11/10/2018

Climat : pas de dogme, SVP !

 

Sur le vif - Jeudi 11.10.18 - 14.11h

 

Le réchauffement climatique ne saurait en aucun cas être imposé comme un dogme, qu'aucun esprit critique n'aurait le droit de contester.

 

Cette liberté de pensée, et d'exercer une mise en doute, avec les outils de la Raison dialectique, doit être garantie dans l'ensemble de l'espace public. Et notamment dans le corps enseignant.

 

Pascal Décaillet

 

14:15 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Le rôle d'Antigone, c'est si facile !

 

Sur le vif - Jeudi 11.10.18

 

La notion de "droits fondamentaux", aussi respectable semble-t-elle, pose problème lorsqu'elle est brandie dans une discussion politique, à l'intérieur d'une démocratie.

 

Pour un démocrate, le périmètre du "droit", c'est celui d'une codification écrite, qu'on appelle "la loi", définie par un législateur, le Parlement par exemple.

 

Cette codification doit être publique, accessible à tous, aisément consultable : Code civil, Code pénal, Code des obligations, etc. Elle constitue un corpus écrit, mesurable, délimité. Un périmètre.

 

Les "droits fondamentaux", qui les édicte ? La conscience de chacun ? Une autorité ecclésiale, spirituelle ? Un Livre saint ? Un conglomérat mondialiste, sis à Genève ?

 

Bien entendu, à titre personnel, je suis parfaitement d'accord avec nombre de ces "droits fondamentaux". Mais comme citoyen, suisse en l'occurrence, si je participe à un débat politique, je me garderai toujours d'avancer une référence externe au corpus codifié, délimité, des lois de mon pays.

 

Ou alors, si j'avance cette référence, cela doit être dans l'optique de l'inscrire, parce qu'elle n'y figurerait pas encore, dans les lois de mon pays. Ce qui passerait par le processus démocratique. Donc, par un combat politique, un jeu d'antagonismes, une dialectique INTERNES à notre périmètre national.

 

Mais venir, dans un débat, brandir les "droits fondamentaux", comme une sorte de valeur universelle, intangible, sans que cette dernière ait été codifiée dans la loi, c'est introduire un élément théocratique dans une discussion démocratique.

 

Cette manière de jouer Antigone contre Créon, en se donnant évidemment le beau rôle, parce qu'on aurait avec soi la loi universelle, la loi des dieux, est tellement facile, tellement démagogique. Et au fond, insupportable.

 

Pascal Décaillet

 

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10/10/2018

Climat intenable

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.10.18

 

L’affaire Maudet ne m’a jamais intéressé sur le plan juridique. Il y a une instruction, laissons les professionnels de la justice faire leur boulot, nous verrons bien. Cela prendra du temps, et c’est très bien ainsi : la justice n’a pas à précipiter son travail, pour plaire à l’opinion publique.

 

L’affaire Maudet ne m’intéresse pas, non plus, sous l’aspect moral. Je n’ai, pour ma part, et contrairement à ce qui est fort répandu dans le public, jamais attendu d’un ministre qu’il soit « exemplaire », ni qu’il affiche d’autres vertus que sa parfaite compétence à gérer les affaires de la République. En clair, je préfère un brillant commis de l’Etat, n’étant pas parfait sous l’angle de la morale, à une personnalité irréprochable, mais médiocre dans la conduite de la Cité.

 

Mais l’affaire Maudet m’intéresse, au premier chef et au fond uniquement, sous l’angle politique. Dans les conditions d’extrême tension où ce magistrat a mis la République, a-t-il encore le crédit nécessaire pour se maintenir ? Car enfin, les signes sont visibles : les esprits, à commencer par l’intérieur de son parti, le PLR, sont à ce point tétanisés par « l’Affaire », qu’ils se rebiffent pour venir débattre des grands sujets thématiques qui agitent la Cité : Finances, Santé, Logement, etc. Et là, ça commence vraiment à devenir inquiétant : au-delà de savoir si Pierre Maudet est gentil ou méchant, ce qui m’indiffère, je dois constater que les grands débats de fond, à Genève, à cause de cette affaire, sont en panne. Jusqu’à quand ?

 

Pascal Décaillet

 

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Jacques Friedli, salutaire emmerdeur !

Jacques Friedli.png 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.10.18

 

Un jeune homme de 24 ans, franc, loyal, clair et sympathique. Un monolithe de courage, seul contre un appareil. Tel est Jacques Friedli, ancien Conseiller municipal de Bernex, qui a osé, ce samedi 6 octobre, présenter une candidature de combat, au Congrès des socialistes, pour la présidence du parti. Il n’a pas été élu, mais face au vainqueur, Gérard Deshusses, il a réussi l’exploit – il n’y a pas d’autre mot – d’arracher un tiers des voix ! C’est considérable, époustouflant même, pour un candidat de dernière minute, ne disposant pas de la puissance ancestrale des réseaux qui traversent le parti. Avec un tel résultat, les socialistes, s’ils sont intelligents, seront obligés d’entrer en matière sur l’implacable papier de position publié cinq jours avant le Congrès, le lundi 1er octobre, par l’enfant terrible.

 

Le parti socialiste, à Genève, ne se porte pas si mal, et la présidente sortante, Carole-Anne Kast, affiche un bon bilan, avec notamment la reconquête, par Thierry Apothéloz, du deuxième siège au Conseil d’Etat. Mais ce parti, comme tant d’autres, est traversé par des courants qui se combattent, dominé par quelques caciques, qui se partagent postes et prébendes. Cela, Friedli le dit, dans son papier du 1er octobre : « Un parti dont la machine est dirigée par un petit groupe de personnes qui gardent jalousement le pouvoir… Les changements au Comité directeur et à la présidence ressemblent davantage à un jeu de chaises musicales qu’à une élection démocratique ». Le soir même de ce lundi 1er octobre, sur le plateau de Genève à Chaud, le jeune homme dressait un réquisitoire sans appel contre le cumul des mandats, l’oligarchie dans le partage des postes. Bref, de quoi se faire des amis ! De quoi se faire littéralement flinguer par les apparatchiks, le jour du Congrès.

 

Eh bien, il n’en fut rien. Au Congrès, Jacques Friedli a pu s’exprimer. Et il a cartonné (pour un outsider !) au moment du vote. La grande chance du parti, face à cette fronde, est que le vainqueur du jour, Gérard Deshusses, est un homme d’expérience et de sagesse. Il n’a pas polémiqué. Mieux : dimanche soir au Grand Genève à Chaud, en compagnie de sa nouvelle première vice-présidente, Caroline Marti, il a eu des mots bienveillants pour son concurrent. Laissant entendre qu’on avait besoin de lui pour enrichir la dialectique interne du parti. Tactique ou spontanée, cette réaction était la plus intelligente à afficher, et laisse augurer, pour les deux ans qui viennent, une présidence de qualité. En attendant, avec Jacques Friedli, un tempérament politique est né à Genève : la fougue de la jeunesse, le courage de dire les choses, celui d’affronter seul un enchevêtrement de caciques se tenant par la barbichette. Il nous faut, à Genève, toutes options politiques confondues, davantage de Jacques Friedli : la démocratie a parfois besoin de salutaires emmerdeurs pour survivre.

 

Pascal Décaillet

 

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09/10/2018

Karin Keller-Sutter : qui d'autre ?

 

Sur le vif - Mardi 09.10.18 - 15.04h

 

Annoncée à l’instant à Wil (SG), la candidature de Karin Keller-Sutter au Conseil fédéral est une excellente nouvelle pour la Suisse. Sera-t-elle élue ? Je n’en sais rien, mais je l’espère ! Tout comme je l’espérais en 2010, lors de sa première tentative.

 

Karin Keller-Sutter incarne ce que le radicalisme suisse, ce grand courant du Freisinn, qui a tant fait depuis deux siècles pour notre pays, peut nous présenter de mieux aujourd’hui. Oui, depuis deux siècles : le Freisinn philosophique, économique et politique précède les événements de 1848, on peut le faire remonter à 1798, et bien sûr, antérieurement encore, aux Lumières.

 

Karin Keller-Sutter a été une remarquable conseillère d’Etat à Saint-Gall, à la fois très ferme sur le contrôle des migrations, et ouverte sur les questions économiques. Elle parle notre langue, le français, à la perfection : mieux encore que le plus grand Saint-Gallois que j’aie eu l’honneur d’approcher dans ma vie, Kurt Furgler, conseiller fédéral de 1971 à 1986.

 

La Suisse n’est pas un pays de stars dans les exécutifs. Mais enfin tout de même, quand on tient sous la main quelqu’un de brillant, avec à la fois les capacités gouvernementales et la parfaite aisance dans l’art de communiquer, on lui donne sa chance. Puisse l’Assemblée fédérale, cette fois, voir les choses comme cela.

 

Pour ma part, ayant plusieurs fois interviewé cette personnalité politique hors-normes, l’ayant d’ailleurs reçue sur le plateau de Genève à Chaud, suivant au jour le jour, dans la presse alémanique, NZZ notamment, ses interventions, j’ai l’impression que nous avons, avec cette dame, sa classe, son intelligence, son expérience, une personnalité de tout premier plan. En ces temps difficiles que vit la Suisse, où il faut à la fois affirmer la souveraineté du pays et dialoguer avec tous, nous avons besoin des qualités de Karin Keller-Sutter.

 

Citoyen de ce pays, passionné de politique depuis l’aube de l’adolescence, je lui souhaite, avec la tête et avec le cœur, la plus belle des campagnes !

 

Pascal Décaillet

 

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Mme Sommaruga et "l'exclusion"

 

Sur le vif - Mardi 09.10.18 - 08.36h

 

Hallucinant d'entendre Mme Sommaruga déclarer que l'initiative du 25 novembre, sur la primauté du droit suisse, "exclut la population".

 

Une initiative, Madame, munie d'au moins cent mille signatures validées, soumet un texte à cinq millions de citoyennes et citoyens de ce pays. Toutes les femmes, tous les hommes, de nationalité suisse, âgés d'au moins 18 ans. Elle provoque un vaste débat national, où chacun peut s'impliquer, de Genève à Romanshorn. Le pays tout entier en parle.

 

Votre monde à vous, Madame, circule en boucle - comme dans l'un de ces giratoires, si chers depuis deux jours aux rédactions romandes de Tamedia - dans un monde de 246 personnes, sous la Coupole fédérale.

 

Cinq millions, ou même deux millions si on prend 40% de taux de participation, donc de gens qui votent vraiment sur un objet, me semblent tout de même moins de nature à "exclure la population", que 246 élus, qui ne sont en aucun cas propriétaires du débat politique en Suisse.

 

Votre propos, Madame, est un discours de caste et de cléricature.

 

Pascal Décaillet

 

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08/10/2018

Comprendre, plutôt que s'étrangler

 

Sur le vif - Lundi 08.10.18 - 07.22h

 

Au Brésil aujourd'hui, comme il y a deux ans aux États-Unis, comme en Italie, en Autriche, en Bavière, les paradigmes traditionnels de la politique de l'après-guerre sont en train d'éclater. Il faut en prendre la mesure, en tentant de comprendre en profondeur les motivations de ces électorats, plutôt que s'étouffer ou s'étrangler.

 

Les citoyennes et citoyens, un peu partout, veulent une prise directe sur le destin de leur pays. En Suisse, nous avons la chance de l'exercer, ce contrôle, grâce à la démocratie directe, ce bien si précieux qui sert de soupape, et permet d'exhumer des thèmes que la classe politique, les élus, voudraient laisser enfouis sous terre, parce qu'ils les dérangent.

 

En Suisse, oui, nous avons cette chance. D'autres peuples, de plus en plus, aspirent à établir, nation par nation, chacune selon son génie propre, une prise de décision directe des citoyens sur le destin du pays. L'évolution fulgurante des techniques, la mise en réseau des connaissances, vont dans ce sens.

 

Lutter contre la corruption. Défaire les cartels au sein des élites au pouvoir. Décider directement, d'en bas. Reprendre absolument le contrôle des flux migratoires. Ces thèmes, un peu partout, sont en pleine expansion. Aujourd'hui, la Bavière, demain l'ensemble de l'Allemagne ? Aujourd'hui l'Autriche, demain la Mitteleuropa ? Aujourd'hui l'Italie, demain la France ?

 

Pascal Décaillet

 

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Par pitié, pas les profs de droit !

 

Sur le vif - Lundi 08.10.18 - 09.29h

 

Par pitié, dans le débat du 25 novembre sur la primauté du droit suisse, qu'on nous épargne le doctes leçons des profs de droit !

 

Un prof de droit n'a aucune espèce de légitimité supérieure à celle de n'importe quelle citoyenne, n'importe quel citoyen, à s'exprimer sur un sujet de votation fédérale.

 

Il peut donner son avis comme citoyen. Comme nous tous. Comme citoyen, au milieu de cinq millions d'autres : le corps électoral, au niveau fédéral, en Suisse, se compose de tout homme, toute femme, de nationalité suisse, ayant 18 ans ou plus.

 

Dans une initiative, de quoi s'agit-il ? De modifier la Constitution. Le peuple et les cantons disposent de ce pouvoir. S'ils disent, comme le 9 février 2014, "Il faut des quotas pour réguler les flux migratoires", eh bien il faudra des quotas pour réguler les flux migratoires. S'ils disent "Le droit suisse doit primer sur le droit international", eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international. C'est aussi simple que cela.

 

La souveraineté du peuple et des cantons, lorsqu'ils s'expriment sur des initiatives, ne saurait s'accompagner d'une application facultative par les instances de mise en œuvre. Cette souveraineté constitue un ordre - je dis bien : un ordre - donné par le corps des citoyennes et citoyens aux organes chargés de l'appliquer. Si ces derniers ne le font pas, ou minaudent, ou jouent la montre, ou dénaturent l'intention initiale, ce comportement constitue une trahison de l'ordre donné par le souverain.

 

Quant aux profs de droit, ils ont beau connaître par coeur la Constitution, comme un prof de latin connaît par coeur Virgile, cette dernière ne leur appartient pas. Pas plus que le génie poétique de Virgile n'appartient au grammairien, jaloux de concordance des temps et de précision dans les déclinaisons.

 

Non, la Constitution est écrite, remaniée, corrigée, au fil des décennies, par le peuple et les cantons. Ils en sont les auteurs, les inspirateurs. Les profs de droit sont là pour l'enseigner à leurs étudiants. Pas pour dire aux citoyennes et citoyens libres de ce pays ce qu'ils ont à voter.

 

Pascal Décaillet

 

 

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07/10/2018

Le pari de Pascal

 

Sur le vif - Dimanche 07.10.18 - 14.44h

 

Si le peuple et les cantons de Suisse décident, le 25 novembre prochain, que le droit suisse doit primer sur le droit international, eh bien le droit suisse devra primer sur le droit international.

 

Car s'ils devaient décider cela, et que la mise en application, volontairement freinée par le Parlement comme dans le cas du 9 février 2014, aboutissait au contraire, ce serait là une éclatante démonstration de la mise sous tutelle implacable du souverain suisse par le petit monde qui passe des pactes, sans souci de les faire ratifier, avec l'étranger.

 

Donc, une démonstration mathématique de la justesse de l'idée de l'initiative.

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/10/2018

Le retour inexorable de l'Allemagne

 

Sur le vif - Samedi 06.10.18 - 06.49h

 

Il n'existe pas d'Union européenne. Politiquement, ce conglomérat est nul et non avenu. Mais il existe, sur le continent européen, une réalité parfaitement lisible et perceptible, depuis trente ans : la renaissance politique de l'Allemagne.

 

Pendant les trois premières décennies de son existence, de 1957 (Traité de Rome) à 1989 (chute du Mur), la Communauté européenne était un organe utile pour la collaboration sur le continent. Elle avait pour vertu l'équilibre entre ses membres fondateurs, principalement entre la France et l'Allemagne, piliers de la Cathédrale européenne.

 

À partir du 9 novembre 1989, l'équilibre de 1957 a été brutalement rompu. Un géant renaissait en Europe, avec la bénédiction des autres pays, et même sous les vivats. Le capitalisme de l'ouest phagocytait en rotant, tel un Moloch, la DDR, tout le monde applaudissait, sous prétexte que le communisme, "c'était mal". Nos beaux esprits, enivrés de reaganisme et de libéralisme, jugeaient à l'aune des idéologies, là où il fallait juger à l'aune des nations.

 

Dans la longue, la passionnante, l'époustouflante Histoire de la renaissance allemande depuis le grand Frédéric II de Prusse (1740-1786), le 8 mai 1945 n'a été qu'une défaite d'étape. Le jeune Helmut Schmidt, 27 ans, qui venait de faire toute la guerre comme officier de DCA dans la Wehrmacht, et que j'ai eu l'honneur d'interviewer à Hambourg en 1999, l'avait parfaitement compris.

 

Depuis la chute du Mur, et la réunification de 1990, l'Allemagne, sous l'impulsion du Rhénan catholique Helmut Kohl, incarnation des valeurs du Saint-Empire, à utilisé le paravent européen, la bannière européenne, pour camoufler la résurrection de ses ambitions stratégiques en Europe. Le comportement de Mme Merkel sur les Marches orientales, et jusqu'en Ukraine, va dans ce sens.

 

Pourquoi les profs d'Histoire n'étudient-ils pas ces choses-là avec leurs élèves ? Pourquoi ne leur font-ils pas lire les Discours à la Nation allemande (1807) de Fichte ? Pourquoi ne leur parlent-ils pas du travail exceptionnel des Frères Grimm sur l'identité historique et dialectique de la langue allemande ? Pourquoi, en cette approche du centenaire du 9 novembre 1918, ne leur parlent-ils pas, en profondeur, de la Révolution allemande, de la terrible année 1919, des combats entre Spartakistes et Corps-francs nationalistes ? Nous sommes là, avec l'humiliation du Traité de Versailles, dans des causes absolument directes de la naissance et de l'éclosion du nazisme. Pourquoi les profs d'allemand ne font-ils pas lire à leurs élèves le "Novembre 1918" de Döblin, ou les "Réprouvés", d'Ernst von Salomon ?

 

Il n'existe pas d'Union européenne. Il existe, au sein de cette structure fictive, une lente et inexorable renaissance de l'influence stratégique de l'Allemagne sur le continent européen. Ne pas voir cela, c'est passer à côté de l'essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/10/2018

Balkans : oui, une nouvelle guerre est possible

 

Sur le vif - Vendredi 05.10.18

 

Pour la première fois de ma vie, je suis d'accord avec M. Juncker ! Le Président de la Commission européenne estime parfaitement envisageable l'éventualité d'une nouvelle guerre dans les Balkans. Il a malheureusement raison.

 

Là où je ne le suis plus, c'est lorsqu'il presse une foule de pays balkaniques d'adhérer à l'Union européenne.

 

Je m'intéresse aux Balkans depuis une quarantaine d'années. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de m'y rendre. Sous Tito encore, avant 1980, je tâchais de lire ce que je pouvais trouver, en français ou en allemand, sur l'Histoire de cette région totalement passionnante. Il était clair, dès la mort de Tito (1980), que la Fédération des Slaves du Sud, datant de l'effondrement des deux grands Empires, l'Austro-Hongrois et l'Ottoman, n'allait plus durer très longtemps.

 

Le pays, en Europe, responsable au premier chef du démembrement de la Yougoslavie porte un nom : il s'appelle l'Allemagne. L'Allemagne de Kohl. L'Allemagne de la Chute du Mur (9 novembre 1989). L'Allemagne de la réunification (1990). Le Mur tombé, le Rhénan Kohl a racheté la DDR, l'Allemagne de l'Est, à coups de colossaux capitaux. Il l'a littéralement achetée, oui, avec une gloutonnerie, une vulgarité, une absence totale de considération pour la Saxe et la Prusse historiques, indignes de tout ce qu'avait été, entre 1813 et 1866, l'aventure de l'unification.

 

Je l'ai dit maintes fois, je le répète, la DDR valait mieux que cela. Elle méritait un autre traitement, dans les équilibres inter-allemands, si chers à un homme comme Willy Brandt (Chancelier de 1969 à 1974, l'homme de la génuflexion de Varsovie, décembre 1970), que ce "rachat", cette OPA du capitalisme le plus vil, le plus primaire, sur des terres, des populations, des traditions économiques et sociales qui n'avaient rien à voir avec cet ultra-libéralisme sauvage.

 

Cette Allemagne des années 1990, celle de Kohl, désormais réunifiée, veut montrer à l'Europe qu'elle n'est plus le nain politique de l'après-guerre. Le terrain de démonstration, ce seront les Balkans. J'étais à Berne, à la fin du printemps 1991, lorsque Kohl et Vranitzky, Chancelier autrichien, se sont empressés de reconnaître les déclarations d'indépendance unilatérales de la Slovénie et de la Croatie. Ils l'ont fait sous le paravent "européen" : c'était une manœuvre des anciennes puissances tutélaires germaniques pour reconquérir, dans cette région stratégiquement précieuse, une influence, notamment économique et commerciale.

 

Pendant toutes les années 1990, la Communauté européenne, devenue Union européenne, n'a cessé d'avaliser, d'embrasser, de faire siennes les positions de l'Allemagne de Kohl sur les Balkans. Il s'agissait, en lien étroit avec l'OTAN, donc avec les Etats-Unis, de briser des reins de la Fédération des Slaves du Sud, casser son influence, la remplacer par celle des capitaux "européens", entendez en majorité allemands, dans les Balkans. Pour cela, au milieu d'opérations militaires intra-balkaniques où la sauvagerie était omniprésente, on a volontairement noirci les uns (les Serbes), pour alléger le fardeau de responsabilité des autres. Exemple : ce qui s'est passé dans la Krajina croate.

 

Au moment des événements du Kosovo, en 1998, et surtout 1999, les services secrets allemands, en lien avec ceux de l'OTAN, ont tout fait pour favoriser l'UCK, donc chacun connaît la légendaire douceur.

 

Alors oui, une guerre dans les Balkans peut hélas revenir. Pour la simple raison que rien n'est réglé. On a laissé accéder à l'indépendance des pays qui n'ont pas les moyens militaires, ni économiques, de se défendre seuls, et qui viennent se masser sous la parapluie de l'OTAN. Entre les peuples de l'ex-Yougoslavie, rien n'est réglé, nulle véritable paix, les désirs de revanche sont immenses. Et ça n'est absolument pas l'adhésion de certains pays, ou pseudo-pays, à l'Union européenne, organe au demeurant en liquéfaction, qui va résoudre quoi que ce soit.

 

Alors oui, pour une fois, il convient de donner raison à M. Juncker : les Balkans, un jour ou l'autre, peuvent parfaitement recommencer à s'embraser. Et tout le tragique de l'Histoire, dans ces pays qui me sont chers, repartir à zéro.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

 

Sur le vif - Jeudi 05.10.18 - 10.02h

 

Depuis que Mme Sommaruga est aux affaires, je ne suis d'accord avec rien de ce qu'elle dit, rien de ce qu'elle fait. Rien contre la dame à titre personnel, loin de là, mais opposition totale, géométrique, à chacun de ses propos, chacun de ses actes.

 

Par exemple, malgré la fougue naturelle - et légendaire - qui me porte vers les humains, je n'aurais sans doute pas embrassé avec une telle ferveur M. Juncker. Je me fus, tout au plus, contenté d'un soufflet, en évitant d'un millimètre le contact physique, en ces temps de centenaire de la grippe espagnole.

 

Ou encore, cette manie, face à chaque initiative, de la démolir avant même qu'on eût entendu les auteurs du texte, en nous promettant la mort du pays, les rats, la peste bubonique, les sauterelles, en cas d'acceptation. Quand elle entend le mot "initiative", la socialiste Simonetta Sommaruga, cent ans après le Comité d'Olten et la Grève générale, fonce aux abris.

 

J'aime les initiatives, Mme Sommaruga ne les aime pas. J'aime la démocratie directe, Mme Sommaruga ne l'aime pas. J'aime que toute la Suisse débatte du même sujet, et pourquoi pas en s'engueulant, le temps d'une campagne, et qu'un dimanche l'affaire soit tranchée ; Mme Sommaruga n'aime pas ces choses-là. Elle doit les considérer comme du désordre, de l'imprévu, des fausses notes sur la partition.

 

Mme Sommaruga est faite pour la quiétude de la Berne fédérale. Ce petit monde qui vit entre soi. Avec des juristes, des avis de droit, des ordonnances, des recours. La politique, comme un orchestre de chambre. Les pulsions de la vie, réglées comme du papier à musique. Que viendrait faire le peuple, dans cette idylle ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/10/2018

Jean-Pascal, vingt ans déjà

 

Sur le vif - Jeudi 04.10.18 - 09.18h

 

C'était un homme qui incarnait l’État et respirait la vie. Un combattant d'exception, rude comme le taureau, âpre à la tâche, porté par l'action. Son verbe, à nul autre pareil, surgissait de quelque fermentation, celle qui prend le temps, pour débouler, décocher, défriser, apaiser nos soifs d'étonnement. Il y avait du Gilles, il y avait du Ramuz, il y avait chez cet homme de droite des essences de rive gauche.

 

Il n'était pas un littéraire, comme son prédécesseur Chevallaz, ni d'ailleurs un paysan, bien qu'il en eût la puissance, la structure. Il était juste un destin, jeté là, poussière d'étoile, arrachée à la terre.

 

Il était un homme d'esprit qui aimait les gens. Il a aimé son pays, avec l'ardeur et l’incandescence d'une braise, celle qui de l'âtre, consumant les ceps, transmettant leur parfum comme un encens, donne à la salle obscure des rêves orangés.

 

Oui, j'ai aimé Jean-Pascal Delamuraz. Il a représenté pour moi, pas toujours sur les choix, mais assurément dans l'exceptionnelle dignité de son rapport à la charge, ce que l'engagement politique peut produire de plus puissant : la liberté d'un homme, offerte au service de l’État.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/10/2018

Serge et le vent

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.10.18

 

Serge Dal Busco, nouveau ministre des Transports à Genève (après avoir géré les Finances, lors de son premier mandat), multiplie les gages donnés à la gauche. Il jure de plus en plus par la « mobilité douce », notamment en milieu urbain. Du côté des partisans de cette dernière, on s’en félicite. Du côté des amis du transport motorisé privé, voitures, motos et scooters, on commence à grincer des dents.

 

Où le nouveau ministre, qui vient de la droite bien sentie, libérale d’inspiration, veut-il en venir ? A-t-il une stratégie cachée ? Une chose est sûre : la conversion de Serge Dal Busco aux thèses des Verts ou de l’ATE (Association Transports et Environnement), voire de Pro Vélo, ne faisait pas partie du scénario prévu dans la campagne électorale du printemps 2018. Et peut, légitimement, décevoir une partie non négligeable de la population, pour laquelle circuler en voiture en ville ne constitue pas encore, a priori, une atteinte à la sécurité de l’Etat.

 

On comprend bien que le nouveau magistrat de tutelle des Transports ait voulu rompre avec la stratégie de son prédécesseur, parfois modérément lisible, faite d’effets d’annonce, voire d’actes de foi (traversée du lac). Mais de là à laisser tomber une partie de son électorat naturel, c’est un pari très risqué. Et une posture qui peut laisser poindre le sentiment qu’on s’en va quérir, sur le bout humecté du doigt, la direction du vent. En politique, rien ne se gagne, jamais, à jouer contre son camp.

 

Pascal Décaillet

 

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Vernier : Ana Roch ou Martin Staub ?

Vernier 2018.JPG
 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 03.10.18

 

Rien de plus magique qu’une élection complémentaire, avec deux candidats. Parce que dans le duo, se cisèlent et se détourent avec précision et clarté les profils des antagonistes. Pas de salades, pas de cuisine politicarde : on vote pour l’un ou pour l’autre, il faut trancher, et puis basta ! Cette saveur de second tour d’une présidentielle française, les habitants de Vernier vont pouvoir la goûter tout à loisir, d’ici au dimanche 14 octobre, date de l’élection du successeur de Thierry Apothéloz à l’exécutif de la Ville. Avec, je l’affirme tout net, deux candidats de valeur : Ana Roch, présidente du MCG, et Martin Staub, avocat, chargé de conserver le siège socialiste du sortant. J’ai eu l’occasion, en direct dans le Grand Genève à Chaud du dimanche 30 septembre, à 19h, de les réunir pour un débat : ce fut un échange entre deux personnes de qualité.

 

Succéder à Thierry Apothéloz, devenu conseiller d’Etat, n’est pas chose facile. En quinze ans au sein de la Mairie, l’infatigable militant socialiste a laissé dans la Commune une trace, un sillon qui feront nécessairement référence, ce qui est d’ailleurs un piège pour M. Staub : il n’est jamais très excitant d’empoigner une campagne en se disant qu’on incarne la continuité. Le discours sur la rupture, lui, est plus facile. D’autant que les deux champions du 14 octobre proviennent, justement, des deux partis qui incarnent le plus, à Vernier, la volonté de proximité sociale : avec 14 conseillers municipaux (sur 37) pour les socialistes, et 11 pour le MCG, nous avons, dans cette complémentaire, un choc frontal entre les deux formations les plus importantes, de loin, de Vernier. Avec cette priorité à l’action sociale, dans une commune qui en a sacrément besoin (le taux de chômage est le plus élevé du canton), les deux candidats chassent sur les mêmes terres, sur la même « part de marché » : la compétition n’en est que plus vive. Nul ne peut en prévoir le vainqueur.

 

Avec ses 35'000 habitants, Vernier est la cinquième ville de Suisse romande (derrière Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds et Fribourg), et bien sûr la deuxième du canton. C’est une commune passionnante, très décentralisée (Lignon, Châtelaine, Libellules, Avanchets, Vernier Village), et politiquement un véritable laboratoire pour le canton. C’est pourquoi les états-majors, le 14 octobre, auront les yeux rivés sur l’évolution des fronts à Vernier. D’autant que cette complémentaire pourrait bien être la dernière, sauf accident, dans une grande commune, avant les municipales du printemps 2020.

 

Aux Verniolanes et Verniolans, donc, sous les yeux du reste de Genève, de faire leur choix entre deux députés, l’une cheffe d’entreprise, présidente de club de foot (FC Avanchets), très ancrée dans la vie associative, l’autre avocat, ancien président du Conseil municipal, également immergé dans la vie communale. Chez ces deux candidats, pas d’esbroufe. Des deux côtés, la compétence est au rendez-vous. Reste à entrevoir le petit rien qui fera la différence. La politique, c’est aussi cette magie de l’imprévisible, cruelle et frivole, qui fait son charme.

 

Pascal Décaillet

 

 

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02/10/2018

L'Alma Mater et les Barbares

 

Sur le vif - Mardi 02.10.18 - 09.32h

 

Des étudiants bâlois, nous apprend le Temps, veulent bannir la Weltwoche de l'enceinte de l'Université.

 

Cette attitude, souvent reproduite dans les milieux estudiantins de Suisse face à une école de pensée qui n'est pas la leur, est particulièrement grave.

 

Ces étudiants ont le droit le détester la Weltwoche. Donc, de ne pas la lire. Ou (ce qui serait déjà mieux), de la lire et de s'énerver.

 

De quelle sorte d'enceinte veulent-ils exclure ce journal ? Réponse : d'une Alma Mater. En latin, ça veut dire Mère Nourricière. Comme la Louve de Rome.

 

Une Université, une Alma Mater, c'est précisément, depuis Bologne, depuis la Sorbonne, un lieu, certes géographiquement au coeur de la Cité, mais immatériellement dans l'ombilic invisible du monde, où puisse souffler l'esprit, pour reprendre le mot si beau de Maurice Barrès.

 

Le souffle de l'esprit ne passe pas par une mise à l'écart des idées qui dérangent. Mais par l'acceptation de la pluralité, puis la mise en énergie des antagonismes. S'il est un lieu où cette dernière doive se faire par l'argument, plutôt que par l'émotion, c'est justement l'Université.

 

Pour ma part, je suis abonné à la Weltwoche. Et je suis aussi abonné à Gauchebdo. Et pendant toute mon adolescence, dès l'âge de quinze ans, j'étais abonné au Nouvel Observateur, qui soutenait la gauche, en opposition à Giscard. Et toute ma vie, j'ai lu le Spiegel, proche du SPD, la NZZ, voix du Freisinn, la Frankfurter Allgemeine.

 

Et quand j'étais à l'Université de Genève, à partir de 1976, j'adorais me réfugier à la "Salle des Journaux", à côté de la cafétéria, Uni Bastions, rez-de-chaussée. J'y dévorais le Journal de Genève, où je commençais d'ailleurs à rédiger mes premiers papiers. Dans cette salle, je respirais un air de liberté. Elle était digne d'être nourricière. Digne de se trouver dans l'Alma Mater.

 

Les étudiants censeurs de l'Université de Bâle sont des Barbares.

 

Pascal Décaillet

 

 

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