23/11/2009

Maison commune

 

Tribune de Genève - Lundi 23.11.09

 

Dans l’affaire des minarets, les Eglises de Suisse ont eu mille fois raison d’intervenir, et d’appeler au rejet d’une initiative qui sape la paix confessionnelle dans notre pays. Car la question n’est pas christianisme contre Islam, ni judaïsme contre Islam, ni christianisme contre judaïsme. La question, la seule qui vaille, est la qualité du vivre ensemble entre tous, sous un même toit.

Ce toit commun a un nom : il s’appelle la République. La chose de tous, celle qui intègre croyants et athées, hommes et femmes, nomades et sédentaires dans une même aventure collective. Catholique, je dis et répète depuis des années que la seule voie possible est celle de la laïcité. Le grand Léon XIII, en appelant les catholiques de France au Ralliement républicain, ne disait, au fond, pas autre chose, même si les lois Combes et Waldeck-Rousseau n’étaient pas encore votées.

Dans leurs déclarations, les Eglises de Suisse ont montré que la nécessité de dialogue transversal, entre elles, mais aussi avec les athées, primait sur la notion débile de « guerre des civilisations » lancée par George W. Bush. Bien sûr, l’Islam de Suisse doit s’astreindre à des règles. Comme les catholiques, juifs ou protestants. Comme n’importe qui. En République, il y a certes des sensibilités. Elles sont les bienvenues. Mais, devant la loi, il n’y a que des citoyens.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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12/11/2009

En mémoire d’Adrien

 

Tribune de Genève - Jeudi 12.11.09

 

Mars 1999 : Adrien Pasquali, quarante ans, choisit de quitter ce monde. Celui des hommes, mais aussi celui des livres, où il sera passé comme une trace filante, dans la nuit. Né en 1958, en Valais, d’origine italienne, écrivain, chercheur, traducteur, auteur d’une thèse sur Ramuz, Pasquali, aujourd’hui encore, nous éclaire sur les auteurs de Suisse romande, de Gustave Roud à Nicolas Bouvier. Il est parmi nous. Il nous manque.

Demain, vendredi 13, dès 9h, salle B 112, Uni Bastions, sous l’impulsion de Sylviane Dupuis, qui lui a succédé dans sa charge de cours à l’Université de Genève, un colloque rendra hommage à Pasquali, l’une des personnalités littéraires les plus attachantes de la littérature romande. Par la qualité de son regard, son acuité critique, sa culture, mais aussi son œuvre propre. On pense évidemment, en priorité, au « Pain du silence », publié chez Zoé l’année de sa mort.

Qui était-il, cet homme étrange ? A coup sûr, un passeur. Mais aussi un défricheur d’univers. Celui qui décrypte le langage des autres. Mais encore, et peut-être surtout, celui qui nous invite sur le grand chemin de traverse : le sentier de la racine vers l’apesanteur, l’identité perdue, pour peu qu’elle fût jamais acquise. Ce vendredi, Adrien, nous penserons à vous. Comme à tous ceux qui, nous ayant ouverts aux livres, nous ont ouverts à la vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

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09/11/2009

L’ennemi public

 

Tribune de Genève - Lundi 09.11.09

 

Vous avez remarqué comme ils lui tombent tous dessus ? Ici, c’est un docteur-ès-Kabbale, aux intentions aussi pures qu’une vierge cathare, qui lui démonte ses chiffres. Là c’est la Sainte Croisade des sortants qui le voue au bûcher. Il serait menteur, hérétique, destructeur d’équilibre, fossoyeur du bien commun. Rarement candidat au Conseil d’Etat n’aura, à ce point, focalisé les hargnes. Eric Stauffer a, décidément, beaucoup de chance.

Ils se ruent sur lui, tous. Libéraux jaloux du pré-carré rongé, radicaux convertis en vestales donneurs de leçons, n’ayant plus comme refrain que l’horaire continu et la laïcité, toutes choses aussi enthousiasmantes que le journal de bord d’un éclusier que sa femme vient de quitter. Ils regrettent les temps anciens, ils pleurent. Eternels offensés, il ne leur reste que le choix des larmes.

Ce qui peut lui arriver de mieux ? Non pas l’élection. Mais rater, tout en ayant progressé dans les résultats. Et la coalition des sortants, ce quintet d’artifice, qui ne tirerait aucune leçon de cet automne électoral, continuerait dans son arrogance à ignorer cette marge qui, depuis le 11 octobre, dévore déjà un tiers de la page. Et comme en quarante, de cocktails en cocktails, ce petit monde repartirait. Et vogueraient les copains, avec la sérénité de leurs voiles latines. Comme des nefs d’autrefois. Vers l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/11/2009

Salut les Copains !

 

Tribune de Genève - Jeudi 05.11.09


Issu des unes de 2005, l’actuel Conseil d’Etat compte cinq partis politiques différents. C’est un gouvernement œcuménique, patchwork, tentant, tant bien que mal, de réunir des horizons d’attente aussi différents que ceux de Laurent Moutinot et Mark Müller. Bref, le supplice de l’écartèlement, juste tempéré par la douceur lactée du système suisse.

Cet automne, il se trouve que les cinq sortants qui briguent un nouveau mandat viennent chacun de l’un de ces cinq partis différents. Trois d’entre eux sont flanqués d’une colistière. Au fond d’eux-mêmes, ces chers messieurs ont-ils vraiment envie que leur fiancée de liste face partie du septuor gagnant ? Officiellement, oui. Et en réalité ? Hmmm ?

Pendant quatre ans, ces représentants de cinq partis n’ont cessé de nous répéter à quel point ils s’entendaient bien entre eux. Du Burkhalter pur sucre avant la lettre. Et même dans la campagne qui s’achève, vous avez remarqué comme ils ont pris soin, ces cinq-là, de s’épargner les uns les autres ?

Pacte ? Même pas. Juste l’instinct de survie. On se tient les coudes. On se lèche et se pourlèche les barbichettes. On rêve, pour quatre nouvelles années, d’un nouveau Palais de l’Equilibre. Surtout pas la marge. Surtout pas la fange. Surtout pas de bruit. Juste continuer. Entre gens du monde. Entre soi.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2009

Le jour des morts

 

Tribune de Genève - Lundi 02.11.09

 

Je dédie cette chronique à tous ceux que nous avons connus, aimés, et ne sont plus. Parents, amis, passagers de la pluie, passantes de feu, amantes d’un soir, vieux ennemis, poètes, chanteurs, anciens profs, ces sublimes hussards noirs de notre mémoire. Je pense à vous, Père Collomb, aumônier du primaire, années soixante, qui nous avez si bien enseigné la connaissance des autres religions : judaïsme, Islam, bouddhisme. A vous, votre sourire, votre bonté, je dédie des minarets de reconnaissance.

Où sont-ils, maintenant ? On dit qu’ils vivent encore, dans les cœurs : parole de survivant, juste pour se rassurer ? Début novembre, on les évoque. Et toute ma haine d’Halloween, je la retourne en immense tendresse pour la Toussaint, ce frêle et dérisoire passage d’une bouffée de brume dans l’intensité solaire de nos vies si pressées. Juste penser à eux, juste un instant. Qui sont-ils, les vrais passants : eux, ou nous ?

Qui sont-ils, les vrais vivants ? Qui est l’ombre, et qui la silhouette ? Où est-elle, la vraie vie ? Au-delà du rivage, en deçà ? Vous le savez, vous ? Vous y pensez, parfois, à vos morts : ou plutôt vous parvenez, une seule seconde, à n’y point penser ? Eux, humus de glaise et poussières d’étoile. Ils sont l’avant et l’après. Ils nous ont précédés. Ils nous attendent.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

09:06 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

29/10/2009

L’ange de la mort

Tribune de Genève - Jeudi 29.10.09

 

Un type en cavale, tueur en série, assassin de son père et bientôt de sa propre mère : Roberto Zucco. Rencontre avec une « gamine », qui tombe amoureuse de lui. Le sang, le cache-cache avec la mort, et au final, le grand plongeon, du toit de la prison. Dit comme ça, sordide, au carré. Transfiguré par la plume de Koltès, sublime.

Mort du sida il y a juste vingt ans, si jeune, Bernard-Marie Koltès laisse une œuvre de feu, « une écriture qui vous prend dans le sang », un rythme incroyablement haletant, un sens inégalé de la virgule, celle qui marque et qui saccade, celle qui scande et donne le pouls du texte. Monologues, dialogues, l’écriture tragique à nu, à vif. Un style. Incomparable.

« Roberto Zucco », depuis hier soir, c’est une pièce, mise en scène par Christophe Perton, à la Comédie. On brûle de s’y engouffrer, de découvrir Olivier Werner, dans le rôle-titre, Christiane Cohendy dans celui de la mère. Et tous les autres.

La mère, le fils, le père. Une ancestralité moirée de comptes à régler. Le nœud tragique, celui qui vous étouffe et vous amène au meurtre. Au milieu de tout cela, de toute cette saloperie, l’incantation, comme chez Eschyle, d’une langue. Où chaque syllabe, chaque ponctuation s’immole de l’urgence d’avoir sa place. Le rôle du comédien, c’est de la lui donner. Quelque part, entre la vie et la mort. A la Comédie, Zucco nous attend.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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19/10/2009

PYM, pam, poum !

Tribune de Genève - Lundi 19.10.09

 

« En vérité je vous le dis, les problèmes des socialistes genevois ont commencé en 1993, le jour de leur rupture avec Christian Grobet ». C’est lancé, patatrac. Comme un pic à glace dans la banlieue moite de Mexico. La petite phrase qui prend la raison, par derrière, et lui tord le cou. Son auteur : Pierre-Yves Maillard, l’enfant terrible du socialisme suisse, hier soir, dans le « Grand Oral ».

Il n’a jamais eu froid aux yeux, PYM, mais là, la ligne bleue des Vosges s’en évanouit en poussière. Hommage d’un homme de caractère à un autre, tronche contre tronche, par-dessus les chevelures défrisées des sandaleux et des apparatchiks, ingérence d’un Vaudois dans l’Outre-Versoix, élégance chorégraphique d’un pachyderme dans une expo de philatélie.

Et c’est pour ça qu’on l’aime, Pierre-Yves Maillard. Il parle toujours là où ça fait mal. Oser rendre hommage à Grobet, l’homme qui vient de napalmiser les chances de la gauche de la gauche de siéger au Grand Conseil ! PYM, c’est l’homme du rebrousse-poil, l’empereur du poil-à-gratter. Le socialiste, en Suisse romande, encore plus que Levrat, qui parle clair. Verbe de cristal, puissance bleutée du regard. La communication, faite homme.

On dira qu’il exagère. Oh oui ! Et c’est ça qu’on aime. Parce que les autres, leur langage est tellement plat, comme un canal dont l’éclusier vient de se pendre. Merci, PYM !

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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15/10/2009

Perles et pourceaux

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Tribune de Genève - Jeudi 15.10.09


Le lycée Jean-Vilar de Meaux, en Seine et Marne. La banlieue. Classes difficiles. Elèves que d’aucuns jugent inaptes à la culture. Irrécupérables. C’est là que débarque un jour Augustin d’Humières, un patronyme qui ne s’invente pas, pour y enseigner le grec. Homère, Sophocle, Platon à des adolescents qu’on imaginerait davantage amateurs de pourceaux que de perles.

Et il s’y met, Augustin. Il ne renonce ni à la langue, ni à la grammaire, ni aux iotas souscrits, ni aux aoristes, ni au bonheur de lire en classe les prodigieuses engueulades d’Achille et d’Agamemnon, dans le premier Chant de l’Iliade. Et ma foi, ça a plutôt tendance à marcher. Bien mieux que ne le croient la plupart des collègues, les syndicats, les parents, et tout un contexte de pensée défaitiste qui semble avoir renoncé à l’idéal de culture.

Et ces élèves qui lisent les vers épiques, ce sont les plus défavorisés. Et ils les lisent quand même, parce que quelque chose leur parle. Une petite voix. Et ils se mettent, eux aussi, à crocher. « Homère et Shakespeare en banlieue », d’Augustin d’Humières, qui vient de sortir chez Grasset, est une merveille de petit bouquin qui vous donne envie de croire à la plus haute idée qu’on puisse avoir de l’école : celle de Péguy, celle des hussards noirs, celle des profs qui, malgré toutes les difficultés, ont choisi de continuer à se battre. Hommage à eux. Hommage à Augustin.

 

Pascal Décaillet

 

10:10 Publié dans Chroniques Tribune | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/10/2009

Censure : surtout pas !

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 08.10.09

 

Une initiative nulle, une affiche infâme : j’ai dit ici, lundi, ce que m’inspirait le combat de certains de mes compatriotes contre les minarets. Faut-il, pour autant, l’interdire, l’affiche ? Evidemment non ! Le Ville de Lausanne est tombée dans le piège, celle de Genève heureusement pas.

Une affiche est un révélateur. Elle arrache des masques, dévoile des vérités, donne à humer ce que suintent les entrailles d’un parti. Eh bien, que cela se sache ! Que cela se voie ! Que cela se contemple sur les murs de nos villes ! Décoder, décrypter, c’est le rôle du journaliste. Et c’est, aussi, celui du citoyen. Qui est adulte.

Une affiche, c’est un graphisme. Sept minarets noirs (diable, il est lourd, ce chiffre-là) en érection sur le drapeau suisse. Juste à côté, tout aussi noire, une femme en burka. Domination. Occupation. Que cela se commente, et pourquoi pas dans les écoles ! Que cela se déchiffre. Le pari sur l’intelligence, la raison, en l’espèce, est le seul qui vaille.

Quelles affiches doit-on censurer ? Celles qui, tout simplement, sont illégales. La loi doit être le seul critère. La loi, pas la morale. La loi, pas le consensus de la pensée dominante. Si l’affiche est légale, même infâme, qu’elle se voie. Qu’on en décortique les signes, en public. Mais, désolé, l’interdire, c’est entrer totalement dans le jeu de ses auteurs. Ils sont déjà assez malins comme cela, sans qu’on leur fasse cette fleur.

 

Pascal Décaillet

 

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05/10/2009

Degré zéro

 

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 05.10.09


Je dédie cette chronique aux Musulmans de Suisse, et principalement à ceux d’entre eux qui, ayant pris la nationalité, sont maintenant des compatriotes. Des Suisses comme moi, Suisses musulmans, comme il y a des Suisses juifs, des Suisses athées, comme je suis un Suisse catholique. Nous sommes citoyens, c’est ce qui nous rassemble. Le reste, c’est du privé.

Depuis un demi-siècle, j’arpente ce pays, j’en connais tous les cantons, j’y ai accompli 500 jours d’armée, je connais toutes les vallées du Valais, j’ai vécu à Berne. Eh bien croyez-moi, je n’ai absolument pas le souvenir d’y avoir jamais vu le moindre minaret. Des églises, des temples, quelques rares synagogues. Mais minarets, zéro. Enfin deux ou trois, paraît-il, mais hors de mon champ de vision.

C’est dire l’extraordinaire urgence, l’impérieuse nécessité de l’initiative sur laquelle nous voterons le 29 novembre. C’est un peu comme si Sancho Pança diligentait, quelque part dans la solitude de la Mancha, une initiative contre les moulins.

Tout cela pourrait, à la limite, apporter son grain à une surréaliste anthologie du dérisoire, s’il n’y avait l’affiche. Vous la verrez bientôt, comme de lépreuses floraisons (j’emprunte au poète), sur nos murs. Légale, sans doute. Efficace, à coup sûr. Mais au-delà de la nausée. Une chronique, c’est pour donner son avis, non ? Eh bien voilà : le mien, maintenant, vous le connaissez.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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24/08/2009

Au centre, le prof

 

Tribune de Genève - Lundi 24.08.09

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Un personnage, juste là, qui n’aurait jamais dû cesser d’être central : le prof. Par lui, une voix, un regard. Le don, patiemment distillé, de toutes les alluvions dont sa vie l’a enrichi. Savoir. Méthode. Doute, aussi. Chemins de connaissance. Prodigieux métier, qui relie l’humain à l’humain, le passé à l’avenir. Il transmet.

En ce jour de rentrée, pensons aux profs. Ce si beau mot de « maître », non celui qui domine, mais celui qui dispense le magistère. Lisons Péguy, « L’Argent », dans les Cahiers de la Quinzaine (Pléiade) : personne n’a mieux écrit sur le miracle de cette relation qui, pour la vie, demeure, nous étreint.

Et puis quoi, aujourd’hui ? Ils seraient moins hussards, moins noirs, et cet aplatissement serait irrévocable ? Il ne l’est pas. Il ne dépend que de nous, la société, de revaloriser leur statut. Par le respect que nous leur portons. Quelques marches, vers le haut, dans une échelle de valeurs où le fric et la facilité ont été placés beaucoup trop haut.

Aimer les profs, beaucoup attendre d’eux, c’est aimer la République. Espace commun, chose de tous. Dans sa dimension la plus verticale : celle qui élève. A tous, excellente rentrée. Aux profs. Aux élèves. Aux parents. A tous les autres, aussi : tous ceux pour qui le verbe, la connaissance, la culture ne sont pas juste un luxe. Mais des nécessités de vie.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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02/07/2009

« La télé » : welcome !

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Tribune de Genève - Jeudi 02.07.09

 

Le Valais a « Canal 9 », Genève « Léman Bleu », et voici donc, depuis hier, pour Vaud et Fribourg, « La télé ». A eux, une sincère et cordiale bienvenue. Dans le monde des médias, rien ne vaut la concurrence : elle stimule l’imagination, décuple les énergies, vous aide à survivre. Là où le monopole – ou plutôt le sentiment de monopole – vous donne, à tort, l’impression d’être éternel.

Coïncidence : au moment où cette nouvelle offre surgit sur le marché, on apprend, dans l’Hebdo d’aujourd’hui, que la SSR caresse de ses vœux l’érection, pour sa direction générale à Berne, d’une nouvelle tour à cinquante millions. Alors qu’elle en a perdu 79 en 2008.

Epique époque, non, où il y a ceux qui lancent des programmes, ne vivent que pour leurs émissions, luttent comme des fous, avec des moyens parfois dérisoires, et ceux qui, tranquillement, rêvent de la plus haute tour. Une belle cage à apparatchiks, dorée comme le couchant, le déclin.

A l’heure du numérique et du multimédia, radio et TV sont en pleine révolution. Les supports de demain n’auront bientôt plus rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Seul survivra le plus inventif, le plus affamé d’innovations, le plus désireux de s’imposer. Dans cette compétition, qui promet d’être féroce, ceux qui se seront un peu frottés à l’école de l’inconfort auront, à coup sûr, quelques longueurs d’avance.

 

Pascal Décaillet

 

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22/06/2009

Filles de l’or

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Tribune de Genève - Lundi 22.06.09

 

Mon premier passage sur l’Acropole date de 1966. Long voyage, familial, qui nous avait conduits jusqu’à Beyrouth et Damas. Coup de foudre pour la Grèce. Cinq ans plus tard, début d’une longue initiation à cette langue. Vertige. Et, depuis ce week-end, émotion : c’est un architecte suisse qui a conçu le tout nouveau Musée de l’Acropole, Bernard Tschumi.

La trace de la Grèce ne se ramène de loin pas au seul culte de la raison. Il y a autant de récits, de folie, de fulgurances d’irrationnel, dans cette littérature-là. Et les « filles des nombres d’or » de Valéry, de quelle mathématique d’ombre surgissent-elles ? Clarté d’une équation, ou nuit d’encre de l’énigme ?

Alors, retournons tous sur l’Acropole. Ou plutôt, dans le ventre de la Grèce d’aujourd’hui. Avec ses sources et ses pollutions, la colère de sa jeunesse, la rigueur de ses montagnes. Et, s’il faut retenir un poète, je vous supplie d’ouvrir Georges Séféris (1900-1971), eh oui un Grec moderne : lisez les « Six nuits sur l’Acropole », son seul roman. Epoustouflant.

A ceux d’entre vous qui ont la chance d’aller en Grèce, cet été, je dirai bien sûr d’aller voir l’œuvre de Tschumi. Et puis, de vous laisser vivre. Avec ou sans Pindare. Avec juste le vent. Et ces syllabes de myrrhe ou d’encens, juste colportées, ce grec moderne à vos oreilles, à la fois même et autre, comme une permanence. Face à la mortelle déraison du silence.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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11/06/2009

Drôles d’experts

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 11.06.09

 

La grande question, la seule qui vaille : Uli Windisch est-il une sorcière ? Un nez un peu pointu, certes, des idées trop crochues pour la quiétude ouatée de l’orthodoxie, alors, va pour le bûcher. Ca tombe bien : c’est l’année Calvin.

 

Le plus fou, c’est l’histoire du recteur, Monsieur Vassalli. Saisi, par une délation, d’un crime de délit d’opinion, il entre en matière ! Pour sévir ? Même pas ! Pour aller en référer, cahin-caha et presque en catimini, à une commission dont je ne sache qu’elle ait encore beaucoup siégé et qui doit se pourlécher les babines d’avoir enfin un peu de biscuit à se mettre sous la dent.

 

L’affaire est-elle si complexe que le recteur ait à la déléguer à des tiers ? Saisir une instance externe, est-ce le courage, est-ce agir en chef ? Sous pression de quelques chers camarades, dont le président du parti socialiste suisse, Monsieur Vassalli aurait-il peur de statuer lui-même ? Peur de déranger ? Peur de l’onde de choc ? Peur pour sa carrière ?

 

Ou alors, cet éminent scientifique aurait-il besoin qu’on lui bichonne, sous le couvert de l’éthique, un amour de petit dossier à charge ? Qui lui permette, le jour venu, de dire : « Ca n’est pas moi, ce sont les experts ». Drôles d’experts, à la vérité, quand on sait que le papier commis par Uli Windisch, dans le Nouvelliste, pourfendait le socialisme. Et que siège, dans la « commission d’éthique », une certaine Christiane Brunner.

 

Pascal Décaillet

 

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08/06/2009

Balle de match

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 08.06.09

 

T’es trop vieux, Roger, on lui avait dit. Fini, usé, laminé. Parce que la victoire, comme le grand amour, ne déploierait ses ailes qu’une fois, elle ne reviendrait pas. Trop vieux, blessé, moral en bas. Il te reste encore de beaux jours, on lui avait dit, fais autre chose. La vie, devant toi, la douce moiteur de ses bras.

 

Lui, il aurait pu faire ce choix. Semi-retraite, peinard, avec Mirka et les millions. Il était déjà une légende, le plus grand du sport suisse. Mais il n’a pas voulu. A terre, il s’est relevé. Seul, il s’est battu. Paris lui résistait ? Alors, va pour Paris, comme en quarante. Repartir de tout en bas. Revenir, déguisé en mendiant. Au fil des échelons, se révéler. Et hier, juste après 17h, le feu. La lumière.

 

Ici bas, tant que t’es pas mort, tu dois te battre. Comme un taré. Ils veulent ta peau, t’écraser, damner ta mémoire ? Tu t’en fous : tu te bats ! C’est dur, mais c’est génial. Ca fouette le sang, ça aiguise l’âme, ça vivifie l’être sensible.

 

C’est cela, la vraie leçon de Monsieur Federer. Au-delà du génie du tennis, une histoire d’homme, donc de solitude. Un compte à régler avec le destin, le jeu des apparences, ces courtisanes du fait accompli, qui se lovent et te narguent. Mais toi, tu résistes. Tu traces ta ligne. Les ennemis, tu les combats. Les amis, tu les comptes. Un, deux, aucun, peu importe. Tu te bats. Et tu vis. Chapeau, Roger.

 

Pascal Décaillet

 

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04/06/2009

Chasse à l’homme

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Jeudi 04.06.09

 

Il y a quelques semaines, le sociologue Uli Windisch, professeur à Genève, publiait dans le Nouvelliste un article virulent à l’encontre du socialisme. Article dur, c’est vrai, je n’aurais pas choisi ces mots-là. Mais enfin, expression d’une libre opinion. L’une des conquêtes de la Révolution française. Fondamentale.

 

Depuis, c’est la chasse aux sorcières. La curée. Une source amicale, venant du service public, a eu l’extrême élégance de balancer l’article au recteur. Ce dernier, avec l’odorante tiédeur de Pilate, s’en émeut. Une joyeuse secte, assoiffée depuis toujours du sang de l’importun qui n’embrasse pas l’orthodoxie de sa chapelle, surgit du soupirail. Toutes griffes dehors, rugissant, elle exige sa peau. Christian Levrat, patron du PS, se rêve en Fouquier-Tinville, jouissant à l’idée de voir rouler dans la sciure la tête qui dérange.

 

Ils s’y entendent, certains réseaux de camarades, lorsqu’il s’agit, à coups de délations et de lettres perfides, d’avoir la peau d’un esprit qui pense autrement. Le tout, sous le bénissant paravent de la morale. Uli Windisch est un homme qui apporte beaucoup au débat public. Vous lui tombez tous dessus ? Eh bien moi pas. Et je lui dis même, à travers ces lignes, mon amitié en ces moments difficiles. Comme je l’avais fait, en d’autres temps, à un autre emmerdeur si salutaire dans la République : un certain Jean Ziegler.

 

Pascal Décaillet

 

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25/05/2009

La plume du démon

Chronique publiée dans la Tribune de Genève - Lundi 25.05.09

 

Il y a vingt ans et quelques poussières, mort d’un génie. Visage d’ange, plume du démon. Mort, sang, désir, urgence de l’échange. Le souffle d’Eschyle, mais où le mortel ne dialoguerait plus qu’avec lui-même. Parce que les dieux, raus ! Aux abonnés absents. Il y a vingt ans, une hyène ancestrale, en forme de sigle à quatre lettres, deux syllabes qui disent oui, fauchait Bernard-Marie Koltès. L’un des plus grands.

 

Que nous dit Koltès ? Je l’ignore. Mais à le lire, comme on lirait Genet, je subodore des flèches de feu dans le chemin du désir. Des hommes qui aiment des hommes, oui Monsieur Grégory Logean, président des Jeunes UDC valaisans, cela existe. Et puis, des femmes qui aiment des femmes. Et, tout au bout, la mort, avec son sourire de miel, et le bleu moiré de son regard.

 

La « loi naturelle » ? Moi, catholique, combien de fois je me suis engueulé avec des théologiens sur cette négation du nomos. La loi, désolé, sera conventionnelle ou ne sera pas, elle sera celle des hommes. Et puis, la loi, il y a des moments où on s’en fout. Comme Roberto Zucco, sur son toit, avec la jeune fille. Comme Chéreau et Grégory, dans leurs Champs de coton. La seule loi, c’est le style. La seule loi, c’est écrire. La seule loi, c’est aller jusqu’au bout de son désir. Droit vers la mort. Là où le Paradis, enfin réveillé, se prendrait pour l’Enfer.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

 

 

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07/05/2009

Ecrire, ah là là !

Tribune de Genève - Jeudi 07.05.09

 

Ne m’en veuille pas, ami lecteur, mais désormais, toute personne qui prendra connaissance de cette chronique devra s’acquitter d’une taxe de trois francs. Je sais, c’est très cher. Et injuste pour les démunis. Je sais, tu as déjà payé ton exemplaire de la Julie, on ton café, mais c’est ainsi. Trois francs.

Oh, n’aie crainte, nul besoin de délier chaque fois ta bourse. Je concocte un amour de petite puce électronique, que nous te grefferons délicatement dans la pupille, et qui déduira biométriquement la somme. Bien sûr, les tarifs seront dégressifs : deux francs à la deuxième lecture, un franc à la troisième. A partir de la soixantième, l’accès à ma prose sera gratuit. Il faut savoir récompenser les fidèles

Surtout, ne crois pas que j’empocherai cet argent. Ecrire, ah là là,  t’imagines pas les frais : l’encre, les buvards, les gommes, les analyses de laboratoire pour les traces de sueur sur les brouillons. Et puis, les assureurs, tous ces Séraphin Lampion, comme des milans attirés par la blancheur de la palombe.

A la fin du mois, c’est tout juste s’il me reste de quoi offrir un ballon de blanc à mon ami Pascal, à Martigny. Ou à Christophe, en Entremont. Allez, va, j’te dis : trois balles, c’est encore bien sympa. Ah, j’allais oublier : c’est rétroactif depuis mars 2007. Ben oui, comme disait Mouloudji : faut vivre. Non ?

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

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05/05/2009

Habeas Corpus

Tribune de Genève - Lundi 04.05.09


Vous avez dit « fazyste » ? Ah, bon, j’avais cru comprendre autre chose. Un truc tout proche, à l’oreille. Faut dire qu’ils nous y poussent pas mal, ces temps, les radicaux genevois, dans le registre de la boussole hallucinée comme cigale en extase, de la pâture en herbes grasses dans le pré du voisin. Qui s’appelle l’UDC.

D’ailleurs, faites un test. Prenez leur dernier texte, aux radicaux, sur la détention administrative, sans jugement, pouvant aller jusqu’à 24 mois. Vous découpez l’en-tête, vous mettez UDC, ou MCG, ou Lega. Sûr, là, que les alliés de l’Entente, qu’ils soient de sacristie latine ou du Temple libéral, hurleront au loup.

Mais là, ils se taisent, ou même abondent. Aux orties l’Habeas Corpus. Au caniveau, les grands principes. L’UDC, pas question d’alliance, Monsieur, vous n’y pensez pas. Mais proposer leur politique, et même au-delà, dès que se profile le très électoral enjeu sécuritaire, alors là, oui, pour un coup. Un coup seulement, of course.

Cette manœuvre, qui la dirige ? Un homme de main, ou l’ombre orgueilleuse d’un Prince ? Gagner, cet automne, sans l’UDC. Mais pas sans une partie de son programme. Pas fou, quand même. De jour, on fait l’agneau, en bêlantes contrées. La nuit, on se noircit jusqu’à la déraison. Allez. Ces gens-là, il faudrait inscrire « fazyste » sur leur passeport. Au stylo bille. Indélébile. Juste pour la route.

 

Pascal Décaillet

 

 

 

 

 

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30/04/2009

La voie lactée

Tribune de Genève - Jeudi 30.04.09

 

Il est magnifique, le Conseil d’Etat genevois. Lorsqu’il s’agit de se coltiner le président iranien, dans la minuscule immensité d’un tarmac de province, c’est le sortant Laurent Moutinot qu’on envoie. J’allais dire au casse-pipe. Mais, pour revêtir l’habit de lumière et annoncer de somptueuses comètes fiscales pour les familles, les ministres soumis à réélection, cet automne, se pressent dans la voie lactée. A la notable exception de celui qui n’est pourtant pas le moins méritant : François Longchamp.

Alors, hier, avec le solide David Hiler, le vertical Mark Muller et le revenant Pierre-François Unger, ce ne furent qu’aurores de braise, résurrection, avenir aux doigts de rose pour enfants et familles. 300 millions par an pour réduire les impôts, ce dont franchement personne ne se plaindra, d’autant que la fourchette est généreuse : tout ménage entre 40.000 et 400.000 de revenu en bénéficiera !

Electoral ? Oui, bien sûr. Mais une bonne mesure tout de même. A Genève comme sur l’ensemble de la Suisse, les familles payent trop d’impôts, il fallait s’y attaquer. On notera juste, au passage, que lorsqu’un programme d’inspiration libérale est repris par un gouvernement de gauche, cela s’appelle des mesures « anticycliques ». Ca en jette. Ca donne l’impression qu’on va tirer sur des vélos. Ca fait sérieux. Et, pour les élections, c’est salé comme un apéritif de printemps.

 

Pascal Décaillet

 

 

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