02/09/2010

La lueur de l’auge

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Chronique porcine - Publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 02.09.10

 

Journaliste et entrepreneur indépendant, je me demande ce que diraient mes clients si je leur annonçais, unilatéralement, une augmentation de 16,7% de mes tarifs. Délirant, bien sûr. C’est pourtant ce qui va se passer, dès le 12 décembre, pour le billet « Tout Genève » de nos bus et de nos trams. De 3 francs à 3,50 francs, d’un coup, et hop, et le jour de l’Escalade, et ça vous tombe dessus comme un court bouillon, comme un tramway nommé désert.

 

Alors voilà, l’Etat dixit, du haut de la Tour Baudet, et le pékin n’a plus qu’à s’exécuter. Tout cela, noyé dans un communiqué gouvernemental intitulé pudiquement « La nouvelle grille tarifaire » : ils n’ont même pas osé mettre l’info principale dans le titre. Chez le cochon de payeur, tout est bon, y compris lui turlupiner l’entendement, lui tire-bouchonner l’info, le laisser seul, de profundis, jouir d’extase, dans la suintante lueur de l’auge.

 

Et lui, le cochon, il se réveillera, un jour ? Ou le tapis d’équarrissage lui est-il devenu si moelleux qu’il ait endormi en lui toute prétention à la révolte. Parce que c’est pour le bien, pour une bonne cause, durable, climatique, politiquement propre. Une mobilité douce comme le désir d’éternité du porcelet, quelque part au fond de l’auge. Dans l’éblouissante pâleur de la nuit.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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30/08/2010

Les blancs, les noirs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 30.08.10

Compliquée, l’UDC genevoise ? Racontars ! Il suffit d’y voir clair. Au début donc, avant même le Verbe, il y avait Soli Pardo. Prince noir. Solitaire, levantin, celui qui fronce et qui fronde. Le fou.

A deux cases de lui, et quelques années-lumière de haine, Yves Nidegger. Celui qui montre et démontre. Solitaire aussi, à mesure qu’il raisonne et se rapproche de l’éther. Démarche complexe. Le cavalier.

Prudent, laissant choir et déchoir, autour de lui, fortunes et destinées : Eric Leyvraz. Feignant de se retirer, mais demeurant. L’âme noueuse comme un cep. Au milieu de la mêlée, il survit. Le roi.

Toujours prêt pour avancer, chair à canon de la mitraille adverse, jamais plus sublime, dans l’art de la chute, que lorsqu’il la provoque lui-même, équation newtonienne à lui tout seul, André Reymond. Le pion.

Raide et roide comme une soutane battue par le vent glacé, il a inventé, avant Euclide, la ligne droite : Eric Bertinat. La tour.

Folle comme Pardo, cavalière (ô combien !) comme Nidegger, royale comme Leyvraz, pionnière comme Reymond, fille de Pise et de Galilée comme Bertinat, voici enfin celle que vous attendez tous. Céline Amaudruz. Elle se rit de l’archer, danse avec l’obstacle, rend les fous raisonnables, et fous les raisonnables. Celle qui reste debout. La reine.

Pascal Décaillet


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01/07/2010

Merci, les profs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 01.07.10


Ils ont choisi le plus beau métier du monde, l’un des plus difficiles aussi. Ils sont des passeurs. Ils sont comme la Dranse, grise et noirâtre, moirée des alluvions d’amont. Ce qu’ils transmettent, c’est la connaissance, donc la vie. Il y a ceux qu’on aime, il y a les autres, peu importe. Ce qui compte, c’est la centralité de leur présence. C’est toi, le prof, le héros de l’histoire, toi qu’on doit admirer, ou haïr. Toi, le magistère. Les manuels de pédagogie, les études Pisa, ne viennent que bien après.

 

Les profs qui m’ont impressionné m’accompagnent toujours, dans la tête. René Ledrappier, pour l’universalité de ses cours de maths. Le Père Collomb, un prêtre catholique qui nous initia avec un infini respect aux autres religions. Gérard Duc, pour sa première dictée sur Proust. Le rugueux Wyder, autre prêtre, une encyclopédie de la biologie, avec un cours incroyablement complet sur l’évolution, à mille lieues des niaiseries créationnistes. Le jour, il enseignait la théorie des mutations, le soir lisait la Genèse ou jouait du violon.

 

Voyez, je cite des noms, pas des concepts. Il y avait aussi la chorale de Philippe Corboz. Et tous les autres. Je cite des noms, pas des systèmes d’éducation. L’école, c’est avant tout un choc phénoménal d’humains avec d’autres humains. Aux profs, aux élèves, excellentes vacances. Et que vive l’école, pour toujours.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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28/06/2010

Salam, Alec !

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 28.06.10

 

La Genève internationale n’existe pas. Elle est juste une fiction. Juste l’hallucination collective d’une petite clique – toujours la même – qui adore se déhancher autour d’un drink, parler anglais, rêver d’un univers multilatéral qui n’existe que dans leurs têtes. Un doigt de scotch, trois larmes de soda, et le bleu de la planète qui vous caresse l’âme.

 

Il faut voir avec quelle arrogance ils parlent des nations, cet archaïsme qu’ils prétendent avoir dépassé. Il n’y aurait de solutions que mondiales à des problèmes mondiaux, les frontières seraient vulgaires, les problèmes locaux, ridicules.

 

Mais cette petite clique de snobinards de cocktails, lustrée dans le sens du poil par quelques-uns des nôtres qui voudraient s’arracher à leur provincialisme, fut-elle jamais au rendez-vous lorsque l’heure fut grave ? On a vu l’utilité de la SDN au cœur des années noires. On a vu l’éblouissante efficacité du Forum humanitaire mondial, de Kofi Annan.

 

Dès que les choses vont mal, ce petit monde vous lâche, s’évapore. Alors, il convient d’être assez fort pour s’en sortir par soi-même. La force d’un pays, c’est sa cohésion, sa fraternité interne, son envie d’exister. Lorsque les choses vont mal, ces valeurs-là valent mille fois plus que l’amitié des petits fours, des ronds-de-jambe et des salamalecs.

 

Pascal Décaillet

 

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21/06/2010

Les coqs, l’infini

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.06.10

 

Samedi, sur la Dranse, en Haute-Savoie, une femme de 27 ans est morte noyée dans un accident de rafting, lors d’une sortie d’entreprise. Nous ne nous prononcerons pas sur ce cas précis, laissons faire l’enquête. Et nous pensons, bien sûr, à la famille de cette jeune femme.

 

Mais il faut dire ici, une bonne fois, l’insondable débilité de ce principe des sorties d’entreprise. Sous l’imbécile prétexte de dynamique de groupe, ou d’esprit de corps, on amène sur des canots de rafting, dans des grottes spéléo, sur des parapentes, des gens qui n’y ont jamais mis les pieds, ne font peut-être jamais de sport le reste de l’année. Les accidents n’y sont pas rares.

 

Encore une fois, nous ne jugeons pas ici le drame de ce week-end. Mais ils se prennent pour qui, les cadres qui organisent ces joyeusetés grégaires ? Pour des sergents de Marines ? Et tout ça, pour quoi ? Les employés ont signé pour travailler dans l’entreprise, le mieux possible, pas pour se faire tuer au nom d’une idéologie de Chantiers de jeunesse.

 

Sans compter ceux qui n’osent pas dire non, de peur de passer pour des trouillards. La puissance d’un torrent, comme la verticalité d’un sentier de montagne, ça s’apprivoise, doucement. Ca ne se conquiert pas, comme des cons, le temps d’un week-end dont sortiraient vainqueurs les plus matamores. Comme des coqs lustrés par le seul infini de leur bêtise.

 

Pascal Décaillet

 

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17/06/2010

Bal masqué

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 17.06.10

 

Burqa, soutane, même combat ? Au nom du principe d’universalisme contre les corporatismes, le député radical Jean Romain répond oui, en demandant l’interdiction, dans le canton, « de tout costume religieux sur la voie publique à toute personne ayant un domicile ou une résidence dans le canton ».

 

Autrement dit : tu es porteuse de burqa, ma sœur, mais touriste, ça passe. Tu es porteur de soutane, mon frère, résidant à Tannay, ça passe encore. Tu portes la même soutane, mais tu habites Céligny, ça casse. Putains d’enclaves ! Tu es pope orthodoxe au Centre de Chambésy, ça casse. Tu es ensoutané à mort, mais résidant au Vatican et de passage pour un Congrès sur le sexe des radicaux, ça passe.

 

Tu es rabbin, mon cher cousin, t’en fais quoi de ton grand chapeau ? C’est un habit ? Et la kippa ? Tu la relègues dans ta poche ? Ben dis donc, y a du boulot pour la maréchaussée, dans la ville de Calvin ! Au début, le Verbe, et puis juste après, la verbalisation, et le bal masqué pour se changer, au violon.

 

Reste l’essentiel : a-t-on songé à inventer un habit de fonction pour radicaux anticléricaux trop zélés ? Ceux qui ne peuvent pas entendre le seul mot « religion » sans sortir leur flingue. Cet habit existe. Peu sacerdotal. Mais seyant et pratique contre la bougeotte. Ca s’appelle la camisole.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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14/06/2010

Ziegler, Jean

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Ma modeste contribution au Larousse de l'an 2325

 

Ziegler, Jean, 19 avril 1934, Thoune. Célèbre fils d’artilleur, connu pour ses feux d’artifice. Homme de feu, de flammes, de poudre, de silex. Enfant déjà, lisait Andersen, « La petite fille aux allumettes ». Homme de soufre, de phosphore, incendiaire des convenances, mélancolique de l’or des morts. Vieux fou, docteur en droit, a cru toute sa vie aux livres, oligarque de la parole, prunelles en éveil comme mille promesses de l’aube.

 

A certains virages de son parcours, les pistes se troublent. De Denges à Denezy, de Cuba à Tripoli, des chaudrons de l’archaïsme à la beauté dansante des filles du feu, de livres noirs en nuits blanches, les traces de sa biographie se jouent de l’enquêteur. Un jour dans les entrailles primitives de l’Afrique, le lendemain sur une terrasse genevoise, soleil couchant, citant Hölderlin.

 

Vice-président honoraire de l’Association zimbabwéenne de pyrotechnie lunaire, homme de foi, emmerdeur public no 1, diva des salles d’audience, madone des projecteurs, prince de l’incantation. Classé personnalité suisse la moins rasoir du vingtième siècle par un jury d’érudits en 2130. A promis de revenir pour la fin du monde, coiffé de douze étoiles. Aux élus, il vendra ses livres à prix d’or. Aux damnés, il les offrira gratuitement. Avec obligation de les lire, les lire, et les lire encore.

 

Pascal Décaillet

 

08:35 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/06/2010

Âmes soeurs

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 10.06.10

 

Je me suis retrouvé hier matin, sur le coup de 07.30h, face à un fou transgénique qui m’a lancé : « Je suis une maîtresse enfantine ». Je me suis d’abord dit qu’il se gaussait, me cherchait, j’ai guetté un pré où l’affaire aurait pu se régler. Je l’ai contemplé : c’était bien un homme, pourtant, nous n’étions ni chez Michou ni à Hambourg, quartier du port. J’ai pris peur.

 

Et l’homme a confirmé : « Je suis maîtresse enfantine ». J’ai rougi, j’ai pâli, j’ai frémi à ses yeux, genres, grammaires, kabbales se sont mélangés dans mon esprit embué, d’étranges pensées salerniennes m’ont envahi, maires, mairesses, j’ai cherché le masculin de l’amertume, j’ai pensé aux points cardinaux, aux boussoles du côté du Pôle Nord.

 

Il faut dire que j’avais là, face à moi, le meilleur des hommes. Il y avait, à côté de lui, toute l’animalité taurine d’Olivier Baud, comme une mise à terre, pour me rassurer. Je me suis dit que, si cet homme-là était une maîtresse, que serais-je, moi-même ? Une ombre ? Une lueur ? Une inconnue dans l’équation ? Une disparition ?

 

J’ai pensé aux genres et à leurs mélanges, aux confluences, aux eaux du Rhône et celles de l’Arve, aux semi-créatures de Platon, dans le Banquet. J’ai pensé, aussi, à la géométrie. La définition de la droite. Le plus court chemin d’un point vers l’autre ? Et si c’était, simplement, la course d’une âme, quelque part, vers sa sœur ?

 

Pascal Décaillet

 

08:26 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/06/2010

Et pisse, haine !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 07.06.10

 

Ils ont pris l’escabeau, ils ont ouvert l’armoire, sur la pointe des pieds ils ont trouvé, tout là-haut, le keffieh. Lavé, repassé depuis la dernière manif. Ils ont même déniché le mode d’emploi, comment se l’enrouler correctement pour faire palestinien. Ils ont respiré bien fort. Ils se sont sentis devenir des héros.

 

Et puis, ils sont allés sur le pont du Mont-Blanc, et ils se sont mis à hurler. Epicène, le slogan : « Nous sommes toutes et tous des Palestiniens ! ». Des fiancés de la nuance, nos héros d’un jour : « Israël assassin ! », « Israël terroriste ! », « Israël criminel ! ». Tout devant, Ueli le Climatique, Carlo le Magnifique, et le si bon docteur Rielle, alias Papy Moustache, qui aime le monde entier, sauf Israël.

 

Ils ont braillé un moment, et puis ils sont allés boire une bière. Il faisait si chaud, la journée était si belle. Même le keffieh, ils ont fini par l’ôter. Ils ont regardé passer les filles, qui étaient si belles, certains l’ont remis, le keffieh, l’étoffe des héros, elles adorent ça, les passantes.

 

Et puis, ils ont traîné au bord du lac, la soirée était magique. Adieu Gaza, adieu flottille, adieu les abordages. Leur esprit, déjà, était ailleurs. Très tard, après pas mal de bières, ils sont rentrés chez eux. Ils ont mis le keffieh à la machine, lavage doux, sans essorage. Pour la prochaine fois où ils sortiront, jouer les héros.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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27/05/2010

La mort, l’oignon

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 27.05.10

 

A part pour ceux qui perdent un proche ou qui pèlent un oignon, je n’ai jamais supporté les pleureurs. A part dans le soleil noir d’un cimetière sicilien, ou peut-être dans quelque vers d’Eschyle, je n’ai jamais supporté les pleureuses. C’est ainsi. C’est mon côté intolérant. Monstrueux.

 

Mais, s’il est un domaine dans lequel j’abhorre l’exhibition des larmes – même celles de Mendès France dans les bras de Mitterrand – c’est bien la politique. Dans ce domaine, que j’observe un peu, on se bat, on gagne, on perd, on meurt, on se relève. C’est le jeu. Le rituel. On prend des coups. On en donne. Mais on ne pleure pas.

 

A la Constituante, mardi soir, que s’est-il passé ? La droite et le MCG, dans une manœuvre habile mais qui n’a rien d’illégal, ont constitué ce qu’on appelle en politique une majorité. Et ils ont gagné. C’est dur, sans doute, pour les partisans du droit au logement et de quinze mille droits disparates. Mais c’est la règle.

 

Je conçois que les perdants en soient fâchés. Aigris. Ulcérés. Napalmisés de colère. Ivres de vengeance. Tout ce que vous voulez. Mais pleurnicher contre les méchants vainqueurs, non. Et puis, il leur restera toujours une ressource : proposer un amendement sur le droit aux larmes. Loin de la mort. Loin des oignons. Là-bas, dans un autre monde. Plus doux.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

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20/05/2010

Sale type

 

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 20.05.10

 

Roger de Weck, futur directeur de la SSR, est-il Dieu ? Comme lui, fume-t-il le havane ? C’est l’impression qui se dégage de la lecture de la presse, romande surtout, toute en pâmoison devant  l’homme parfait. Et Européen en plus, le bougre. Dégagé de cette suintante notion de frontière, cet archaïsme qui nous serre dans ses griffes comme une petite mère.

 

Imagine, ami lecteur, que la SSR ait porté à sa tête l’ignoble Filippo Leutenegger. Radical de droite. Proche de l’UDC. Autant dire Satan. Un sale type, celui-là, regard noir, idées d’ébène, menton sûr de soi et dominateur. Un dresseur de fauves. L’homme au fouet. Le Mal.

 

Alors que de Weck, c’est le bien. Parce que de Weck, c’est le centre-gauche. La social-démocratie du Nord, dans toute la blancheur de sa Raison. De Weck, c’est la Lumière. Au-delà de la vulgarité des nations, ces putains de nations qui sentent l’ail et se font la guerre depuis la nuit des temps.

 

Alors que l’autre, le Filippo ! Il a créé la plus fabuleuse émission politique de l’histoire de DRS ? – Fadaises ! Politique-spectacle ! Populisme ! Valet de Blocher ! Iago ! Sale type ! L’heureux élu, en audiovisuel, n’a rien créé du tout. Mais on s’en fout : il incarne le bien. Le parfum de Vestales du service public. Quand on y entre pieds nus, tête nue, en silence. Surtout ne rien déranger. Juste passer.

 

Pascal Décaillet

 

 

09:12 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

10/05/2010

Sauver Musa

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 10.05.10

 

Jeudi dernier, 13 heures, Brasseries des Tours, Carouge. Autour d’Alain Morisod, plusieurs personnalités s’activent pour faire connaître aux passants le cas de Musa Selimi, de son épouse Nazife et de leurs deux enfants. Musa, 40 ans, employé modèle dans l’une des plus célèbres pizzerias des Eaux-Vives, en Suisse depuis 20 ans, parfaitement francophone, enfants intégrés à l’école, doit quitter notre pays le 5 juillet. Expulsion.

 

Il y a sûrement mille raisons valables pour appliquer la loi dans toute sa rigueur. Musa est sans papiers, il y a des normes, il faut les respecter, tout cela est vrai. Seulement voilà, Musa ne doit pas partir. Parce que le départ de cet homme-là, qui a passé la moitié de sa vie dans notre pays, au point qu’il est aujourd’hui d’ici plus que de là-bas (Kosovo), qu’il y travaille à satisfaction de tous, constituerait un signal dévastateur. Des gens à renvoyer, qui sont venus chez nous pour voler ou trafiquer de la drogue, il y en a hélas, tout le monde le sait. Mais, désolé, pas Musa.

 

Il ne s’agit pas ici de réclamer une régularisation générale. Mais de plaider pour la finesse et l’intelligence du « cas par cas ». Musa Selimi a chez nous un emploi, une dignité et une reconnaissance professionnelles, une famille, des enfants à l’école. Le renvoyer serait une honte. Je n’ai pas dit une erreur. Mais bel et bien une honte.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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06/05/2010

Raus, Béglé !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 06.05.10

 

Il suffit de passer huit secondes face à Claude Béglé pour comprendre que l’homme est un maelström. Une tornade. Une bombe atomique. Dès la première fois qu’ils ont dû le voir, les apparatchiks de la Poste ont dû se jurer d’avoir sa peau. A tout prix. Et par tous les moyens.

C’est qu’il aime la vie, le bougre. Il aime le pouvoir. Il aime dominer. Et il le montre. Et il le dit. Et, plus il parlait, plus les autres, jaunes d’effroi, devaient s’étrangler de jalousie. Douleurs ventrales. Malaise. Eructations. Ca les gratouillait, ça les chatouillait, ça les brûlait. Raus, Béglé ! Vengeance.

Et ils ont fini par avoir sa peau : c’était tellement plus simple de virer l’emmerdeur. Plus peinard. Plus syndical. Surtout, pas de remous. Au lit ! Bon, maintenant, il est à Genève, cet homme-là, il va s’occuper des « cleantechs », personne ne sait exactement ce que c’est, mais peu importe : il est là.

Il est là, et Genève tient une aubaine. Parce que, question énergie, c’est Verbois multiplié par le salaire de Mouchet. Tiens, je vais vous dire, mais c’est perso, les cleantechs, c’est un peu sous-modulé : c’est l’Etat qu’on aurait dû lui donner, allez disons les sept Départements, et puis en prime la SSR. Pour la privatiser rapidos. Et puis les SIG, les TPG, la FAD, et même en prime le Palais Mascotte. Histoire de vivre. Oui, simplement vivre.

 

Pascal Décaillet

 

 

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03/05/2010

Despot éclairé

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Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 03.05.10

 

Quelques robustes et étincelants morceaux de fromage valaisan, dont un alpage de la Loutze (Mayens-de-Chamoson) hors du commun, du vin blanc, un peu de charcuterie, un géant helvéto-serbe de deux mètres, un barde de Savièse ayant quelque succès en politique, une future conseillère d’Etat vaudoise, un gourou de la pensée scolaire devenu député radical, c’était samedi, 17h, Librairie les Trois Mondes, rue Leschot. Partage, lumière, chaleur. Tout ce qui manque au Salon du Livre.

 

Et si la majesté du livre, son incomparable puissance, relevait par essence de l’intimité d’un cercle plutôt que du fracas d’une foire ? L’hôte des lieux, samedi (à part le libraire, charmant), c’est Slobodan Despot. Les éditions Xénia. Petite boîte (deux personnes), travail acharné, des trésors d’originalité dans le choix des bouquins, du « Valais mystique » à la liste des saints orthodoxes, en passant par un essai sur le cancer du col de l’utérus (on vaccinerait trop, du fric pour les pharmas), ou encore le très troublant « Portrait d’Eric », par Eric Werner.

 

Petite boîte, deux personnes, pleines d’énergie. Il n’y a que ça de vrai : les PME, il y a ceux qui en parlent, et ceux qui les vivent, sept jours de boulot sur sept pour le patron, mais l’ivresse inégalable de se sentir libre. C’était comme samedi, aux Trois Mondes : on s’y sentait bien, on s’y sentait libre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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26/04/2010

Helder, Kenza

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 26.04.10

 

Ils étaient là, devant nous, vendredi matin, 7h, en radio, un Alceste portugais, une Célimène voilée. Helder et Kenza. Collégiens de Rousseau, ou d’André-Chavanne, élèves de Marie-Christine Epiney, qui se bat depuis tant d’années pour le théâtre à l’école. Acte IV, scène 3, scène de jalousie, c’est Molière dans la zone industrielle de Carouge, la métrique alexandrine sur fond de marteau-piqueur.

 

Ils étaient là, et je pensais à Jean Piat, Comédie de Genève, 1973, l’homme grâce à qui je suis tombé amoureux d’Alceste. Bougon, solitaire, franc, sale caractère, jaloux, détestant les mondanités, adorant la poésie. Et, les syllabes d’Helder allant s’évaporant, je pensais à cette pièce qui, à quinze ans, m’avait tant ébloui.

Helder, Kenza, Clara, Nathalia, et plein d’autres joueront le Misanthrope, dès demain soir, à l’aula du Collège Rousseau. Sans Marie-Christine Epiney, sans les profs d’atelier-théâtre, sans la volonté politique d’encourager les arts chez les jeunes, les vers de Molière leur seraient peut-être restés éternellement étrangers.

Il y aura aussi Segen au piano, Pierre au chant. Il y aura la sincère Eliante, la prude Arsinoé, il y aura l’envie de faire vivre le verbe. Il y aura des ponts entre les générations, le miracle d’une transmission, et des disciples que le maître invite à s’élever. Cela porte un très beau nom : cela s’appelle l’école.

 

Pascal Décaillet

 

 

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22/04/2010

Deux ou trois ?

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 22.04.10

 

Maudet, Chevrolet, c’est le duo idéal pour la droite genevoise au printemps 2011. D’un côté, un radical vraiment radical. De l’autre, un PDC à saveurs très libérales. Bref, les trois partis de l’Entente condensés en seulement deux hommes ! Au point qu’un esprit pointu – ou pervers – pourrait se demander s’il est absolument indispensable de flanquer ce duo d’un libéral.

 

C’est là le dilemme : ne partir qu’à deux, on admet d’emblée la majorité de la gauche. Partir à trois, on court le risque de liquéfier le ticket. Parce qu’à ce jour, un Maudet libéral, ou un Chevrolet libéral, qui émergerait d’évidence, n’existe pas. Et c’est la grande peur qui court sous les manteaux d’avril : une candidature libérale alibi, juste pour être trois.

Et les libéraux le sentent bien, ce danger. Chevrolet faisant office de Canada Dry du libéralisme, tout ébouriffé de bonheur à rêver l’érection de tours dans le PAV, surélever les immeubles, faciliter la vie de promoteurs, le voilà, le programme libéral ! A quoi bon faire doublon ?

 

Il faudra bien, pourtant, que le vieux parti patricien aligne un candidat. Mais sur quel profil ? Quelle valeur ajoutée ? La culture municipale ? Au moment où l’ogre Beer affiche ses appétits ? En allant vite, en plaçant sur les rails de vraies locomotives, radicaux et PDC ont rendu très difficile ce début de printemps, pour les libéraux de la Ville.

 

Pascal Décaillet

 

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08/04/2010

Le pignon, la rue

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 08.04.10


Au sommet du parti libéral, d’ici quelques semaines, Michel Halpérin aura passé la main. A coup sûr, sa formation politique lui devra une fière chandelle : après les Décombres (le principal intéressé me pardonnera cette allusion à Lucien Rebatet), la Résurgence. Après la mort, la renaissance. Après la pluie, le beau temps.

Eden ? Pas si loin. Pour un parti qu’on disait revenu de l’Enfer, les résultats électoraux, toutes ces dernières années, sont loin d’être mauvais : même au Grand Conseil, même après le maelström MCG, les libéraux restent en tête. Leurs deux conseillers nationaux comptent parmi les meilleurs. Il paraît même qu’ils auraient deux conseillers d’Etat. Mais ce sont là des ragots invérifiables.

Mieux : comme tout être normalement constitué lorsque point le printemps, les libéraux fréquentent. Ils frayent. Avec les descendants de ces sauvages de Saint-Gervais qui, naguère, leur ravirent la rue tout en leur laissant l’usufruit du pignon.

Alors oui, hommage à Michel Halpérin. Peut-être l’ombrageux imperator pourrait-il, comme cadeau de départ, pousser l’audace jusqu’à faire confiance à celle, dans son parti, qui tente désespérément de montrer un intérêt pour l’exécutif de la Ville. Une femme de chœur et d’autel. Tout ce qu’il faut pour mener à bien ce que ce parti adore : une opération sacrificielle. Ah, le sang ! Le sang qui sèche ! Bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

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01/04/2010

Homme d'honneur

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 01.04.10


On aime on non l’UDC, ses thèses, on aime ou non ce que fut Vigilance, dans les années 1985, il n’en reste pas moins qu’Eric Bertinat est un homme sincère, un être de conviction, porté par des idéaux. Toutes choses suffisamment insolites, de nos jours, pour être relevées.

Ce secrétaire général de l’UDC genevoise, en poste depuis huit ans, pourquoi part-il ? Officiellement, parce que la nouvelle équipe dirigeante de son parti lui aurait signifié que son job passait à mi-temps, pour raisons budgétaires. Ouais. A voir…

On se demandera plutôt si ce départ n’est pas à mettre en relation avec la très grande synergie imposée en haut lieu avec le MCG. Et qui exige d’être mise en action par de nouvelles personnes. Il en va du succès de la prochaine échéance électorale, capitale : les communales du printemps 2011. L’UDC genevoise y jouera sa survie.

Reste que le député Bertinat, au-delà des idéologies et du souvenir amer de certaines affiches, demeurera un interlocuteur précis, courtois, et compétent. Un homme capable de débattre en respectant l’adversaire. Porté par une foi, dans tous les sens du terme, dans des valeurs. Un petit côté démodé, contre-courant, hors du monde, hors du royaume de l’Argent, qui pourrait bien être la marque de cette espèce en voie d’extinction : les hommes d’honneur.

 

Pascal Décaillet

 

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29/03/2010

Bonny and Clyde

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 29.03.10

 

Bon voilà, on aurait peut-être préféré Faye Dunaway et Warren Beatty, mais au final ce sera Bonny (D