13/07/2011

Suffrage universel

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 13.07.11

 

Depuis plus de vingt ans, je défends l'idée de l'élection du Conseil fédéral par le peuple. Bien avant que l'UDC ne lance une initiative dans ce sens. Bien avant la polarisation de la vie politique suisse. Ce qui m'amène à militer pour cette réforme, c'est le souhait d'avoir, pour mon pays, un exécutif fort, avec les meilleurs, les caractères les plus trempés, ceux qui se seront frottés victorieusement au suffrage universel. Et non les souris grises, résultats d'accords de coulisses d'un parlement dont la mission historique est de faire les lois, et non d'élire le gouvernement.

 

Depuis plus de vingt ans, je défends cette idée, qui n'est ni de gauche, ni de droite (Pierre-Yves Maillard la soutient, tout aussi bien que Christoph Blocher), mais le combat de ceux qui veulent créer un lien de confiance fort, tellurique, entre la population et les élus. Aujourd'hui, ce lien n'existe pas. Certes, les gens respectent les conseillers fédéraux, mais comme des personnages lointains, irréels, n'ayant à répondre que devant un parlement, sous les lambris du Palais fédéral. La politique comme cercle fermé, entre soi. Les deux seuls hommes, au fond, qui ont vraiment échappé à ce Cercle de Craie caucasien furent Jean-Pascal Delamuraz et Christoph Blocher, au moment de la campagne de 1992 pour l'Espace économique européen. Leurs successeurs, la plupart issus de la caste parlementaire, ont continué de faire de la politique entre soi, loin du peuple.

 

La caste parlementaire ! Le mot est encore bien faible pour décrire la coagulation consanguine d'intérêts horizontaux, à travers les partis, aux Chambres fédérales. Ce principe même de « sessions », qui date du temps des diligences ou des tout premiers trains (1848), où l'on ne siège, qu'il pleuve ou qu'il vente, que quatre fois par an, est totalement caduc, et tout le monde, par confort, feint de l'ignorer. Cette jouissance d'être les grands électeurs, représenter chacun le 246ème de l'onction, s'exciter comme des fous au Bellevue, sous l'empire de la combinazione, pour finalement déboucher sur un Didier Burkhalter ou un Johann Schneider-Ammann (alors qu'on tenait l'occasion d'une Karin Keller-Sutter), il y a là un sérieux discrédit sur l'institution parlementaire. Les Suisses, lorsqu'ils voteront sur l'élection par le peuple, devraient songer à ces tristes épisodes, où non seulement on leur confisque leur pouvoir de décision, mais en plus on décide mal.

 

Bien entendu, la quasi-totalité de la classe politique, à commencer par les actuels parlementaires fédéraux des partis qui se partagent la Suisse, ceux qui ont passé leur vie à blanchir sous le harnais de ce système-là, ceux qui s'en sont partagé les avantages, les dividendes et les prébendes, plaideront pour la continuation, jusqu'à la fin des siècles, du système actuel. Douillet. Confortable. Surtout rester entre soi. Sans rien changer. Jamais.

 

Pascal Décaillet

 

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15/06/2011

Nous sommes tous des humoristes corréziens

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 15.06.11

 

Humour corrézien ? Laissez-moi rire ! Ce que tout le monde prend pour la galéjade d'un homme fatigué, pourrait bien tenir, en fait, du trait de génie, l'un de ces monumentaux coups de gueule dont Jacques Chirac, depuis l'Appel de Cochin le 6 décembre 1978, a le secret. Une manière de dire : « Non, je ne suis pas sénile, non ne m'oubliez pas, oui Sarkozy est un usurpateur, oui je vais encore vous surprendre, oui des lapins, j'en ai encore des tonnes, dans mon chapeau magique ! ». Une manière, après quarante-quatre ans d'une vie politique justement entamée en Corrèze, à la hussarde, en 1967, de proclamer : « Je suis encore vivant. Et ceux à qui ça ne plaît pas, je les emmerde ».

 

Jacques Chirac, comme l'a remarquablement montré Franz-Olivier Giesbert, n'est pas, ne sera jamais l'homme que l'on croit. Joueur, semeur de fausses pistes, souple là où on le croit raide, un jour libéral, le lendemain jacobin, en fait l'incarnation d'un pragmatisme radical qu'il partage avec deux hommes : le légendaire docteur Queuille (1884-1970), trois fois Président du Conseil sous la Quatrième République, et un certain... François Hollande ! Et ces trois hommes ont en commun un patrimoine, qui s'appelle la Corrèze. En ces terres-là, aux mœurs peut-être pas si éloignées de certaines régions valaisannes, disons latérales, il n'est pas sûr que la fixité idéologique détermine les comportements politiques. L'adaptation - au sens de Darwin - y tient une place majeure. En clair, ça maquignonne sec, ça toise, ça hume, ça renifle, ça se méfie, et puis, d'un coup parfois, ça adhère, ça s'embrasse, ça illumine les cœurs. A ce jeu-là, les pète-sec sont assez vite dépassés, les raisonnables dépérissent, le grain de folie a sa chance.

 

Et puis, Chirac est au fond, comme François Mitterrand, un radical de la Quatrième, terrien et cadastré, égaré dans les sphères célestes de la Cinquième. Ces deux-là ont dû, bon gré mal gré, endosser le costume taillé en 1958 pour un géant : ils s'en sont l'un et l'autre, d'ailleurs, plutôt bien sortis. Qu'un ancien président de la République de droite évoque l'idée de voter pour un candidat de gauche, c'est restaurer quoi ? Mais la Quatrième, pardi ! Sa ductilité. Sa malléabilité. Sa primauté de l'alliage sur l'alliance. Sa douce, sa délicieuse complexité, à laquelle il n'est pas exclu que la France, après un demi-siècle de scrutin uninominal à deux tours, revienne doucement. Reste l'essentiel : l'instinct. Chirac, qui a d'excellentes raisons de détester Sarkozy, sent venir, de profondeurs qu'il connaît bien, la lente, la patiente maturation d'une candidature qui, en 2012, pourrait séduire beaucoup de ceux que l'ère orléaniste du Fouquet's a exaspérés. Le chemin, pour Hollande, est encore long, à coup sûr il sera semé d'embûches. Mais voilà, foi de Corrézien, un onctueux parrainage, dont il se souviendra toute sa vie !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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01/06/2011

D’elle-même, la presse se meurt

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 01.06.11

 

La presse, dans l’arc lémanique, étouffe. De quoi ? D’elle-même ! De son conformisme. Son obédience. Son côté bien éduqué, bien comme il faut, équilibré : thèse, antithèse, synthèse, jamais un mot de trop, jamais une parole plus forte que l’autre. Jamais ni bruit, ni fureur, même pas le tintamarre. Tout juste, le buzz, repris en boucle, copié, collé, l’écho de rien, circulaire, inutile.

 

On nous dit que tous les journalistes sont de gauche, c’est faux : si seulement existait encore une bonne vieille presse de gauche, comme le courageux Courrier, militante et marquée, malodorante, suintant l’effort du travail ! Mais tu parles, la vraie gauche se terre, est-elle encore vivante ? Ce qui domine aujourd’hui, c’est la sourde jouissance de l’eunuque, la grisâtre extase de ne rien ressentir et surtout n’en rien dire. Taire le cri ! Gommer l’aspérité. Normaliser l’instinct. Réduire la puissance du verbe, au mieux, à une sage dissertation démonstratrice.

 

Non, ça n’est pas la gauche qui domine. Fini, le bon temps ! Aujourd’hui, ce serait plutôt le centre droit. Gentil, humaniste, un peu d’économie de marché mais pas trop, un peu d’Europe, sans excès, surtout plus de nucléaire, à cinq mois des élections, surtout ne pas déranger. Se couler dans le moule. Ressembler à la masse informe du pays, dans la tiédeur de sa sieste. Surtout pas de grande gueule, pas de Blocher, pas de Ziegler, pas de Franz Weber. Non ! Juste la petite musique du conformisme petit-bourgeois, une bonne dose de réchauffement, quelques zestes d’énergies renouvelables, surtout pas de prophète, pas d’imprécateur. Museler l’emmerdeur. Ne laisser survivre que le moule.

 

La pire censure, c’est celle qui vient de soi-même. Tu crèves d’envie de hurler un truc, mais tu succombes à une autre pression, juste un peu plus forte, celle de te la coincer, pour éviter d’avoir sur le dos tes pairs, tes copains, toute la cléricature de ta coterie. Alors, tu bastes. Tu remplaces ta pulsion première par une bonne analyse sur Obama, la même que sept milliards de nos frères humains, en 180 langues, peuvent découvrir sur dix mille autres quotidiens de la planète. Tu ne prends strictement aucun risque, ça n’est évidemment pas la Maison Blanche qui va lire ta prose, on te prendra pour quelqu’un d’honorable de porter ta vue aussi loin. On te respectera. On t’appellera « Monsieur ».

 

Mais toi, dans la proximité qui est tienne, l’horizon de tes montagnes, tu l’auras fait, ton boulot ? Ton pays à toi, tu auras tenu un discours sur lui ? Les vrais puissants de ton entourage, tu les auras dérangés ? Les conformismes de chez toi, tu les auras chatouillés ? Les groupes de presse, et leur humour de mammouth, tu les auras titillés ? Ta plume, tu l’auras trempée ? Ta voix, tu l’auras libérée ? Et ta vie, dans sa part de risque, de sel et d’aventure, tu l’auras vécue ?

 

Pascal Décaillet

 

 

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18/05/2011

François Hollande, 2012

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 18.05.11

 

Dans le Nouvelliste du 11 mars dernier, sous le titre « DSK, le candidat des clercs », j’expliquais, assez seul dans l’univers éditorial, pourquoi je ne croyais pas une seconde aux chances du patron du FMI dans la présidentielle de 2012. Je condamnais l’arrogance de l’homme attendant qu’on vienne le chercher (cf Delors, 1995). Je rappelais qu’aucun n’avait atteint l’Elysée sans être chef d’un grand parti. J’exposais les plus grands doutes face aux chances, dans la mentalité électorale française, d’un « enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger ». Les récents développements de l’actualité, hélas, règlent le problème, ce qui est dommage : j’aurais aimé voir ma thèse se vérifier, ou au contraire s’effondrer, dans le champ politique, non celui du buzz populaire mondial.

 

Je continue de croire que le prochain président de la République française pourrait bien être socialiste, et je confirme le souhaiter. La France n’a plus de président de gauche depuis 1995, Chirac a plutôt bien habité la fonction, après un prédécesseur exceptionnel. Sarkozy, lui, l’a ruinée, cette fonction, il a multiplié les signes d’une droite orléaniste, d’argent, d’apparat, il a reproduit la grande erreur de Giscard. Cette arrogance du paraître, il faudra bien que son camp la paye. D’où la chance, selon moi, des socialistes.

 

Et puis, la France n’est pas un pays libéral. Les hommes d’argent, elle en veut bien, mais dans les banques, pas à l’Elysée. C’est le fruit d’une très vieille tradition, à vrai dire d’Ancien Régime, où le Roi n’est pas Fouquet. Le chef de l’Etat, en France, doit être simple, parler simplement, ne surtout pas étaler ses richesses. Ni Porsche, ni voiture de sport de Giscard, ni diamants de Bokassa : cela colle peut-être à la mentalité italienne, pas à celle de la France.

 

Dans ces conditions, en contraste avec le bling bling style Sarkozy ou DSK, il n’est pas exclu que la France de 2012 donne ses chances à un homme simple, honnête. Par exemple, François Hollande. Incarnation de la province, avec ses années passées à la Mairie de Tulle, sa présidence du Conseil général de Corrèze (le département de Queuille, bien avant d’être celui de Chirac). Incarnation du travail, de la patience, de la fidélité à ses engagements. Ancrage dans le pays profond, qui n’est pas celui des éclats parisiens. Une sorte de Monsieur Tout le Monde, sans rien en lui qui brille, si ce n’est sa détermination croissante dans son chemin vers l’Elysée. Cette France de Hollande me rappelle celle de Bayrou, qui était mon candidat (malheureux !) en 2007. Elle a en elle quelque chose de tranquille et d’incroyablement fort, surgi du Sillon. Survolez une fois la France, de nuit : pendant de longues minutes, on n’y voit parfois aucune lumière. Hors de ce qui scintille, la force d’un destin peut aussi, en certains moments de l’Histoire, avoir ses chances.

 

Pascal Décaillet

 

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04/05/2011

Un putsch se prépare en Valais

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 04.05.11

 

Ami lecteur, l’heure est grave. Il est temps d’aller quérir le fusil d’assaut qui dort sous ton lit, de le graisser, d’entamer un mouvement de charge, et de monter la garde. Un pronunciamiento, composé du rédacteur en chef de ce journal (oui, le Nouvelliste, que tu tiens en mains), d’un Serbe fou, d’un Saviésan semi-Habsbourg et d’un peintre non-dégénéré se prépare à prendre le pouvoir en Valais. C’est en tout cas ce que j’ai lu, sous la plume d’Albertine Bourget et Xavier Filliez, dans le Temps du mercredi 20 avril. Ce quatuor diabolique se réunit tous les lundis dans un carnotzet secret, sauf les nuits de pleine lune, sous les photos des généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller. Ils portent cagoule. Ne laissent nulle trace écrite de leurs rencontres. Ne communiquent que par pigeons voyageurs, chacun de ces infortunés volatiles étant immédiatement égorgé à l’issue de son vol messager. Et dévoré par les comploteurs.

 

Après une très longue enquête, je suis en mesure, par devoir civique et irrépressible vocation de transparence, de vous livrer ces quatre noms : il s’agit de Jean-François Fournier (pressenti comme ministre de l’Information du futur Comité de Salut public, il sera également secrétaire d’Etat au Cinéma), Slobodan Despot (il prendra le portefeuille des Affaires balkaniques), Jérôme Rudin (futur ministre de la Culture, chargé de noyauter la Fondation Gianadda, d’où émettra une radio des insurgés), ainsi que d’Oskar Freysinger, qui prendra en charge l’ensemble des autres portefeuilles gouvernementaux, avec une attention toute particulière à l’Instruction publique. Je vous demande, pour l’heure, de ne rien ébruiter de tout cela. Je l’ai lu dans le Temps. Et le Temps, c’est la Bible.

 

Oh, n’essayez pas d’interroger ces quatre personnages. Evidemment, ils nieront. D’ailleurs, le Temps (dont j’aimerais ici rappeler la dignité de journal de référence) n’a pas perdu le sien (de temps !) à donner la parole aux conjurés : si, en plus, les journalistes devaient prendre contact avec les gens dont ils parlent, on n’en finirait jamais. Las, l’affaire est grave, « le cénacle s’est-il fixé l’ambition concertée de servir l’ultra-droite ? Pour, qui sait, propulser in fine le chef de file de l’UDC locale au Conseil d’Etat ? », se demande, avec une rare pertinence, le fils naturel du Journal de Genève et du Nouveau Quotidien, qui fait, en l’espèce, œuvre d’hygiène publique, reléguant les Catilinaires au rang d’aimable chansonnette, au moment des caresses et des préliminaires.

 

J’aimerais ici, officiellement, rendre hommage à mes confrères du Temps. Par leur civisme, leur courage, ils nous révèlent l’un des complots les plus odieux que ce canton ait connus depuis les heures les plus noires de Catacombes. Face à ce quatuor de la nuit, il fallait que la Lumière fût. C’est désormais chose faite. Et maintenant, allez tous. La messe est dite.

 

Pascal Décaillet

 

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20/04/2011

Genève à gauche, pour dix mille ans !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 20.04.11

 

Putain, encore quatre ans ! Après vingt années de règne, sans partage, de la gauche à la Mairie de Genève, c’est reparti pour une nouvelle législature. De 1991 à 2015, pendant un quart de siècle – une génération – les autorités de la deuxième ville de Suisse auront été tenues par des socialistes, des Verts, et la gauche de la gauche. Peut-être, au-delà de 2015, cela durera-t-il encore douze ans, vingt ans… Dix mille ans? La question, tous les quatre ans, revient : mais pourquoi donc une ville aussi prospère, lieu de marchés, d’échanges, de création d’entreprises, qui pourrait être, au fond, un symbole du libéralisme, confie-t-elle ses destinées à des équipes étatistes ?

 

Les réponses sont nombreuses. D’abord, Genève n’est pas une exception, ni en Suisse ni en Europe : de plus en plus, la gauche obtient du succès dans les agglomérations urbaines. Elle n’y fait d’ailleurs de loin pas du mauvais travail, gère plutôt bien le social et la culture. En matière de logement, de mobilité et de sécurité, les résultats sont nettement moins au rendez-vous. La droite ferait-elle mieux ? A vrai dire, on n’en sait trop rien : voilà des millénaires, dans l’esprit des gens, qu’elle a disparu des affaires. Nul, dans la jeune génération, à Genève, ne pourrait vous citer les noms des magistrats de droite, en Ville, lorsqu’ils étaient encore majoritaires !

 

A cela s’ajoute – mais c’est une cuisine interne avec laquelle je ne veux pas trop ennuyer mes amis valaisans, lecteurs de ce journal – que la gauche municipale genevoise a eu le singulier honneur, en ce printemps 2011, d’avoir face à elle la droite la plus bête du monde. Alors que socialistes et Verts n’ont jamais eu le moindre état d’âme à s’allier avec une galaxie « gauche de la gauche » comprenant, entre autres, les héritiers du Parti du Travail, l’Entente, quant à elle (PDC, radicaux, libéraux) s’est offert un psychodrame en cinq actes, au reste non résolu, sur la question de son alliance avec une UDC locale plus proche du petit poujadisme de province que des chemises noires. Résultat : un seul élu, le radical Pierre Maudet, face à quatre de gauche, pour les quatre ans qui viennent.

 

La dernière explication est le syndrome du cocon. La gauche, depuis vingt ans, y tient un discours très maternant, le « vivre ensemble », les « écoquartiers », les « espaces verts », la « mobilité douce ». Une rhétorique, au fond, très conservatrice : profitons, sans rien changer, du bonheur de vivre dans cette ville, soyons reconnaissants aux édiles de gauche qui la mènent, surtout ne touchons rien, respirons le même air, heureux, que nous soyons Suisses ou « migrants » (le mot « étrangers » semble avoir disparu du vocabulaire), profitons des logements sociaux, graissons notre vélo, dégraissons nos aliments. Et puis, dans quatre ans, dans le bistrot bobo le plus proche, on déjeune, et on en reparle.

 

Pascal Décaillet

 

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06/04/2011

Sois Vert ou tais-toi !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 06.04.11

 

Que Fukushima soit une tragédie, tout le monde en convient. Qu’elle induise une profonde réflexion sur l’avenir de nos énergies, d’accord. Qu’il faille tout mettre en œuvre pour inventer, à terme, une alternative au nucléaire, une majorité de Suisses le pense. Tout cela justifie-t-il, pour autant, l’incroyable hystérie de récupération électorale, dans toute la classe politique suisse, du drame nippon ? Depuis quelques semaines, chaque homme, chaque femme politique s’est transformé en puissant expert de la question énergétique. On n’entend plus parler que centrales à gaz et pompes à chaleur. Le débat citoyen, dans notre pays, ressemble à une causerie doctorale de l’EPFL. Où le Kilowatt/heure est roi, le panneau solaire éblouissant, et l’isolation des immeubles, la querelle suprême.

 

Aux Verts historiques, aux anti-nucléaires de la première heure, il n’y a pas grand-chose à reprocher. Saisir l’opportunité, en politique, n’est pas un défaut, et là, elle est vraiment trop belle, ils auraient tort de se gêner. Mais que de conversions ! Que d’encombrements sur le chemin de Damas ! Que de vocations, soudain, dans la dialectique énergétique. En vérité je vous le dis, ce qui éclot avec la plus étonnante des fécondités, ces dernières semaines, c’est l’éolienne. Au royaume du vent, la girouette est souveraine, le nord et le sud se confondent, la boussole devient folle. Grand spécialiste de cette « souplesse », un parti du centre-droit, d’inspiration chrétienne, dont je tairai le nom, disons juste qu’il est majoritaire depuis un siècle et demi en Valais.

 

Face à ces irradiés de la 25ème heure, je préfère encore le courage de tel radical casque à boulons, telle conseillère fédérale hallucinée du champignon, telle brute UDC. Non que je partage nécessairement leurs positions. Mais en politique, un minimum de fidélité à la colonne vertébrale de son propre discours aide, sur la longueur, à l’acquisition d’un certain crédit. Mais tous ces néo-Tournesols, flanqués de leur ingénieur Frank Wolf (qui finira sa vie en satellite), voilà qui métamorphose le théâtre politique suisse en une monumentale centrale de Sbrodj. Tous spécialistes. Tous Syldaves. Tous docteurs en Kabbale anti-nucléaire. Ils nous promettent le vent, le soleil, la lente extase d’une vie plus douce. Et nous, face à l’océan, nous sommes comme l’héroïne de Rohmer, si belle, si bouleversante : éblouis, aveuglés par le surgissement théologique du Rayon Vert.

 

Pascal Décaillet

 

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24/03/2011

Les noces de Calvin et de Torquemada

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 24.03.11

 

Déjà, du côté de la gauche et des sacristies centristes, on parle de l’entrée des loups dans la Ville de Calvin. On évoque les derniers sursauts de la République de Weimar, la marche sur Rome, les pleins pouvoirs au Maréchal, la bataille de l’Ebre. Déjà, on débloque avec une printanière fureur, on bourgeonne de folie, on se fait peur avec des mots d’Apocalypse. Pourquoi ? Parce que, pour la première fois depuis le Paléolithique, les libéraux ont accepté que leur candidate à l’exécutif de la Ville, Florence Kraft-Babel, fille d’un inoubliable (et, Dieu merci, encore vivant) pasteur de la Cathédrale Saint-Pierre, figure sur la liste UDC. Elle aurait tiré en rafales, à l’aveugle, dans les Rues-Basses, à l’heure de pointe, la réprobation n’eût été pire.

 

Organiste et cheffe de chœur, c’est bel et bien une double partition que cette politicienne municipale, spécialiste des affaires culturelles, va devoir exécuter d’ici l’élection du 17 avril. D’un côté, elle figurera, avec le PDC Michel Chevrolet et le radical Pierre Maudet, sur la très sage et très convenable liste de l’Entente. Mais aussi, sous le sigle « UDC », elle figurera sur les affiches en compagnie d’Eric Bertinat. Un vrai de vrai. Anti-PACS. Anti-avortement. Ultra-catho. Avec la fille du pasteur ! Une sorte d’idylle postconciliaire, une histoire de carpe et de lapin, de feu et de glace : c’est un peu Calvin partageant la chambre de Torquemada. MDR, et LOL, et toutes ces sortes de choses.

 

Face à ces noces, une partie du centre-droit, plaintif et moralisateur, s’étrangle de honte. Et la gauche, elle, se frotte les mains, se réjouit de se retrouver majoritaire, pour une sixième législature consécutive, à la Mairie de la Ville. Une fois de plus, à Genève comme ailleurs, la droite enclenche, avec un rare talent, la machine à perdre. Une fois de plus, elle cède à des scrupules n’ayant jamais étouffé la gauche (alliée, elle, avec ses propres extrêmes), une fois de plus elle s’engage dans la spirale de la défaite. Un mal héréditaire, apparemment incurable. On vit encore sur le mythe du Centre comme pivot. Alors que Genève, comme la Suisse, doucement, se bipolarise. Il existe une gauche. Il existe une droite. Qu’elles livrent bataille, sur des fronts clairs. C’est cela, la démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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11/03/2011

DSK, le candidat des clercs

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 11.03.11



Grand patron du FMI, à Washington, Dominique Strauss-Kahn est à coup sûr un homme brillant, un grand commis, compétent en économie, un calibre. Cela en fait-il, pour autant, le super-favori à la présidentielle dont on ne cesse de nous parler ? Et, d’abord, ce « on », qui est-ce ? Réponse : une certaine cléricature médiatique, toujours la même, qui a autoproclamé, depuis des années, que le jour venu, cet expatrié reviendrait comme un Prince charmant, serait automatiquement adoubé par son parti, puis par le peuple de France, deviendrait président sans même avoir à être candidat. Une sorte de loi naturelle, inéluctable.

Oui, DSK est le candidat des médias. Tout comme, il y a seize ans, Jacques Delors, président de la Commission européenne, le Français de Bruxelles, était donné gagnant, par un incroyable mouvement moutonnier des éditorialistes, pour la succession de François Mitterrand. La réalité, on la connaît : non seulement Delors ne fut pas président, mais… il ne fut même pas candidat ! Ca n’est qu’à la fin d’un interminable entretien avec Anne Sinclair qu’il devait confesser, « tout bien pesé », ne pas partir au combat. François Mitterrand, cinquante ans d’une vie politique d’exception, avait d’ailleurs déclaré, quelques mois plus tôt : « Delors ? Il voudrait bien être président, mais il ne veut pas être candidat ».

DSK, à la vérité, réunit pas mal d’indices contre lui, quand on sait un peu lire les fondamentaux de la Cinquième République. D’abord, cette désagréable (et finalement assez hautaine) propension à se faire désirer, attendre qu’on vienne le chercher. De Mitterrand à Chirac, ça n’est pas ainsi que les choses se passent pour gagner : il y a un moment où il faut y aller, franco, à la hussarde. Et puis, aucun candidat n’a jamais gagné sans avoir derrière soi une véritable armée. Or, pour tenir un grand parti, mieux vaut, en France comme ailleurs, ne pas trop s’être éloigné de la métropole. En France, c’est à l’interne qu’on prend des coups, des cicatrices, qu’on livre des combats : il n’est pas si sûr que l’électorat apprécie beaucoup le retour de l’enfant prodigue, qui aurait brillé à l’étranger. Quant à la seule compétence économique, elle fait les grands secrétaires d’Etat, les ministres. Elle n’a strictement rien à voir avec l’ancestrale symbolique de l’échelon présidentiel.

Pascal Décaillet



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25/02/2011

France : l’inconnue 2012

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 25.02.11

 

Qui sera, dans un peu plus d’un an, le prochain président de la République française ? Nul ne peut le prédire, tant le jeu est ouvert. Question majeure : les fondamentaux qui prévalent depuis plus un demi-siècle (la Cinquième République) sont-ils encore valables, ou une transgression est-elle possible ?

 

Ces fondamentaux, quels sont-ils ? D’abord, que le futur président, quel que soit son bord, doit tenir fermement les rênes de sa famille politique. De Gaulle en 65, Pompidou en 69, Giscard (dans une moindre mesure, mais aidé par le ralliement de Chirac) en 74, Mitterrand en 81 et 88, Chirac en 95 et 2002. Sarkozy en 2007. Une loi infaillible, jusqu’ici, en régime bipolaire. Si cette loi demeure valable l’an prochain, elle doit exclure les éléments exogènes, style parachutage miracle du patron du FMI qui, lassé des arcanes de Washington, reviendrait prendre goût à la terre de France. De même, l’illusion Delors en 1995, l’homme dont le cruel et génial François Mitterrand avait dit : « Il veut être président, mais ne veut pas être candidat ».

 

Deuxième question majeure : le second tour verra-t-il, à tout prix, un affrontement entre les deux grands blocs de droite et de gauche (seules exceptions : 1969 et 2002) ? Là encore, mystère. Le chef naturel du camp de droite, le président sortant, apparaît aujourd’hui tellement affaibli, il a tellement dégradé une fonction que de Gaulle et Mitterrand avaient portée si haut, qu’un deuxième quinquennat (pour peu qu’il en ait envie lui-même) apparaît impensable. Et pourtant, pas impossible.

 

Et puis, c’est vrai, les Français n’aiment guère le retour des émigrés. Ni en 1814, 1815, ni le Bruxellois Delors en 1995. A ces recettes-miracles, idéalisées par une petite cléricature de la presse, ils ont régulièrement préféré les figures politiques ayant passé la législature à se battre à l’intérieur du pays. DSK fera-t-il, dans la dernière ligne droite, les frais de cette vieille loi ? Ou sera-t-il capable, par son envergure, de la transgresser, le premier obstacle étant évidemment l’investiture de son propre camp. Reste une inconnue majeure : le score de Marine Le Pen au premier tour. Sous-estimer ce dernier point, ou vouloir l’écarter d’une chiquenaude, c’est risquer certaines déconvenues cruelles, d’ici mai 2012.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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10/02/2011

La SSR dépense sans compter : la preuve

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 10.02.11

 

Sur le site « Commentaires.Com », de mon confrère Philippe Barraud, l’écrivain et historien Jean-Jacques Langendorf, qui vit à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Vienne, donc au fin fond de l’Autriche, limite Moravie, raconte une anecdote aussi révélatrice que savoureuse. Une équipe de l’émission « Mise au Point », de la TSR, s’est rendue à quatre personnes chez lui (preneur de son, cameraman, directeur de production et journaliste), pour recueillir son sentiment sur le rôle des armes dans la culture suisse. Nuits d’hôtel, trajets avion, voiture de location, je vous épargne les forfaits repas et autres indemnités. Langendorf leur livre une causerie à la mesure du personnage, on l’imagine donc magistrale, sur une dizaine de minutes. En visionnant l’émission, il constate – avec un certain dépit – que son propos est ramené à un peu plus d’une minute, « totalement amputé et réduit à deux anecdotes insignifiantes ».

 

On espère vivement que Roger de Weck, l’homme qui adore donner des leçons, tous azimuts, sur la noblesse et la mission du « service public », prendra connaissance de cette anecdote. Je viens, comme l’immense majorité des lecteurs de cette chronique, de payer ma concession Billag pour un an, Fr. 462.40, et il ne m’est pas indifférent de savoir où va mon argent. Je ne suis pas ennemi d’un domaine public dans l’audiovisuel. Pour promouvoir les débats politiques (sans en gommer, par ukase, la dimension de confrontation), mais aussi la connaissance du monde, la culture. Mais pas pour que la TSR achète des séries américaines, cela ne relève pas du service public. Ni pour que d’improbables quatuors aillent se promener aux confins du Saint-Empire pour une minute d’émission.

 

Pendant que « Mise au point » chemine au pays des Habsbourg, il existe d’admirables radios et TV locales ou régionales, Canal 9, Léman Bleu ou La Télé, qui triment autrement durement pour tenter, jour après jour, de parler à leur public. Avec des hauts et des bas, chacun jugera. Mais avec des coûts de production incomparablement plus raisonnables que ceux de la SSR. Ces gens-là ne viennent pas faire la leçon patricienne sur le service public. Ils accomplissent, simplement, leur travail. Au service du public.

 

Pascal Décaillet

 

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12/01/2011

Patrice Mugny : coq ou chapon ?

 

Commentaire publié dans le Nouvelliste - Mercredi 12.01.11



Hier matin, sur la RSR, Patrice Mugny, membre de l’exécutif de la Ville de Genève et bientôt préretraité dans la douceur nimbée d’un Larzac valaisan, regrettait que les débats audiovisuels tournent aux combats de coqs. Il a peut-être raison, M. Mugny. Mais moi, je dis qu’il ne manque pas de culot. Voici pourquoi.

Avant d’accéder au gouvernement de la Ville de Genève, au printemps 2003, Patrice Mugny était conseiller national, et même co-président des Verts suisses.  Eh bien croyez-moi, pour avoir animé des dizaines de débats en direct du Palais fédéral en ces années-là, il était le plus coq de tous les coqs de combat. Pure race, type mexicain, ergot acéré comme une lame de rasoir, bec pugnace, ongles tétanisés d’extase. Antagoniste remarquable, l’un des meilleurs. Joueur, acteur, verbe efficace, puissant, sachant se laisser emporter par la colère, ou peut-être la feindre. Bref, un bretteur de la première espèce, une sorte de Cadet de Gascogne de type sanguin, ne demandant qu’à en découdre. Un homme comme je les aime.

Il était l’anti-pisse-froid, Mugny. Je me souviens, entre autres, d’un débat homérique entre Claude Frey et lui, le jour où les Américains attaquaient l’Irak. Et puis là, voilà qu’aujourd’hui, après huit ans de pouvoir où il a géré les affectations des dizaines de millions dévolus chaque année à la culture genevoise, Monsieur le Notable, comme dans la chanson de Brel, s’est embourgeoisé. Et voilà l’ancien rédacteur en chef du Courrier, journaliste naguère frontal, militant, revêche, bouillonnant, qui se met à regretter « l’irrévérence » de la presse d’aujourd’hui. Ah, les braves gens ! Ah, le singulier virage ! Ah, la somptueuse victoire de Monsieur Homais, l’apothicaire, qui soupèse ses fioles fragiles, sur la fougue militante d’antan !

Ils sont tous comme ça, les gens de pouvoir. Dans l’opposition, raides, fiers, conquérants. Une fois aux affaires, ils demandent des formes. N’aiment pas qu’on fouine, qu’on les dérange. Ils sont tous comme cela, de gauche comme de droite, de Brigue ou de Camargue. Je ne me rappelle plus comment s’appelle cette opération, qu’on dit douloureuse, par laquelle le coq se transforme en chapon. Vers une vie plus douillette. Au royaume, si doux, des ergots apaisés.

Pascal Décaillet












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30/12/2010

Petit pays, grande fermeté


Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 30.12.10


Face à ses deux puissants voisins, une France de 60 millions d’habitants, une Allemagne qui en compte 80, la Suisse est une petite fleur fragile. Pays sans grandes richesses naturelles, hormis la qualité de ses nectars, l’éblouissante beauté de ses paysages. Pays qui doit compter sur sa matière grise, l’excellence de son système de formation, la vitalité conquérante de ses exportations. Pays qui était encore pauvre au dix-neuvième siècle, et même au début du vingtième, le Valais en sait quelque chose. Pays dont les atouts sont avant tout moraux : culture politique commune à 26 cantons très différents, fédéralisme, démocratie directe unique au monde, et que ce dernier, d’ailleurs, nous envie.

Si cette force morale qui nous réunit, au-delà de nos clivages, devait un jour flancher, alors le pays serait perdu. Non ses habitants, ni ses paysages, mais le miracle d’une cimentation qui tente, avec un rare succès en comparaison internationale, de nous tenir ensemble, disons depuis 162 ans : je n’ai jamais été très adepte des mythes ni des références du treizième siècle. Ce ciment, le « foedus », c’est l’Etat fédéral. Il n’existe qu’à travers notre volonté, peut parfaitement un jour se déliter, de même que la Suisse peut retomber dans la pauvreté qui était sienne lorsque, par exemple, la vallée du Rhône était un marécage. En politique, rien n’est jamais gagné : les humains doivent se battre, et se battre encore. Défi de chaque génération, toujours recommencé.

Le pari suisse, l’aventure suisse, ne sont pas gagnés pour l’éternité. Se reposer sur le travail des ancêtres sans apporter soi-même sa pierre à l’édifice, c’est déjà renoncer. Quand la Suisse négocie avec ses voisins, qui sont des géants par rapport à elle, quand elle discute avec l’Union européenne, elle doit le faire le regard droit, sûre de ses valeurs, de ses atouts. Certains d’entre eux, du côté des droits populaires, ne doivent en aucun cas être bradés. Les pressions exercées sur nous, par exemple dans le domaine fiscal, doivent être décodées avec réalisme, dégarnies de leur vernis mensonger de morale. Et, finalement, refusées. C’est dur, pas très sympa, pas très porteur en termes d’images, mais c’est la condition de la survie.

Pascal Décaillet

 

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15/12/2010

La frontière, ça existe !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 15.12.10

 

On avait tout fait pour les chasser, et patatras les revoilà : les frontières. Elles ne sont pas mortes, se portent même bien, pourraient bien être appelées à demeurer vivaces dans les années à venir. Les bonnes vieilles frontières, oui, entre les nations. La France, la Suisse, l’Italie, l’Allemagne. Et les nations aussi se portent bien, ces filles de la Révolution française et d’un long travail de cimentation au cours du dix-neuvième siècle, jusqu’au sanglant écueil de 1914.

 

On a voulu les dissoudre, au nom de conglomérats plus grands, on a tenté de recréer les Empires, on n’a cessé de nous répéter qu’elles n’avaient plus la taille critique, qu’il fallait élargir son regard, embrasser des horizons plus vastes, mondialiser les échanges. Mais elles sont toujours là, les nations d’Europe, et les frontières aussi. Et elles ont avec elles la volonté des peuples. Quand on veut bien se donner la peine de les consulter.

 

Il existe, au cœur du continent européen, une toute petite nation qui s’appelle la Suisse. Plusieurs langues, plusieurs religions, une culture politique commune. Une démocratie directe unique au monde, que beaucoup nous envient, à commencer par nos amis français, qu’on ne consulte, en dehors des élections, que de façon plébiscitaire, pour confirmer ou révoquer un pouvoir en place. Oui, la petite Suisse est un très beau modèle, fruit de longues batailles internes, notre Histoire est jalonnée de conflits, et c’est précisément cette dialectique qui fonde notre identité.

 

Au cœur de ce petit pays, un mouvement monte, et son ascension est loin d’être accomplie : il appelle les Suisses, tout en restant ouverts au monde et amis de leurs voisins, à valoriser ce qui fonde leur cohésion interne. Il ne s’agit ni de repli, ni de peur, comme le stigmatisent à peu près neuf éditorialistes sur dix. Il s’agit de prendre conscience de ce que nous sommes, en tant que nation. Il s’agit de l’enseigner mieux et davantage, sans sombrer dans l’exaltation du treizième siècle. C’est un mouvement conservateur, certes. Comme il y eut, à la fin du dix-neuvième, un réflexe conservateur face aux puissances de l’Argent et de l’industrie. Refuser de prendre en compte ce réflexe, hausser les épaules, c’est se voiler la face. Car il est là. Et il y en a pour des années.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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01/12/2010

Mourir, et mériter sa mort

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 01.12.10

 

En cette fin 2010, et à l’horizon des élections fédérale d’octobre 2011, il y a clairement trois grandes familles politiques en Suisse : un tiers de gauche, un tiers de centre-droit, un tiers d’UDC. Galvanisé par sa victoire de dimanche, sur un thème qu’il a traité seul avant tous les autres, le parti de Blocher a désormais les moyens de passer, l’an prochain, la barre des 30%. Si c’est le cas, il sera légitimé à occuper aux affaires une place dont il a été dépossédé par le pronunciamiento du 12 décembre 2007.

 

Oui, le maelström de dimanche ne marque pas seulement la défaite – une de plus – de la gauche, mais surtout celle de la droite qui a fait le pays, d’un côté l’univers libéral-radical, issu des Lumières et des valeurs républicaines, de l’autre son ancien ennemi du Sonderbund, la profondeur tellurique de la Vieille Suisse, les conservateurs, aujourd’hui appelés PDC (je préférais le courage de l’ancien mot). Depuis longtemps, ces deux composantes-là ont à peu près tout en commun, elles s’amusent simplement à se jouer et se rejouer l’Histoire du Sonderbund, quand les adversaires s’appellent la gauche ou l’UDC.

 

Le problème, c’est que même réunis au plan fédéral, ces deux univers ne totalisent plus guère qu’un tiers de l’électorat. D’autant plus fragilisé que se multiplient, à Berne, les « alliances malsaines », gauche-UDC, pour les prendre en tenaille. Depuis des années, le centre-droit ne prend plus d’initiative propre, mais s’est spécialisé dans l’art suiviste du « contreprojet » aux impulsions données pas l’UDC. Pire : à l’exception d’un Christophe Darbellay, on peine à entrevoir, à Berne, l’émergence d’une vraie figure nationale issue de ce monde de notables tranquilles, courtois, cérébraux, tout heureux de célébrer la « complexité » des choses, là où l’UDC serait simpliste, populiste, brutale.

 

Oui, la graine d’hommes d’Etat fait défaut. Les Delamuraz, les Couchepin, les Furgler, ceux qui, au-delà des idées, se définissent par une « dimension d’Etat ». Si le centre-droit, en Suisse, doit un jour mourir, pour laisser la place à un univers bipolaire, c’est aussi à cette absence de relève qu’il le devra. Et ni Didier Burkhalter, ni Johann Schneider-Ammann, notables ennuyeux et grisâtres, ne donnent l’impression de parer à l’inéluctable de cette vacance.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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17/11/2010

UDC et école : le thème qui va monter en Suisse

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 17.11.10

 

Premier parti de Suisse, près de 30% en octobre 2007, l’UDC s’intéresse désormais à l’école. Au-dessus des barrières cantonales, elle vient d’élaborer des propositions allant dans un sens conservateur. On n’allait tout de même pas attendre de ce parti un panégyrique de la pensée de Bourdieu, des méthodes globales, de l’approche uniquement thématique de l’Histoire, ni de l’obsession climatique dans les cours de géo.

 

Faut-il, pour autant, parler d’école de grand-papa ? Bien sûr que non. Une école plus cadrée, oui, valorisant de rôle du maître, sa place centrale face à la classe et aussi face aux parents. A côté de cela, une mise en avant du dialecte ne concernant que la Suisse alémanique, l’obligation d’une moyenne semestrielle, des examens de passage à la fin de la 3ème, de la 6ème et de la 9ème année scolaires. Enfin, une volonté de placer les polyhandicapés dans des classes spécialisées, mesure plus que discutable, certes, qui a valu à l’UDC des références aux chemises brunes et au Troisième Reich. Ne parlons pas du dessin de Vigousse sur Freysinger, tout simplement nauséabond.

 

L’intérêt de tout cela, c’est l’avalanche de réactions des autres partis, ceux qui tiennent les Départements de l’Instruction publique et la CDIP (Conférence des directeurs cantonaux) : au mieux la moquerie, au pire la haine, en passant par l’arrogance. Voilà qui nous ramène au milieu des années nonante, il y a une quinzaine d’années, lorsque l’UDC, seule contre tous, estimait que le taux de criminalité étrangère, en Suisse, était beaucoup trop élevé. En ces temps-là, et jusqu’à une époque très récente, tout le monde la méprisait, quand on ne la traitait pas de fasciste. Verdict le 28 novembre prochain, avec une initiative et/ou un contreprojet qui ont bien des chances de passer. Eh oui !

 

Pour l’école, ce sera la même chose. L’UDC, on commence par lui rire au nez. Puis, on lui sort les années trente, puis vient le moment où on est bien obligé de se définir par rapport à ses idées. Alors, souvent, on fait des copiés-collés en se bouchant le nez, on se drape de lin blanc, on attend le dimanche électoral. Et là, comme on perd, on dit que l’électeur a mal voté, qu’il a été trompé, et que, de toute manière, ça n’est pas compatible avec le droit supérieur. Et, plus on dit cela, plus l’UDC monte. Ce parti, oui, a de très beaux jours devant lui.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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03/11/2010

Doris et les écuries d’Augias

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 03.11.10


L’excellent Philippe Nantermod a eu le courage de le clamer tout haut : parmi les nombreuses tâches qui attendent Doris Leuthard dans ses nouvelles fonctions, il y aura un incroyable ménage à faire dans les médias dits de service public, ceux que Pascal Couchepin appelle « radio d’Etat » ou « TV d’Etat ». Ceux, en tout cas, qu’engraisse un mode de financement (et de perception !) directement hérité de la régale ou de la gabelle d’Ancien Régime. Pudiquement, cela s’appelle « redevance ». En fait, rien d’autre qu’un impôt déguisé.

Nous avons, en Suisse romande, d’excellentes radios ou TV privées, prenez Canal 9, La Télé ou Léman Bleu, cent fois moins dotées que le Mammouth, et qui font pourtant, jour après jour, de petits miracles. Débats citoyens, reportages, vie culturelle et sportive, petites équipes, guidées par l’enthousiasme, orientées sur le produit, loin de l’esprit d’Appareil qui paralyse la SSR. Par leurs résultats quotidiens, ces chaînes prouvent qu’on peut faire aussi bien, voire mieux, avec beaucoup moins de moyens. Il suffit d’avoir en soi la puissance de travail et d’invention, l’esprit d’entreprise, la fureur d’arracher des émissions. Et il faut, évidemment, renoncer une fois pour toutes, dans sa vie, à compter ses heures.

Le discours que nous tient la SSR, ce chantage à une diminution des prestations si on ne leur donne pas encore plus d’argent, ne doit pas nous impressionner. Il faut simplement leur répondre : « Mais allez-y, diminuez-les, vos prestations, faites-les fondre, vos chaînes inutiles, virez vos apparatchiks, faites le ménage dans vos placards dorés, commencez par produire des programmes qui nous fassent un peu rêver, après on discutera ».

Quant aux chaînes privées, celles que j’ai citées et d’autres, il est temps qu’elles lèvent un peu le nez de leurs fiefs respectifs, qu’elles jettent des passerelles entre elles. Cela passe par des émissions communes, supracantonales, de nature à fédérer l’intérêt de tous. Il est temps, aussi, de songer à une offre audiovisuelle romande privée. Qui ne sera ni une radio FM, ni une TV au sens classique, mais évidemment une plateforme multimédia. Ce jour-là, qui est à notre portée, les placardés et les apparatchiks du Mammouth pourront commencer à trembler.

Pascal Décaillet






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20/10/2010

La France nous ennuie

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 20.10.10



Tous ceux qui me connaissent vous le confirmeront : j’ai passionnément aimé la France. Son Histoire, ses passions, ses déchirures. La lumière de son passé chrétien, mais aussi le legs de la Révolution, c’est parfaitement compatible, en tout cas depuis l’appel au Ralliement de Léon XIII. Quand j’étais enfant, le président de la République française s’appelait Charles de Gaulle. Plus tard, il s’est appelé François Mitterrand. Figures supérieures, inoubliables.

Je me demande souvent si cette grande nation n’est pas morte en mai-juin 1940. Libérée non « par elle-même » (de Gaulle, Paris, août 44), mais bel et bien par les Alliés, de facto sous tutelle du parapluie occidental, la France a continué de se croire aux premières loges de l’Histoire. Elle n’y était plus. Elle a décolonisé dans la douleur, s’est certes donné, de 1958 à 1969, un homme d’exception pour la guider, mais cet éblouissant mystique de la politique lui brandissait le cadavre d’une nation perdue, lui faisant croire qu’elle vivait encore.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien. Un président petit bourgeois, suintant l’orléanisme sans même avoir la hauteur giscardienne du chasseur. Une gauche incapable de sortir du mythe du Grand Soir. Une droite sans la moindre classe. Une extrême droite qui monte. Une population majoritairement désertée par l’ardeur d’entreprendre, écrasée par la bureaucratie, attendant tout de l’Etat, soit pour s’en nourrir, soit pour le vilipender. Ce grand pays est sans doute l’un de ceux d’Europe où la notion de responsabilité individuelle est réduite à sa portion la plus congrue. On subit. Et, quand on en a marre de subir, on descend dans la rue. Et on casse tout.

En chaque Français, il y a un héros de barricades qui sommeille. On se joue à n’en plus finir les grandes scènes de 1830, 1848, 1944, 1968. Le gouvernement cède un peu, ou beaucoup, c’est selon. On inscrit ses exploits au fronton de la légende. Et puis, la vie continue, si verticale dans les rapports de pouvoir, sans que la base ne puisse – pacifiquement – influer par des initiatives (au sens suisse) sur le destin national. Cette logique est arrivée au-delà de son terme. Une révolution est possible, qui pourrait bien être ultraconservatrice. Le dernier exemple date de 1940. Le modèle républicain qui nous a tant fait rêver est en péril.

Pascal Décaillet








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23/09/2010

Bernard Genoud, un homme parmi les hommes

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 23.09.10

 

La mort d’un évêque n’est rien d’autre que la mort d’un homme. Homme, parmi les hommes. Mort, parmi les morts. Face au terme, face à ce mystère, il n’est plus ni crosse ni mitre, ni princes de l’Eglise, ni places d’honneur dans la Fête-Dieu, ni bruissements de courtisans. Il n’y a plus que l’équation de cette vie qui s’arrête. Pour aller où ?

 

La mort de Mgr Genoud est justement celle d’un homme au milieu des siens. Pas d’un évêque. Même pas d’un prêtre. Même pas d’un baptisé. Non, juste un être humain. La mort est la mort, elle est notre lieu commun, elle est le lot des choses humaines. L’accomplissement, enfin, de l’égalité. Il n’y a pas de mort d’évêque, ni de prince. Il n’y a que la mort des hommes. Et d’abord, il est grand temps que les évêques ne soient plus princes. Mais serviteurs.

 

Cette Eglise que j’aime et qu’a si bien servie Mgr Genoud, n’est jamais aussi catastrophique que dans les allées du pouvoir, jamais aussi sublime que dans la résistance. Adieu les princes, adieu lambris étoilés, l’heure qui sonne est celle de Dom Helder, des grands saints de la marge, des illuminés méprisés par la Raison, des bergers visionnaires. Et, sans doute aussi, de quelques hautes solitudes, du côté de Riddes. Qui serions-nous, nous les raisonnables, pour les condamner ?

 

Bernard Genoud n’était ni ermite, ni mondain. Juste un homme au milieu des autres. Il portait la parole, et je sais qu’à la fin, il a aussi porté sa croix. Avec Fathi Derder, nous sommes allés le voir début août à l’EMS La Providence, en Basse-Ville de Fribourg, pour un grand entretien télévisé diffusé le jour de l’Assomption. C’est un homme simple et serein que nous avons rencontré. Il nous a dit que la maladie le grandissait. Sa souffrance n’était pas celle d’un évêque, mais un fragment de notre passion à tous, hommes ou femmes, croyants ou non. La passion des humains sur la terre.

 

Quel plus beau message de la part du responsable d’un diocèse, cette unité fondamentale des premiers temps chrétiens, que l’acceptation et le partage de sa souffrance ? La sienne, la nôtre. Celle de notre espèce. Hier, c’est lui qui est mort. Demain, nous. Et le mystère est toujours là. Comme une dalle ouverte. Silencieuse. Et déjà invisible.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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09/09/2010

Le scandale Billag

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Jeudi 09.09.10

 

67 millions d’excédent. 67 millions qui dorment, par mauvaise gestion et pitoyable gouvernance. 67 millions, notre argent. C’est le scandale Billag, du nom de la Ferme générale chargée de prélever ce qu’on appelle pudiquement « redevance », et qui n’est rien d’autre qu’un impôt déguisé pour engraisser l’audiovisuel de service public en Suisse, ce que Pascal Couchepin appelait « radio d’Etat », ou « télévision d’Etat ». Les autres, les privés, en reçoivent quelques miettes, qu’ils feraient d’ailleurs bien mieux de refuser, ce que je conseille à tous les médias, radios ou TV, pour lesquels je produis des émissions.

 

67 millions de trop, dont on se dit tout de suite qu’ils pourraient être redistribués. Non, exclu, répond le Conseil fédéral, la loi ne le permet pas. Parlons-en, de cette loi : une usine à gaz ! L’une des machines à Tinguely les plus tordues de l’ère Moritz Leuenberger. Le résultat d’un lobby éhonté de la SSR, jusque dans les Pas perdus du Parlement, pour faire tourner à l’avantage de ses seules prébendes la nouvelle législation. A ce jeu-là, les radios et TV privées se sont fait avoir : certaines d’entre elles, toute heureuses de jouer les petits mammouths et les petites SSR, là où elles auraient dû se comporter en entreprises, avec des risques et de l’audace, se rendent compte aujourd’hui de leur erreur.

 

La redevance radio-TV est une relique d’un autre temps. Elle est un oreiller de paresse pour le Mammouth, qui ne cesse de mendier davantage de moyens, en donnant bien peu de preuves d’esprit entrepreneurial et d’imagination pour faire mieux avec moins. Un jour ou l’autre, ce mode de perception d’Ancien Régime disparaîtra. En attendant, on peut au moins espérer la gestion la plus rigoureuse possible de la part de l’entreprise chargée de prélever les fonds. Le conseiller national Andrian Amstutz (UDC, BE) a osé monter au front en déposant une motion dans ce sens, que le Conseil fédéral s’est empressé de rejeter. On espère que d’autres parlementaires, Monsieur Prix étant maintenant intervenu, prendront le relais. Pourquoi pas dans la délégation valaisanne ? Il y a des fois, dans la vie, où il faut savoir lever la Matze. Qu’on soit de Martigny, de Vétroz ou de Savièse. Pour Nendaz, j’oublie. Pour Grimisuat, je demande à voir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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