vosges. C’est dans ce cadre, je crois, que le directeur de Champ-Dollon place la mission qui lui est confiée : service de l’Etat, là où on l’appelle, y compris dans le champ pénitentiaire, vers lequel les vocations ne se précipitent pas.

 

A part une visite à un ami objecteur en 1983, je n’ai jamais mis les pieds dans une prison. Mais nous pouvons imaginer la dureté de cet environnement, pour tous : les détenus évidemment, mais aussi les gardiens, dont il faut saluer l’engagement et le dévouement, le personnel administratif, infirmier, etc. Un monde à part, avec sa logique, que le directeur sortant connaît admirablement. Imaginez les neuf années dans lesquelles il a accompli sa mission : pics de surpopulation, tensions entre ethnies, personnel parfois épuisé. C’est presque un miracle, dans ces conditions, que le plus grave ne se soit pas produit. La personnalité du directeur, entre autres facteurs, y a joué un rôle. C’est cela qui compte, cette fibre humaine, ces antennes, bien plus que les relations difficiles avec la hiérarchie, celle qui chapeaute le monde carcéral genevois. Nous sommes dans un secteur tellement fragile, délicat, que la psychologie y tient une place immense. Elle n’exclut pas la fermeté, mais réduit l’arbitraire, tente de placer l’humain au centre.

 

Evacué vers le haut, Constantin Franziskakis s’occupera, entre autres, de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il demeurera dans l’actualité la plus brûlante de nos sociétés. Je souhaite bonne chance à cet homme d’honneur, et espère vivement que Champ-Dollon demeurera un lieu où la dimension humaine sera prise en compte.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/02/2017

Le crabe, sur la vase

 

Sur le vif - Mardi 07.02.17 - 05.35h

 

En politique, ceux qui veulent faire neuf, ou rénovateur, ceux qui prétendent "dépasser le clivage droite-gauche", "faire de la politique autrement", bref tous ces ensorceleurs de la modernité, ces candidats Pepsodent aux dents éclatantes, sont ceux qui vieillissent le plus vite. D'un coup. Comme dans les films d'épouvante.

 

Pourquoi ? Parce que l'Histoire est tragique. Parce que la lutte des classes, ça existe, la guerre, l'immuable noirceur des passions. Nier cela, au nom d'une modernité présentée comme immaculée, délivrée des antiques malédictions qui nous habitent tous, c'est duper les gens.

 

L'archaïsme, au contraire, ne cherche pas à tromper. Impopulaire en première lecture, il charrie avec lui la solidité d'une permanence. Il assume l'Histoire, les contradictions, le sang versé, le sacrifice collectif. Il ne cherche pas, sous le moindre prétexte, à diluer des frontières, si porteuses de sens, pour d'improbables conglomérats ectoplasmiques.

 

Pour évoluer, le monde a besoin de revenants. C'est un paradoxe, oui. Comme la démarche du crabe, sur la vase encore humide.

 

Pascal Décaillet

 

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05/02/2017

Les sujets "de société" et le déclin de la presse romande

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Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 18.29h
 
 
Dans mon édito d'hier sur la presse romande, "ce qui la tue", j'ai dit un mot de l'importance délirante prise, depuis des décennies, par les sujets "société". J'ai dit aussi le rôle joué par l'idéologie de Mai 68 dans cette tendance. Nous sommes là dans un thème très important pour moi, fondateur de tant de mes combats.
 
 
Mon problème avec Mai 68 n'a jamais été de type "droite-gauche" : à bien des égards, sur le rapport à l'Etat, à la nation, à la sécurité sociale, à la santé publique, à la solidarité et la cohésion nationales, je suis sans doute plus à gauche que bien des soixante-huitards. Combien d'entre eux, d'ailleurs, libertaires pour lancer le pavé, ne sont-ils pas devenus libéraux, voire ultra, la quarantaine surgie, qui coïncidait avec les années de Veau d'Or, et d'argent facile ? Pendant ce temps, très seul dans la presse romande, je combattais la dérive spéculative et financière, rappelais la philosophie de Léon XIII, d'Emmanuel Mounier et de la Revue Esprit, insistais pour que l'économie demeurât au service de l'humain, de son épanouissement, non le contraire.
 
 
Non. Mon problème avec Mai 68 est qu'ils n'ont cessé de mettre en avant, non des sujets politiques, mais des sujets "de société". Or, ces sujets-là ne n'intéressent pas. Ils ne m'ont jamais intéressé. Prenez mes textes, je ne m'exprime pas sur eux. Je suis plutôt un homme passionné par l'Histoire, ou plutôt chaque Histoire spécifique à chaque nation, principalement la France, l'Allemagne, la Suisse, les Balkans, mais d'autres aussi. J'ai lu des milliers de biographies historiques, beaucoup plus que de romans. C'est ainsi.
 
 
Et puis, j'aime la langue. La poésie. La musique, plus que tout. Et puis, observer la nature.
 
Mais je n'ai aucun avis particulier sur les questions "de société" qui agitent tant l'espace public depuis Mai 68, et la presse romande depuis les années 80, et surtout les années 90, où ces sujets ont explosé dans les médias. Apparition des "pages société", puis de "cahiers société", et même de "magazines société". Cette presse-là ne m'intéresse pas. Elle n'est pas ma tradition personnelle.
 
 
Je ne nie en aucune manière à cette presse le droit d'exister. Mais je dis qu'elle a pris trop de place, que les sujets "magazine", dans les années cossues des rédactions (qui sont bien finies !), relevant du luxe et non de la nécessité, ont pris un tel empire que certains en ont oublié les fondamentaux du journalisme : traiter l'actualité au jour le jour, avec la rigueur d'un métronome et l'ascèse infatigable, interroger le politique avec une distance critique, décrypter sans concession les mécanismes du pouvoir, proposer sans relâche une mise en contexte historique, une lecture diachronique, analyser plutôt que moraliser. Informer plutôt que distraire.
 
 
Sur cette inflation des questions de société dans la presse, j'aurai l'occasion de revenir. Nous sommes là dans l'une des causes du déclin de nos journaux, en Suisse romande. On ne peut tout de même pas tout mettre sur la férocité des méchants éditeurs, de Berlin ou d'ailleurs.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 
 

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La poire, le rot, le fromage

 

Sur le vif - Dimanche 05.02.17 - 14.44h

 

C'est une lourde erreur de considérer les humoristes, les caricaturistes, comme étant a priori des figures de contre-pouvoir. En Suisse romande, ils sont tout le contraire. L'immense majorité d'entre eux ne font qu'adopter la POSTURE de la rébellion, la sale tronche du bouffon, pour en fait s'insérer parfaitement dans le monde des puissants. Qui les paye, comme fous du roi. Tant qu'on amuse la Cour, on éloignera les révoltes. Les voilà donc majors de table, nos braves "humoristes", mercenaires de galas, amuseurs de galeries, entre le rot, la poire et le fromage.

 

Deux dessinateurs de presse, absolument géniaux, Mix et Burki, nous ont quittés juste avant Noël. Je ne suis pas sûr que leurs survivants aient le même génie de la dérision. La même application à tous du trait d'humour. Car enfin, nos "humoristes", aujourd'hui, à toujours attaquer dans la même direction, apparaissent plutôt comme les Croisés d'une cause. Au service de la morale. Des militants, en somme.

 

Janissaires de cocktails, ils font exploser de rire les rombières, dérident la charité du bourgeois, titillent puissants, décideurs et possédants. Lesquels, calcinés par l'alibi, se montrent bien peu regardants sur les syllabes avalées, le phrasé beaucoup trop rapide, le calcul d'un rire toutes les dix-sept secondes, caisse enregistreuse à l'appui, cette importation new-yorkaise qui suinte le profit, plutôt que l'exercice d'une quelconque dérision réelle.

 

Bref, nos humoristes, je les aime bien. A un détail près, sans importance : la plupart d'entre eux ne me font simplement pas rire.

 

Pascal Décaillet

 

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04/02/2017

Ce qui tue la presse romande

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Sur le vif - Samedi 04.02.17 - 17.11h

 

Ce qui tue la presse romande, ce ne sont pas les méchants éditeurs, de Berlin ou d’ailleurs, qui ne veulent plus l’imprimer. Enfin si, ce sont aussi ces gens, mais pas seulement.

 

Ce qui tue la presse romande, depuis plus de vingt ans, c’est le conformisme des journalistes. Pas tous, loin de là. Mais beaucoup d’entre eux.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son uniformité, son unanimisme, ses saintes voix de saintes chapelles, le culte du Bien, l’analyse politique captive du prisme de la morale, une crasse, profonde, mortifère méconnaissance de l’Histoire, remplacée au mieux par la sociologie, la plupart du temps par rien du tout.

 

Ce qui tue la presse romande, et j’aborde là un sujet tabou qui me tarabuste depuis plus de trente ans, c’est l’importance démesurée qu’ont pris, dans les rédactions, les sujets « de société » par rapport à l’analyse historique et politique. Nous sommes là dans l’un des effets les plus dévastateurs de Mai 68. Je suis un fou de presse, un fou d’archives, je passe des centaines d’heures à dévorer de vieux journaux, j’en avais lu des milliers pour ma Série de 1994 sur l’Affaire Dreyfus : je peux vous le dire, il y a cinquante ans encore, quasiment pas de sujets de « société ». Aujourd’hui, majoritaires, ils écrasent tout.

 

Lorsque le Journal de Genève (où j’ai accompli mes premières années) s’est fondu post mortem, en 1998, avec le Nouveau Quotidien, pour devenir le Temps, c’étaient comme les eaux turquoise de l’Arve, à la Jonction, et bleues du Rhône, ne se mélangeant pas. Le premier, c’étaient 172 ans d’analyse et de prises de position politiques ; le second, c’étaient sept ans de suprématie « société ». Impossible fusion.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la matrice HEI, dont sont sortis tant de ses beaux esprits. La fabrique idéologique, à quelques centaines de mètres de l’ONU, et quelques dizaines de l’OMC, de générations de journalistes qui allaient défendre, le doigt sur la couture du pantalon, le multilatéralisme, l’OTAN, la mondialisation, l’Union européenne, bref tout ce qui ressemble à des conglomérats tueurs de nations, de souverainetés, de sentiments d’appartenance. Et en anglais, s’il vous plaît !

 

Ce qui a largement contribué à tuer la presse romande, c’est son comportement au moment des guerres balkaniques, entre 1990 et 2000. Ignorance historique crasse, parti-pris systématiquement anti-serbe, pro-croate, pro-bosniaque, pro-kosovar, pro-albanais. Diabolisation de tout un peuple. Refus de voir les réalités : retour en force de l’influence allemande, juste après la chute du Mur, rôle des services secrets allemands dans les événements du Kosovo, affaiblissement, voulu par Washington, du monde slave cyrillique, l’axe Moscou-Belgrade, instauration d’une « justice internationale » à la botte des Etats-Unis. Cécité de ces braves gens, sortis d’HEI, face à ces phénomènes que j’ai, pour ma part, étudiés de près, m’étant rendu sur le terrain, m’étant abreuvé à d’autres sources. Il faut voir comment, dans ces années 1990, dans les rédactions, on traitait ceux qui, sur la question balkanique, osaient une autre voix.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est la peur des pairs, la peur du débriefing. La sainte horreur face à l’idée qu’on pourrait déplaire au chef, et plus encore aux chefaillons. Surtout, ne pas déteindre. Rester dans la ligne. Le pire de tout : au nom de cette peur du moindre engagement, s’abriter derrière une prétendue « neutralité ». Comme si la parole, le verbe, la syntaxe, l’angle du regard pouvaient être neutres ! Tout acte journalistique, à commencer par la prétendue neutralité de quelques eunuques-troncs, est, par la nature même de la parole, un acte engagé. Alors, de grâce, assumons : de gauche, de droite, du centre, tout cela m’est parfaitement égal, mais ayons l’élémentaire courage de décliner le point de vue duquel on parle.

 

Ce qui tue la presse romande, c’est son retard à relever les défis de la technique. Son mépris des formes nouvelles d’expression, comme les réseaux sociaux. Son mythe du papier. Son attachement au temps des immenses rotatives, si coûteuses. Sa permanence dans le modèle des bonnes vieilles rédactions, avec de bons vieux chefs, de bons vieux horaires, de bons vieux bureaux, la bonne vieille cafétéria. Comme si tout cela, hérité de l’ère industrielle, n’avait pas déjà éclaté !

 

La presse romande survivra-t-elle ? Je n’en sais rien. Ce qui doit vivre, en chacun de nous, chaque citoyenne, chaque citoyen de ce bout de pays, et pas seulement les journalistes, c’est l’angle du regard. La fraîcheur de l’approche. L’audace du verbe, écrit ou prononcé. On ne nous a pas donné des micros, ni des claviers, ni même encore des feuilles si vous y tenez, pour que n’y laissions que le vide de nos peurs. Mais pour que chacun d’entre nous, s’il le souhaite, s’engage, nous étonne, nous informe de ce que nous ignorions, nous cultive, nous exaspère, nous dérange, nous éblouisse, et parfois aussi nous émerveille. A tous, excellente soirée.

 

Pascal Décaillet

 

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03/02/2017

La conversion de Constantin

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Sur le vif - Vendredi 03.02.17 - 19.00h

 

Le métier de directeur de prison n'est pas nécessairement, à première vue, le plus drôle qui soit. Je n'ai, de ma vie, jamais mis les pied dans une prison, si ce n'est, en 1983, pour rendre visite à un ami, objecteur. Alors que j'étais moi-même sous les drapeaux, pour payer mes galons !

 

C'est un monde que je ne connais pas. Tout au plus ai-je toujours, dans le vaste atelier de mes désirs, le projet de faire un jour, avec mon ami Alberto Velasco, une émission de radio en milieu carcéral. Pas une seule émission : un rendez-vous, régulier, pour les détenus, les gardiens, tout le monde de l'établissement. J'espère, un jour, malgré la forêt d'obstacles administratifs, concrétiser cette vieille idée, qui me trotte dans la tête.

 

Je ne connais pas le monde de la prison, mais je connais un peu Constantin Franziskakis. Je veux témoigner d'un homme à la rare épaisseur, attentif à l'absolue primauté de l'humain sur toute autre considération. Un homme d'ouverture et de culture, nourri de racines et de valeurs. L'Histoire. L'engagement. Le sacrifice. Les cimetières militaires. Les livres. La Méditerranée. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça me parle. Bref, l'antithèse du grimpaillon, aux dents qui rayent le plancher.

 

Après les années qu'il a passées à Champ-Dollon, comme directeur, M. Franziskakis va, entre autres, étudier en profondeur le phénomène de radicalisation. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il va s'atteler à une tâche d'utilité publique, de premier ordre.

 

A cet homme de valeur et de vibrations, j'adresse mes vœux les plus chaleureux, pour la suite.

 

Pascal Décaillet

 

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01/02/2017

L'éternité du monde

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Sur le vif - Mercredi 01.02.17 - 08.56h

 

En politique, je ne crois pas à l'homme nouveau. Je ne veux pas y croire. Il ne m'intéresse pas.

 

J'aime, au contraire, l'homme ancien. Avec un passé, des cicatrices, des souffrances, une histoire. L'homme qu'on aurait déjà aimé, naguère, puis détesté. Il aurait dû se battre, défricher le chemin d'initiation dans une épaisse forêt, hostile. Ça laisse des traces, ça salit les mains, ça expose à la tentation, ça s'appelle la vie.

 

C'est pour cela que j'étais pour François Mitterrand, en 1981. Il avait été, après l'Observatoire (1959), l'homme le plus haï de France. Pendant des années, au fond jusqu'en 1964, il avait été un homme totalement seul. Il avait tenu la ligne, continué le combat.

 

J'aime ça. 22 ans après l'Observatoire, après deux échecs à la présidentielle (65, 74), le 10 mai 1981, il parvenait au pouvoir suprême. Il avait 65 ans, et avait été traité sept ans plus tôt (1974) "d'homme du passé" par Giscard.

 

De même, en juin 1958, j'aurais tout donné pour voir revenir Charles de Gaulle, après douze ans et quatre mois de traversée du désert. Mais en juin 1958, faute d'assister à une résurrection, je naissais. Dans le désordre et le fracas du monde, on fait ce qu'on peut.

 

J'aime les hommes du passé. J'aime les revenants, les archaïsmes, la poussière des archives, le parfum de tombeau des vieux livres, le son des instruments anciens, les traces de l'Histoire.

 

Je n'aime pas les hommes nouveaux, les candidats aux dents blanches. D'ailleurs, aucun homme n'est nouveau. Chacun de nous, complexe et multiple, porte en soi l'éternité du monde.

 

Pascal Décaillet

 

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Moins de signatures ? Mais oui, bien sûr !

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Commentaire publié dans GHI - Mercredi 01.02.17

 

Genevois, soyez sur vos gardes. Il y a des gens, dans ce canton, à commencer par les deux partis de l’Entente (PLR, PDC), qui œuvrent contre l’extension de vos droits populaires.  En clair, contre l’abaissement du nombre de signatures pour les deux actes majeurs, dans notre démocratie directe, que sont l’initiative et le référendum. Abaissement demandé à l’origine par Ensemble à Gauche, les socialistes, les Verts, l’UDC et le MCG. Un projet de loi constitutionnel déposé par l’une des plus grandes figures politiques de notre Canton, Christian Grobet.

 

Pour les initiatives constitutionnelles, le nombre de signatures à récolter passerait à 7'500 (au lieu de 10'000). Pour les initiatives législatives et les référendums, à 5'000 (au lieu de 7'500). Il s’agirait donc de modifier notre nouvelle Constitution cantonale, récemment entrée en vigueur. Le Grand Conseil s’est penché sur ce texte vendredi 27 janvier, mais le vote final a été ajourné, suite à une singulière intervention du Président du Conseil d’Etat.

 

L’affaire n’a rien de technique, elle est totalement politique. De quoi s’agit-il ? De nos droits populaires ! De cet instrument, incomparable au monde, dont nous disposons en Suisse, qui s’appelle la démocratie directe. Chez nous, le « peuple » (entendez : le corps électoral, le suffrage universel) est souverain. Cela ne signifie pas qu’il ait « raison », mais qu’il tranche en ultime instance. Il peut soit contester une loi parlementaire (référendum), soit, bien mieux encore, modifier directement la Constitution, suite à un vaste débat populaire (initiative). Ces deux démarches sont incroyablement précieuses. Elles constituent l’ADN de notre rapport à la démocratie. Elles permettent un exceptionnel contre-pouvoir du peuple face au monde des élus, une soupape. Cela nous a sans doute évité, dans notre Histoire, des soulèvements de rue, avec fracture du tissu social.

 

Dès lors, face à l’idée d’abaisser le nombre de signatures, donc de favoriser la possibilité pour le peuple de s’exprimer, la ligne de front est toujours la même : les partis d’opposition sont pour, les notables sont contre. Mais à ce petit jeu, il faut faire attention : les majorités peuvent changer, et les installés d’aujourd’hui peuvent devenir les contestataires de demain. Cela est très bien, très sain, cela s’appelle l’alternance. Hélas, à Genève, il existe deux partis qui, sous prétexte de se partager le pouvoir depuis l’avant-guerre, sous le nom si excitant « d’Entente », s’imaginent qu’ils y resteront pour l’éternité. Ils ont tort, évidemment.

 

Quant au Président du Conseil d’Etat, fort nerveux, ce vendredi 27, dans un cénacle qui n’était d’ailleurs pas le sien, le signal qu’il délivre, en obtenant un report des débats, est celui de la peur de l’expression populaire, par la voie de la démocratie directe. Derrière lui, le PLR et le PDC, oui la bonne vieille Entente, soutiennent le combat d’arrière-garde. Et donnent l’impression de se boucher le nez, dès que le corps électoral fait usage d’un droit qui est, simplement, le sien. La fin de règne approche.

 

Pascal Décaillet

 

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