13/12/2007

La droite trahie

 

 

Commentaire publié dans le Nouvelliste du jeudi 13.12.07

 

Christophe Darbellay est sans doute l’un des politiciens suisses les plus doués de la jeune relève, mais là, je ne comprends pas. S’acoquiner dans la pénombre avec les socialistes et les Verts, casser l’alliance historique avec les radicaux, pour le goût du mirage et le sel improbable de l’aventure, il y a là un geste qui relève plus du desperado de western que de la construction d’un destin politique.

 

Oh, certes, le coup est magistral. Quatre ans et deux jours plus tard, l’affront subi par Ruth Metzler est vengé. La logique de vendetta a fait son œuvre, les parrains sablent le champagne, avec comme alliés la gauche de la gauche de ce pays. La belle alliance ! Mais pour quels lendemains ? La droite lacérée, le camp bourgeois divisé pour longtemps, et l’UDC, peut-être, dans la rue pour quatre ans.

 

La démocratie chrétienne suisse doit clairement dire à quel camp elle appartient. Et ce camp, historiquement, philosophiquement, économiquement, ne peut être que celui de la grande famille de droite. En fût-elle l’aile sociale, familiale, tout ce qu’on voudra. Mais la droite, de grâce ! Avec un minimum de fidélité, de loyauté, de cohérence.

 

Or, le coup d’hier, aussi prestigieux soit l’agneau sacrificiel, c’est un coup des socialistes et des Verts, avec la complicité du PDC. C’est cela, la nouvelle majorité sous la Coupole ? Si oui, on aurait pu avoir la courtoisie, au moment des élections, d’’en informer les électeurs. Je pourrais comprendre que les partenaires de droite du PDC, à commencer par les radicaux, dans les temps qui viennent, lui demandent quelques comptes.

 

Surtout, même en termes de finalités florentines, dans lesquels Christophe Darbellay excelle, il faut se rendre à une évidence, que Georges Pompidou, magistralement, avait rappelée à Jacques Chaban-Delmas au lendemain de son discours de 1969 sur la « Nouvelle Société » : si la droite, parfois, fait des cadeaux à la gauche, ou croit marquer des points en pactisant, la réciproque, elle, ne se vérifie jamais. C’est une loi de la politique, aussi vrai que le Centre est un mythe, une montre molle, une liquéfaction du courage, un mirage au cœur du désert.

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/12/2007

Dimanche noir, quinze ans après


Chronique parue dans le Nouvelliste du jeudi 06.12.07

 

Il y a quinze ans, jour pour jour, à l’issue d’un débat national homérique, le peuple et les cantons suisses refusaient l’Espace économique européen. Toute ma vie, je me souviendrai de cette dépêche, 15.22h, la majorité des cantons qui bascule vers le non, donc niet à l’ensemble du projet. J’étais à la radio, j’avais fait un premier commentaire en direct, sur le vif, la gorge serrée, l’impression que mon pays ratait un rendez-vous historique avec son destin. Jean-Pascal Delamuraz, quelques heures plus tard, parlait de « dimanche noir ». Nous étions beaucoup de Romands, ce soir-là, à nous sentir très tristes.

 

Quinze ans après, je me rends compte, rétrospectivement, à quel point nous aurions dû, tous, relativiser quelque peu cet enjeu. A l’époque, j’étais correspondant parlementaire à Berne, Romand, très influencé – et même franchement impressionné – par le courage, l’autorité morale, l’immense charme naturel de Jean-Pascal Delamuraz. Avoir approché un peu cet homme, toute ma vie, restera un honneur. Franchement dit, nous les journalistes de Suisse romande, dans ce combat-là, nous étions avec lui. Rares étaient les opposants. Je dois le dire aujourd’hui, le concéder : ils avaient du courage. Parce que nous formions, autour du oui à l’EEE, dans ce Palais fédéral qui est comme une chambre d’échos réflexive, une forme de pensée dominante, tout ce que je condamne aujourd’hui, dans tant de domaines.

 

D’autant que la suite ne leur a pas vraiment donné tort, à ces opposants de l’époque : quinze ans après, la Suisse de 2007 se porte, économiquement, à merveille, elle a su conclure un réseau d’accords sectoriels compensant à bien des égards le non du 6 décembre 1992, elle a retrouvé sa fierté dans ses rapports avec l’Union européenne, ne se laisse pas faire, sait affirmer ce qui est négociable, ce qui ne n’est pas. Pendant ce temps, l’Union européenne, trop vite élargie, trop complexe, trop administrative, pas assez politique, coupée des peuples qui la forment, traverse une crise interne d’une rare gravité. Beaucoup de nos voisins envient notre système, notre démocratie directe, notre fédéralisme. Pourquoi devrions-nous en rougir ?

 

Quinze ans après, que reste-t-il du 6 décembre ? Le souvenir d’une bataille politique hors du commun. Le regret, comme journaliste, d’avoir été un peu trop dans la meute. La mémoire d’un homme, perdant d’un soir, mais qui avait gagné les cœurs : Jean-Pascal Delamuraz. Cela, je ne l’oublierai pas.

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22/11/2007

L'hermine et l'usurpation

 

 

Chronique éditoriale parue dans le Nouvelliste du jeudi 22.11.07

 

La mise en examen, hier, de Jacques Chirac, dans l’affaire des emplois fictifs à la Mairie de Paris, va faire saliver d’une jouissance aussi blanchâtre que salée toute une moutonnière cohorte de confrères, qui n’en pouvaient plus d’attendre ce messianique moment, en ovine prostration, depuis tant d’années.

 

Je les entends déjà bêler d’extase. Je lis déjà leurs commentaires, l’apologie de la pureté des juges contre la prétendue putréfaction du politique. Enfin, leur salive, si longtemps contenue, ils vont pouvoir l’expectorer contre cet homme qu’ils ont toujours détesté, n’ont jamais cherché à comprendre. Au point d’avoir pris, en 1995, à 90%, le parti de Lionel Jospin contre lui, ce qui ne fut pas exactement le choix souverain du peuple français. Au point d’avoir récidivé, dans de semblables proportions, en 2002, où Jospin ne fut même pas capable de se qualifier pour le deuxième tour.

 

Je suis la carrière politique de Jacques Chirac depuis 33 ans. Dans mes positions éditoriales, je l’ai souvent soutenu, me sentant parfois, je l’avoue, un peu seul. Une présidence loin d’être parfaite, certes, et même passive sur les dernières années. Mais quelques très bons points : la politique étrangère, la position sur la guerre en Irak, la lutte contre les extrêmes, le discours du Vel d’Hiv. Consulter le suffrage universel sur le Traité européen ? C’était tout à l’honneur de la tradition référendaire de la Cinquième République. Voilà donc un Président qui, sans avoir l’éclat de Charles de Gaulle ni l’extrême habileté de François Mitterrand, n’en a pas moins servi son pays, du mieux qu’il a pu, pendant douze ans. Il n’est pas encore prouvé que son successeur, l’actuel atlantiste commis-voyageur de l’Elysée, sur la longueur, fasse aussi bien.

 

Un bilan politique honnête, j’en conviens, n’exonère pas de rendre des comptes à la justice. Mais quelle justice ? Et quels juges ? Et pour quelles affaires exactes, dûment et patiemment tramées, alimentées, pendant des années, par l’opposition ? Peut-on totalement exclure que certains juges, dans cette affaire, soient saisis du syndrome du shérif? Ou alors, éblouis par l’incroyable notoriété que donnerait à l’éclat de leur hermine la saisie d’une telle proie ? La sacro-sainte neutralité du corps judiciaire, sommes-nous certains d’en avoir la garantie, dans cette affaire qui suinte tellement la revanche des uns, la pulsion de Watergate chez les autres. Tout cela, au risque de froisser la laineuse unanimité des moutons, il fallait peut-être le dire une fois.

 

Pascal Décaillet

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08/11/2007

Trop d'impôts

Chronique parue dans le Nouvelliste du 08.11.07

 

L’UDC, dans son programme de législature présenté mardi par le chef du groupe aux Chambres fédérales, le Bâlois Caspar Baader, accompagné pour l’occasion du Jurassien Dominique Baettig, le hussard qui vient d’arracher à la vieille démocratie chrétienne son siège historique au National, le dit très clairement : les Suisses payent trop d’impôts. Faire baisser la pression fiscale sera l’un de ses trois objectifs majeurs pour les quatre ans qui s’annoncent. A cela s’ajoutent d’hallucinantes disparités d’un canton à l’autre : une étude de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève, par exemple, révélait lundi que les habitants du bout du lac payaient deux fois plus d’impôts que la moyenne suisse !

 

L’UDC, à droite, n’est certes pas le seul parti à tenir ce langage, mais c’est assurément celui qui l’assume avec le plus de clarté, donnant le ton, dans ce domaine, à une décrispation du discours aussi bienvenue que salutaire. Longtemps, en effet, en Suisse, et sans doute depuis la guerre, il était comme tabou, sauf à passer pour un mauvais citoyen, de remettre en cause le poids, fût-il éreintant, de la fiscalité sur les individus, les ménages, les entreprises. C’est que toutes ces joyeuses ponctions étaient pour la bonne cause : les écoles, les hôpitaux, les routes, les tunnels, la sécurité. Pour le mieux-vivre, la cimentation sociale, on payait, on faisait confiance à l’Etat pour gérer au mieux l’argent du peuple.

 

Aujourd’hui, ce lien de confiance est sérieusement entamé. Il y a eu trop d’abus, dans trop de domaines de gestion publique, à la Confédération, dans les cantons, les communes, les grandes régies, trop d’argent dépensé sans compter, souvent pour engraisser les intendances et les apparatchiks, sauvegarder les prés carrés. Sans compter les placards dorés. La relation du contribuable avec l’Etat s’en trouve altérée. Et ceux qui gèrent les deniers publics, de plus en plus, doivent s’attendre à répondre de leurs choix.

 

En clair, il ne suffit plus que l’Etat se plante au centre de tout, en proclamant : « Je suis l’Etat ! ». Il y a, de plus en plus, une volonté citoyenne de reprendre le dessus, ne plus se laisser traire ni tondre sans broncher, rappeler que l’argent avec lequel certains édiles font joujou n’est autre que le patrimoine des familles, qu’il aurait pu être investi autrement, dans la croissance. En déclarant la guerre à la pression fiscale, l’UDC épouse les préoccupations d’innombrables concitoyens. Dans ce domaine, elle voit juste.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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