15/03/2010

Cent jours

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.03.10

 

« Globalement positif » ! On dirait la chanson de Ferrat, « Le Bilan ». A en croire la coalition patchwork des cinq partis au pouvoir, à lire aussi une dépêche ATS qui n’aurait pas été plus élogieuse si elle avait été écrite directement par le Conseil d’Etat, on a l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : le Pays de Canaan !

La réalité est un peu différente. Le chômage est en hausse, la criminalité ne recule pas, la police donne toujours l’impression d’être un Etat dans l’Etat, Champ-Dollon croule sous la surpopulation, Genève demeure une ville où on ne circule pas. Mais à part ça, tout va très bien : au sein du quintet de circonstance qui se partage les portefeuilles, on nous chante le lait et le miel : Canaan !

Au sein des cinq, c’est toujours le règne de la barbichette. Celle par laquelle on se tient. Au point qu’une députée socialiste ira jusqu’à défendre les mérites d’une magistrate libérale, sous le prétexte que cette dernière est en apprentissage.

Au sein des partis dits « du centre », on élit ceux qui dérangeront le moins. Ceux qui jetteront des ponts, et pourquoi pas avec les Verts. Ils sont sympas, les Verts, non ? Si doux, si climatiques, tellement dans le vent. Pendant ce temps, de gauche comme de droite, les marges grognent et grondent. Mais on y reste sourd, On est trop occupé à jouir, juste entre soi, des délicieuses prébendes du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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11/03/2010

Logo, gogos

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 11.03.10

 

A ma droite, le logo à Jobin. Grisâtre, pluvieux, festif comme un comité directeur socialiste, accueillant comme un portique de la rue des Granges. La vitalité d’un temple suédois, lorsque sonne le glas. Un échec d’une rare ampleur, et, comme tout ce qui est rare est cher, c’est un logo à deux cent mille francs.

A ma gauche, le logo à Charly Schwarz. Coloré, catalan, multiple, ouvert, réchauffant. Il donne envie de vivre, l’autre de se pendre. Il donne envie de vin, l’autre d’eau plate et de tisane. Il donne envie d’aimer, l’autre de raser les murs. Coût : zéro franc, ou disons mille si on compte une sérieuse journée de travail.

Vous me direz que je suis de mauvaise foi. C’est exact. Mais c’est ainsi, j’aime la couleur, l’image, la vie. C’est valable pour les modes d’écriture comme les formes du récit, le choix des syllabes, le primat du verbe actif, la justesse des césures, le rythme, le souffle.

Deux cent mille francs pour un logo raté, c’est assez énorme. On se dit que l’argent, dans la ville de Calvin, doit ans doute être moins rare qu’on ne le prétend. Payer très cher pour s’ennuyer, c’est un luxe que même la plus perverse des maisons de tolérance n’avait pas encore inventé. C’est désormais chose faite. L’extase en baillant. A deux doigts du soleil. Juste sous le nuage.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

11:51 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/03/2010

Bobos verts

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.03.10

 

Les spots dans les cinémas, toujours recommencés, les pubs sur les trams, matraquantes, auront produit leur effet : la loi sur l’énergie est passée. Les quartiers populaires ont voté non, les nantis ont dit oui, les milieux immobiliers ont mis quelques sous, nous ne saurons toujours pas ce qu’est un joule, mais nous voilà partis vers le grand bonheur vert. Auquel s’ajoute, plus prosaïque, celui de centaines d’entreprises en isolation basées à Genève. Ah, les braves gens !


Hypothèse : et si tout cela n’était qu’un vaste lavage de cerveau. Le cadeau d’adieu des douze ans de magistère idéologique de Robert Cramer. Le progrès écologique pistolet sur la tempe, parce que si tu dis non, coco, alors tu devras t’arranger avec la noirceur de ta conscience parce que tu conduis la planète à sa perte. Et la planète, c’est Genève, parce que Genève, c’est un monde en soi.


On a beaucoup parlé des bobos roses. Et si on parlait un peu des bobos verts. Dans la main gauche, le chasselas, dans la droite l’épée de l’Archange, un soir d’Apocalypse. Et vive la nature, les poissons, les oiseaux, et si t’est pas d’accord, c’est la faute à Rousseau. Et s’ils veulent te faire taire, dans l’absolu unique de leur pensée, le Rayon vert de leurs fantasmes, c’est la faute à Voltaire. Et si ma mère n’y comprend rien, c’est la faute à Cramer.

 

Pascal Décaillet

 

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04/03/2010

Doux empire

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.03.10

 

Ces jours, à Genève, à l’arrière des trams, des bus, en prélude à tous les films, dans les salles de cinéma, la pub des partisans de la loi sur l’énergie. Elle est agréable, rafraîchissante, bien faite : elle préfigure un monde plus doux, plus vert, moins réchauffé, moins imprégné par Marx, Jaurès, le sang des hommes, le tragique de l’Histoire.

Il serait intéressant de savoir un jour combien les milieux financiers, patronaux, ceux qui représentent les entreprises du bâtiment, ont investi dans cette machine de propagande. Car c’en est une. Omniprésente. Avec, en sus, le soutien d’une coalition de partis politiques où on retrouve les Verts avec la droite. Le cartel des bien pensants, ceux qui tiennent Genève et ont la ferme intention d’y faire, entre eux, de bonnes affaires.

Rarement disproportion entre les moyens de campagne des uns et des autres n’aura été aussi flagrante. Les Genevois jugeront, dimanche, s’il est aussi impérieux que cela de se mettre à isoler des centaines d’immeubles. Puissent-ils prendre leur décision en conscience, et non sous le doux empire du Nirvana Vert, ce mythe d’une humanité qui sortirait de l’Histoire pour entrer dans un monde meilleur, enfin propre.

Propagande ? Oui. Alliance de circonstance entre les forces de l’argent et l’onirisme verdâtre. Isolons-nous, citoyens : non du froid, mais des obligations de pensée. Ca revigore.

 

Pascal Décaillet

 

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01/03/2010

Loques à terre

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 01.03.10

 

A l’heure où le parti de leurs aînés s’englue dans un travail d’introspection qui n’en finit pas, les Jeunes Socialistes, à Genève, brillent par leur fraîcheur, leur inventivité, leur envie de faire de la politique de façon joyeuse et percutante, en touchant les gens, sans leur faire la morale.

Ils sont une petite équipe, parmi lesquels Romain de Sainte Marie, grand garçon souriant à la voix douce. Ils descendent dans la rue, montent des coups, parlent aux gens. Bref, ils en veulent. Avec eux, la vie est en couleur, là où chez leurs aînés, elle apparaît plutôt comme un documentaire noir-blanc sur la neurasthénie dans les mines de Silésie, années cinquante.

Regardez la campagne sur la loi sur l’énergie, avec ce scandaleux clip des « pour » (financé par qui ?), qu’on nous assène dans toutes les salles de cinéma. Les Jeunes socialistes, eux, tournent une vidéo à zéro franc, remplacent « locataires » par « loques à terre », c’est drôle, c’est vivifiant, et le tour est joué.

A certains caciques du parti de leurs aînés, ils devraient donner des cours de communication : bien parler, ça n’est pas faire bailler l’auditeur. L’image, ça n’a rien de scélérat. Faire de la politique sans donner l’impression qu’on a envie de se pendre, ça n’est pas interdit. Aimer la vie, l’image, ça ne relève pas, jusqu’à nouvel ordre, du Code pénal. Vous ne trouvez pas, Monsieur Longet ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

12:58 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

25/02/2010

Ligne bleue

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 25.02.10

 

A côté de la Blitzkrieg d’Antoine Vielliard, politicien à Saint-Julien, contre l’indolence genevoise en matière de construction de logements, celle du regretté von Manstein, sur la Meuse et dans les Ardennes, en mai 1940, apparaît comme une marche pour la paix, en sandales, avec gong et invocations de Krishna.

C’est qu’il est doué, Vielliard, il sait faire de la politique : monter des coups, parler avec image et références, brandir du concret, passer à l’attaque. Pour un centriste (il est Modem, le parti de Bayrou), la chose est assez insolite pour être relevée.

Et puis, il ne manque pas de culot : Français, il vient faire la leçon aux Suisses. Et ma foi, sur le fond, il n’a pas tort : si vraiment certaines de nos communes ont dormi, ces dernières années, pourquoi ne pas le reconnaître ?

Bien sûr, Antoine Vielliard est en campagne. Pour les Régionales. Bien sûr, il a trouvé là un os à ronger, une aubaine. Bien sûr, il en rajoute. Mais sa manière de fouler la ligne bleue de la frontière, de voir grand, préfigure peut-être, dans la douleur et une certaine vexation pour nous, nos intérêts communs de demain. Que nous soyons Suisses ou Français. Et cela, ce formidable coup de gueule, vaut sans doute mille fois mieux que toutes les leçons sur « l’Agglo », cette machine à laquelle le gros des gens, pour l’heure, ne comprend strictement rien. Merci, Antoine.

 

Pascal Décaillet

 

08:35 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

18/02/2010

Le bleu de l’âme

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 18.02.10

 

Ce qui est assez singulier, dans la loi sur l’énergie, c’est que personne n’y comprend rien. « On » nous dit qu’il faut absolument voter pour. Qu’il n’y a pas de plan B. Qu’il en va de la survie de la planète, du bleu de l’âme, que notre salut doit à tout prix passer par des investissements dingues dans l’isolation des maisons. Pour mériter l’Eden vert.

Je veux bien. Mais la fureur de ce consensus, qui rappelle d’ailleurs celle du CEVA ou celle du contre-projet sur le cycle d’orientation, m’apparaît, une fois de plus, comme un paquet bien ficelé par les partis au pouvoir (à l’exception du PS), contre les marges.

Sauf que là, l’une des marges s’appelle l’Asloca. Electoralement, une machine de guerre. Les Napolitains, les Siciliens, en comparaison, sont des communiants aux joues roses. Et puis, l’Avivo : la marge de l’âge. Au-delà duquel, paraît-il, le ticket ne serait plus valable. Et puis, plein de socialistes ronchons, et voilà que je me mets, pardonne-moi, ami lecteur, à faire des pléonasmes.

Marge sur marge, cela pourrait presque ressembler à une majorité. Ceux qui refusent de voir en Robert Cramer un dieu vivant. Ceux qui en ont marre des leçons de fin du monde. Ceux qui, sans pour autant rouler en 4/4 dans la Vieille Ville, en ont plus que marre de l’Apocalypse climatique et des obligations de penser.

 

Pascal Décaillet

 

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15/02/2010

Raison, passion

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 15.02.10

 

François Longchamp a réagi avec beaucoup d’intelligence, vendredi matin sur Radio Cité, puis dans la Tribune de Genève de samedi, à sa défaite au Grand Conseil face à une résolution socialiste-Verts-MCG demandant les 120 jours d’indemnités supplémentaires pour les chômeurs. En entrant en matière pour certaines catégories (par exemple les plus de 50 ans), le ministre des Affaires sociales montre qu’il sait tirer leçons d’un mauvais passage. C’est aussi cela, la politique.

 

Il le montre, et il était temps. Malgré l’extrême qualité intellectuelle du conseiller d’Etat, de nombreux signaux de non-écoute, voire carrément d’arrogance, commençaient à poindre. Nous avons déjà parlé ici de la garde noire. A cela s’ajoute la passion maladive d’avoir toujours raison : c’est sans doute la marque des meilleurs, mais ça casse tout dialogue, ça glace l’ambiance, ça humilie le partenaire de discussion. Au final, ça n’est pas efficace.

 

Ce qui l’est encore moins, pour ceux qui soutiennent sa politique, c’est de proposer le classement vertical d’une résolution démocratiquement votée. Un député, pourtant doué, s’est aventuré sur ce terrain vendredi matin. Encore deux ou trois sorties comme celle-là, et la marge, que le quintet des partis au pouvoir s’efforce de contenir, pourrait bien submerger la page. Au risque de la rendre illisible. Ce scénario, dans les années qui viennent, n’est pas exclu.

 

Pascal Décaillet

 

12:21 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

11/02/2010

Longue vue

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - 11.02.10

 

En plaidant, dans le GHI de cette semaine, pour une fusion des trois partis de l’Entente (PDC, radicaux, libéraux), François Longchamp voit grand et large, il dépasse les clivages historiques, propose à sa famille politique un nouvel horizon, une nouvelle frontière. Accueillir sa proposition par un haussement d’épaules serait tout bonnement suicidaire.

A Genève comme en Suisse, l’univers de ces trois partis est le même : sens de l’effort, libre entreprise, responsabilité individuelle, prise de risque, production de richesses pour mieux les répartir. Aucun de ces trois partis ne nie l’Etat, ils n’en font simplement pas un dogme. Aucun de ces trois partis ne rejette la République. Il y a, bien sûr, d’importantes nuances, mais le modèle de société est le même.

Et puis surtout, ce pavé dans la mare, qui va valoir à François Longchamp mille résistances, rappels du passé, leçons de Sonderbund, biographies de Fazy, Ador et Léon XIII, ne manque justement pas d’audace, ni de courage. De quoi rompre avec l’image d’un conseiller d’Etat « expert », gestionnaire.

Oui, un magistrat, c’est fait pour cela, et pas seulement pour Excel et Powerpoint. C’est fait pour prendre la longue-vue, chercher des terres nouvelles, risquer gros, y compris pour soi. Le goût salé de l’aventure. Fabuleux métal, Cipango, les gerfauts. En espérant les alizées. Cela porte un beau nom : cela s’appelle vivre.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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08/02/2010

La cause de tous

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.02.10

 

A la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », un apparatchik de la pensée pédagogiste, devant un amphithéâtre qui, dans sa majorité, bêlait d’acquiescement à chacune de ses syllabes, avait, il y a trois ans, refusé de répondre. La question, à ses yeux, était trop humaine, pas assez structurelle. Pas assez complexe, non plus, sans doute.

Elle est pourtant centrale, cette question. Et c’est elle qu’il faudra avoir à l’esprit lorsqu’en fin de matinée, aujourd’hui, le DIP dévoilera son avant-projet de règlement du C.O. Va-t-on enfin y réinstaller le prof – oui, le prof – au centre de tout ? Le prof, oui, le maître, cet homme ou cette femme qui a choisi ce sublime métier de transmettre à des jeunes.

Il est dur, ce métier, nous le savons. Mais il n’en est point de plus beau. Nous, la société civile, nous devons dire aux profs que nous sommes avec eux. Que nous les soutenons. Que leur cause est la nôtre. Parce qu’il n’y a pas d’un côté la cause des profs, d’un autre celle des parents, ailleurs encore celle des élèves. Il n’y a qu’une seule cause commune : la qualité de l’Ecole de la République.

Le reste, on s’en fout. Les apparatchiks, on les oublie. Le type qui considère comme anecdotique la question « Qu’est-ce qu’un bon prof ? », on le renvoie à ses chères études. A ses bouquins. A ses plaisirs solitaires. A l’onanisme blanchâtre de ses structures.

 

Pascal Décaillet

 

10:36 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/02/2010

Mektoub, tralala

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.02.10


Deux partis pour un même fonds de commerce, c’est un de trop. Qu’on s’appelle Eric Stauffer ou Eric Leyvraz, point n’est besoin d’avoir fait Polytechnique pour le comprendre. L’un de ces deux partis, le MCG, s’apprête donc à dévorer l’autre tout cru, c’est écrit, mon ami, c’est le destin, et Mektoub et tralala, Stauffer c’est le milan, l’UDC genevoise, c’est la palombe.

Et puis quoi, une OPA sur un parti concurrent, quand on a connu les fièvres prétoriennes des renversements de régime dans l’Océan Indien, c’est juste une promenade de santé, disons la descente de la Treille en chasse-neige.

Donc, mon frère, moi, si j’étais Blocher (tu me pardonneras la déraison de cette hypothèse), je descendrais à Genève, histoire de secouer un peu les troupes. Tournées de popotes, bretelles à remonter, inspection du matériel, lustrage des gamaches, la routine.

Je leur dirais : « Mais battez-vous, que diable ! Arrêtez de vous laisser marcher dessus par un type à qui on n’achèterait même pas un tracteur d’occasion. Bougez-vous. Existez. Ou alors, mourez. Mais au moins avec classe. Avec délicatesse. Avec panache. Soyez le loup de Vigny, face à la meute. Soyez comme ces sublimes animaux, dont je suis l’avocat. Soyez le dernier carré. Mourez, mais avec au moins le mot de Cambronne. Soyez Genevois, quoi. »

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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01/02/2010

Gavroche, les notaires

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 01.02.10

 

Un député MCG a écrit « racaille » sur une interpellation urgente, le Bureau du Grand Conseil lui est tombé dessus. Moralement, il avait raison, le Bureau : il y a des limites, il les a rappelées. Mais politiquement, une fois de plus, le MCG remporte la mise, avec ses airs de Gavroche face aux notaires. Le panneau était énorme, ils y sont tombés. Comme des puceaux.

Il fait quoi, Eric Stauffer, depuis des années ? Réponse : de la politique. Il va dans la rue, écoute les gens, il a des idées, il les lance. Une élection se profile ? Il s’y présente. L’UDC genevoise est exsangue : il se prépare, tout doucement, à la cueillir, sur le pavé lustré du caniveau. Il se sent un peu à l’étroit à Genève : va pour le Mouvement Citoyen Romand !

Pendant qu’il fait de la politique, ils font quoi, les autres ? Réponse : de la morale. Nombre de caciques du Grand Conseil, pourtant plus mal élus que lui, ou issus de partis qu’il a laminés, continuent de se comporter comme si leur légitimité, à eux, était supérieure à la sienne. Au nom de quoi, je vous prie ?

Nous sommes en République : un élu du peuple en vaut un autre. Le pacte-à-cinq des partis qui tiennent le Conseil d’Etat n’a aucune leçon à donner, au Grand Conseil, à ceux qui ont été écartés de la course au gouvernement en raison d’un système électoral où règne, souveraine, la barbichette. Celle par laquelle les notables se tiennent. Jusqu’à quand ?

 

Pascal Décaillet

 

14:58 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

28/01/2010

L’ange, la bête

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 28.01.10

 

De l’eau bénite au nid de vipères, il n’y a parfois que le chemin de ronces qui mène l’ange à la bête. Ainsi, le PDC genevois. Grand et noble parti, où soupirent les fées et crient les saintes, où les illusions sont plus bleues que les oranges, où tout le monde est beau, gentil, comme dans une noce champêtre, avec l’ail, la croix, les dragées.

Excellent député, François Gillet se voyait déjà, sans rival, sur l’autel de la présidence. C’était compter sans Delphine Perrella, dont la notoriété et l’expérience n’éblouissent pas à première vue, mais qui ne manque pas d’appuis, comme l’expliquait fort bien, hier, mon confrère Marc Moulin, dans sa rubrique marionnettes.

Affaire de clans ? Pas seulement. Il est des gens, très haut placés, dans le PDC suisse, qui commencent à en avoir assez du manque de fiabilité au bout du lac. Et puis, la candidature Chevrolet, pour l’exécutif de la Ville, est, à juste titre, clairement placée sous le signe des entreprises et de la vitalité économique : n’y aurait-il pas paradoxe, dans ces conditions, à confier les rênes du parti cantonal à un homme très imprégné par le christianisme social ?

Là sont les vraies questions. Et les vraies raisons d’une contre-candidature. Qu’on aurait tort de sous-estimer. A en juger, en tout cas, par tous ceux qui, en coulisses, lui donnent ses chances. Courageux comme l’ange. Et humains comme la bête.

 

Pascal Décaillet

 

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25/01/2010

Super Charly

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 25.01.10

 

Il n’est pas président du Conseil d’Etat, vient du parti qui a perdu les élections, et pourtant, en ce début d’année, c’est lui qui émerge. Charles Beer, ministre apaisé, entame une dernière législature qui pourrait bien réserver des surprises. Il a, comme d’autres, sa garde noire, mais il a eu, lui, l’habileté de la diluer sur plusieurs personnes, plusieurs ailes du palais. Qui, sans aucun doute, se guettent et se neutralisent mutuellement.

Dans l’affaire des enfants de mendiants, sortie dans les reportages de Jennifer Covo, sur Léman Bleu, Charles Beer a pris les choses en mains, communiqué juste, tenu un discours républicain.

Ce week-end, il s’est occupé du parti socialiste, ce qui relève du bouche-à-bouche, voire du massage cardiaque. Mais enfin, il l’a fait, avec initiative et anticipation. Par les temps qui courent, c’est directement au Conseil d’Etat qu’il faut aller chercher les vrais chefs de certains partis. Alors, Super Charly est arrivé, histoire de donner un coup de main.

Quand il parle, on le comprend. La phrase n’est pas trop longue, on n’a pas trop l’impression d’avoir un cours de morale et l’érection de l’index vers le ciel pour menacer du châtiment. Beau progrès donc, qu’il convient ici de saluer, hélas atténué par une zone d’ombre : l’homme continue de se dire socialiste. La preuve, au moins, que nul n’est parfait.

 

Pascal Décaillet

 

12:30 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/01/2010

Viva la pampa !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 21.01.10

 

Il est joufflu, joyeux, jovial, il aime la vie. Il est fils de pleine lune et de soleil brûlant, il aime la nuit. Mais ne nous laissons pas prendre : sous le masque étoilé d’une soirée argentine, il y a une précise connaissance de la politique genevoise. Oui, Michel Chevrolet, dans son rêve d’exécutif de la Ville, est crédible. Et peut-être même, si son parti le désigne, éligible.

Il a pour lui un avantage majeur : il en a envie. Et n’a pas peur de le dire. A l’époque des pisse-froid et des culs-serrés, des atrophiés du désir et des Tartuffes de l’aveu reporté, il est le candidat qui fonce, celui qui chante et qui danse. Si la politique était porcelaine, il serait volontiers son pachyderme, juste un peu ailé, comme le poids moqueur du destin.

Si le PDC le désigne, alors banco ! Va pour une campagne à l’américaine, avec pom-pom girls, pom-pom boys, poudre de perlimpinpin, steaks T-bone, gorges chaudes, Tinto, nuits câlines, tango. Et le doux cliquetis des casseroles, comme sur les voitures des mariés.

Si le PDC le désigne, les chroniques politiques pourraient bien se faire en chanson, la campagne deviendrait une grande comédie musicale, un peu de joie de vivre et de Rio del Plata dans le cours grisâtre de notre ordinaire. Un peu de couleur. Juste pour tuer l’ennui. Et, face à la gauche, le goût salé de la Reconquista. Viva la pampa !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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18/01/2010

Appel au meurtre

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 18.01.10

 

Seul contre tous, il s’est lancé. Seul contre tous, il a gagné. La victoire du Neuchâtelois Raphaël Comte, 30 ans, dans la succession de Didier Burkhalter aux Etats, est une leçon pour tous ceux qui, en politique, attendent, atermoient, calculent. Elle sonne comme une réplique de Rodrigue à Dom Diègue, nous réveille, nous requinque.

Genève aussi a ses jeunes talents : Murat Julian Alder, l’un des plus éblouissants, nouveau vice-président du parti radical. Polyglotte, l’esprit clair, la synthèse facile, une ambition qui se déploiera sur le long terme, l’amènera loin. Chez les socialistes, Grégoire Carasso, belle culture politique, sens de l’Etat. On encore Aurélie Gavillet, déjà députée à 21 ans.

Chez les Jeunes socialistes, Romain de Sainte Marie, le sens de la couleur et du geste qui parle à tous, le sens du terrain, de l’action militante, à des années-lumière du caviar. Côté libéraux, Alexandre Chevalier, le verbe haut, sonore. Chez les Verts, Miguel Limpo, souriant, chaleureux, ouvert à la vie. Au PDC, Vincent Maitre, qui attend son heure, sait apprendre. Et que tous les autres me pardonnent, la place me manque.

A eux tous, je dis : « Foncez, ne blanchissez pas sous le harnais. Attaquez, revigorez, défrisez, battez-vous. Et puis surtout lisez, cultivez-vous. Et à la fin, culbutez ». Et puis tuez, quoi. Ah, tuer, quel bonheur.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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21/12/2009

Tu pèses, tu payes

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 21.12.09

 

Dévoilé par la presse dominicale, le document des libéraux-radicaux suisses sur l’avenir du système de santé devait rester confidentiel. C’est une bombe. Avec des points incroyablement positifs, par exemple lorsqu’il remet Santé Suisse à sa place (tiens, le ministre aurait-il changé ?) en l’excluant des négociations tarifaires. Mais avec, hélas, une disposition qui ruine l’ensemble, puisqu’elle casse l’égalité républicaine de traitement entre malades et bien-portants.

Hier, en découvrant cette idée de récompenser les assurés qui mènent une vie saine, je me suis cru un moment dans « L’Homme, cet inconnu », d’Alexis Carrel, que j’avais lu avec un mélange de fascination et de dégoût, peu avant l’âge de quinze ans, lors d’une retraite religieuse, en Haute-Savoie. Ce grand savant, hélas, y prônait l’hygiénisme jusqu’à l’eugénisme. Il ne manquera pas, au reste, de se dévoyer, cinq ans après le livre, dans les arcanes de Vichy.

Carrel, clairement, n’était pas républicain. Mais le grand vieux parti, celui qui a fait la Suisse ! Venir introduire des contrôles de masse corporelle et des accessits de vie saine pour pouvoir justifier de primes plus basses, c’est la négation des principes élémentaires de solidarité et de subsidiarité. Si c’est cela, la politique de M. Burkhalter, alors il faut relancer sans tarder, par contrepoids, l’idée d’une Caisse unique. Il en va du lien social, tout simplement.

 

Pascal Décaillet

 

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14/12/2009

Laïcards au carrré

 

Tribune de Genève - Lundi 14.12.09

 

Plus laïcard que laïcard, tu connais, mon frère ? Plus extrémiste que le petit Père Combes. Plus bouffeur de curés qu’un radical de Fully, canal hystérique. Plus allumé que le général André, qui fichait les officiers allant à la messe. Plus phrygien que le plus enragé des sans-culottes. Cela porte un nom : cela s’appelle un Jeune socialiste suisse.

L’ennemi numéro un, pour la JS ? Le chômage ? Le réchauffement ? La fièvre du profit ? Niet. Le diable, l’urgence absolue à combattre, c’est la religion. Dans un papier de position (dont l’horizontalité n’a d’égal que celle du missionnaire), nos jeunes et sémillants esprits, qui avaient déjà appelé les socialistes à sortir de l’Eglise catholique, sont allés si loin que le député neuchâtelois Baptiste Hurni, samedi soir à la RSR, juste après avoir claqué la porte, évoquait la « vieille haine bolchevique » de la religion au sein des JS.

Cette hargne en éruption dessert, hélas, le principe même de laïcité, dont le catholique qui signe ces lignes tient à rappeler la nécessité, pour cohabiter en République. Comme le note très bien Yves Scheller, la laïcité, ça n’est pas l’anti-religion. Ca exige une certaine culture. Une certaine connaissance. Un certain respect. Et puis peut-être juste, avant de s’exprimer sur ce genre de questions, lire deux ou trois livres. Ou quelques centaines. Contre le ridicule, ça peut aider.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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10/12/2009

Pardo, Leyvraz

 

Tribune de Genève - Jeudi 10.12.09

 

De Soli Pardo à Eric Leyvraz, il y a toute la distance de la Lune à la Terre, de la folie saturnienne de Gabriele d’Annunzio à la sagesse vigneronne de la dernière époque de Gilles. Deux hommes que tout oppose, si ce n’est, dans un cas comme dans l’autre, une solide et impressionnante culture.

Des UDC cultivés ? Eh oui. Avec Pardo, il y a toujours à reconquérir Fiume, ou quelque rivage de la côte dalmate, dans le soleil noir du sang qui sèche. Avec Leyvraz, on peut parler politique ou histoire, un bon bout, sans s’ennuyer. Avec Pardo, toujours un zeste d’ivresse, le verbe en verticale disponibilité à se frelater, qui s’élève jusqu’au trébuchement. Chez Leyvraz, la phrase est tranquille, le pas mesuré : on chemine vers le langage comme on monte vers les ceps.

Avec son nœud papillon, ce nouveau président qui a tellement l’air d’un syndic vaudois des années soixante, évidemment radical, fera-t-il oublier les solitaires pulsions prétoriennes de son prédécesseur ? Ramènera-t-il le parti dans le sillon agrarien ? Tendra-t-il la main à l’Entente, en vue des communales ?

Autres temps, autre verbe. Un fou et un raisonnable, au fond. Un patineur et un marcheur. Un qui dérape, un qui assure. Celui qui croyait à la nuit noire, celui qui guette le gel. Celui qui sème, celui qui récolte. Celui qui désire tellement la ligne jaune. Et celui, plus prudent, qui se contente de la contempler.

 

Pascal Décaillet

 

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26/11/2009

Crac, boum, hue !

 

Tribune de Genève - Jeudi 26.11.09

 

Ils ont fait très fort, hier, à la SSR : ils ont commencé par nous balancer des organigrammes. Des schémas sagittaux, comme en maths modernes, avec « direction », « relations extérieures », « communication d’entreprise », « affaires générales », « finances et logistique », « marketing et promotion ».

Au fond, la SSR, c’est le CERN. Avec un super appareil. Qui, hélas, ne fait pas « crac, boum, hue ! », ce qui serait au moins drôle, générateur de rêve et de désirs, un peu de chair de poule, quoi, dans ce monde de brutes. Non, là, c’est juste un accélérateur à apparatchiks. Qui les projette, à la vitesse de la lumière, enfin disons celle des ténèbres, dans une grande course circulaire à la poursuite d’eux-mêmes.

L’Enfer ? Non. Juste une conception du désir en circuit fermé. J’aime l’appareil, tu aimes l’appareil, je n’ai pas mon pareil pour tourner en rond. Je m’aime, je me reproduis, je clone mes clones. Et la vie, grise comme l’atome d’hélium, continue.

Alors, mon ombre poursuit ton ombre. Elle lui court après, elle la persécute, c’est colin-maillard dans un meublé un peu crasseux où se multiplient les placards. Alors, le chef des placards, le sous-chef des rayons, le prince des crayons, l’imperator des gommes. Pour effacer quoi ? La fureur de vivre ? Ou la folle envie de se pendre ?

 

Pascal Décaillet

 

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