06/12/2010

Frontières, chimères

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 06.12.10

 

Le Salève, glacé sous son manteau blanc, a beau s’offrir à l’immédiate portée de mon regard, il ne s’en trouve pas moins en pays étranger. Ami, certes, ô combien. Mais étranger. Entre le Salève et nous, il y a ce tracé invisible dont il est à la mode, dans les cocktails, de nier l’existence : une frontière.

 

Nos frontières ne sont pas des caprices de douaniers. Elles viennent du fond des âges. Elles n’empêchent ni l’estime, ni le respect mutuels. Mais il y a un pays qui s’appelle la France. Et un autre, le nôtre, la Suisse. Si je vais à Bâle, à Coire, je demeure dans mon pays, même si la langue change. Si je passe à Annemasse, même langue, mais autre pays. C’est ainsi, nos choix historiques l’ont voulu.

 

Hélas, à Genève, jusqu’au plus haut niveau de décision politique, on semble préférer le magma très improbable, mais tellement tendance, de chimères transfrontalières à la réalité de notre « foedus », notre contrat avec la Confédération helvétique.

 

Au point que les 25 autres cantons, dans certaines hautes sphères genevoises, on s’en fout. C’est une injure à l’âme de ce petit pays, son charme pluriel, l’infinie fragilité de ses équilibres. Une insulte à l’arrière-pays, campagne ou montagne, plus rugueux, plus conservateur, mais qui a fait la Suisse. Au moins autant, et à vrai dire beaucoup plus, que les petits marquis de cocktails au royaume de la frontière abolie.

 

Pascal Décaillet

 

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22/11/2010

Le Moa de novembre

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 22.11.10

 

Vous prenez un ministre des constructions dont on aimerait quand même une fois qu’il construise quelque chose. Ajoutez un avocat, à vrai dire plutôt connu comme député, tiens du même parti, d’ailleurs, que le ministre. Vous touillez. Vous pimentez d’un zeste de pampa, remplacez juste le poivrier par un moulin à vent. Du bout du doigt, goûtez.

 

Surgit un candidat au Conseil administratif, officiellement PDC, en réalité de la même mouvance que le ministre et le député : « Construisez sans entraves ». Vous lui dites bonjour, il vous répond : « Blocages ! ». Vous lui dites Mao, il vous réplique Moa. Il est partout, à la fois Don Quichotte et Sancho Panza, à la fois le cheval et l’âne. Et le moulin à vent, lui, est toujours là.

 

Vous éventez, justement. Pour la sauce, quelques gouttes d’élixir de jeunesse, vous irez le puiser dans l’urne, entre le poivre et le sel de vos propres cheveux, vous en aurez l’usage discret, comme il sied aux condiments de race. Goûtez à nouveau. Contemplez-vous dans glace. Déjà, vous faites vingt ans de moins.

 

Mais le temps presse. A la porte, on sonne. C’est l’avocat, le ministre et le candidat. Par l’odeur alléchés, ils sont montés chez vous. Ils avaient juste entendu des voix. Mais les voix, comme l’urne de l’élixir, c’est plus fort qu’eux : ils n’ont jamais su y résister.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2010

Le lait, le miel

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 18.11.10

 

Papy Moustache est un homme sympathique. Et il le sait. Alors, il lui arrive parfois de forcer un peu sur le Papy, et le lendemain sur la moustache. Et le plus fou, c’est que ça marche : Jean-Charles Rielle est un homme populaire. D’une popularité qui fait même rêver le pays de Canaan, où coulent pourtant le lait et le miel.

 

Papy Moustache, donc, est sympathique, populaire et charismatique. Et il a un sixième sens pour les sujets compassionnels. Gaza, l’affaire Selimi, l’affaire Rappaz. Non qu’il ait tort, loin de là, mais quel instinct ! Un pif gros comme ça pour humer le thème, quelque part entre vie et mort, exil et royaume, qui tirera les larmes dans les chaumières.

 

Face à lui, un jeune homme de 26 ans qui croit en la loi et en l’Etat, des archaïsmes pas très vendeurs. Il s’appelle Philippe Nantermod, il ne craint ni la solitude, ni l’adversité, ni de passer pour un ringard. Il dit, simplement, ce qu’il croit juste. Et il a du courage. Et il ira loin.

 

Quant à Papy Moustache, on se réjouit de l’entendre aussi, à l’avenir, sur quelques bons sujets bien austères de la vie fédérale, tiens la péréquation, par exemple. Un truc sans lait, ni miel, ni larmes. Juste la dignité d’Etat, sèche et roide, austère. Drue, comme l’extrême Finistère d’une moustache, par un matin de vent glacé.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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15/11/2010

Chanson d’automne

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.11.10

 

Pétillantes d’insolence, de culture et de transgression, les Automnales sont le rendez-vous le plus dionysiaque que Genève ait connu depuis le bûcher de l’ultime sorcière. Les Automnales, c’est la fête, la tragédie, les hurlements d’extase d’un million de moutons qu’on égorge. Les Automnales, c’est la vie et la mort, le désespoir, le bonheur salé d’une nuit d’amour.

 

Les Automnales ne coûtent rien au contribuable. Pas un sou. Elles sont une nécessité absolue, une émanation du désir des foules. Sans les Automnales – les experts sont formels – il y aurait cinq à six cents suicides, pour le seul mois de novembre, à Genève.

 

Non, les Automnales ne sont pas le miroir du pouvoir en place. Non, elles n’ont rien à voir avec le copinage radical. Non, elles ne bénéficient d’aucun espace préférentiel dans la presse. Non, il n’y a aucun lien entre l’Etat et cette fête, câline et libertaire, insoumise, gitane, fugace comme le premier regard, au matin du premier jour.

 

Non, les moutons des Automnales n’ont jamais entendu parler de Marie-Antoinette. Oui, ils aiment qu’on les caresse. Dans le sens de la laine. Non, les Automnales ne sont pas les Comices agricoles de Yonville, non, les brebis n’y sont ni putes ni soumises. Agnus dei, suis-je bête, pardonne-moi cette chronique. Vivement l’hiver.

 

Pascal Décaillet

 

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11/11/2010

Charles et les « Maos »

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 11.11.10

 

Nous n’étions pas si nombreux, dans les années soixante, encore moins dans la décennie suivante, à nous réclamer de Charles de Gaulle. A l’Université de Genève, qui ne pensait en ces temps-là que structuralisme et abandon de la notion de grands hommes, le nom du Général n’était jamais cité. Pas plus que ceux de Péguy, Barrès, Emmanuel Mounier, sans parler de Maurras.

 

Aujourd’hui, je les trouve bien nombreux, les gens de mon âge, que j’ai connus « Maos » ou trotskystes en ce temps-là, ou libertaires, qui se parent de la mémoire gaullienne comme d’un fragment inaltérable de leur histoire. Leur conversion, je la salue, et même m’en félicite, mais tout de même, quel virage !

 

Dans les mille sources de la pensée gaullienne, il y a une tradition, très forte, qui s’ancre dans le personnalisme, la primauté de l’individu. Cette école-là, aussi celle du « Sillon », qui n’écarte pas d’emblée les inflexions spirituelles au nom d’une laïcité taillée à l’équerre et au compas, n’avait nul droit de cité dans l’Université des années septante. Oui, la pensée structurelle a formaté une génération.

 

Aimer de Gaulle, vivre avec lui, c’est aimer ses lectures, les auteurs de sa jeunesse, dont certains, loin d’être vieillis, éclatent de présence. Et si les « Maos » de ces années-là se mettent à lire Péguy, celui de « L’Argent » par exemple, je suis prêt à leur offrir un verre. Tiens, au Moa, par exemple.

 

 

Pascal Décaillet

 

11:01 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/11/2010

La Soupe à l’hallali

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.11.10



Jamais ils n’avaient été aussi heureux. Aux lèvres, l’écume. Devant toute la Suisse romande, descendre Stauffer. Comme on terrasse l’immonde. Comme l’extase devant ce premier chamois qui s’en vient gésir vous vos pieds de jeune chasseur. A la Soupe, hier, le climat était à l’exécution. L’hallali.

Etriller Stauffer, c’est bien. A condition qu’on équarrisse aussi tous les autres, à la même enseigne. Ce que fait, par exemple, un Thierry Meury, également vachard avec tous. Mais pour certains autres, la mise à mort est sélective et orientée. Le bourgeois qui a le vrai pouvoir, celui du pognon et des prébendes, on l’épargne. Le gueulard genevois, on l’éviscère. On se croit contre-pouvoir, on est juste marchepied.

Et hop, quelques références aux années brunes, et on se prend déjà pour Brecht ou Thomas Mann. Comme Manuel Tornare, incroyablement décevant, jeudi matin, à Radio Cité, dans un débat face au député Bertschy sur les thèses de l’UDC en matière scolaire. Dès qu’on est à court d’arguments, on brandit Hitler et les années 30. Tellement facile !

Il fut un temps où les humoristes transgressaient. Aujourd’hui, ils engraissent. Ils bouffent, collier au cou, la potée du pouvoir en place, avec lequel ils n’ont plus ni procès, ni engueulades. Ils ne sont plus ni sonores, ni trébuchants. Ils sont en place. Impavides. Comme le bourgeois.

Pascal Décaillet


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04/11/2010

L’esprit d’Eloi

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.11.10

 

Férus de Lumières, dont ils ne cessent de se réclamer, François Longchamp et ses puissants conseillers de l’ombre ont-ils ouvert un jour « L’Esprit des Lois » ? Montesquieu, comme on sait, y prône, quarante ans avant la Révolution française, la séparation des pouvoirs. Exécutif, législatif, judiciaire.

 

Ce principe, le Conseil d’Etat genevois le foule allégrement de ses pieds les plus crottés : dans un communiqué publié hier 16h, où il déplore l’interruption du procès BCGe, le gouvernement cantonal « entend que le pouvoir judiciaire agisse avec détermination afin que le procès des anciens dirigeants et des réviseurs se tienne ».

 

« Le Conseil d’Etat entend… » ! Un exécutif, Monsieur Longchamp, n’a strictement rien à « entendre » du pouvoir judiciaire. Il n’a aucune instruction à lui donner. Hélas, le communiqué d’hier vient confirmer votre théâtrale déposition, où vous sembliez prendre, déjà, bien des libertés avec le principe de séparation.

 

Le pouvoir, tel un élixir, monterait-il à la tête ? Inciterait-il à tout voir à l’envers ? A l’instar du bon Saint-Eloi, garde noire du roi Dagobert, un conseiller charmant et cultivé. Qui voyait juste. Même pour le pantalon royal. De l’envers à l’endroit, il n’y a que le charme – passager mais si jouissif – d’une chanson.

 

Pascal Décaillet

 

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01/11/2010

Tous les saints

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 01.11.10

Catholique, j’ai toujours cru à la communion des saints. A celle des morts, aussi, avec les vivants. C’est une folie, je sais. Le christianisme est une folie. Révolutionnaire, dévastatrice. Détestable, quand elle fraye avec le pouvoir. Sublime, quand elle résiste.

De la foi à l’athéisme, de la présence à l’absence, de la parole au silence, de la vie à la mort, la seule certitude est celle du fragile. Le seul fidèle, celui qui peut renier. Le seul vivant, celui qui va vers la mort. Le vrai croyant, celui que dévaste le doute. La seule Eglise qui vaille n’est pas faite de murs, mais de l’invisible communion. Ecclésia, l’assemblée. Rien d’autre.

1er novembre, le jour de tous les saints. Lisez Simone Weil, voyez comme il est ténu, le chemin de la Grâce à la Pesanteur. De l’ange à la bête. De l’empire à la chute. De la lumière à la nuit. J’ignore si le saint porte en lui le salut. Mais les ténèbres, oui, qui l’éblouissent.

La Toussaint est une très grande fête. Elle n’est pas affaire de superstition, ni de commerce, ni même au fond de ce qu’on appelle la foi. Non. Elle met en jeu les forces de l’esprit. Elle les ravive un instant, au milieu des feuilles mortes. Elle n’offre ni salut, ni certitude. Elle passe. Et nous aussi, au milieu de cela, nous passons.

Pascal Décaillet


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28/10/2010

La tactique du sourcil

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 28.10.10

 

« Intolérables », avait pesté Saint François des Assises, ou plutôt de la Cour correctionnelle, en parlant des droits de recours et de récusation, au procès de la BCGe. Nous nous étions demandé, dans ces colonnes, à quel titre un président du Conseil d’Etat, chef d’exécutif,  avait à disqualifier ainsi les droits parfaitement légitimes de la défense, dans un ordre qui n’est pas le sien, et qui s’appelle la justice.

 

«Intolérables », ça n’est pas exactement le point de vue du Tribunal fédéral, qui annule le rejet, par la Cour de justice, de la demande de récusation du président, le juge Delieutraz. La Cour suprême exige une enquête plus fouillée sur la manière dont le jury a été tiré au sort. Il faut donc croire que certaines demandes de récusation reposaient, n’en déplaise au Prince-Procureur, sur quelque fondement.

 

Une affaire de plus – comme dans celle de l’affiche MCG – où ce président du Conseil d’Etat arrive avec de grands airs, fronce le sourcil dans la plus pure noirceur républicaine, théâtralise beaucoup plus qu’il n’y paraît, dans des affaires où il se trouve finalement désavoué. Ici, par les juges de Mon-Repos. Là, par une petite phrase, assassine, du Ministère public de la Confédération. A quand, la prochaine affaire ? A quand, le premier bilan non-courtisan de cette année présidentielle ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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25/10/2010

La lune, les cochons

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.10.10



Pardo, Stauffer, deux tronches, deux tempéraments, deux révoltes. Ici, le Levantin à la prunelle d’ébène. Là, le boulangiste aux petits matins blêmes, hâbleur, rassembleur. Deux écorchés, deux contestataires, mauvais garçons, l’un et l’autre profondément anti-bourgeois. Parce que les bourgeois, c’est comme les cochons.

Chaque année, sur les bords du lac de Garde, je passe devant le Vittoriale, à Gardone, la somptueuse demeure du poète Gabriele D’Annunzio, et je pense à Soli Pardo. Il y a, dans l’anticonformisme de ce rebelle, quelque chose de littéraire, une petite musique lunaire, une extase de la face cachée dont on sait qu’elle peut conduire à l’irrédentisme. Contre les bourgeois, les cochons.

Les bourgeois, c’est qui ? C’est l’ordre établi. Celui des partis gouvernementaux. Celui de son propre parti, qu’il a fini par fuir. Sans doute, aussi, l’inéluctable de sa propre existence. Le destin, c’est comme la grammaire, il faut constamment la casser, quérir l’exception. Exalter la rupture. Il paraît que Kadhafi veut détruire la Suisse. Soli, lui, veut détruire Pardo. Par esthétisme. Contre les cochons.

C’est comme dans la chanson, il y a Maître Soli et Maître Pardo. Dans la nuit éthérée de leur mémoire, les temps anciens où ils faisaient les quatre cents coups. En ce temps-là, Soli avait rendez-vous avec la lune. Pour hurler dans la nuit. Contre les cochons.

Pascal Décaillet








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21/10/2010

Ecole : voici l’UDC !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 21.10.10

 

Les uns peuvent prendre cela avec le sourire, les autres parler avec mépris de « résurrection de l’école de grand-papa », la réalité est là : l’école sera le nouveau grand thème de l’UDC au niveau national. Un papier de position sera voté ce week-end. Amorce d’un mouvement de fond, qui va s’amplifier.

 

Pourquoi s’en étonner ? Le premier parti de Suisse, près de 30% de l’électorat, n’aurait pas le droit de s’intéresser à la formation de nos enfants ? Il devrait laisser ce champ à une gauche qui ne l’a que trop occupé, et de façon catastrophique, depuis quatre décennies, ou à quelques radicaux acariâtres qui vous disent « laïcité » avant même que vous ne les ayez salués ?

 

Si l’UDC est intelligente (vaste postulat !), elle évite à tout prix d’en faire trop avec Guillaume Tell et le treizième siècle, elle reconnaît le legs de la Révolution helvétique (1798) et de 1848. Et elle s’attache à fédérer – ce qu’elle est seule à droite à pouvoir faire au niveau national – une vision de l’école qui est celle du travail et du mérite, à quelques milliers de lieues marines du gnangnan et du ragnagna des pédagogues à la sauce genevoise.

Si elle fait cela dans un esprit de rassemblement, et nous épargne les Waldstätten, elle a une autoroute devant elle, tellement la gauche a démérité sur la question. L’UDC et l’école, cela ne fait que commencer : il y en a pour vingt ans.


Pascal Décaillet

 

 

 

 

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18/10/2010

Copains, coquins

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 18.10.10



Si vous voulez, à Genève, faire passer une résolution qui suinte le pacte à cinq des partis au pouvoir, il n’y a qu’une adresse : Olivier Jornot, mercenaire scribe, l’homme plus rapide que son ombre pour griffonner des projets de loi sur un bout de nappe. L’affaire du Moa l’illustre avec éclat.

Il est clair que cette affaire pue l’argent, et la récup tellement facile de l’électorat jeune en période pré-électorale. Comme Stauffer est dans le rôle de l’attaquant et, une fois de plus, a vu juste, toute la gluante horizontalité des réseaux interpartis gouvernementaux s’est liguée contre lui. La Genève des cocktails et des copains, des passe-droits et des coquins.

Résultat : un assemblage de fortune, patchwork, où la naïveté le dispute à l’inexpérience, avec des parfums de pampa et l’ombre de Quinte-Curce comme caution juridique. Et le pire, c’est qu’un plénum inconscient et jeuniste a fini par voter ce sommet d’opportunisme.

Le Grand Conseil de la République et Canton de Genève ne sort pas grandi de ce vaudeville. Pierre-François Unger a eu parfaitement raison d’assumer une décision courageuse. Genève n’appartient pas au clan pro Moa. Je ne parle pas ici des jeunes, qui ont bien le droit de s’amuser le soir. Mais des politicards profiteurs qui instrumentalisent la cause. Monsieur Jornot, vous aviez mieux à faire que monter dans cette galère.

Pascal Décaillet


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14/10/2010

Genève, Verdun

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 14.10.10



Face à toi, l’impasse. A ta gauche, sens interdit. A ta droite déviation. Sous tes roues, sous tes pas, la tranchée. Dire qu’on traverse Genève et qu’on croirait Verdun. 1916. Jonction, Coulouvrenière, avenue d’Aïre, sans parler de l’accès à Lancy. Lancy n’existe plus, Monsieur. Genève n’est plus une ville, elle est une béance, un ventre éviscéré qui s’offre à l’indifférence du ciel.

Vous avez dit Lancy, Onex, Bernex ? Vous avez dit route des Jeunes ? Vous avez dit Cornavin ? Visez plutôt Pluton ou Jupiter, vous y serez plus vite. Bien sûr, bien sûr, on nous répète que c’est provisoire, pour la cause du bien, celle du tram, les lendemains électriques qui chantent.

Certes. Mais le pékin moyen, coincé comme un vulgaire poilu entre la tranchée et le boyau bouché, dans la sublime poussière des marteaux-piqueurs et la pataphysique extase du temps passé à s’emmerder au volant, il se dit que peut-être, en très haut lieu, on aurait pu rationaliser un peu mieux l’exercice, non ?

Ah, mais c’est qu’il devient acariâtre, le pékin ! Atrabilaire. On lui offre l’immobilité, et voilà qu’il ronchonne encore ! Il croit quoi ? Qu’une route, c’est fait pour rouler ? Un chemin, pour cheminer ? Le point A, pour s’emmouracher du point B ? Allez, adieu Euclide, adieu mouvement. Le must, today in Geneva, c’est le point mort.

Pascal Décaillet





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07/10/2010

Pleurer, gémir…

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 07.10.10

 

Avec René Longet et Cyril Mizrahi dans ses plus hautes instances, le parti socialiste genevois n’est plus un organe de combat, mais un chœur de pleureuses. L’arène politique, un cimetière antique, avec de sublimes femmes en noir sous le soleil, et des cris de détresse dans le désert.

 

Les décisions de la Constituante déplaisent ? Qu’on la dissolve, dixit Longet. Les membres de l’Assemblée, légitimement élus ? Qu’ils mourussent ! René Longet vient d’inventer une nouvelle méthode politique : la résistance par la gomme. L’évacuation du problème par la cuvette des toilettes. La larme atomique, à la première contrariété.

 

Non seulement cette position, en logique républicaine, est indéfendable, mais elle s’accompagne, chez nos duettistes de la folle complainte, d’infinies variations sur le monde du gémissement : il y a celui qui geint et celui qui sanglote, il y a les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

 

Longet, la fée. Mizrahi, la sainte. Ils sont venus nous dire qu’ils s’en allaient, et leurs propres larmes n’y pourraient rien changer. Alors, dans le désert, ils pleurent. Et la vie, elle, continue. Parce que, comme le disait si bien Mouloudji, « Faut vivre ! ».

 

Pascal Décaillet

 

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04/10/2010

Impair et passe

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 04.10.10

 

Madame la Chancelière, vous êtes  bien brave de porter le chapeau dans l’affaire des funérailles de l’évêque. Monsieur Mark Muller, bien brave aussi d’affronter la presse pour d’autres, mercredi dernier. La vérité n’est pas celle qu’on nous dit : elle ne relève ni du couac, ni de l’oubli.

 

Le lendemain de la fameuse absence, se tenait le repas de l’Association des Communes Genevoises. A cette occasion, plusieurs maires ont demandé des explications à une conseillère d’Etat. Il leur fut répondu que Genève était une République laïque, avec régime de séparation. Donc, volonté délibérée, assumée. Et non un couac.

 

Pourquoi, en trois jours, le Conseil d’Etat est-il passé de la posture laïque revendiquée à la thèse de l’oubli ? Réponse : parce lundi, il y eut, dans ces mêmes colonnes, dénonciation. Mais aussi parce que beaucoup de téléphones, de dimanche à mercredi, ont sonné. A quoi s’ajoute, en fin de semaine, la découverte du règlement du protocole.

 

Ce qui est gênant, c’est le manque de courage du gouvernement. La raideur laïque eût été une explication, elle n’aurait pas manqué d’allure, avec ses relents de Garde noire et de fierté hussarde. Mais la thèse de l’oubli technique manque singulièrement de dignité. Il eût été plus simple de dire : « L’évêque, on s’en fout, et ce samedi-là, il faisait si beau ».

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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27/09/2010

Sept rustres

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 27.09.10



Devant le cercueil de chêne de Mgr Genoud, samedi matin en la Cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, la quasi-totalité du gouvernement fribourgeois, Philippe Leuba pour celui du canton de Vaud, et… strictement aucun conseiller d’Etat genevois ! Laïcité ou non, loi de 1907 ou non, cette absence n’est tout simplement pas acceptable.

La laïcité est une chose, nul ne la conteste, en tout cas pas l’auteur de ces lignes. Mais la rustrerie en est une autre, qui doit être désignée comme telle, sans ménagement. La laïcité, c’est le respect des croyances, en l’occurrence celle des catholiques romains. Il eût fallu, pour le moins, un acte de présence à Fribourg. La plus élémentaire des courtoisies.

Quelques heures auparavant, vendredi soir, veillée à Notre-Dame, à Genève, en mémoire de l’évêque disparu. Là aussi, boycott du Conseil d’Etat. Dans la classe politique, seul Manuel Tornare a eu la classe et le courage de s’y rendre. Pour les autres – les premiers à faire des ronds de jambe à d’autres religions, plus « tendance » - pénétrer dans une église catholique semble relever de la vulgarité.

A ce niveau-là, ce n’est plus de la laïcité, qui est une belle et grande chose. C’est de la connerie laïcarde. Bernard Genoud était aussi l’évêque de Genève. Par cette double absence, ce sont ses fidèles qu’on a insultés.

Pascal Décaillet


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23/09/2010

Le silence de l’Amer

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 23.09.10

 

Un Neuchâtelois muet, et un entrepreneur bernois parlant très mal le français. Avec le couple Burkhalter – Schneider-Ammann pour incarner, au plus haut niveau, le parti qui a fait la Suisse, il y a quelque chose de pourri au pays du cassoulet. De l’ordre d’une gouaille grognarde et populaire, un résidu d’Empire qui sentait bon la poudre et la gamelle.

 

Où sont-ils, nos bons vieux radicaux, certes à nuques raides et ceinturons à l’heure, le Chevallaz de Belles-Lettres, le Delamuraz pirate et capitaine, une Louise dans chaque port, et même notre bon vieux Couchepin, sale tronche, inventeur d’inédites syllabes, bouffeur de PDC mais pas de curés, dernière figure avant l’entracte.

 

L’entracte, ou la fin ? Le muet Burkhalter ne parle même pas le langage des signes. Et hier, en renvoyant à Saint-Gall, parce qu’elle brillait trop, Karin Keller-Sutter, le parlement a privé la Suisse d’une femme d’exception. Des comme elles, j’en veux bien cinq. Ou même sept. Je ferai Blanche-Neige, s’il le faut.

 

Oui, le radicalisme tendance charbon et mazout de Robert Ducret se meurt. Pire : entre le silence de l’Amer et les borborygmes du Bernois, c’est toute une certaine dimension rhétorique du radicalisme suisse, populacière, qui se retrouve en berne. Comme une bataille sans l’Empereur. Ou une poudre sans odeur.

 

Pascal Décaillet

 

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20/09/2010

Sales tronches

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 20.09.10

 

Chevallaz, Delamuraz, Couchepin : trois styles. C’était le temps du verbe haut lorsque de fortes têtes radicales romandes – des sales tronches, au fond – hantaient les couloirs de Berne. Avec Didier Burkhalter, le silence est tellement d’or qu’il en a même endormi la dimension argentée de la parole. Au reste, les rares fois où l’homme s’exprime, c’est dans un sabir germano-provençal très éloigné de la langue de Verlaine. Un verbe de fonctionnaire, au mieux.

 

Dès lors, si l’Assemblée fédérale devait élire, mercredi, l’entrepreneur bernois Johann Schneider-Ammann, très mauvais francophone, c’est toute la tradition d’une certaine élévation de la parole radicale en langue française qui s’évanouirait. Il n’y aurait plus ni « dimanches noirs », ni « ministres qui décident »,  il n’y aurait plus ni droite cassoulet, ni rêves de grognards, ni nostalgies d’Empire. Il n’y aurait plus que Burkhalter et Schneider-Ammann. Et le chanvre de Rappaz pour se pendre.

 

Paradoxe : au-delà des ethnies, c’est aux confins de la Suisse orientale qu’il faut aller chercher l’élégance et la précision de notre langue, sa finesse allusive aussi : chez Karin Keller-Sutter. Un français parfait. Qui vole et qui percute. Soluble, léger, comme le plus court chemin d’un point vers l’autre. Didier Burkhalter ne cesse de nous répéter qu’il cherche des solutions. La Saint-Galloise, pour sa part, les trouve.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16/09/2010

L’étrier du destin

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 16.09.10

 

Bon d’accord, fallait-il à tout prix qu’elle posât en équestre tenue dans l’Illustré ? On peut en disserter, comme du sexe des anges, des fulgurances d’André Reymond, de la chaleur fraternelle d’Yves Nidegger, ou de la fibre sociale de Soli Pardo. Mais une chose est sûre : ceux qui sous-estiment Céline Amaudruz, la nouvelle présidente de l’UDC genevoise, ont tort.

 

D’abord, parce qu’après le néant, voici un être. Après le chaos, voici l’amorce d’une courbe, peut-être un jour d’une géométrie, voire (soyons fous) d’un cosmos, lequel signifie ordre et beauté. Après le temps glacé des grandes solitudes, voici une UDC genevoise capable de bien s’entendre avec un autre être, sur la terre : sa jument. C’est déjà un début.

 

Caligula parlait à son cheval. Mussolini, piètre cavalier, se mettait tout de même en selle, pour faire Duce. Richard III aurait donné sa couronne pour le meilleur ami de l’homme. Jean-François Rime a servi dans la cavalerie. Marcel Aymé coloriait ses juments. Les manèges de notre enfance étaient enchantés. Et, plus j’écris, plus je me dis que Céline Amaudruz  a fait très fort, avec cette photo de l’Illustré.

 

Nous sommes rares, ici bas, à chevaucher. Mais la mémoire de ce sublime animal habite nos rêves et nos fantasmes. Poser en sa compagnie, c’est cravacher les ricanements. Et mettre le pied dans l’étrier du destin.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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13/09/2010

Forcené à Genève !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 13.09.10

 

Il préparait son coup depuis des années, minutieusement. Il avait engrangé les munitions, multiplié les contacts, défini des cibles, avalé des hectolitres de gros rouge pour se donner du courage. Et puis, un beau jour, Michel Chevrolet, alias la Terreur de la Pampa, est passé à l’attaque, prenant tout le monde de cours. « Il a toujours une longueur d’avance », se lamentent ses adversaires, les chefs de la peau lisse.

 

Cet été, pendant que les autres candidats dormaient, le forcené du PDC a battu la campagne, tous azimuts. Une stratégie, un but, des moyens (assez colossaux) pour y parvenir. A quoi s’ajoute ce qui fait sa nature : gaieté, bonne humeur, musique, couleur. Pourquoi diable un candidat doit-il tirer la gueule, nous culpabiliser d’être, nous donner envie de nous pendre, alors OK, vamos a la playa, et pom pom girls, et pom pom boys, et yohoho, et une bouteille de rhum !

 

Nous voilà donc, pour une fois, face à une campagne en Technicolor. Là où d’autres, actuels directeurs de Département ou magistrats sortants, nous promettent au mieux le noir et blanc, au pire le muet. Alors, bien sûr, le forcené, ils le jalousent. De bal en carnaval, il commence à les leur briser, et il y en a encore pour six mois. Il sera élu ou non, mais avec lui l’hiver sera chaleur et lumière. Alors, merci d’avance. Et viva la pampa !

 

Pascal Décaillet

 

 

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